‹ Les Poètes sociauxChapitre 44 sur 72 · LE PRETRE SUR SA TOUR · texte numérisé non relu

LE PRETRE SUR SA TOUR

Sur la plus haute tour du Temple aux sept étages. Magnifique en ta gloire empourprée, et debout,

Tu contemples la Nuit sacrée, ô chef des Mages ! A l'horizon, le noir désert, peuplé d'images, Sous les embruns du sable ardent, écume et bout.

Entends monter le chant aigu des hiérodoules, Les sistres mugir et ronfler les tympanons. Les danses enchaîner la démence des foules, Et gronder, submergeant la cime que tu foules, La clameur, qui célèbre Isis aux mille noms;

Pendant que, sur ton front, dans l'ombre plus opaque, Le ciel tourne sur ses essieux de diamant. Et que, sur l'épouvante et la joie orgiaque. Liés aux moyeux d'or sanglant du zodiaque, Douze monstres muets gardent le firmament.

Mais voici trop longtemps, ô Sage ! que tu veilles, Que, chaque soir, tu viens songer sur ce haut lieu ; Mais voici trop longtemps qu'à des heures pareilles. Autour de toi, l'encens aux volutes vermeilles Imprègne l'air brûlé de parfums et de feu,

Pour que toi, qui sais tant de choses, tu ne saches Que cette porte est close où nos poings ont frappé... Les victimes, en bas, baisent le fer des haches ; C'est leur cri que tu fuis dans l'ombre où tu te caches. Et tu pleures leur rêve impuissant et trompé.

Car la science amère est en toi descendue :

Tu connais maintenant que, si haut et si loin

Qu'elle s'élève au creux de la sourde étendue, ,1

Notre plainte éternelle expire inentendue.

Et qu'il n'est à nos maux ni recours ni témoin.

Dis-le nous ! Nous pouvons enfin t'entendre. Essuie Les larmes corrodant ta face aux plis de fer. La flamme des autels n'est plus qu'un peu de suie, Et, comme un arbre étrange aux bras chargés de pluie, L'ouragan désolé s'est levé sur la mer.

-Tu ne peux plus garder ton secret lourd, ô Maître ! Nous courberons le front devant la vérité. Et les saints Immortels, dont on te croit le prêtre, Auront, avec le doute et l'espoir, cessé d'être, Du jour où tu compris qu'ils n'ont jamais été.

Vois! toute œuvre d'erreur d'elle-même s'abroge; Le temps coule. Le vent du désert syrien. Goutte à goutte, a tari l'eau claire de l'horloge : Sur le mur étoile qu'en vain l'homme interroge, Les Dieux n'ont rien écrit, et Dieu n'écrira rien.

Tu l'as enfin senti qu'il nous faut ta parole ! Puisque tu t'es dressé sur le Monde à genoux, - Sors de l'antre de gloire où ta douleur s'isole: Comme on tire un rideau sur la mort d'ime idole, Ton geste va fermer les cieux... Descends vers nous !

Page 1