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PREFACE XIII

A Toulon ! (1) et bientôt sur la place Saint-Jacques ! (2)

Enfant de l'atelier! Je ne t'accuse pas;

Un égoïste maître étranglait tes repas.

Que de nobles instincts meurent sous la détresse 1

Le jeûne a plus commis de meurtres que l'ivresse;

Le crime que la, loi frappe de sa rigueur

Germe dans l'estomac et mûrit <^ans le cœur.

Surtout ne lancez pas vos poignants anathèmes

Sur la fille du peuple ! Opprobre sur vous-mêmes,

Trafiquants de sueur, vampires du travail ! —

Hélas ! ses frêles doigts que vous prenez à bail

Ne donnent pas la vie à sa chasteté nue,

Et quand, sortant du gouffre où son corps s'exténue,

Elle reste rêveuse au gîte de la nuit,

En faisant grincer l'or le tentateur la suit.

r Par degrés le poison dans son âme s'infuse. Quand vous la reverrez, luisante de céruse,

- Postée au confluent des noirâtres ruisseaux, Harcelant le dédain par d'arides assauts. Etalant sur son front que la débauche plisse, Le fatal numéro timbré par la police, Ou traînant à la fin son fantôme enlaidi > Vers les grabats dressés à l'hôtel du Midi, Ne jetez pas la pierre à cette pécheresse ;

[ .Opulents puritains ! Pardon pour la pauvresse !

' Pitié pour la vertu qui tomba sous la faim, Pour la virginité que dévora le Pain ! Oh ! s'il reste sur terre une ombre de justice. Qu'une plainte acharnée à ses pieds retentisse, Tant que le jour luira sur ces iniquités ! Au secours ! citoyens, ministres, députés ! Voici qu'on vous présente une de ces requêtes Qu'on ne peut ajourner sans risquer bien des têtes. Ecoutez !: le bruit monte à votre appartement ; Ce ne sont pas des cris qu'on jette isolément, C'est tout un peuple hâve et meurtri de tortures, Qui marche en déroulant cent mille signatures;

(1) Le bagne.

(2) L'échafaud.

Hâtez-vous ! profitez de ce dernier loisir ;

Donnez-lui librement ce qu'il pourrait saisir ;

N'attendez pas le jour où la horde affamée

Demanderait l'aumône avec la main fermée,

Où, se constituant en Etats généraux,

Les victimes, enfin, compteraient les bourreaux

Et lasses de se voir décimer dans l'attente

Porteraient pour enseigne une blouse flottante

Où brilleraient les mots de la rébellion

Que broda la famine au drapeau de Lyon.

Hommes justes ! sauvez ces malheurs à notre âge ;

Glorifiez vos noms par un saint patronage;

Que le pauvre aujourd'hui commence à les bénir.

Que sa race future en garde souvenir.

Qu'elle dise de vous : Leur austère pensée

D'un bout du monde à l'autre, un jour s'est élancée;

Elle a dans son amour compris le genre humain ;

On les vit à la fois, tandis que d'une main

Ils donnaient à l'Afrique un sceau de délivrance,

De l'autre, émanciper des esclaves en France;

Tandis qu'ils punissaient, sous de lointains climats,

Les négriers pendus aux vergues de leurs mâts,

Ici, sur tout le sol de la mère-patrie,

La croisière des lois surveillait l'industrie:

Gloire aux législateurs qui frappèrent aux ^ancs

Le commerce des noirs et la traite des blancs !

Mais quelle que "oit leur éloquence, de tdles pages sont trop accidentelles dans Vœuvre de Barthélémy pour qu'il nous soit possible de voir en lui autre chose quun précurseur de la poéttie neitcment sociale.

En somme on peut faire coïncider les débuts de la poésie sociale projvement dite avec ceux de la Troisième République.

Ce nest point ù dire que la République fut démocratique dh ses débuts, ni, nous l'avons vu, que des aspirations proléfarirnnes n'aient pas encore éclaté jusqu'alors. Mais enfin, les grands prinrijjes étaient posés, une élite libérale les défendait, et, ceci est un fait, la préface des Poèmes populaire, d'Eugène Manuel, date d'octobre 1871.

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