RESOLUTION
Le brouillard cendre et bleu sur la campagne agite Des loques de velours et fles lambeaux de moire. La ville dresse aux lointains flous où Tefiroi gîte, Des beffrois noirs, des arbres noirs, des maisons noires.
Les champs d'argile — où des socs clairs s'immobilisent, Tels des oiseaux qui vont planer sur les blés mûrs — Déferlent en flots roux vers les briques des murs. Barrant les horizons et les cieux. Ils s'y brisent.
Les outres de fracas du Labeur ont crevé. Des paillettes d'argent scintillent en la brume... Par cette paix étrange où le soleil s'allume, On voudrait à la fois travailler et rêver...
Je rêve... La grand'route, en ce site morose, ïîampe vers les hangars où de hauts volants grondent. Hésitants, mes pensers suivent la route. Ils osent Aller vers l'ouvrier qui geint dans l'éclair rose Du fer dont les pilons tirent des gerbes blondes.
Malheureux Travailleur dont le labeur immense A pour salaire encor le dédain de l' Or-Roi, Pardonne-nous !... Jadis une étrange démence Nous a fait vivre sans nous occuper de Toi. Nous avons trop longtemps oublié tes souffrances, Et ce que le Dest-in, comme aux autres, te doit.
C'est fini. Nous voulons commander aux machines,
Besogner avec toi, pauvre ouvrier sans foi.
Et te montrer, plus haut que les sombres usines,
L'Avenir rayonnant qui dore les vieux toits
De la cité où ta douleur fut orpheline.
Nous démantèlerons toutes les tours d'ivoire... Et l'Astre, en revenant dans son orbe prescrit, Un matin parera d'une lueur de gloire Le Palais du Travail fait de leurs chers débris !...