‹ Les Poètes sociauxChapitre 53 sur 72 · LE VENT DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE VENT DU SIÈCLE

Le vent du siècle sape toutes les bastilles Il chasse les brouillards qui voilaient le soleil, Il déchire la toge — et le couchant vermeil Plaque ses longs lambeaux sur l'horizon qui brille Ainsi qu'un drapeau rouge au-dessus des bastilles.

Le vent du siècle fauche les poteaux-frontières, Couche caissons, affûts, bastions et forteresses. Sa voix immense apaise, émeut, chante et caresse ; Elle éveille, elle anime, elle vainc la matière... Le vent du ciel fauche les poteaux- frontières.

Le vent du siècle souffle dans les cathédrales. Il fait frémir le bronze énorme des beffrois. Il démolit la chaire, il ébranle la croix, Et des tombeaux princiers il descelle les dalles : Le vent du siècle souffle dans les cathédrales.

Le vent du siècle arrache aux rois leur manteau rouge ; Les trônes renversés écrasent leurs séides. Les derniers courtisans, terrifiés et livides. Voient comme un océan le peuple fier qui bouge... Le vent du siècle arrache aux rois leur manteau rouge.

L'humanité tend ses bras forts vers une aurore.

Les préjugés d'antan basculent au néant,

Un homme vaut un homme, un nain vaut un géant,

Un avenir paisible et juste s'élabore...

L'humanité tend ses bras forts vers une aurore...

Page 1