LES GARES
Sous le hall gigantesque au lumineux vitrail
De la gare, où converge un infini de rails,
— Dans les chocs de butoirs et de plaques tournantes —
Les grands rapides noirs à la marche tonnante,
Pénètrent, modérant leur élan haletant,
Essoufflés de leur course à travers les provinces,
Entre les quais, au bruit des freins bloqués qui grincent,
Sous des jets de vapeur et des sifflets stridents.
Et dans l'ébranlement des hautes verrières,
Il semble que la gare entière va crouler.
Au fracas trépidant des convois essoufflés,
Qui halettent, suants de houille et de poussière.
Afïollement de l'arrivée, éparpillant
La multitude lasse, au sein des quais grouillants.
Hâte fébrile des départs au cœur des gares ;
Incessant va-et-vient, où le regard s'égare ;
Danse multicolore et folle des signaux
Qu'on manœuvre, sans trêve, aux postes d'aiguillage ;
Cris des hommes d'équipe à l'entour des bagages ;
Adieux, gestes d'accueil et chocs de lourds fardeaux
Devant l'alignement des wagons immobiles.
Qui sentent le charbon, le cambouis noir et l'huile.
Disparate cohue aux remous tapageurs ;
Fiévreuse activité des grands débarcadères.
Au battement sonore et brutal des portières,
Dans un énervement croissant de voyageurs
Pressés, qui vont partir, débarquent ou reviennent,
Lestés d'espoir, ou lourds de chagrins et de peines
Sous le hall gigantesque au lumineux vitrail,
Où bondissent, bardés de fer, la voix tonnante !
Dans des chocs de butoirs et de plaques tournantes.
Les rapides surgis d'un horizon de rails.