‹ Les Poètes sociauxChapitre 56 sur 72 · LE VITRAIL · texte numérisé non relu

LE VITRAIL

Contemple, ici, les lourds marteaux battant le fer.

Et, là, les hauts fourneaux brûlant comme un enfer,

Les torses nus rougis par les reflets des flammes.

Les dos courbés, les rudes mains tordant des lames...

Admire l'outillage où bielle et balancier

Dans le rythmique élan de leurs muscles d'acier

Propagent en tous sens la force, où la courroie

Meut la pesante roue, et parfois happe et broie

Quelque bras vigoureux d'ouvrier au travail...

N'est-ce point là de beaux motifs pour un vitrail?

Le superbe vitrail des neuves cathédrales

Où l'on ne priera plus à genoux sur les dalles,

Mais où l'on mêlera la danse avec le chant

Au-dessous des drapeaux pacifiques penchant

Leurs hampes d'or pour saluer la joie ardente

Des grands peuples puissants et fiers de leur entente ?

Ah ! Ce vitrail n'évoquera que le Passé

Où l'artisan était, chaque soir, harassé,

Livrant au sort une lutte quotidienne...

Sous les soleils, il luira pour qu'on se souvienne.

Sans haine ni dépit, de ce temps ancien

Où le Labeur faisait à l'homme un dur lien,

Et l'accablait avant le déclin de' la vie,

Et l'obligeait presque à souiller son cœur d'envie.

Allons ! verrier ; réalise le beau vitrail

Pour le temple futur des enfants du Travail ;

Car il vient, l'Avenir serein, splendide, athée,

Où les peuples nouveaux, vrais fils de Prométhée,

A toutes fins auront dompté les éléments,

Et ne connaîtront plus les épuisants tourments

D'ahaner, de suer et de plier Téchine

Pour finir l'incomplet effort de la machine;

Où, libres désormais de la crainte des dieux,

Sains et purs cependant, de leurs cœurs, de leurs yeux,

Ils goûteront enfin la Beauté de la Terre ;

Où la mort même atténuera son vieux mystère ;

Où tous, vraiment égaux, et bons, et fraternels,

Comprendront bien la vie et ses jours solennels,

Et, du vaste Infini déchirant les longs voiles,

Découvriront qu'après Ici, dans les étoiles,

L'on peut continuer la haute ascension

Vers l'état désiré de la perfection...

Compose donc, verrier, en mille couleurs claires.

Ce grand panneau qu'inonderont mille lumières,

Car, certe, en souvenir de l'Antique Travail,

L'Avenir à son mur posera ton vitrail.

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