LE VITRAIL
Contemple, ici, les lourds marteaux battant le fer.
Et, là, les hauts fourneaux brûlant comme un enfer,
Les torses nus rougis par les reflets des flammes.
Les dos courbés, les rudes mains tordant des lames...
Admire l'outillage où bielle et balancier
Dans le rythmique élan de leurs muscles d'acier
Propagent en tous sens la force, où la courroie
Meut la pesante roue, et parfois happe et broie
Quelque bras vigoureux d'ouvrier au travail...
N'est-ce point là de beaux motifs pour un vitrail?
Le superbe vitrail des neuves cathédrales
Où l'on ne priera plus à genoux sur les dalles,
Mais où l'on mêlera la danse avec le chant
Au-dessous des drapeaux pacifiques penchant
Leurs hampes d'or pour saluer la joie ardente
Des grands peuples puissants et fiers de leur entente ?
Ah ! Ce vitrail n'évoquera que le Passé
Où l'artisan était, chaque soir, harassé,
Livrant au sort une lutte quotidienne...
Sous les soleils, il luira pour qu'on se souvienne.
Sans haine ni dépit, de ce temps ancien
Où le Labeur faisait à l'homme un dur lien,
Et l'accablait avant le déclin de' la vie,
Et l'obligeait presque à souiller son cœur d'envie.
Allons ! verrier ; réalise le beau vitrail
Pour le temple futur des enfants du Travail ;
Car il vient, l'Avenir serein, splendide, athée,
Où les peuples nouveaux, vrais fils de Prométhée,
A toutes fins auront dompté les éléments,
Et ne connaîtront plus les épuisants tourments
D'ahaner, de suer et de plier Téchine
Pour finir l'incomplet effort de la machine;
Où, libres désormais de la crainte des dieux,
Sains et purs cependant, de leurs cœurs, de leurs yeux,
Ils goûteront enfin la Beauté de la Terre ;
Où la mort même atténuera son vieux mystère ;
Où tous, vraiment égaux, et bons, et fraternels,
Comprendront bien la vie et ses jours solennels,
Et, du vaste Infini déchirant les longs voiles,
Découvriront qu'après Ici, dans les étoiles,
L'on peut continuer la haute ascension
Vers l'état désiré de la perfection...
Compose donc, verrier, en mille couleurs claires.
Ce grand panneau qu'inonderont mille lumières,
Car, certe, en souvenir de l'Antique Travail,
L'Avenir à son mur posera ton vitrail.