CHAPITRE... UN PEU CONSOLANT
— Monsieur est avec moi.
Les contrôleurs, stupéfaits, pensaient qu'il n'y avait qu'un nom très puissant à un titre quelconque qui pût agir ainsi et les laissaient entrer tous les deux.
Mais voici qu'aujourd'hui M. Bonnet-Duverdief, pour des faits que j'ignore, mais dont les journaux s'entretiennent à mots couverts, des faits qui pourraient amener un nouveau procès nullement politique et effacer toute la gloire obtenue par une première condamnation... bref, ce serait la coterie qui l'a fait élire qui exigerait sa démission de membre de la Chambre des députés et de membre du conseil municipal de Paris. M. Duportal lui-même ' ne le protégerait plus.
J'e vois le moment oîi ces pauvres Lyonnais vont être forcés de se contenter de quelqu'un de ces négociants habiles, probes, très connus, ou de quelqu'un de ces ouvriers honnêtes, laborieux, intelligents, qui ne sont pas rares chez eux.
Vous est-il arrivé, cher lecteur, d'avoir un vieil habit et de lui avoir fait subir un examen dans votre chambre un peu sombre, ou le soir à la lueur d'une lampe, surtout dans un moment où votre bourse était .un peu plate, et de le trouver encore très présentable? Mais, si rassuré , vous l'endossez avec résolution, quel désappointement dans la rue, au soleil, ou le soir dans un salon très éclairé !
Il en est de même de beaucoup de nos grands hommes de taverne, de brasserie, de café, lorsqu'ils se sont juchés à une place un peu élevée, qui
les met en lumière. On voit les taches, on voit le râpé, on voit la corde.
La France est-elle donc si misérablement ruinée qu'elle n'a plus que de pareils spécimens à nous offrir?
Non, mille fois non. Il n'y pas un département, pas une ville, pas un hameau peut-être, où l'on ne puisse trouver, où on ne connaisse un homme ou très intelligent, ou très éclairé, ou très ferme, ou très juste, ou très bon, ou très courageux, ou même réunissant en lui plusieurs de ces qualités.
Cette pensée m'est revenue cette nuit, où, en fouillant un tiroir, j'ai retrouvé des notes que j'ai prises au sujet d'un homme dont je m'honore d'avoir été l'ami , du sauveteur Pierre-Onésime Durécu.
Voici comment j'avais connu Durécu :
C'était vers le milieu de septembre 1845. Une nuit, par une terrible tempête, un gros vent de nord-nord-ouest, la mer furieuse, les lames hachées et brisantes, la goélette anglaise Hebhern-Hallmainqua l'entrée du Havre et fut jetée sur le poulier du sud-est, où ont péri tant de navires de tous les pays.
Il y avait à bord Richard Powley, capitaine, et cinq matelots. De temps en temps, des cris de détresse perçaient les mugissements de la mer ; les plus vieux marins considéraient le navire et les hommes comme inexorablement perdus. Cinq marins anglais vinrent sur la jetée, et un d'eux dit : « Nous sommes prêts à risquer notre vie pour essayer de sauver nos compatriotes; mais nous ne