CHAPITRE... UN PEU CONSOLANT
connaissons pas assez la côte, surtout la nuit. Il nous faudrait un pilote français. » Durécu, chef des apparaux, et Lefèvre, pilote de Quillebœuf, se précipitèrent dans une embarcation, Durécu à la barre, Lefèvre sur un aviron, avec les Anglais, et le * canot s'enfonça dans la nuit et probablement dans la mort. Il se passa une mortelle demi-heure dan& une profonde obscurité. La jetée était couverte de spectateurs anxieux. On n'entend plus rien, ils sont tous noyés! Mais non! Écoutez! Il me semble entendre des avirons. En effet, une chaloupe entrait entre les jetées, on en distinguait à peine la silhouette, et la voix puissante de Durécu, dominant le tumulte des vagues, fit entendre ces mots :
— Sauvés tous!
Depuis ce jour, une amitié constante et respectueuse de mon côté existe entre Durécu et moi, il venait quelquefois me voir, je n'allais pas au Havre sans aller lui serrer la main.
Durécu est mort à la suite de son dernier sauvetage. Le l®*" décembre 1863, il ne faisait pas encore jour, Durécu est éveillé par le cri : « Un homme à la mer! » Il saute hors du lit, court sur la jetée et se précipite la tète en bas d'une hauteur de plus de treize mètres. Son pied glisse, et, au lieu de porter là où il a visé, sa tête tombe sur une estacade de chêne ; sa tète s'ouvre comme une grenade ; ses deux bras sont rompus, ses dents brisées, la clavicule déplacée. On croyait ramasser un cadavre. Nélaton , le célèbre chirurgien , ne vit de guérison possible que par l'emploi du fer
rouge profondément introduit dans les chairs de la nuque. Après cette opération supportée admirablement, il embrassa Durécu, et, comme celui-ci parlait de reconnaissance : « Mon ami, lui dit-il, quand on a le bonheur de rendre service à un homme comme vous , ce n'est pas lui gui est l'obligé. »
Durécu survécut à cette terrible blessure et mourut vers le 15 décembre 1874.
Le Havre lui a fait de nobles et légitimes funérailles.
^ En 1831, la marine présentait au roi Louis-Philippe une nomenclature des sauvetages opérés par Durécu ; il y avait alors vingt-deux personnes sauvées par lui « au péril de sa vie » ; ce nombre a été plus que doublé, mais Durécu ne pouvait luimême se les rappeler tous.
En rivière de Bordeaux, une embarcation chavirée, une mère et une fille sauvées.
En mer, à bord de l'AdeUne, un matelot tombé des vergues.
Au Havre, une femme tombée sur le port et coulée sous le Malabar.
En rivière de Bordeaux, un matelot du chassemarée la Bonne-Mère,
A Bordeaux, un matelot de la Clémentine.
Sur la côte de la Havane, à bord de la corvette Loretti, deux hommes.
Au Moulé, à bord de l'Espérance, deux hommes A Terre-Neuve, à bord du brick V Heureux-Adolphe^ un homme.