CHAPITRE... UN PEU CONSOLANT
Au Havre, un homme entraîné par le courant des écluses.
Au Havre, un soldat.
Au Havre, le maître d'hôtel d'un navire américain tombé à la mer et coulé sous le navire.
A Honfleur, en janvier, la nuit, un matelot.
Au Havre, deux enfants, l'un déjà coulé.
A Valparaiso, à bord du Jacques^ de Bordeaux, un homme.
A Marseille, un novice, etc.
Durécu, né à Ingouville, le 2 janvier 1812, avait fait un premier sauvetage, n'ayant pas encore huit ans; il avait tiré d'une mare profonde deux enfants qui y étaient tombés en jouant.
A bord de VAigle, à Marseille, un homme.
A bord du Duguay-Trouin, un homme.
A bord du Victor, un homme.
A bord du brick V Aigle, le capitaine.
Au Havre, à bord du steamer anglaisiî^me, deux hommes.
A bord du steamer français l'Orne^ capitaine Bambrin, un homme.
En 1854, au 5 septembre, on racontait déjà au Havre 49 sauvetages faits par Durécu; au 25, on en comptait 50; le 10 décembre, 51 : le capitaine Lalapie et les cinq matelots de la goélette la Bonne-Marie^ mise en pièces contre un bastion du port.
En novembre 1869 un homme tombé d'une pirogue.
Ajoutons les six hommes de VHebbem Hall,
24 LES POINTS SUR I^S i
Ajoutons tous ceux que Durécu avait oubliés.
Mais un sauvetage où il y avait à se sauver soimême, et dans des circonstances singulières, doit être raconté.
A bord du navire américain New-Fett, dans le détroit de Magellan, le navire perdu, tout le monde noyé, sauf Durécu avec trois autres matelots , ceux-ci se réfugièrent sur des bancs de glace. Après un séjour assez long, ils virent un navire qui, sur leurs signaux, mit une chaloupe à la mer; mais la mer était tellement grosse, que la chaloupe ne put accoster. Durécu aperçut un point où la mer était moins forte j il s'aperçut que c'était un trou dans la glace en deçà des brisants.; il prit un bout de ligne, plongea dans le trou, passa sous la glace, atteignit la mer et la chaloupe ; la ligne donnée aux matelots de la chaloupe, il revint par le même chemin, par-dessous la glace, emportant l'autre bout de la ligne, au moyen de laquelle on put établir un va-et-vient; il amarra l'un après l'autre ses trois compagnons dans des sacs de laine, épaves du naufrage, et on put les haler en les tirant par-dessous la glace à bord delà chaloupe; mais, en arrivant, un de ces malheureux était mort, l'autre était fou ; un seul et Durécu survécurent.
Durécu était un homme très vigoureux et remarquablement doué pour la natation. J'ai été très fier lorsque notre ami Decker, un autr e sauveteur a rapporté dans un discours que Durécu avait dit souvent : « Après moi, Alphonse Karr est le plus fort nageur que je connaisse. »