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CHÂPIÏRB... UN PEU CONSOLANT 2S

Eh bien, au Havre, il y a beaucoup d*hommes de cette espèce. Il y en a à Marseille, il y en a à Lyon, il y en a à Bordeaux, il y en a à Toulon, et à Cherbourg et ailleurs. Il y en a dans les rues de Paris.

Je me rappelle toujours que je fus invité à une réunion des sauveteurs du Havre •

Car j'ai l'honneur d'en faire partie, et, moi qui me suis toujours piqué de ne faire partie d'aucune société ni coterie, je suis membre des Sociétés de sauvetage du Rhône, de la Méditerranée, des hospitaliers sauveteurs bretons, de la Société ligurienne de Gènes et de la Société des nageurs du Havre; pour cette dernière, mon brevet porte, fl: Alphonse Karr, l'ami de Durécu. »

A cette séance, à laquelle j'étais invité, je vis une réunion d'une centaine d'hommes, à la figure bronzée, franche, énergique et douce ; leurs poitrines étaient couvertes de médailles rappelant les belles actions faites « au péril de leur vie ».

Moi qui avais vu de près plusieurs rois, empereurs, j'appris ce jour-là ce 'que c'est que la majesté et, je fus bien touché de l'accueil cordial que ces héros, que ces braves gens firent au moindre d'entre eux.

Tous les jours, dans les faits divers, entre les crimes, on lit le récit d'actes de dévouement. Il y a encore de grands cœurs, de nobles âmes en France ; il y a de vrais savants I tous les poètes ne jouent pas de la clarinette derrière le cabriolet de M. Gambetta.

Le culte, la religion des mauvais aVocats, des piliers de taverne, des orateurs de brasserie, des repris de justice, des déclassés, des vauriens et des fripouilles^ n'est qu'une mode qui passera, comme passera la mode des ulsters ou gâteuses adoptés par nos élégants d'aujourd'hui.

Attendons.

QUE LA LECTURE DE l'hISTOIRE NE DEVRAIT PAS AVOIR POUR BUT UNIQUE UNE CURIOSITÉ OISEUSE

La république sous laquelle nous vivons tant bien que mal aujourd'hui est la quatrième apparition de cette forme de gouvernement, en France, depuis moins d'un siècle.

Républicain de conviction, je cherche, je l'avouerai, avec une certaine inquiétude, quel doit être le sort de cette quatrième république, dans l'histoire des trois autres.

Les trois républiques, celle de 1792, qui a duré douze ans; celle de 1830, qui a duré douze jours; celle de 1848, qui a duré deux ans.

La première nous a amené une terrible guerre civile, la Terreur, l'Empire, deux invasions, et la restauration des Bourbons.

La seconde nous a donné dix-huit années d'une paix si glorieuse et si féconde, de tels progrès, d*une telle prospérité, d'une telle splendeur par

les lettres, les sciences, les arts et Tindustrie, qu'aucune autre période de Thistoire de France ne saurait peut-être lui être comparée de tous points.

A la troisième république nous avons dû un second empire , une troisième invasion et les crimes de la Commune.

D'où un esprit chagrin pourrait inférer que jusqu'ici la plus courte a été la meilleure.

Mais ce qu'il est important de constater, c'est que ces trois républiques n'ont pas été détruites par les ennemis de la forme républicaine, mais par les soi-disant républicains de la nuance de ceux qu'on appelle aujourd'hui les « opportunistes », c'est-à-dire de ceux pour qui, — je répète volontiers cette image, à cause de sa parfaite exactitude, — de ceux pour qui « la République n'est pas un but, mais une échelle i>.

Opportunistes, en effet, tous ceux qui flattent le peuple et excitent ses espérances et ses appétits, le lancent contre la citadelle du pouvoir qu'ils convoitent ; puis, la porte enfoncée, exploitent la peur des assiégés, font leurs conditions et les aident à repousser la porte sur le nez des assiégeants; puis se maintiennent quelque temps au pouvoir, en entretenant à la fois et les aspirations du dehors et les terreurs du dedans, jusqu'à ce que d'autres réussissent à jouer le même tour.

Chaque fois que la république reparaît, la lutte s'engage entre deux partis : l'un veut dater de 89, l'autre de 92 ; les opportunistes font des promesses aux deux partis, excitent les craintes de l'un, exas-

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pèrent les appétits de l'autre, se font aider par chacun d'eux contre l'autre et finissent par gober l'huître en donnant à chacun d'eux une écaille.

Beaucoup de gens, la majorité du pays peut-être, accepteraient volontiers la République de 1789, s'ils ne la croyaient pas la mère fatale et inévitable de la République de 1793 et de ce qui Ta suivie.

Voyons ce qui se passait en 1789. La France venait de subir avec enthousiasme le despotisme magnifique de Louis XIV, en murmurant un peu et en le chantonnant à demi-voix, et le despotisme crapuleux de Louis XV.

Un jeune roi doux, honnête, pacifique, aimant la justice, aimant le peuple, venait d'abolir les a corvées 3>, de supprimer la a torture », de régénérer la marine, de créer le port de Cherbourg, de rétablir le port de Dunkerque,^e faire prendre à la France une part glorieuse dans l'indépendance de l'Amérique; il avait spontanément renoncé à une partie de ce qu on a appelé depuis la liste civile, en supprimant des dépenses que ses ancêtres avaient toujours crues nécessaires à la dignité de leur couronne.

Il convoquait les états généraux en disant :

<( Tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous pouvez, vous devez l'attendre de moi.

» Je veux connaître les droits et les besoins de la nation : les municipalités, les bailliages, les

luMnmes choisis dans tous les états ont été invités à concourir, par leurs lumières, au grand ouvrage de la restauration projetée. »

Mirabeau lui répondait :

« Vous avez daigné nous appeler pour consulter avec vous des biens de l'État.

» Nous déposons aux pieds du trône notre respectueuse reconnaissance.

» Ce qui distingue le plus éminemment Votre Majesté, c'est l'amour de la justice, l'attachement de vos peuples pour votre personne sacrée, etc. »

Ce même Mirabeau disait le 8 juillet 1789 :

« Une voix unanime crie dans tout le royaume : » Nous chérissons notre roi, nous bénissons le ciel » du don qu'il nous a £sdt de son amour. »

Le 4 août 1789, sur la proposition de M. Lally- Tollendal, TAssemblée avait- proclamé Louis XVI restaurateur de la liberté française.

Le 15 juillet, le roi venait sans cortège, sans gardes, témoigner ses peines à l'Assemblée nationale et lui demander son concours pour faire renaître le calme.

L'Assemblée tout entière l'avait reconduit au château, où il se rendit à pied, « ayant l'amour de la nation pour garde et les représentants pour cortège >.

Avec l'assentiment du roi, on déclarait, on publiait, en les sanctionnant par un vote solennel, « les droits de l'homme et du citoyen ».

La puissance royale, toujours avec l'assentiment du roi, recevait d'étroites limites.

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On dépouillait les cahiers contenant les vœux de toutes les municipalités et de tous les bailliages.

Ces cahiers étaient unanimes sur c le gouvernement monarchique, l'inviolabilité de la personne sacrée du roi, l'hérédité de la couronne de mâle en mâle ». Ces principes n'étaient mis en question par aucun.

C'était bien alors la volonté de la nation. On n'avait pas encore perfectionné, comme on l'a fait depuis, Tart d'inspirer, d'influencer, d'exaspérer, de « faire », de sophistiquer l'opinion publique, art si victorieusement exercé par nos honunes politiques et qui fait jeter des cris de paon effarouché à l'opposition, quand le pouvoir fait tout bas, un peu timidement, maladroitement et sans résultats, ce qu'elle pratique beaucoup, hautement, audacieusement, triomphalement.

Si Ton s'en était tenu là, la liberté, l'égalité devant la loi assurées, la royauté, clef de voûte, le roi, simple président d'une république, occupait la place pour qu'elle ne fût pas un appât perpétuel à de dangereuses convoitises; un roi premier sujet de la loi, maintenu héréditaire pour qu'un usurpateur ne trouvât jamais la place libre I

Mais là devait s'arrêter le règne des idées, des idées élaborées, vulgarisées par les philosophes, les grands penseurs, les grands écrivains, parmi lesquels, lorsqu'il s'agit de ces hautes questions, je ne donne pas place à Voltaire.

Au règne des idées succéda rapidement le règne des appétits.

Louis XVI, né souverain de trente millions de sujets, étant devenu le seul sujet de trente millions de souverains, devait obéir à leurs volontés diverses et contraires.

Au règne des lois on substitua les caprices d'un peuple facile à agiter, à influencer, à tromper, à enivrer.

Aux représentants du peuple français, c'est-àdire de l'universalité de la nation, — populus, — succédèrent les flatteurs^ les fous d'une partie seulement de ce peuple, — plehs^ — les prolétaires; au pouvoir d'un seul, pouvoir tempéré et borné, succéda la tyrannie de tous, puis la tyrannie des pires; après le peuple, la populace; après la populace, la canaille.

On guillotina Louis XVI, qui s'était volontairement désarmé pour les fautes et le despotisme de Louis XIV et de Louis XV. Puis ce fut la terreur, l'anarchie. Après quoi parurent les opportunistes de ce temps-là; on créa le Directoire. C'était le despotisme semblable à ces écuyers du cirque qui dépouillent trois ou quatre costumes superposés avant de paraître en amour et en maillot rose.

Le Directoire, les trois consuls, le consul à vie, l'Empire, etc.

J'ai décidé de ne pas être long; c'est pourquoi je réserve pour un autre chapitre ce que oe gouvernement transitoire, éclairé par une coûteuse et cruelle expérience, avait fait subir de modifications et au suffrage, et à l'élection, et à la représentation nationale : la nécessité reconnue du

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suffrage à deux degrés, de la résidence pour les électeurs et surtout pour les candidats, et, circonstance d'une haute moralité, la condition d'être marié pour faire partie du conseil des Anciens.

Je veux seulement ici constater l'amour du rouge, du clinquant, de l'oripeau, des plumets, des écharpes, auquel se prêtait indulgemment ce qui restait alors de république.

Nous avons vu renaître ce goût de la mascarade et de la « pose » pendant la Commune, écharpes à franges d'or, plumets et panaches, bottes de maroquin vert, rouge ou bleu, étoiles d'or et d'argent, broderies, etc.

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