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ÉLOGE DE SOI-MÊME FAR SOI-MÊME LA QUESTION DU VIN — UNE CONQUÊTE

Depuis bien longtemps que j'écris et que la haine du faux, de l'injuste et du laid m'a fait abandonner la poésie pour la guerre, j'ai eu une singulière fortune. N'ayant aucun intérêt à aucune forme politique, à aucun gouvernement, à aucun maintien, à aucun changement; décidé à n'être jamais rien dans rien, ne jouant, ne pariant d'aucun côté, je me trouvais naturellement, et sans grand génie, merveilleusement placé pour voir les choses et les hommes, précisément commue sont les uns et les autres. Il m'est donc arrivé de trouver certaines solutions à des questions réputées difficiles et embarrassantes, parce que chacun les jugeait ou,- plutôt, les plaidait au point de vue de son intérêt personnel. Mais, je l'ai déjà dit, je ne crois pas avoir entendu dire de moi deux fois en tout : « Il a raison. » Mais, on a dit souvent : « Comme il avait raison il y a dix ans, il y a un

moisi comme ir avait raison hierl » c'est-à-dire lorsque, la partie étant jouée, les enjeux ramassés et mangés, on était devenu, comme moi, indifférent sur les résultats.

Les Gvspes de 1839 avaient prédit quel serait l'avenir de la « réforme électorale » et combien peu le « suffrage universel » serait universel. J'ai assez heureusement tranché la question de a la propriété littéraire > par la proposition d'une loi en un article, en une ligne, généralement adoptée depuis :

La propriété littéraire est une propriété.

Vers la même époque, il se présenta une autre question, la question du pain.

D'une part, l'acheteur voulait que le pain de^ quatre livres, payé pour quatre livres, pesât quatre livres.

D'autre part, les boulangers soutenaient que la cuisson rendait le poids incertain. On plaidait de part et d'autre; l'autorité hésitait. Je trouvai cette solution : « On ne vendra plus de pain de quatre livres; on vendra quatre livres de pain. >

Une toute petite phrase encore a, jusqu'ici, réfuté victorieusement les plaidoiries ampoulées contre la peine de mort :

« Abolissons la peine de mort, j'y consens; mais que messieurs les assassins commencent. »

Si je rappelle les quelques circonstances où Ton a reconnu assez généralement, après quelque temps, que j'avais raison, c'est un peu par vanité, je me hâte de le dire avant vous, mais aussi, pour

VOUS faire penser que je pourrais bien avoir raison aujourd'hui sur quelques points actuellement en litige.

Je parle dans l'hypothèse où la République ne serait pas renversée une troisième fois par les pseudo -républicains et resterait le gouvernement de la France* Nous sommes donc en république.

Il faudrait établir le suffrage à deux degrés.

Exiger la représentation réelle, c'est-à-dire la résidence au moins depuis cinq ans du candidat dans le département qu'il prétend représenter; cela nous débarrasserait de ces avocats errants, qui, affiliés à une coterie, se présentent toujours le plus loin possible des lieux où ils sont connus.

L'indemnité des députés par l'État serait supprimée; le département qui se croirait plus utilement représenté par un député pauvre ou vivant de son travail se chargerait de l'indemnité.

Le président de la République, entrant en fonctions, nommerait, à chaque ministère, des hommes spéciaux désignés par leur habileté dans leur métier, sans se préoccuper de leurs opinions politiques, qui seraient, pour ces ministres mêmes, ayant mené une vie laborieuse et occupée, assez peu importantes.

Aucun ministre ne serait pris dans l'une ni dans l'autre assemblée; la timbale ôtée du mât de cocagne, on serait peu ardent à y user platoniquement ses culottes.

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Outre ces ministres d'affaires, il y aurait un ministère de combat représentant aux Chambres les idées et les actes du gouvernement et seiTant de « tète de turc » aux députés éloquents.

Le ministère d'affaires ne serait pas remplacé pendant toute la durée de la présidence; l'autre serait remplacé tous les mois, même de façon que tout le monde à peu près pût y prétendre.

Le ministère d'affaires nommerait, en entrant en fonctions, des préfets ayant fait certaines étudies et ayant appris le « métier de préfet ». Ceux-là non plus ne seraient remplacés que pour félonie, abus de pouvoir, incapacité.

On éviterait ce qu'amène aujourd'hui le changement perpétuel des ministres et des autres fonctionnaires : à savoir qu'on semble n'exiger des préfets qu'une ignorance complète et de leur métier de préfet et des mœurs, des intérêts, des besoins du département où ils tombent aussi au hasard que la bille d'ivoire qui sort du cylindre de la roulette ; par suite de quoi, la France entière n'est pas administrée, si ce n'est par la routine de quelques employés subalternes dont la place, peu rétribuée, n'excite l'envie de personne.

On brûlerait la tribune dans une grande fête nationale ; on consacrerait cette vérité incontestable qu'un avocat, après dix ans d'exercice, ayant plaidé naturellement toutes les questions dans les deux sens, est devenu impropre aux affaires publiques et ne peut que les embrouiller. Notez que ce ne sont pas les premiers de l'ordre qui se jet-

tent dans la politique, mais les Petit-Jean, les V Intimé et les Chicaneau,

Quant à la presse, un des éléments qui, avec le suffrage dit universel, rend tout gouvernement impossible, il faudrait faire une distinction entre l'écrivain publiant ses idées, ses opinions, ses pensées, isolément et sous sa responsabilité, et une société rédigeant un journal . Pour le journal , il faudrait :

!• Exiger la signature réelle;

2** User largement du droit de réponse et du « communiqué », ne laisser passer sans réponse aucune insertion mensongère ni même inexacte, et charger ainsi le journal de faire imprimer, de mettre sous bande et d'envoyer par la poste la réfutation desdites assertions précisément aux mêmes lecteurs qui les auraient lues; car il n'est d'aucune efficacité, lorsqu'un journal a dit à Pierre que tel ministre est un coquin, qu'un autre journal aille dire à Paul que ce n'est pas vrai.

L'instruction devenue obligatoire : Si j'avais l'honneur d'être despote, j'aurais pensé qu'intellectuellement des hommes qui viennent d'apprendre à lire sont comme des enfants auxquels on donne du lait avant de leur donner de la viande. J'aurais édicté de sévères lois de surveillance sur ce qui s'imprime. Il s'agit de nourrir, non d'empoisonner les esprits, non de faire des abonnés et des lecteurs à un tas de carrés de papier écrits, sans talent, sans bon sens, sans moralité.

Mais, comme il n'y a aucune chance que je sois

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jamais seulement garde champêtre, il faudrait au moins que lÉtat créât une publication, avec le concours exclusif de tous les hommes de talent, de tous ceux qui ont leur public éparpillé dans le monde, de tous les conducteurs des esprits et des âmes; que cette publication ne reculât devant aucune dépense, en papier, en impression, en illustrations; qu'elle fût la mieux informée, la plus intéressante, la plus amusante, et qu'elle ne coûtât qu'un sou ; qu'elle fût envoyée à toutes les écoles et lue publiquement par les instituteurs, faisant le dimanche, en forme de conférence, qui serait l'objet d'un supplément de traitement, des séances de lecture.

Il faudrait, pour consolider et constituer la République, il faudrait bien des choses... et malheureusement nous ne sommes pas sur le chemin qui y conduirait.

Il faudrait surtout que le parti de la France se constituât et se rangeât en &ce des partis affamés et des coteries altérées qui se disputent ses lambeaux.

Attendons, en continuant de semer la vérité à poignées, quelques grains tomberont en terre fertile et peut-être répandront à leur tour leur semence autour d'elles. En tout cas, avant de partir, nous aurons accompli la mission qui nous a été accordée, en même temps que le don modeste d'un bon sens peu écouté.

Aujourd'hui, nous allons traiter la question du vin.

La « sophistication », — c'est-à-dire le vol, l'empoisonnement, deux crimes réunis en un vol qualifié délit, et moins, beaucoup moins puni que chacun des deux éléments qui le composent, — singulière aberration I prend chaque jour des proportions plus formidables, et ce n'est pas qu'en France, et ce n'est pas seulement depuis le 16 mai : à la réunion des brasseur» de bière d'Allemagne, on vient de rejeter la pétition de deux brasseurs :

« Prier le conseil d'hygiène de demander à la chancellerie impériale une loi qui interdise remploi de tous les ingrédients autres que le malt (l'orge), le levain et l'eau pour la fabrication de la bière. »

C'est-à-dire la défense de voler et d'empoisonner les buveurs de bière.

Quant au vin, voici le procédé ejnployé chez nous : on prend du vin, on le mélange de moitié d'eau ; on lui rend de la force avec du plâtre, du fumier de pigeon, de mauvaise eau-de-vie et quelques autres drogues plus ou moins malsaines; puis on lui rend la couleur avec la fuchsine, qui est un poison.

Les poursuites dirigées et commencées contre ce double crime, qualifié délit, vol et empoisonnement, ont besoin d'être vives et opiniâtres, aujourd'hui où plus de la moitié de la France a mal à l'estomac, le grand ressort de notre machine, et où une foule de maladies inconnues et beaucoup moins fréquentes autrefois se répandent en véritable épidémie.

Mais les cabaretiers, les marchands de vin sont

aujourd'hui les grands électeurs. C'est surtout chez eux que se fait la politique. Ils sont les abonnés les plus constants des carrés de papier rouge, grâce auxquels la fuchsine n'est pas le seul poison qu'on y absorbe par plaisir.

On a tort, d'ailleurs, de s'alarmer outre mesure de la maladie de la vigne; de progrès en progrès, on est bien près de se passer d'elle. En efTet, il est grossier de faire encore le vin, comme on le faisait du temps de Noë, avec du raisin et des vignes. Les vignes, d'ailleurs, sont vieilles, souvent malades, il faut perdre son temps à les soigner. Il est plus simple de s'en passer. A la viticulture en coteaux, on s'occupe de substituer l'œnoculture en chambre.

Dans un logement assez vaste, étiquetez chaque chambre d'après la fabrication que vous y comptez faire. Sur la porte de la chambre à coucher inscrivez : ChâteaurYquem; sur la porte du salon : SUlery mousseux; sur la porte de la cuisine : Muscat et frontignan ; sur la porte de la bibliothèque : Tokayj lacryma-christi^ etc.

Le vin est devenu une drogue malsaine; il y a quelque chose de plus malsain encore, les cabarets; mais qui osera toucher à l'arche sainte? qui osera attaquer les abus du cabaret? L'État perçoit immoralement sa part de bénéfices sur l'eau vendue comme vin. Le « travailleur » politique, dont le nombre s'accroît tous les jours au cabaret, à la brasserie, au café, dépense, quand il travaille, la plus grande partie de son gain, buvant à la fois

la prose et le vin également empoisonnés et fuchsines, et, avec la plus grande partie de son gain, il boit le pain de sa famille, les jupes de sa femme et de ses filles, auxquelles, faute de vêtements propres, toute distraction est refusée. D'ailleurs, il ne sortirait pas avec elles; il ne va plus à la campagne, le dimanche, comme autrefois, faire un gai repas et rapporter des lilas et de la gaieté gour toute la semaine. Non, il va au club, à la réunion. D'ailleurs, sa femme est trop mal mise. Il rêve de chiJDfonner des robes de soie, et, en attendant l'avènement de la « vraie république », de la « Marianne », de la « sainte », d'aucuns « flirtent» avec des robes de soie traînées dans le ruisseau et tâchent de les subjuguer avec des accroche-cœur '' pommadés.

Pour les meneurs, les avocats de langue et de plume, du parti soi-disant républicain, l'ouvrier ne doit plus être menuisier, charpentier, 'forgeron ; il passe ouvrier en grèves, en émeutes, en révolutions, ouvrier surtout tireur de marrons du feu. On le jette à la bataille dont lesdits meneurs tiennent à couvrir leur précieuse peau. Quand l'émeute, la sédition subit une répression, hélas I parfois sanglante, les chefs ou s'enfuient, ou se mettent avec l'autorité victorieuse et deviennent conservateurs... pour quelque temps.

Sous Charles VI, sous Henri II, sous Louis XIV, on permettait aux marchands de vin, taverniers, aubergistes, de « vendre du vin à pot », ce qu'on appelle encore en Normandie, à dépoteyer; mim

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non de le donner à boire chçz eux, sinon aux voyageurs.

La coutume de Paris, celle de Normandie, celle de Calais, enlèvent à tous cabaretiers tavemiers, cauponiers^ le droit de poursuivre en justice, pour le payement du vin bu chez eux,- tandis que ce droit leur est conservé pour le vin emporté au logis pour être bu en famille, etc.

Ajoutez à ces ordonnances celle du roi Jean, défendant aux marchands de vin tout mélange ou adjonction d'eau (4350) :

« Le vin ne pourra être vendu sous aultre nom que son cru et provenance réels. »

Dégrever d'une très grande partie des droits le vin pour la famille; doubler, tripler les droits sur celui qui se boit au cabaret.

Exiger la pureté, la sincérité des liquides vendus; ne reconnaître plus les dettes de cabarets, tavernes, cafés ou brasseries, etc.

Et, sans illégalité, sans arbitraire, seulement en ne permettant plus aux marchands de voler et d'empoisonner leurs clients, vous verrez avant un an se fermer d'eux-mêmes plus de la moitié de ces établissements, source de folie, de désordre, de trigtesse, d'envie, de dégoût du travail, et de misère pour la plus grande partie de la classe ouvrière.

Et moi aussi, je suis conquérant I j'ai agrandi mon empire ! Un coin de mon jardin était pierreux; je soupçonnais un rocher; je l'avais abandonné au thym et aux cistes sauvages. Mais, hier,

j'ai sondé le sol et je me suis dit : « Est-ce bien un rocher? » J'ai pioché, bêché : il n'y avait que des pierres séparées, grosses et petites. Je les ai enlevées, et j'ai trouvé une terre excellente, formée des détritus des herbes sauvages depuis... longtemps, depuis... peut-être toujours. Là, j'ai pu planter trois rosiers Maréchal-Niel^ qui me feront, en s'entrelaçant les uns avec les autres, le plus beau bouquet de fleurs jaunes qu'on puisse imaginer. Et cette conquête n'a pas coûté la vie à cent quarante mille Hommes, une montagne de cadavres vêtus, à peu près par moitié, de deux uniformes différents, et qui n'avaient pas d'autre raison de s'entre-massacrer.

Et je me suis dit : « Est-ce qu'il n'y avait pas, en France et en Allemagne, en Russie et en Turquie, de la terre à défricher ? »

Le « papier rouge » dont je parlais l'autre jour m'avait trompé, et aussi M. Engelhard, le nouveau président du conseil municipal de Paris; est-ce bien Engelhard qu'il se nomme? Il n'y a pas moyen de loger dans sa mémoire d'une façon correcte les noms de fonctionnaires qui se succèdent et se remplacent tous les jours. M. Engelhard aussi m'avait trompé.

Le « papier rouge » disait que, « échappés au gouvernement des ducs et des tyrans » , nous étions dans une situation absolument prospère, et M. Engelhard a dit, de son côté, qu'il n'y a plus qu'à rappeler nos frères de Nouméa, « enfants d'une même patrie », pour que nous soyons parvenus au plus haut degré de la civilisation. Un examen attentif m'a fait voir qu'il manque encore deux ou trois autres petites conditions nécessaires pour que nous parvenions au comble du bonheur et au sommet de la civilisation.

Quant à M. Engelhard, sa situation était difficile ; il succède à uil homme qui a donné à la démocratie intransigeante des gages qu'il est impossible de dépasser et malaisé d'atteindre. Aller à Londres, payer à dîner aux incendiaires et aux assassins de la Commune, parricides « enfants d'une même patrie », aux frais de la ville de Paris qu'ils ont br.ûlée; proposer de fusiller le maréchal de Mac-Mahon, c'était très fort, et, pour ne pas rester trop au-dessous d'un pareil modèle, M. Engelhard ne pouvait faire moins que ce qu'il a fait ; mais il nous est permis, de notre côté, de noter, de signaler quelques progrès encore possibles dans la voie de la civilisation.

Par exemple, le banquet pour fêter la mort de Louis XVI, banquet présidé par M. Duportal, — Duportal ava^it la lettre^ — ne peut-il pas, à certains esprits chagrins, rappeler un peu trop les danses des sauvages cannibales autour des enne- . mis qu'ils vont manger? Ce culte pour Marat, cette tendresse pour les assassins des otages, pour ceux qui ont fusillé les généraux Bréa, Clément Thomas et Lecomte, pour ceux qui ont brûlé vif un officier, n'aurait-elle pas le droit d'étonner de la part de gens qui réclament , en toute circonstance, l'abolition de la peine de m'ort, si l'on ne savait que cette abolition ne s'étend qu'à eux-mêmes et à leurs complices et amis, que la peine de mort abolie pour les assassins sera conservée, par exception, d'abord pour les rois, présidents, ducs, etc., puis pour ceux qui, le soir, laissent voir une chaîne de montre?

Dans leur duel contre là société, nos politiques soi-disant républicains me rappellent un homme qui, grâce à certaines insolences, s'était mis une affaire sur les bras. Il acceptait la rencontre, mais à certaines conditions : le combat aurait lieu au pistolet, à bout portant, et il tirerait le premier. Un témoin de l'adversaire demanda pourquoi il n'ajoutait pas, pour plus de sécurité, que son pistolet serait seul chargé.

C'est le même principe qui préside aux invalidations.

Deux candidats sont en présence : si le pseudorépublicain est éhi, tout est bien, il n'y a qu'à rendre hommage à l'infaillibilité du suffrage universel ; mais, si c'est l'autre, le suffrage s'est trompé ou a été trompé, on casse l'élection. C'est encore un combat où il n'y a qu'un seul pistolet chargé, et c'est invariablement celui du candidat pseudo-républicain. C'est une roulette où l'on recommence le coup tant que la bille ne s'est pas arrêtée dans une case rouge. Cette règle est encore appliquée un peu timidement aujourd'hui ; mais quelles sont les limites où s'arrêterait ce droit irrégulier, attribué si étourdiment aux majorités? Qui peut garantir qu'une application plus large, plus hardie, n'arriverait pas à changer la majorité en unanimité?

Le plus simple bon sens, le plus léger sentiment d'équité indique clairement que cette attribution est complètement absurde; que l'on peut être combattu, mais non jugé par ses adversaires, les vaincus par les vainqueurs; que les fraudes électorales,

les influences illégales, les manœuvres déloyales sont des délits et même des crimes et ne peuvent être équitablement jugées que par des magistrats et des juges indépendants et désintéressés, c'est-àdire étrangers aux débats qui ont été la cause de ces délits ou de ces crimes, c'est-à-dire n'étant ni députés ni candidats.

De toutes les influences, de toutes les manœuvres, de toutes les roueries employées par les candidats de tous les partis, on fait une masse que l'on met au compte des conservateurs, au compte des vaincus, ces pelés, ces galeux d'où nous vient tout le mal et qui ont si méchamment tondu du pré électoral la largeur de la langue.

Cet abus de pouvoir exercé par la majorité est, d'ailleurs, un luxe puéril qu'elle se donne. Qu'at-elle besoin de renvoyer une minorité qui ne la gêne en rien, décidée comme elle Test à ne tenir aucun compte de ses vœux, de ses tendances, de ses résistances, de ses objections? La majorité se gâte, s'amollit et devient de Spartiate athénienne, et d'athénienne sybarite. La présence des conservateurs à l'Assemblée n'est que la feuille de rose pliée en deux qui empêchait l'efl'éminé Myndiride de dormir : Quod foliis rosœ duplicatis incubuisset. (Sénèque, De ira.)

La tyrannie d'une majorité qui refuse à la minorité le droit d'exister lui donne en même temps le droit de combattre pour la renverser ; la minorité représente trois millions d'électeurs, et, ces trois millions d'électeurs n'exerçant plus aucuns droits,

sont changés en un peuple d'ilotes, si la majorité ne tient aucun compte des opinions, des sympathies de cette minorité et ne fait pas à ces opinions, à ces sympathies, une part équitable dans le gouvernement du pays ; on ne reste ilote que tant qu'on ne peut plus faire autrement, et, comme le dit la chanson des casseurs de pierres sur les routes :

Quand les gens sont malheureux, C'est souvent bien malgré eux.

Il est évident pour tout homme équitable, (Je bon sens et de sang-froid, que, lorsqu'un pays est partagé en deux moitiés à peu près égales, et tout à fait égales si l'on attribue, comme il est juste de le faire, les abstentions au parti conservateur, moitié républicains, moitié conservateurs, il est évident que l'on ne peut appliquer une forme ni de royauté absolue, ni de république absolue, sous peine de se voir sans cesse menacé d'un coup de bascule par le hasard ou les fraudes du scrutin qui a proclamé la République à la majorité d'une voix. Pour moi, qui suis républicain de conviction, qui ai combattu pour la République, avec Cavaignac^ avec Charras, avec Vaulabelle, avec Thouret^ avec Bastide , ajoutons avec Sénard , avec Dufaure même, ces deux derniers tant au'ils sont restés avec nous, je suis convaincu que le seul gouvernement possible aujourd'hui en France, parce quô ce serait le seul légitime, le seul donnant satisfac-

tion à tous les droits, serait la royauté représentative, et aussi pour une autre raison très puissante : c'est que c'est le seul chemin qui puisse conduire à rétablissement sérieux, solide, durable de la République dans un avenir plus ou moins prochain, — le temps de créer et d'élever des républicains, car la répubhque d'aujourd'hui pratiquée, même par les gens que nous savons, peut se définir comme je définissais un jour la musique sans mélodie : « une perdrix aux choux où il n'y aurait que des choux :».

Si disciplinés, si complètement d'accord contre les conservateurs, les républicains sont loin de s© montrer aussi unis entre eux et nous montrent les premières scènes d'une tragi-comédie que nous avons déjà vue plusieurs fois. La répubhque pour ces gens n'est pas un but, mais une échelle. Ceux qui, arrivés au haut de l'échelle, enjambent les fenêtres de la salle du festin, n'ont pas envie d'admettre tant de gens au partage des victuailles, bombances, etc., dont ils sentent l'odeur; ils se retournent et s'efforcent de renverser l'échelle sur ceux qui la leur ont tenue.

Les opportunistes du haut de l'échelle font tomber le dédain sur les intransigeants, qui sont sur les premiers échelons et n'attendent que d'être en haut à leur tour pour dédaigner, repousser les communards, qui à leur tour leur tiennent l'échelle, comme ils l'ont tenue aux opportunistes. Rien de plaisant comme les airs de pudeur effarouchée que prennent les opportunistes à l'égard de ceux

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de leurs rivaux auxquels ils pensent jeter au nez la preuve de quelques faiblesses.

Ce malheureux Duportal en est en ce moment un exemple; ce n'est pas un scélérat, c'est un homme médiocre qui a pensé arriver à une place rétribuée, au « bien-être », par la République. Un jour que la République était battue et que c'était Napoléon III qui donnait les préfectures, il a demandé une préfecture, une sous-préfecture, à Napoléon III, se montrant conséquent, ferme dans ses convictions, fidèle à son but, qui était d'obtenir une place rétribuée qu'il a redemandée à la République et obtenu d'elle quand la République a été victorieuse à son tour.

Les opportunistes ressemblent à ces coquettes et plus que coquettes qui, devenues vieilles, entrent en religion ou en feuilleton, et se consolent de ne pouvoir plus pécher en vitupérant austèrement, sévèrement, inexorablement, les péchés des autres ; ceux qui possèdent le don phénoménal en France de se rappeler quelque chose après six mois peuvent se souvenir d'avoir vu les Gambetta et les Jules Favre faire en rivalité des mines provocatrices à l'Empire, qui se décidait à appuyer à gauche. Ceux-là n'ont pas oublié les éloquentes antithèses de Victor Hugo contre la république rouge, ni les petits vers de tel ou tel, aujourd'hui républicain, pour célébrer les grâces et la beauté de l'impératrice aux soupers de Compiègne.

C'est à qui, pour avoir l'air d'être sans péché, jettera, les uns la première, les autres le plus

grand nombre de pierres à Tin fortuné Duportal, qui tout simplement n'est ni plus ni moins républicain qu'eux, aime les sous - préfectures et eh demande à ceux qui les donnent, et a eu le tort, n'étant pas républicain, ne sachant même pas ce que c'est, de se déguiser en Brutus, en Horatius Codés^ hors du carnaval. Quant à M. Gambetla, qui, le matin, avait exécuté et M. Duportal et M. Bonnet, et, le soir, à un banquet de Belleville prêchait l'union entre républicains, on ne doit entendre par union que la discipline et l'obéissance à ses volontés ; et il me fait souvenir d'une courtisane fameuse, connue sous le nom du roi des forêts, qui disait à quelqu'un qui s'étonnait des soins aJDfectueux, respectueux même, que continuaient à lui rendre les divers amants qu'elle avait successivement ou simultanément ruinés et trompés : « Mon secret est bien simple : je ne quitte jamais un amant sans garder précieusement de quoi le faire mettre aux galères. »

Enfin, nous avons un ministre, le général Borel, qui n'est pas orateur; les uns s'en affligent, les autres s'en moquent. Seraisje seul à m'en réjouir et à l'en féliciter, comme je fis autrefois à propos du maréchal Soult, qui faisait, à l'occasion, quelques cuirs à la tribune? La tribune donne trop d'avantages aux avocats ; le plus piètre d'entre eux parlera tant qu'on le supportera, et sans s'arrêter, sur ce qu'il sait le moins ; tandis qu'un vieux soldat, éprouvé dans cent combats, hésitera, balbutiera, aura... peur pour parler de ce qu'il sait le mieux.

Il n'y aura de vraie paix, de vraie prospérité, de vraie stabilité, enfin de vrai bonheur en France que le jour où, dans une grande fête nationale, on brûlera la tribune au Champ de Mars.

Le ministre de l'instruction publique demande et va obtenir quelque chose comme cent vingt millions , soixante comme subvention , soixante comme avances des communes, pour la fondation des écoles. Je ne ïe connais pas et ne puis savoir si c'est un homme qui comprend bien que l'instruction publique obligatoire et gratuite ne doit pas avoir pour but unique de faire des abonnés à la République française, au Réveil^ au Rappel et autres papiers rouges, et des clients aux brasseries, ni de faire de tous les Français mâles des aspirants acharnés à, la présidence de la République.

Gomprendra-t-on enfin qu'à la maison d'école, dans les communes, doit attenir un grand jardin, que le msdtre d'école doit posséder des connaissances agricoles et horticoles, cultiver ce jardin avec ses élèves, et que de ce jardin doivent sortir les bonnes doctrines de culture, les progrès réels, les meilleurs greffes, les meilleures semences, et qu'il faut que l'habitant des campagnes trouve dans la vie des champs et un aliment pour ses facultés intellectuelles développées, et un but légitime à une ambition raisonnable? Que de bonnes demiheures j'ai passées, le matin, en 1848, à causer de ces choses -là avec Thouret, un vrai républicain celui-là, ministre de l'agriculture sous la présidence de Cavaignac.

Je demanderai la permission à M. Engelhard de lui dire qu'il y a réellement plus de choses qu'il ne le pense qui nous séparent du sommet de la civilisation. Outre les quelques points que je viens de toucher, les danses d'anthropophages et d'as- • pirants sous - préfets autour de l'échafaud de . Louis XVI, de Marie- Antoinette et de la douce et charmante Elisabeth, etc., il y a la question des enfants.

Si la France doit être sauvée et redevenir la France, ce . sera par un gouvernement qui saura réprimer, contenir la génération présente et élever celle qui doit lui succéder.

La société n'a pas le droit d'attendre rien de bon de cette armée d'enfants qui, chaque neuf mois, sont jetés dans la vie sans amour, sans soins de mère et ne reçoivent rien de la société, qui exige d'eux des devoirs qu'elle n'a pas remplis à leur égard.

Des philanthropes de papier ayant remarqué, il y a, je crois, quelque vingt ou trente ans, que beaucoup de filles-mères, la plupart abandonnées par leurs séducteurs, allaient porter les pauvres créatures qu'ils mettaient au monde dans ces toursy asiles mystérieux imaginés par saint Vincent de Paul, un vrai saint, s'en prirent bêtement aux tours des nombreux enfants abandonnés, et aussi à saint Vincent de Paul, qu'ils eurent un moment l'idée de faire décanoniser pour supprimer les tours.

Cette énorme et désastreuse sottise rappelle celle

d'un maire d'un.pays vignoble : les anciens du pays avaient remarqué que, vers le temps où fleurit l'aubépine, il survenait parfois des gelées blanches tardives qui faisaient du tort à leurs vignes ; le magistrat municipal fit arracher les aubépines.

Les tours fermés, je ne tardai pas, pour ma part, à constater qu'on ne déposait plus d'enfants dans les tours^ mais que, en revanche, on en jetait 'beaucoup dans les puits et dans les latrines.

Je vous assure, monsieur Engelhard, que ce n'est pas le combat dé la civilisation.

Des esprits droits et de bons cœurs se sont opiniâtrement attachés à cette question du rétablissement des tours, qui va être portée aux Chambres. Je ne veux pas douter que ce rétablissement ne soit voté à l'unanimité ; après quoi, il faudra s'occuper de ce que deviennent ces enfants qui, confiés à des soins mercenaires, pas assez surveillés, présentent une effrayante mortalité, ont mérité à certaines entrepreneuses d'allaitement le nom de « faiseuses d'anges i> et ont fait dire à lin maire d'une des communes de France où la profession de nourrice et de faiseuses d'anges est la plus grande industrie : « Le cimetière d'ici est pavé de petits Parisiens. » Je reviendrai sur ce sujet. Non, ce n'est pas encore le temps de parler paisiblement de fleurs et d'ombrages.

ou ON PAYE DE JUSTES LOUANGES

Comme, Tautre jour, mes yeux étaient tombés par hasard sur quelqu'une des pages que j'ai écrites depuis quelques années, je fus frappé d'une manière fâcheuse du ton chagrin qui y règne, et je me demandai s'il ne m'arrivait pas, ce qui arrive si souvent aux vieillards, de se désaffectionner, disons le mot, de se dégoûter d'un monde qu'on doit bientôt quitter et où l'on ne joue plus d'autre rôle que le rôle sacrifié appelé « tapisserie » des vieilles femmes qui mènent leurs filles au bal, tapisserie que beaucoup d'entre les jeunes semblent trouver trop épaisse. Suis-je donc devenu un de ces « louangeurs du temps passé » dont parle le poète, laudator temporis acti, de ces gens qui déclarent qu'on ne saitplus faire les miroirs depuis que les miroirs ne leur présentent plus qu'un vieux visage et une barbe blanche? N'y a-t-il donc aujourd'hui que des sujets de critiquer, de blâmer, de s'indigner,

de maudire? N'y a-t-il pas un homme qu'on puisse louer, un acte qu'on puisse admirer ou au moins approuver.?

Et je pris la résolution de regarder attentivement autour de moi et de chercher quelques sujets d'éloges. Je mis une plume neuve dans le porteplume de mon ami Léon Gatayes, que ses filles m'ont donné, et déjà je me sentis disposé à la bienveillance.

Voyons, que se passe-t-il ?

Il se passe quelque chose qui fait beaucoup de bruit et qui a, de tout temps, servi de texte de louanges en vers et en prose.

Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire,

disait le sévère Boileau à Louis XIV, qui' avait fini par croire qu'il se battait lui-même et remportait personnellement ses victoires.

Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion...,

disait incorrectement Malherbe à Louis XÏII.

Ce sont les « moissonneurs de lauriers, cueilleurs de palmes » et tueurs d'hommes qui ont toujours excité l'amour, la reconnaissance, l'enthousiasme des peuples et des poètes, et les modèles d'éloges ne me manqueraient dans aucune langue ni à aucune époque.

L'empereur Alexandre vient de « triompher du

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Croissant ». A son retour dans ses États, ses sujets ont baisé ses mains et ses habits; les journaux nous racontent les bons dîners que font ensemble à Constantinople et le sultan vaincu 'et le grandduc Nicolas vainqueur.

Voilà certes un sujet de louanges tout trouvé.

Hélas! j'ai toujours professé peu de^ sympathie pour les conquérants. Ils commencent par infliger à leurs peuples tous les maux que ceux-ci vont les aider à faire subir à d'autres peuples, et il serait difficile de décider si c'est leur peuple ou l'autre que le ciel a voulu punir en les créant.

L'empereur de toutes les Russies veut-il ajouter quelques Russies à toutes les Russies qu'il gouvernait déjà? Est-il sûr de gouverner réellement toutes ces Russies dont il était déjà le maître? Ses vastes possessions sont-elles suffisamment peuplées? Sont-elles entièrement et parfaitement cultivées? La guerre est-elle le moyen le meilleur de peupler et de cultiver? A-t-il besoin de sortir de chez lui? N'a-t-il pas des conquêtes pacifiques à faire à l'intérieur? Est-ce en largeur seulement et non en hauteur qu'il faut grandir? L'empereur de Russie ne voit-il pas l'Internationale miner le terrain chez lui comme chez nous et chez les Allemands?

N'a-t-il pas déjà, comme tous les* autres, assez d'ouvrage chez lui, et plus de villes, de terres, de

peuples qu'il n'en peut gouverner et même connaître ?

A vrai dire, cette guerre et cette conquête ne seraient raisonnables que si, au lieu de continuer à prendre pour prétexte la « protection des chrétiens » , le vainqueur actuel avouait, comme l'avouait Catherine II, qu'il préfère les orangers et les citronniers aux sapins et aux bouleaux; et si^ s'emparant de la Turquie d'Europe, il disait au sultan et à son peuple : « Un navire trop grand gouverne mal; en échange de l'empire turc, nous vous abandonnerons Pétersbourg, Moscou, la Sibérie, etc. ; à votre tour d'être Russes, il y a assez longtemps que, nous le sommes; à votre tour d'avoir froid. »

Ce n'est donc pas de ce côté-là que je vais tourner mon encensoir.

Est-ce du côté de la Chambre, qui vient de voter la liberté des cabarets, la liberté de l'ivrognerie, de la bêtise, de la folie, de la misère? Les 400 000 cabarets que nous possédons n'étaient-ils pas déjà suffisamment influents et prépondérants dans le gouvernement de la France?

Non, ce n'est pas non plus du côté de la Chambre» Mais j'ai mon affaire : le jugement du capitaine Garcin et une circulaire de M. Dufaure. Il y a longtemps surtout que je n'avais eu occasion de louer un ministre. Profitons-en.

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Ce n'est pas le capitaine Garcin que je veux louer, ce n'est pas non plus les journaux qui ont blâmé le ministère public d'avoir manqué de politesse et d'urbanité à son égard; on assure que cet assassin ne subira pas la peine capitale à laquelle il est condamné, et cela à cause de son âge.

S'est-il, à la rue des Rosiers, enquis de l'âge de Lecomte et de Clément Thomas?

Je ne dirai rien à ce sujet; il y en a tant d'autres qui ont joué les vrais premiers rôles dans la Commune et sont aujourd'hui honorés et riches, tandis que leurs comparses ont été fusillés, que mon indignation à ce sujet est fatiguée.

Mais je veux parler d'hommes qui, contre ces hordes sauvages ameutées et lancées par nos tribuns d'estaminet, se sont montrés des héros.

Je veux parler de M. Léon Franck, qui, voyant le général Lecomte la proie de ces cannibales, que le pauvre général avait donné l'ordre d'épargner, dit : « Nous n'avions plus, pour notre honneur, qu'à partager son sort; » et, faisant un noble mensonge, ajouta : « Je suis l'aide de camp du général, » lui donna le bras, ne le quitta plus et ne fut sauvé que par une sorte de miracle.

Je veux parler de M. Alfred Meyer, qui a victorieusement disputé tant de victimes à ces bêtes féroces en exposant dix fois sa vie.

Voilà des hommes, de vrais hommes I

Eh bien, ce pauvre peuple français est tellement aburi, tellement démoralisé aujourd'hui, que ce ne sont pas ces hommes-là qu'il aime, qu'il admire.

i76 LES POINTS SUR LES i

dont il dit, en les voyant passer dans la rue et en saluant : « Tiens 1 le voilà I »

Non, ceux qu'il porte dans son cœur, ceux qu'il prend pour guides, pour maîtres, ceux qu'il suit, -ceux auxquels il obéit, au nom de la liberté, ses dieux, ce sont des bavards, qui ie grisent de paroles vides et , sonores, qui l'envoient à la bataille impie, à la guerre civile, et qui se tiennent prudemment à l'écart pendant le combat, et cela non pas une fois, mais dix fois depuis quarante ans.

Je veux aussi louer M. Dufaure.

M.Dufaure, dans sa circulaire à MM. les procureurs généraux, a montré du bon sens et du courage, deux qualités plus rares aujourd'hui que jamais et dont il faut savoir gré surtout aux hommes dévoués qui acceptent les conditions de ce ^u'on continue encore par habitude à appeler « le pouvoir », obligés qu'ils sont de se soumettre à une puissance occulte, irresponsable, tyrannique, -qui leur donne à Toreille des ordres qu'ils ne font que répéter tout haut; il ne faut donc pas manquer une occasion de les encourager; sait-on combien de temps on trouvera encore des hommes d'une certaine valeur qui consentent à tant obéir pour avoir l'air de commander : Omnia serviliter pro dominatione.

Il s'agit, dans la circulaire de M. Dufaure, de -certaines fonctions dépendant de la magistrature,

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des attachés à la Chancellerie et des attachés de première classe dans les parquets.

Mais peu importe de quelles fonctions il s'agit; ce que je veux faire ressortir, c'est le bon sens et les considérations sur lesquels s'appuie le garde des sceaux.

« Dans un pays démocratique comme le nôtre, » dit M. Dufaure, « au moiûent où nos institutions » politiques se fortifient et se développent, il est » indispensable que les fonctionnaires publics de » tout ordre ne doivent leur élévation qu'à leur » propre mérite. C'est à ce prix qu'ils* peuvent » justifier aux yeux du public la confiance que le » gouvernement leur a Hémoignée et conquérir » l'autorité nécessaire à l'accomplissement de leur » mission.

» Les attachés à la Chancellerie et les attachés » de première classe dans les parquets devront » être préalablement reçus docteurs en droit, et » ensuite nommés à la suite d'un concours public » présidé par des juges compétents.

» Je suis persuadé que ce système de recrute- » ment doit être maintenu et généralisé.

» L'exercice des fonctions judiciaires exige des » garanties d'honorabilité et de moralité... Mais à » la dignité de la vie privée doivent s'ajouter les » garanties d'aptitude et de savoir qui ne pour- » raient être mieux constatées que par des épreu- » ves publiques; c'est en répondant, sur ce point, » aux exigences de l'opinion que nous assurerons » à la magistrature un mode de recrutement pro-

» pre à fortifier son prestige et à sauvegarder sa » dignité et son indépendance.

» Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas de créer » un petit nombre de candidatures privilégiées, niais » d'un mode de recrutement destiné à devenir une » règle générale^ et personne n'aura de raison d'es- » pérer que des sollicitations opportunes pourraient » les dispenser d'une préparation laborieuse. » ' Voilà ce que dit M. le garde des sceaux dans sa circulaire à MM, les procureurs généraux.

Après avoir, en passant, relevé l'impropriété du mot « prestige », qui exprime d'ordinaire en bon français, langue qu'on ne parle plus guère, une illusion plutôt qu'un chose, une attitude plutôt qu'un caractère, un effet plutôt qu'une réalité, après avoir, en passant encore plus vite, remarqué les « sollicitations opportunes », qui semblent une allusion à la tyrannie des « opportunistes », mais ne sont peut-être qu'un lapsus causé par la préoccupation de cette tyrannie, ou même une faute d'impression, opportunes pour importunes^ je me réjouis de voir qu'il est désormais impossible à M. le garde des sceaux de ne pas être d'accord avec moi sur un point que je vais traiter le plus brièvement possible.

Je m'en réjouis d'autant plus que je n'ai pas toujours eu cette fortune de me trouver d'accord avec lui : par exemple, lorsque M. Dufaure, dernier ministre du chef du pouvoir exécutif Gavaignac,

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détournait Cavaignac de se laisser nommer président pour cinq ans par l'Assemblée, qui y était décidée, et lorsque, moi, publiant le Journal, je soutenais par mes écrits et par mes paroles cette disposition de TAssemblée, qui eût dès lors très "probablement fondé « pour de bon » la Républic[ue et nous eût épargné l'Empire, la guerre, l'invasion, la Commune et le reste.

A la suite de ce désaccord, je m'en retournais à mon bateau et à mes rosiers de Sainte-Adresse, et M. Dufaure fut le premier ministre du prince Louis-Napoléon.

On ne peut rien dire de plus sensé, de plus sage, que ce que vient de dire M. le garde des sceaux à MM. les procureurs généraux.

En effet, comment veut-on que des fonctionnaires publics, investis de la confiance du gouvernement et le représentant, ayant besoin d'inspirer également aux populations de la confiance et du respect, puissent atteindre ce but s'ils ne joignent pas a à une vie privée parfaitement honorable, à des antécédents irréprochables, les études, les connaissances, les aptitudes qu'exigent leurs fonctions? »

Et comment atteindre ce but, qu'il faut absolument atteindre si l'on veut constituer un gouvernement réellement républicain et réellement durable, si les places de... préfets et de sous-

préfets, par exemple, pour ne citer que celles-là, sont données à. ce des sollicitations importunes et opportunes, dispensant ces fonctionnaires d'une préparation laborieuse », c'est-à-dire les dispensant d'étudier et d'apprendre le métier qu'ils sont appelés à faire?

Si les ministces arrivant au pouvoir se croient le droit et le devoir de distribuer ces fonctions et tant d'autres à leurs amis et compagnons, soit de salon, soit de café, selon les habitudes antérieures desdits ministres, sans leur demander ni soumissions ni garanties d'aucun genre?

S'il suffit d'être affilié à tel ou tel parti, collaborateur ou abonné à tel ou tel journal, pour être jugé digne et capable d'administrer .un département, sans avoir étudié, souvent même sans avoir visité ce département, sans connaître à aucun degré sa situation, ses mœurs, ses intérêts, ses besoins sens rien entendre à l'administration, s'il suffit que vous ayez besoin des appointements d'une préfecture pour que vous soyez bombardé préfet, au Nord ou au Midi, à l'Est ou à l'Ouest?

Alors il arrive... ce qu'il arrive, que le préfet nouveau n'administre pas, se livre à une coterie qui l'attend à la gare, et lui fait une c ovation », et que la France est administrée tant bien que mal plutôt mal, par de vieux employés très subalternes, dont la place ne vaut pas la peine d'être enviée, demandée et conquise mais qui possèdent les traditions et les routines de l'administration, qui savent graisser les roues de la charrette qui

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roule sans trop grincer, mais suit au hasard un chemin et des ornières qui ne conduisent nulle part ou conduisent à un précipice.

Cette facilité d'arriver aux fonctions publiques bien rétribuées, sans « préparation laborieuse », comme dit M. Dufaure, « au moyen de sollicitations opportunes ou importunes »^ par camaraderie, pour prix d'une collaboration^ d'une complicité dans telles ou telles intrigues, dans telle révolution ou telles émeutes, en compensation de telle condamnation, de tel emprisonnement, etc., comme nous avons vu M. Marc Dufraisse, préfet des Alpes-Maritimes, M. Esquiros et M. Gent successivement préfets à Marseille, M. Duportal, préfet à Toulouse, M. Cotte, préfet du Var, et tant d'autres, au grand danger et au grand détriment de la France ; cette facilité a, entre autres, pour résultats déplorables, de jeter un grand nombre de paresseux, d'incapables, de décavés, de déclassés, de fruits secs dans la vie politique, c'est-à-dire au jeu de la politique et des révolutions, se préparant aux fonctions publiques non par l'étude et le travail, mais par le café, le billard, les dominos, les cartes et l'absinthe.

Si un cordonnier, venant vous prendre mesure de souliers, vous disait qu'il n'a jamais appris le métier de cordonnier, qu'il n'a jamais fait de souliers, mais a le droit, sinon de vous en faire, du

moins de vous en faire payer, parce qu'il a été mis en prison en 4848 ou en 1870, parce qu'il était « habitué » du café du coin de la rue, oâ il jouait au besigue avec MM. tels et tels, vous hausseriez les épaules et vous mettriez l'impertinent ou le fou à la porte.

Et croyez-vous que le métier d'administrateur n'ait pas besoin d'être appris autant que le métier de cordonnier? Ne pensez- vous pas qu'un homme même intelligent, même instruit, aurait b^oin d'études spéciales, de « préparations laborieuses »?

Certes, lorsque le bon Grémieux écrivait à M. Marc Dufraisse venant prendre possession de la préfecture des Alpes-Maritimes : « Ne manquez pas de consulter Alph. Karr, qui connaît Nice, l'a habitée longtemps , y a conservé des relations , des amis et une certaine influence, et consultezle sans ombrage, car il ne veut pas être préfet I » ce n'était pas seulement par désintéressement , par amour de la liberté, que je n'aurais pas voulu être préfet; c'est aussi parce que je ne sais pas le métier de préfet; et je ne le sais pas parce que je ne l'ai ni étudié ni appris.

Je me suis fait volontiers écrivain, parce que j'avais appris à écrire, et, hélas I n'avais appris que cela.

Plus tard, et pendant longtemps, je me suis fait jardinier, mais après avoir étudié, appris et pratiqué le métier de jardinier.

Et c'est avec surprise et admiration que je vois tant de gens accepter, demander, solliciter, exi-

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ger des préfectures et des sous-préfectures, qui certes n'en savent pas plus long que moi de ce métier.

La circulaire de M. Dufaure nous doit donner lieu d'espérer que cet état de choses si dangereux^ si malsain pour la France, va cesser d'exister, qu'on demandera aux aspirants sous-préfets et préfets et autres fonctionnaires, non à quel café ils jouent aux dominos, non à quel club ils appartiennent, non à quel journal ils sont abonnés, non combien de mois de prison ila ont subis ; mais quelles études ils ont faites, quelle aptitude ils ont montrée, quelles « garanties, non seulement de moralité, mais aussi d'aptitude et de savoir ils présentent ».

Espérons que ces garanties seront jugées (c ne pouvoir être mieux constatées que par des examens et des épreuves publics, présidés par des juges compétents ».

Espérons que « ce mode de recrutement va devenir une règle générale » et ne s'appliquera pas seulement à la magistrature.

Espérons que « les fonctionnaires publics de tout ordre ne devront désormais leur élévation qu'à leur propre mérite » ;

Que les « sollicitations » n'y seront pour rien ;

Que l'aptitude ne sera pas appréciée arbitrairement, mais « constatée par des e^^amens, des épreuves publics » .

Espérons que les places ne seront plus données à ceux qui ont besoin des places, mais à ceux dont les places ont besoin.

Espérons que la « politique », au lieu d'être une association de corsaires ou de pirates se réunissant pour faire des « prises » et partager le butin, redeviendra la science étudiée, apprise, de conduire les nations à la plus grande somme possible de liberté, de respect des lois, de prospérité et de bonheur. .

Et alors, pour ma part, je serai d'accord avec ceux qui tendent à ce but, comme je le suis aujourd'hui avec M. Dufaure, et je leur payerai un juste tribut de louanges, comme je me plais à le faire aujourd'hui.

Pour fonder la république et pour raffermir la société ébranlée, il est indispensable de contenir la génération actuelle, complètement affolée, et d'élever la génération qui doit la suivre, c'est-àdire l'élever dans les idées du devoir, du travail, du respect des lois, de l'amour de la famille et de la patrie.

Entre les conditions nécessaires pour atteindre ce but, il en est trois principales.

Diminuer le nombre des cabarets où l'ouvrier va perdre son argent et son temps, et se livre à des plaisirs égoïstes, grossiers et aussi malsains pour l'esprit que pour le corps, et soumettre ceux qu'on maintiendra à des garanties qui en diminuent le plus possible le danger.

S'occuper de donner une nourriture saine aux esprits nouvellement admis à la lecture, et à ceux qui vont y être admis par suite de l'instruction gratuite et obligatoire.

Lutter contre la bibliothèque d'idées fausses qui vient envahir les esprits de la classe ouvrière, et démontrer qu'il y a quelque chose de pire que l'ignorance.

Reconstituer l'armée par la discipline ; faire du passage des citoyens dans l'armée une éducation qui leur laisse ensuite l'intelligence et l'habitude du respect des lois, sans lequel il n'y a ni liberté, ni sécurité, ni bonheur.

Nos législateurs viennent de répondre à ces trois besoins :

Par la liberté d'ouvrir des cabarets, qui étaient déjà 400 000 en France ;

Par la liberté du colportage des écrits les plus incendiaires, les plus empoisonneurs ;

Par la destitution du gouverneur de Paris, qui avait approuvé un soldat pour un acte de discipline et de devoir; qui, dans une autre circonstance et pour un fait identique, avait fait décorer un autre soldat par M. Thiers, alors président de la République.

Le général de Geslin, remplaçant le mot civil, en usage dans la troupe pour désigner ceux qui ne sont pas soldats, par le mot citoyen, a été accusé d'avoir employé le mot citoyen ironiquement.

Supposons le mot citoyen employé ironiquement, l'affront ne tomberait pas sur la qualification de citoyen, mais sur l'individu auquel, en l'appliquant ironiquement, on proclame qu'on l'en juge indigne.

Le crime du général de Geslin consisterait donc

dans le crime de lèse-majesté contre les souteneurs des danseuses de barrière.

Il est à remarquer que, depuis qu'on a dit à cette portion de la nation qu'on appelle exclusivement, improprement et injustement le peuple, que le peuple qu'elle est, est souverain et roi, ce roi nouveau semble aller prendre ses modèles et ses ancêtres, non parmi ses prédécesseurs, les monarques pacifiques, doux et bienveillants, mais parmi les tyrans les plus cruels et les plus insensés.

La peine qui frappe le général de Geslin pour avoir employé ironiquement le mot citoyen à l'égard d'un homme auquel la police correctionnelle vient d'infliger une peine qui, je crois, lui enlève momentanément les droits civiques, ressemble à celle qu'infligea Galigula à un Romain qui s'était permis de corriger un esclave paresseux et insolent, mais qui avait dans sa poche un portrait de l'empereur sur une pièce de monnaie.

Le receveur des domaines de Grasse (Alpes-Maritimes) vient de mettre en vente publique, aux enchères, un certain nombre de « pièces à convictions » désormais sans utilité et déposées au greffe du tribunal. Parmi ces objets se trouvaient plusieurs pièces ayant joué un rôle dans la procédure faite à la suite de l'évasion du maréchal Bazaine dç l'île Sainte-Marguerite, entre autres la corde au moyen de laquelle la légende prétend qu'il est descendu sur les rochers. Cette corde a été vendue deux cent cinquante-cinq francs.

Cette corde m'a rappelé la crédulité dont ont fait preuve à cette époque et les journaux, et leurs plus perspicaces reporters, et le public, et la justice elle-même.

On se rappelle le récit qui a été fait et accepté de cette évasion.

Madame Bazaine, souffrante et très sujette au mal de mer, avec l'aide d'un jeune cousin qui n'avait jamais manié les avirons, avait, sur une barque et avec les rames, par un coup violent de mistral et un gros temps, traversé l'espace qui sépare Cannes de l'île Sainte-Marguerite et qui exige, de beau temps, une demi-heure sur une barque à voile conduite par des marins Elle avait accosté les rochers qui servent de base à la prison et sur lesquels la mer déferlait avec fureur, pendant que le maréchal, obèse et peu adroit des mains, descendait, toujours par un vent soufflant en foudre, au moyen d'une corde à laquelle il se tenait d'une seul main, l'autre étant occupée à allumer, par le frottement, une allumette dont la flamme, triomphant du mistral, servait de signal à ses libérateurs.

Or, précisément, cette nuit-là, dans les mêmes parages, à Saint-Raphaël, j'avais des filets à la mer; le temps était si mauvais, que, jugeant prudent de les enlever, mon gendre, mon matelot et moi, trois hommes vigoureux et très accoutumés à la mer, nous poussâmes une embarcation pour aller les chercher à quelques encablures de la plage. Eh bien, le vent soufflait avec une telle rage, la

mer. était si grosse, que nous fûmes plusieurs fois sur le point de renoncer^ et que ce n'est qu'avec la plus grande peine et une rude fatigue que nous vînmes à bout de notre entreprise.

Quant à accoster l'île Sainte-Marguerite sur le point où madame Bazaine et son parent passent pour l'avoir fait, ni nous ni aucun autre de nos pécheurs et de nos marins ne l'auraient même essayé.

Pour nous comme pour tous les marins de la côte, il est évident que M. Bazaine est sorti par la porte de sa prison et qu'il est parti sur une chaloupe du navire italien alors en vue, qui est venue le prendre en accostant l'île, non au pied de la forteresse, comme on l'a dit, mais de l'autre côté, du côté de l'île Saint-Honorat, c'est-à-dire à l'abri du mistral.

Les journaux, leurs reporters, le public et les magistrats n'en acceptèrent pas moins la fable récitée par madame Bazaine.

Par suite de quoi la corde a été vendue deux cent cinquante-cinq francs.

Les personnes qui, non satisfaites de lire les trois premières pages des journaux, ne peuvent assouvir leur désir d'apprendre et de se former le cœur et l'esprit qu'en lisant également la quatrième page consacrée aux annonces, doivent croire que la France est tin pays sur lequel s'abattent toutes les maladies, non seulement anciennes, mais aussi les maladies nouvelles et quotidiennement inocu-

lées, et il est à craindre que, sur la foi de ces annonces, on n'écrive un jour : « Le Français, né malin, spirituel, aimable, brave, mais léger et inconstant, est, en outre, débile, chétif, malsain, complètement démoli. i>

Voyez à combien de maladies on offre des remèdes, et combien de remèdes I

Asthme, toux nerveuse, rhumes, catarrhes, épi- «

lepsie, paralysies, névroses, délirium trémens, convulsions, vertiges, appauvrissement du sang, chlorose, anémie, fièvres, métrites, affections biliaires, ophtalmie, surdité, dyspepsies, gastrites, gastralgies, dyssenteries, congestions, eczémas, etc., etc., gouttes, bronchites, phtisie, rachitisme, etc., etc., gravelle, diabète, etc. ; partout ces mots terribles, en lettres de toutes couleurs et de toutes grosseurs, dans les journaux, sur les murs, dans les gares de chemins de fer, sur les omnibus, viennent affliger les regards et l'esprit.

Si bien que la France a Fair d'un immense hôpital I

Mais, d'autre part, que de remèdes : pilules, eaux, capsules, gouttes, liqueurs, dragées, pâtes, farines, papiers, élixirs, liniments, liqueur?, sels, trochisques, frictions, poudres, vins, pastilles, topiques, sirops, bonbons, pommades, injections, globules, dilutions, spécifiques, teintures, extraits, baumes, huiles, etc.

Et tous ces remèdes sont souverains, invincibles.

Si telle farine a guéri 100 000 malades, une au-

tre farine en a sauvé 150 000, et tel baume 300 000.

Aussi, après avoir été effrayé du nombre et de la diversité de maladies et de malades, rassuré, consolé par le nombre et la diversité, et surtout l'efficacité des remèdes, on reste étonné de ce qu'il reste encore des malades et des maladies.

Et cela rappelle le médecin Bordeu, qui, dit-on, sur la fin de sa vie, tomba en enfance. Un jour, il parut inquiet et dit : « D'où vient qu'on ne me demande plus pour des malades? Est-ce que je n'ai plus de réputation? — Des malades, lui répondit la personne qui le soignait, des malades I il n'y en a plus, vous les avez tous guéris. »

Unie de ces annonces , fréquemment reproduite depuis quelque temps, m'a particulièrement frappé.

C'est une annonce ainsi conçu :

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