‹ Les poisons bactériensChapitre 15 sur 39 · Voir à ce sujet · texte numérisé non relu

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Flugge, Les micvoor iiinismcs. Paris, ISS?.

Gamaléia. Sur la rcproluc ion du choléra chez les lapins. Congrès du Berlin, 1810.

CouiiMONT, Etude sur les substances solubles prédisposant à l'action pathogène de leurs microbes producteurs. Lyon, 1891.

active des microbes, le liquide de culture est acide et dénué de tout pouvoir toxique. Plus tard, quand les bactéries ont fini de se multiplier et se déposent au fond du ballon de culture, le liquide devient alcalin et de plus en plus toxique. Sa toxicité augmente dans une certaine mesure, progressivement avec la durée de séjour des bactéries dans leur liquide alcalin de culture.

L’explication de ce fait est très simple. Le poison se trouve renfermé dans le corps des bactéries et il n’en est extrait que lentement par le liquide alcalin dans lequel elles sont macérées.

Cette hypothèse que nous avons faite sur l’origine de tous les poisons microbiens des corps des bactéries, a été déjà émise par Cantani à propos du poison cholérique. Cantani supposa que dans les cultures cholériques ce sont les bacilles euxmêmes qui sont toxiques, comme certains champignons qui provoquent l’empoisonnement par l’injection. Ganta, ni ne prouva pas son hypothèse qui resta longtemps sans appui1 2. Depuis, nous avons montré que les cadavres de diverses bactéries restent très toxiques, même après avoir été soumis à la chaleur de 100° et de 120° 3.

1. Cantani, Die Giftiglce.it der Cholerabacillen. ( Deutsche niedic. Wochenschrift, -1886, n° 48.)

2. Gamaléia, Sur la destruction des bactéries dans les organis-

mes fébricitants. (Ann. de l’Inst. Pasleur , 1888, n° 5.)

Plus tard nous avons trouvé qu’on peut préparer des cadavres du vibrion cholérique et du vibrion avicide des extraits très toxiques qui possèdent en même temps des propriétés vaccinales '.

En même temps que cette étude de l’action générale des cadavres bactériens, les recherches sur leurs effets locaux se poursuivaient. Après que Grcivilze t Wyssokowitchoni montré queles cadavres de certaines bactéries ont la propriété de produire la suppuration chez les animaux, Buchner a fait de cette question une étude spéciale. — Par l’ébullition avec les alcalis étendus, Buchner a réussi à extraire des corps de différentes bactéries comme le bacille typhique, le bacille pyocyanique, des substances en général peu toxiques mais jouissant de la propriété de produire par injection sous-cutanée une inflammation exsudative. A des doses plus faibles, elles provoquent seulement l’émigration leucocytaire, ou, pour nous servir d’un terme plus moderne, la chimiotaxie positive . — Par leurs propriétés chimiques ces substances

■1. Gamaléia, Vaccination chimique. (Ann. de l’Inst. Pasteur, 1889, n» 10.)

N. Gamaléia, Sur la vaccination chimique contre le choléra asiatique. (C. R. Acad, des Sciences, 20 août 1888.)

Gamaléia, Sur la vaccination cholérique. (C. IL de la Société de Biologie, 30 nov. 1890.)

2. Düchner, Ueber eitererregende Slofjfe in Bactericnzellc (Berl. Klin. Woch., 1890, n° 30); aussi Cent. f. Bactériologie, VIII; aussi Berl. Klin. Woch., 1890, n° 47.

correspondaient assez bien à celles que Neiicki avait décrites sous les noms de mycoprotéine et antracoprotéine. Buchner les considéra comme des alcalialbumines ou protéines et sous ce nom elles ont été étudiées depuis. Leur propriété la plus curieuse a été surtout mise en évidence par Koch. Déjà en 1889 nous avons indiqué que les cobayes tuberculeux ont une sensibilité extrême vis-à-vis du poison vibrionien. Koch a réussi à extraire des bacilles tuberculeux par le chauffage avec la glycérine une substance, appelée la tuberculine, qui s’est montrée extrêmement active envers les tuberculeux. Elle provoque chez eux les phénomènes si souvent décrits de la réaction générale et locale. Cette réaction des tuberculeux à la tuberculine a été longtemps considérée par méprise comme une particularité caractéristique de celte dernière. Mais, depuis, il a été démontré que, outre le vibrion avicide et le bacille tuberculeux, beaucoup d’autres bactéries renferment une substance analogue dans leurs corps. Buchner et Rôhmer ont donné la recette suivante pour l’extraction de ces substances. On sèche les bactéries retirées de leurs milieux de culture. On les fait bouillir plusieurs heures dans l’eau alcalinisée et on laisse la décoction macérer pendant plusieurs jours à la température de 37°. Puis on filtre le liquide et on en précipite la substance active par

l’acide acétique. Ainsi, nous voyons qu’avec les protéines de Buchner les poisons provenant des corps bactériens acquièrent complètement le droit de cité en bactériologie. — Mais on doit faire des restrictions très importantes au sujet de celte conception des protéines.

D’abord, Buchner et les auteurs qui l’ont suivi, établissent une distinction fondamentale entre les protéines et les toxalbumines ou les toxines '. Celles-ci proviendraient des sécrétions des bactéries; celles-là seulement de leurs corps. Les protéines exerceraient la chimiotaxie positive; les toxines la chimiotaxie négative. Nous reviendrons tout de suite sur le rôle des poisons microbiens dans l’inflammation. Quant à la provenance de ces poisons, nous avons déjà vu qu’il existe des raisons pour supposer que les toxalbumines sont aussi contenues dans les bactéries. Si Buchner n’a réussi à extraire des cadavres microbiens que les protéines, cela tient évidemment à son procédé trop brutal de décoction des bactéries, procédé qui détruit sûrement les toxalbumines. Nous avons montré que dans le choléra, on obtient par l’extraction à 55°-60° un autre poison que celui qu'on extrait par l’ébullition. De même, pour la tuber-

1. Klempersr, Die Bezieliungen verschiedener Bâcler iengi fie zur Immwnmrung und Heilung. (Zcilsch. f. Klin. Me.lic., 1892, t. XX, p. 16“».)

culose, si au lieu du procédé de Koch on emploie l’extraction plus ellicace de Weijl par l'eau alcalinisée à do basses températures , on trouve un poison plus actif que la tuberculine et doué d’autres propriétés physiologiques et chimiques. (Voir page 151.) Or, il est plus simple de supposer que tous les poisons des microbes proviennent de leurs corps; mais que l’extraction à de basses températures nous donne les toxalbumines ou les poisons primaires, et la décoction, les protéines ou les poisons modifiés.

Du reste, en revenant au point de départ des recherches de Buchner, à la suppuration produite par les cadavres microbiens, il est juste de noter que ce savant a complètement échoué dans sa tâche de trouver les substances pyogènes. — Les protéines qu’il a isolées produisent l’inflammation exsudative et non pas la suppuration. Buchner a trouvé l’analogie de la suppuration dans l’émigration des leucocytes, dans la chimiotaxie positive provoquée par ses protéines. Mais, cette chimiotaxie positive non seulement n’a pas la signification de la suppuration, mais elle n’est même pas l'inflammation. Elle n’est que l’hypcrémie. On la voit quand on introduit des doses- très petites des protéines (en tubes capillaires) sous la peau des animaux. Quand on augmente les doses injectées on constate, comme nous l’avons vu, la production

de l’inflammation exsudative séreuse sans leucocytes. Ainsi, par conséquent, la chimiotaxie positive, par l’augmentation des doses, devient la chimiotaxie négative et ne peut aucunement servir à la distinction des deux classes des poisons. Mais, la suppuration n’est pas obtenue avec les protéines. Buchner n’a pas par conséquent réussi à extraire les substances pyogènes des corps microbiens. Il est très probable qu’il a éeboué précisément par suite de son procédé peu ménagé d’extraction, et que les substances pyogènes appartiennent à la catégorie plus fragile des poisons primitifs. Quant à la nature chimique des substances retirées par Buchner des corps des bacilles, leur identité avec la classe des alcalialbumines ou protéines ne peut non plus être admise. Buchner avait trouvé que ces substances présentent les réactions des albuminoïdes et qu’elles sont en outre précipitées par la neutralisation par l’acide acétique de leurs solutions alcalines. Mais, cette dernière réaction qui a servi pour classer ces substances, n’était qu’une réaction artificielle produite à cause de leur extraction par les alcalis des corps bacillaires. Quand Buchner, plus tard, employa pour cette extraction l’eau neutre, il n’a plus vu la précipitation par les acides *. Si l’on continue

1. IIoemer, Durstdlunrj uni Wirkung proleinhalliger Bâcler ien extrade. ( Berl . Klin. Woch., 1891, n° 51.)

tout de même d’appeler les protéines ces substances, ce n’est que par un abus de langage. De même la tuberculine de Koch , qui appartient par toutes ses propriétés physiologiques à la même classe que les protéines de Buchner , mais qui est extraite au moyen d’un dissolvant neutre, ne présente pas les réactions caractéristiques pour les alcalialbumincs. Il est évident par conséquent que les substances de Buchner ou nos poisons modifiés ne sont pas des alcalialbumines. Nous avons déjà exposé dans le chapitre précédent que nous les croyions être des nucléines. Pour la tuberculine spécialement notre hypothèse se trouve confirmée par la richesse de cette substance en phosphore, qu’on trouve même après avoir débarrassé des sels phosphoriques le bouillon où a végété le bacille de la tuberculose et qui va être concentré au bain-marie pour l’extraction de la substance active Ainsi, par conséquent, les recherches modernes sur l’origine des poisons microbiens nous conduisent aux mêmes résultats que l’étude de leurs propriétés chimiques. Les poisons microbiens doivent être divisés en primaires et secondaires. Ils sont les résultats de la synthèse créatrice des bactéries et proviennent des corps bacillaires. Ainsi

1. Bourcault, Éludes chimiques sur le bacille de la luberculose aviaire. (Thèse de Paris 1892.)

se trouve encore une fois confirmée noire hypothèse sur leur nature chimique qui les identifie avcclcsparlics constituantes des noyaux cellulaires, les vitellines et les nucléincsi.

La toxicité des corps microbiens peut avoir aussi une signification téléologique, explicable au point de vue de la lutte pour la vie et de la sélection naturelle. Car la toxicité des corps des bactéries pourrait leur être utile comme un moyen de se préserver contre les agresseurs qui voudraient les manger.

1. Ajoutons que, d’après les recherches de Butschu ( Ueber die Natui • der Bactemenzelle), les bactéries morphologiquement sont constituées surtout par un gros noyau.

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