‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 135 sur 236 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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qui doit s’expédier clandestinement aux États-Unis, où ce poisson se vend de cinquante centins à une piastre la livre, et on aura une idée des dégâts qui se commettent.

“ Les lacs où se fait cette pêche illégale sont situés dans les cantons d'Abercrombie, Morin, Howard, Beresford, Wolfe, de Salaberry, Clyde, Grandison, Joly, Marchand, Labelle, La Minerve et Loranger. Dans tous ces cantons, il y a un nombre immense de grands et de petits lacs où foisonne la truite. Mais, si personne n'arrête le dégât qui se commet actuellement, il est fort à craindre qu'avant peu d'années il n’y ait plus de poisson à protéger.

“ L'état actuel des choses est encore aggravé par le fait qu'il y a conflit de juridiction entre le gouvernement fédéral et celui de la province de Québec. Pendant que le premier réclame le droit de faire des règlements pour la protection du poisson et nomme des gardes-pêche qui sont censés les mcître eu force, le second s’arroge le contrôle des eaux, se basant sur un jugement de la cour suprême — “Queen »s Robertson” — qui, préten&-il, lui donne ce droit, Jusque-là le mal ne serait pas grand, sil y avait itente entre les deux gouvernements, et si l’on voulait bien voir à

ce que la loi fût appliquée d'une manière efficace, afin que le poisson soit protégé. Mais il est loin d'en être ainsi. Le gouvernement fédéral à bien deux gardes-pêche résidant, l’un à Saint-Sauveur et l'autre à Sainte- Adèle; mais il est notoire que ces deux officiers sont impuissants à prévenir ou empêcher le mal.

“ Dun autre côté, le gouvernement provincial laisse faire, se contentant de dire que puisque le gouvernement fédéral juge à propos de faire des lois pour la protection du poisson, c'est à lui de les faire observer. Æ1 nune erudimini, gentes !

“Tout cela pourrait prêter à rire, si la chose n'était pas aussi sérieuse, Il fut un temps où le poisson fourmillait dans les lacs, en arrière de la Buaie-Saint-Paul, de la Malbaie, de Kumouraska, Cacouna, Rimouski, ete. On partait le matin, au petit jour, pour revenir le soir “avec sa charge” comine disent nos gens. Allez-y voir maintenant! A l'heure quil est, quand ces endroits sont fréquentés chaque saison par un grand nombre de touristes, quelle plus grande attraction pourrait-on leur offrir que celle de la pêche à la mouche ?

“Malheureusement, le poisson y a été tellement détruit que le jeu nen vaut pas la chandelle. Sur tout le parcours du chemin de fer, au nor de Saint-Jérôme, il y a de charmants endroits où les citoyens de Montréal bâtiront sous peu des résidences, afin d’y aller passer deux ou trois mois pendant la belle saison, Pourquoi ne pas protéger ie poisson de ces lacs et augmenter la source de jouissances que nos citadins en retireront ?

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“ Maintenant, se demandera-t-on, quel est le remède au mal ? Il est bien simple. La loi actuelle est sage et opportune ; elle sauvegarde les intérêts du colon aussi bien que ceux des sportsmen. Qu'on prenne les moyens de la faire observer. Qu'on nomme des gardes-pêche intelligents, honnêtes et industrieux dans les localités où il en faut; qu’on fasse surveiller les lues, les stations de chemins de fer et les endroits d’où lu truite s’expédie ordinairement ; qu'on confisque le poisson pris en temps défendu ; qu'on impose de fortes amendes, et quand les commerçants sapercevront que le trafic devient danger. ‘ax, ils ne tarderont pas à labandonner. Nous sommes bien certain que si quelques-uns de ces individus tombaïient sous l’action dun juge Dugas, qui est un “grand pêcheur” devant Dieu et devant les hommes, ils ne s'en tireraient pas les mains nettes. Les colons ne trouvant plus d'acheteurs à leur porte cesseraient de pêcher pendant le temps défendu, et tout rentrerait dans l'ordre.

“ D'un autre côté, le gouvernement local à son devoir à remplir. Il importe qu’il encourage la formation de clubs de chasse et de pêche. Ces clubs sont d'un grand avantage pour la protection du gibier et du poisson, tout en favorisant les pauvres colons à qui ils donnent un emploi rémunératif etqu'ils paient comptant par les provisions qu'ils achètent. Ces clubs sont aussi des gardiens spéciaux qui ont pour mission de voir à ce que les poissons des lacs soient protégés. Il existe plusieurs de ces clubs en divers endroits de la province ;: le nombre pourrait en être quintuplé avec avantage. On à peu d'idée du bien que de telles associations ont fait dans les comtés d'Ottawa et de Pontiac. Les lacs de cette région étaient presque complètement ruinés par la pêche d'hiver, quand le Bureau des terres se mit à les louer à différents clubs. A l'heure qu'il est, il n’y a pas moins de quinze à dix-huit associations de ce genre sur le parcours des chemins de fer de Pontiac et de la Gatineau, et le nombre en augmentera quand la ligne sera ouverte jusqu'au Désert, Il ne se voit plus de truite prise en temps défendu sur les marchés d'Ottawa, ni dans les hôtels. Les colons comprennent que leurs meilleurs amis sont les sportsmen qui les paient généreusement pour tout ce dont ils ont besoin. Il en sera de même pour le Grand Nord si l'on veut bien adopter les moyens que nous venons de sugoérer, ”?

Pour la truite libre où sauvage de nos lues, l'été s'est écoulé dans une noce perpétuelle, dans, des jouissances sans cesse renouvelées, toujours vives autant que variées, Gourmande, elle trouve à sa portée, dans le

cristal des eaux, des mets abondants et savoureux, sous forme de

blanchaille ou d’ablette de toute description, des insectes à foison, des buissons d’écrevisses, à demande, tout cela apprêté à la Vatel ou à la Brillat-Savarin. Le dessert se prend sur la nappe des eaux, comme à la

voltige, affaire d'attraper une mouche, une manne, une libellule, une araignée, un papillon ou une chenille peut-être. Oh ! c'est un vrai festin de reine ! Puis, elles vont faire la sieste, au fond, sous ces longues herbes enlacées en parasol, en dôme, tendues contre les rayons du soleil, et la vague murmurante les endort sur un lit de sable doré,

Vous les voyez en troupes de même taille, des compagnes, des amies d'enfance, passer d'un taillis à un bocage sous-marins, s'arrétant par endroits pour prendre langue, s’enquérir des lieux, jouir de la vue d'un paysage pittoresque, ou se mettre sous la dent quelques gardons appé. tissants. Et le soir, on se rend au casino, pour avaler force sorbets que leur verse la chute voisine, gracieuse naïade qui descend de la montagne, au-devant d'elles, son urne à la main, en robe blanche, et couronnée de fleurs et de fruits. Ce dolce farniente se prolonge, par une succession ininterrompue de piques-niques, de courses à l'aventure, de bonds hardis hors de l’eau, à la happe, à la gobe des mouches, se terminant parfois, hélas! par un enlèvement violent qui rejette meurtris au fond d'une grossière embarcation, ces sybarites habitués aux molles caresses des flots. Cela n'empêche pas les compagnons de continuer leurs joyeux ébats, comme si de rien n'était. Ils ont l'instinct de la conservation, mais ils ne sauraient comprendre la mort nien manifester de regrets. Pourtant, ils sont susceptibles d'apprendre ; dans les cours d’eau fréquentés par de nombreux pêcheurs les poissons deviennent défiants, éventent les amorces dangereuses, contournent filets et verveux comine en narguant les pêcheurs, et vont jusqu'à flanquer un coup de queue aux esches les plus appétissantes. La plupart des poissons aiment vivre en société, mais sans esprit de corps : au lieu de s'entr'aimer, de se protéger, ils sont plutôt portés à s'entre-dévorer.

Voici venir les froids d'automne ; la chaleur de l'été, emmagasinée dans les lacs et les cours d'eau s'échappe en vapeurs épaisses qui dessinent au matin, leurs contours dans le ciel, comme sur une vaste carte géographique. Les longues vacances de la truite commune sont terminées, et l'heure de l'amour — qui pour elle est l'heure du devoir et du travail — va sonner.

Vers le douze ou le quinze septembre, on les voit remonter les ruisseaux, gravir des chutes assez élevées, pour se rendre au lit de gravier où elles ont vu le jour. où leurs petits sont nés, où de nombreuses générations se multiplient, parfois, autour d'eux ; car la truite, comme le saumon, revient toujours, soit à son berceau, soit à son nid, si aucun obstacle infranchissable ne s'y oppose. Arrivée à l'endroit propice, ayant une profondeur d’eau de deux à trois pieds, avec un courant modéré passant sur un lit de gravier fin, la truite femelle chargée d'œufs commence par nettoyer la place des cailloux trop gros qui la génent et pourraient rouler sur son nid en écrasant ses œufs: elle les pousse du museau ou les

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transporte dans sa bouche. Après cette première opération commence k creusage du sillon qui se fait aussi au museau, à deux ou trois pouces de profondeur, et sur une longueur variant suivant les lieux ou la quantité d'œufs à déposer.

Le sillon étant creusé et en bon état, la femelle fait sa ponte en quelques instants, et dès que le mâle l’a honorée, ils se hâtent tous deux. à qui mieux mieux, du museau, de la caudale et de l'anale, de couvrir ks œufs d'un gravier fin, sans le tasser, afin de permettre à l’eau et à la lumière, leurs seuls incubateurs, d'y pénétrer à l'aise. Le plus habituellement, les femelles sont suivies de plusieurs mâles, petits en général, dont plusieurs accourent pour féconder et parfois pour dévorer ks œufs qui vont être pondus.

Si un sillon ne suffit pas, on en creusera un, et même deux autres à cité, suivant le besoin. Car, la quantité d'œufs varie selon le poids de la femelle, Une femelle de deux livres portera de huit cents à un millier d'œufs, une femelle de quatre livres, de quinze cents à deux miile œufs, pendant que l'humble truite de bruyère, blottie dans une ornière, dans une rigole, ne pesant qu'une demi-once, produira de cinquante à soixante œufs, aussi fière toutefois d'être mère que la grande dame des lacs, sa congénère, habitant les limpides réservoirs de la montagne.

Au Canada, le temps du frai commence à la mi-octobre, et dure jusqu’à là tin de janvier, un espace de temps d'environ trois mois, durant lequel la bicouvre ce poisson d’une protection beaucoup plus qu’effective. Le temps de l'éclosion dépend absolument de la tempétature de l’eau. D'après M. Aimsworth, les œufs écloront dans cent soixante-cinq jours, à une température de 37° ; dans cent trois jours, à 41°: dans quatre-vingt-un jours à H°; dans cinquante-six jours, à 48° ; dans quarante-sept jours, à 50 : dans trente-deux jours, à 54 ; ete. D’après Seth Green, les œufs éclosent eu 50 jours, à 50% : tout degré plus élevé où plus bas faisant une différence de cinq jours en plus ou en moins.

La truite frayant dans des eaux claires et peu profondes, soit dans nos lacs où nos étangs bien clos, soit dans les cours d'eau des montagnes, des observateurs ont pu pénétrer dans sa vie intime et surprendre les secrets de ses amours. Cela nous à valu la splendide découverte de la reproduction artificielle par Gehen et Remy, deux pauvres pêcheurs français sans instruction qui n’en figurent pas moins au rang des grands naturalistes et qui seront à jamais bénis pour le bienfait dont ils ont doté l’humanité, Ce sujet à mérité l'attention de plus d’un poète, qui en ont tiré de délicieux tableaux, entre autres celui-ci, que je traduis de M. James W. Miles, un savant américain :

© Pour faire sa cour, le mâle prodigue les attentions les plus galantes et ls soins les plus délicats. On le voit aller et venir au-devant de sa

maîtresse, déployant ses grâces, étalant son brillant costume de noces, pendant que, tranquille et comme rêveuse, elle tient tête au courant en n'agitant ses nageoires que juste ce qu'il faut pour ne pas se laisser entraîner, À Waterville (Wisconsin) j'ai eu l'occasion d'observer leurs agissements, Un couple de belles truites avait choisi, pour y faire son nid, un endroit près de la rive du ruisseau où il y avait environ dix pouces d’eau. Au moyen de sa queue et de l’anale, la femelle avait nettoyé le gravier du limon qui le couvrait, et il brillait au soleil de tout l'éclat de la propreté ; elle avait déjà tracé un sillon, lorsque mon arrivée soudaine sur la rive la tit abandonner ses travaux et s'éloigner précipitamment, suivie du mâle, Je me cachai alors derrière une toutte d'arbousiers d’où je pouvais les observer à souhait sans les effrayer, Le mâle revint le premier pour s'assurer de l’état des choses, et après avoir constaté qu'il n’y avait plus personne sur la rive, qu'il n'y avait rien à

Fra. 59, — Œufs et alevin de lu truite, avec vésicule ombilicale.

craindre, il retourna vers sa belle pour lengager à revenir au nid ; mais il fallut la solliciter pendant plus d'une demi-heure avant qu'elle se décidât. A demi cachée sous les herbes marines, à quelque distance de son brillant chevalier, elle hésite, elle doute que le danger soit disparu : et lui, sous sa parure de noces, ne cesse d'aller et venir, du nid à sa maîtresse, et de sa maîtresse au nid, en se frôlant contre elle, pour aller ensuite faire un circuit qui l'amène jusqu'auprès de la rive, comme pour lui montrer qu’elle n'a rien à redouter en s'en rapprochant. Tant d'empressement et de zèle eurent leur récompense: la belle finit par revenir au nid.”

On à vu que les œufs de la truite sont comparativement peu nombreux. Il ne manque pas de poissons de plus petite taille qui portent dix fois autant d'œufs; mais il faut tenir compte de l'extrême grosseur de ces

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Ici, commence ton voyage, Si tu n'allais pas revenir ?

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