‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 141 sur 236 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA TRUITE DE MER AU CANADA · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA TRUITE DE MER AU CANADA

En parlant du saumon, nous avons vu qu'il remontait le fleuve Saint- Laurent jusqu’à la rivière Saint-François, affluent du lac Saint-Pierre. Quoique la truite de mer accompagne généralement le saumon de l'Atlantique, cette fois elle l’abandonne dans les eaux du majestueux Saguenay, mais jusque-là, depuis J'Océan, de rivière en rivière, comme de salon en salon, elle reçoit, de concertavec lui, la visite etles assiduités des pêcheurs et des sportsmen des deux continents. Sur la grande avenue du Saint-Laurent, cent portes leur sont ouvertes, au nord et au sud, pour la plus large hospitalité. Faut-il répéter ici ce que nous avons dit déjà du Saguenay, du Saut-au-Cochon, de la rivière Saint-Jean, de Moisie, de Mingan, de Natashquan, de Métapédia, Cascapédia, Nipissiguit, Ristigouche, Casups-

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kull, Miramichi,et Boiestou où abondent également la truite et le saumon ? C'est plutôt dans les baies de l’île du Prince-Édouard, que le pêcheur amateur ira trouver la truite de mer, en la pêchant à la trolling ou turlotte. À l'entrée des rivières du Nouveau-Bruswick, de la Nouvelle- Écosse et de Terre-Neuve, il y a encore de bonnes chances, mais n'étaient les épais brouillards du golfe Saint-Laurent rien n'égalerait la pêche qu'on y pourrait faire à la truite saumonée, A une centaine de milles en aval de Québec, depuis le Saguenay, en descendant, les eaux du fleuve Saint-Laurent offrent l’alinentation la plus nourrissante à la truite de mer. On l'y voit arriver à de grandes proportions, jusqu’au poids de plus de douze livres. On a même prétendu qu’elle habite certains lacs sans jamais retourner à la mer, ce qui lui permet de se développer dans des proportions énormes. Il ne faut rien en croire.

Le fleuve Saint-Laurent voit sur ses bords voltiger des nuages d’éphémères qui fournissent à la truite une nourriture délicieuse : le menu fretin y roule en bordure argentée sur ses rivages ; le capelan, la petite morue, les sardines, les mulets, les encornets y remplissent les baies ; le lançon et les coques y grouillent dans les sables des grèves, pendant que les mouches y foisonnent sur les eaux, en été, et que la fraicheur des ruisseaux offre un vrai paradis à tout salmonidé qui les fréquente.

C'est ainsi que ces animaux parviennent à une taille vraiment merveilleuse ; c’est ainsi que plus d’un pêcheur préfère la pêche de la truite à celle du saumon, pourtant si entraînante. Il faut avouer aussi que la truite de mer est plus facile à surprendre et que sa capture est plus abondante. Barnwell se laisse aller à l'enthousiasme jusqu’à s’écrier “Quel que soit le nom de ce poisson, c’est un poisson charmant, le plus beau des enfants de la mer. D'autres ont de plus vives couleurs, ont des formes plus élégantes, mais la truite est la plus belle de tous. Elle est la favorite du vrai pêcheur, soit qu'il la capture sous le nom de salino trutta, dans les eaux du Canada, pesant un poids de quinze livres, soit qu’elle porte le nom de sulmo fontinatis dans les ruisseaux des montagnes du Vermont, sous le poids d’un quart d'autant d’onces. Au Canada, les sportsmen — et personne autre ne paraît s’y livrer à cette pêche — ne prennent la truite de mer qu’à la mouche. En juin et plus tôt, on la trouve dans les hautes marées, et alors elle préfère les mouches de couleur vive, L'ibis écarlate, préparé de la manière ordinaire, où varié d’un fil brillant enroulé autour du corps, ou de fait, l’'hameçon entier entouré de clinquant, est préféré par un grand nombre à toute autre mouche ; mais le filoselle rouge, le faisan doré, le professeur, le canard gris, et en vérité toute mouche de couleur vive méritera d’être choisie. Une mouche faite d'un corps rouge et d'ailes jaunes rencontrera de nombreux suffrages ; mais ce n'est pas une raison d'oublier ou de négliger les couleurs plus sombres :

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souvent elles réussissent mieux que leurs rivales brillantes. A mesure que la saison avance et que le poisson remonte les eaux fraîches et claires, spécialement si les eaux sont basses et le temps sec, les mouches sombres sont préférables. Alors, la cow-dung, la alderfly, la turkey-brown, la ainged black hackle, et de fait, toutes les mouches ordinaires sont en demande ; une mouche que j'ai inventée moi-même faite d’une aile de merle et d’un corps avec des pattes couleur claret, et nommée la mouche hâtive—the early fly—a eu de fréquents succès réellement étonnants : et de fait toutes les mouches généralement employées dans d’autres eaux conviennent à la pêche de la truite de mer en Canada. ”

Il importe peu que les dimensions de l'hameçon diffèrent des dimensions ordinaires pour la capture d'un gros poisson ; il sera d'une moyenne n° 9, avec une légère augmentation dans des eaux agitées. Rarement on emploiera plus d’un hamecon à la fois pour la capture de ces grosses pièces, et généralement, elles trancheront la difficulté, en en réduisant elles-mêmes le nombre ; mais en certains temps, lorsque le poisson est farouche, il semble être attiré par un plus grand nombre de mouches. Pour arriver à capturer le plus grand nombre de pièces possible, sans égard à l’art, on pourra recourir à une perche de ligne plus solide, quoique plus lourde, afin d'éviter la perte de *emps que cause l'usage d’une canne délicate, dans l'enlèvement du poisse .

Le domaine de la truite de iner, en Amérique, s'étend sur une région infiniment plus vaste qu'en Europe. Jusqu'ici, nous l'avons prise au Maine, puis côtoyant l'Atlantique, en gagnant le pôle nord, nous l'avons suivie le long des rivages du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’île du Prince-Édouard, pour de là remonter avec elle le fleuve Saint-Laurent jusqu'au Saguenay, et ensuite redescendre jusqu'à Terre- Neuve où nous la retrouvons en marche devant nous le long des côtes du Labrador. De ce point, quittant les frères Moraves en voie de convertir les Esquimaux, nous la retrouvons dans la baie d'Ungava et la baie James, traquée par le nigog du Naskapis. Un peu plus loin, elle trouvera asile dans les nombreuses découpures de la baie d'Hudson et les embouchures des rivières qui s’y jettent, à l’est. Mais les cours d’eau qui arrosent les Barren Grounds ou terres désolées de la Xeewatin ont refusé l’hospitalité à la truite de mer. En revanche, combien de fois les rivières du Gros-Poisson, du Cuivre, du Mackenzie, ne lui ont-elles pas donné le vivre et le couvert, ne l’ont-elles pas abritée contre les coups de terribles ennemis ? Ce n’est pas à dire que cette truttu canadensis soit la véritable truite de mer si bien caractérisée en Écosse et en France. Tout au contraire, nous croyons que cet animal a été subtilisé au profit de notre ichtyologie, par M. Perley, sous le couvert de Frank Forrester. S'il existe une truite de mer, de notre côté de l'Atlantique, il faut aller

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la chercher dans les mers arctiques plutôt que dans le fleuve Saint- Laurent, C’est du moins l'avis de M. Norris, après examen de plusieurs échantillons apportés d'Upernavik par le Dr Hayes, échantillons déposés à l'Académie des sciences naturelles, et dont la description répond exactement à celle du salmo trutta par Yarrell. Du côté du Pacifique, au bas des rivières Fraser, Colombie et Skeena, si nous reconnaissons encore la truite de mer, sous les noms de salmon trout, bull trout, the suwern, the gwynial and the peal, ce sera avec les réserves précitées.

Le saumon guirdneri de Richardson est généralement désigné sous le nom de steel head, hard-heud, par les Russes sous celui de scourga, et par celui denylriss, au Kamtchatka. Les sauvages le nomment kumauna, dan: la Haute-Colombie. Il atteint le poids de vingt-deux livres, mais le poids moyen est d'environ seize livres. On le trouve toujours entre le Sacramento et l'Alaska. Il abonde à l'entrée des rivières Colombie et Fraser, à l'époque de la saison du frai. On en à pris parfois du poids de vingt-cinq livres. Jamais il n’en à été pris à l’est des Cascades, et selon toute apparence, il habite permanemment l'embouchure des rivières. 1] est probable que la femelle fraie tard en automne et en hiver, vu qu'un grand nombre de celles qui ont été capturées, à la première apparition du saumon, sont des poissons épuisés, de chair blanche et sans valeur.

Le même poisson se rencontre dans les cours d’eau, à l’ouest le la Sierra Nevada, entre la ligne mexicaine et l'Orégon, et cela arrive, dit-on, dans la partie nord de la Basse-Californie, sous les noms de “truite-are- -ciel truite de montagne, truite dorée, et autres noms divers.

La ‘truite noire mouchetée, ” le sa{mo purpuratus de Pallas, est très répandu dans la région des montagnes Rocheuses. On l’y trouve dans tous les lacs du Nouveau-Mexique, de l'Utuh, du Colorado Ouest, Wyoming, Montana, dans l’Idaho, l'Orégon, et dans Washington. Ce poisson est connu sous les noms de truite, truite de montagne, truite tachetée, truite noire, et truite argentée, dans les montagnes, mais en mer, et à maturité, on l'appelle truite sœumonée ou téle d'acier.

La truite brune d'Europe, salmo furio, introduite aux États-Unis en 1883, y a parfaitement réussi. C'est un excellent poisson de table qui peut atteindre un poids de dix à vingt livres, ce qui dépasse considérablement le poids réalisé jusqu'à aujourd'hui, tant en Europe qu'en Amérique.

En écrivant mes dernières pages sur la truite de mer, poisson favori du ciel, m'est arrivé, chose inévitable, de parler d’hameçons, en les désignant par leurs numéros, ce qui doit être incompréhensible pour les profanes, autant que l’est une langue pour ceux qui ne l'ont jamais apprise. Si j'ai pris occasion de la truite pour parler d'engins de pêche, c'est parce qu'elle représente les salmonidés, c'est-à-dire le plus beau genre de poissons qui habite nos eaux septentrionales, et parce que dans nos régions elle est à la fois la reine des eaux douces et des eaux salées. Je sais bien que le doré, le bars et l’achigan sont des poissons sportifs remarquables à plus d'un titre, mais sont-ils comparables au saumon et à la truite ? Par les espèces et les variétés ils sont déjà inférieurs, puisque nous comptons plus de cent varietés de truites et de saumons, pendant que le doré et l’achigan ne comptent chacun que deux variétés. Les Américains se vantent à pleine bouche de leur bars, de leur achigan, de leur blue-fish, de leur tarpan, mais ils ont beau se vanter des exploits que leur valent ces poissons valeureux, n'empêche que leurs pêcheurs ardents, piqués de l’hameçon sacré, ne se laissent surprendre, comme Banwell, par la truite saumonée de la rivière Laval, qui, comme Charles Hallock, par le saumon de la Godbout, qui, comme Eugène McCarthy, par le huananiche du lac Saint-Jean, tous des salmonidés, des rois et des reines de nos lacs et de nos fleuves à qui ces pêcheurs endurcis sempressent de rendre hommage. Ce sont ceux-là mêmes qui ont inspiré les premiers la fabrication des engins en question, pour leur malheur et pour nos triomphes, pendant que nous leur en faisons une gloire. C’est à cause de leur beauté que nous les avons autant recherchés, que nous avons inventé ces instruments de ruine et de destruction. C'est ainsi que nous couvrons d'ornements, de bijoux, de dentelles les femmes dont les charmes nous ont fait inventer ces terribles articles de séduction,

Si la truite est vraiment responsable des funestes progrès qu'ont produits les vingt dernières années dans la gradation du perfectionnement

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des engins de pêche, tous les autres poissons sportifs devraient susciter une révolution contre sa royauté et la griller sans miséricorde,

Autrefois, les progrès dans les engins de pêche se faisaient graduellement. Il a fallu des années pour passer de la ligne de fond à la pêche à la turlotte ou trolling, d'après les Anglais : ensuite est venu le moulinet, suivi lentement de la pêche au lancer, qui ne tarda pas à devenir la pêche à la mouche naturelle, C’est en 1724 qu'il est fait mention pour la première fois du fil de soie de Florence ; mais presque aussitôt, c'est-h-dire deux ans après, la pêche au saumon prit naissance en Angleterre, La mouche artificielle y fut introduite en 1746. C'était le retour d'un art disparu.

L'ichtyologie primitive ne comprenait guère plus que la connaissance superficielle des mœurs et des habitudes de quelques poissons, ainsi que leurs caractéristiques générales. Le saumon et la truite occupaient un rang remarquable parmi ceux qui attirèrent d’abord l'attention, car la famille des salmonidés compte parmi les plus anciennes des poissons d'eau douce post tertiaires, remontant de longue date avant l'époque glaciaire ; et parmi ses cent variétés, le saumon a conservé de tout temps sa suprematie comme chef. Les évolutions opérées par le temps ne paraissent pas l'avoir rendu plus brave ou plus beau où plus mangeable qu'il n'était aux jours de Pline ou d'Oppien, qui tous deux ont apprécié ses qualités et fait son éloge, au deuxième siècle, aussi bien que d'autres dans les âges qui les avaient précédés. Sa distribution géographique est encore plus considérable que sa renommée. L'ancien salmo sulur de l'Atlantique a rencontré un rival dangereux dans l’oncorynchus de l'océan Pacifique ; les appétits de l’homme ont augmenté, et les engins de pêche se sont multipliés. La pêche, qui n'était qu’un métier souvent ingrat, est devenue un art offert à l’avidité, à la convoitise, qui finit par enfanter le million.

Pour le moment nous ne parlerons que des engins destinés aux poissons sportifs et carnassiers, nous réservant de préparer bientôt les instruments de torture et la pâture destinés aux cyprins et à la gent goujonnière.

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