‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 50 sur 236 · A CT · texte numérisé non relu

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(Poisson vaillant, en langue des Cris)

Black-bass.- Micropterus Dolomieu.-— Micropterus salmoïdes.

L'achigan est sans contredit l’un des poissons d'eau douc: les plus beaux, les plus vaillants de l'Amérique du nord. Sa vigueur égale celle de la truite, soit pour remonter les rapides ou les chutes, soit pour défendre sa liberté contre le pêcheur qui l'a enferré et le tient ferme au bout de sa ligne tendue comme une corde d'arc. Quoique hardi, vigoureux et entreprenant, il est resté pendant des âges dans son domaine primitif qui lui a été assigné dans l'assiette des eaux du déluge. Partie du plateau central où reposent nos grands Ines, pressée par des courants torrentueux, la troupe se partagea en deux bandes, dont l’une suivit le cours du déversoir est, qui devait se réduire au bassin dun fleuve Saint- Laurent: et l'autre, plus considérable, se dirigea vers le sud, en semant, de-ci de-là, dans de nombreux lacs et cours d’eau enchâssés dans les montagnes, ou serpentant sur leurs flancs, maintes colonies fécondes, destinées à fournir de précieuses ressources alimentaires à ln race humaine. Car, durant de longs siècles, l’achigan a dû figurer dans le menu de milliers de tribus et de peuples, avant de paraître sur les marchés de nos villes ou de s'accrocher aux hameçons d'or de nos joyeux sportsmen,

Lorsque ce beau poisson abondait dans le double bassin du Mississipi, du Saint-Laurent, depuis la rivière Rouge, au Manitoba, jusqu'à la Louisiane, et depuis le lac Supérieur jusqu'à Québec, les eaux du versant est des Alleghanys, triburaires de l'Atlantique, et celles du versant ouest des montagnes Rocheuses, en étaient absolument privées. Serait-ce à dire que l'achigan a horreur du voisinage de la mer ? On le pourrait croire en ce qui concerne son habitat aux États-Unis et ici. Au Canada, vous n'en trouvez plus, passé le lac Saint-Joseph, au nord-ouest de la ville de Québec, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent ; et passé Saint-Thomas de Montmagny, vous n’en pêcherez plus, quoiqu'il n’y manque pas de lacs et de rivières qui lui seraient baspitaliers et favorables. Il n’est pas rave de capturer des dorés, des brochets, voire même des poissons-caustors, dans les eaux saumâtres baignant la côte, depuis le cap Tourmente jusqu’à là Malbaie, mais de l’achigan, jamais: non seulement dans les eaux saumâtres, mais encore dans les cours d’eau et les lacs qui s’y déversent.

À l'appui de cette observation, que l'achigan a horreur de la mer et

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de son voisinage, je puis dire que j'ai pêché durant dix années et plus, à divers intervalles, dans la rivière Saint-Charles qui lave tous les jours les pieds du promontoire de Stadacona (Québec), qui salue en passant lu statue de Jacques Cartier, berçant le Canada duns les débris de la Petite Hermine — berceau héroïque! que j'y ai pris force maskinongés, brochets, dorés, chevesnes, carpons, anguilles, aprons, chabots même mais un seul achigan, un seul ! — au cours de ces dix ans et plus. J'ajouterai sans reprendre haleine, que j'ai pêché tant et plus dans le bassin de la rivière du Sud,à Montmagny, où les eaux douces tombant d'une chute de vingt-deux pieds repoussent comme avec une pelle les eaux saumâtres du fleuve ; j'ai capturé des milliers de poissons au bas de cette chute, dans le coup de lu pelle, sans y pêcher un seul achigan, quoiqu'il fourmille par centaines et par mille à quelques arpents seulement au-dessus de la chute.

Cependant, soit par curiosité, soit que l'ambition lui vint au contact du peuple américain—le peuple “ go ahead ” par excellence—on Île voit, en 1825, se glisser par le canal Érié jusqu’à l’Hudson, une longue avenue donnant sur l'Atlantique, qu'il a su vite peupler abondamment. Subséquemment, l’industrie des hommes aidant, il se répand aussi rapidement dans les lacs et les rivières des États riverains de l'Atlantique. Il ne tarde pas à régner en maitre par la force et par le nombre dans le Potomac et ses tributaires. Les premiers achigans déposés dans ces eaux y furent transportés, en 1853, dans le réservoir d'une locomotive circulant sur le chemin de fer récemment ouvert, le Baltimore et Ohio : et moins de dix ans après, ils y fourmillaient et menaçaient d'en chasser la truite, qui en était la reine reconnue de tout temns, Ayant pris le goût des aventures, on le voit bientôt passer la mer, pour s'établir en Angleterre et en Écosse, où il reçoit le plus aimable accueil. Il est d'abord repoussé du continent comme un forban. En France, on le redoute plus que le sandre et le brochet : on lui a même préféré l'achigan blanc (awhitebass), un vrai renard, un mangeur d'œufs dont le lie Ontario est heureux de se trouver débarrassé, Je suis convaincu que du jour où l'achigan fera flotter son pavillon sur les eaux du Danube, et cela ne tardera guère, aucune force maritime ou autre ne pourra l'en évincer.

Je vois que l’achigan noir x été admis dans les eaux douces de l'Allemagne et des Pays-Bas, comme l’attestent les états suivants que je reproduis textuellement :

Of the seven large-mouthed, and forty-five small-mouthed Bass which M. Eckardt, Jr., brought from America in February, 1883, the greater number died, probably in consequence of the long journey, so that this spring there remained only three of the former and ten of the latter, which I placed in two ponds supplied with gravel beds for spawning. — (Max Von dern Borne, Circular N° 4, 1884, German Fishery Association, Berlin, June, 1884.)

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Les étangs du comte Von dern Borne, dont il est fait mention ici, sont situés à Bernenchen, en Allemugne, Le 15 juin 1884, le comte purlait de cette culture dans les termes suivants :

To-day 1 had the satisfactioi: of finding that the three large fish had spawned, and the pond actually swarms with fry. Lhave caught, with a small net, more than two thousand, and have put them into another pond which is free from other fish, TL have no doubt that next spring the small mouthed Bass will spawn, and that the experiment will be successful, (Bull, U. S, Fish Com,., IV, 1884, 219.)

En juin 1885, le comte exulte, il écrit :

My thirteen Black Bass have spawned, LE caught 11,800 of the fry, and placed them in ponds that have no other fish.

Eu août 1885, il est au comble du bonheur, lorsqu'il déclare :

Lam pleased to say that the fish multiplied abundantly, LE had 1,200 in the fall of ISS4, and have caught more than 22,000 fry this season.

Présentement le comte Von dern Borne, devenu pisciculteur à Berlin, a de surplus dans ses viviers autant de jeunes achigans et d'alevins du méme poisson, qu'il en faut pour répondre aux demandes des propriétaires d'étangs de toute l'Europe centrale.

En 1885, M. Eugène G. Blacford, de New-York, expédiait cinq jeunes achigans au jardin zoologique d’'Amsterdum, en excellente condition. En décembre de la même année, le “ Journal of the Society for the promotion of the Fresh-Water Fisheries in the Netherlands”, disait :

The Amsterdam Aquarium at present possesses four fine specimens of Black Bass, comprising both species, which grow well, and will, in all probability, reach sexual maturity.

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