LES ÉTANGS
L' Allemagne septentrionale possède également un très grand nombre d'étang's, répandus surtout dans les provinces limitrophes de la mer Baltique et de la mer du Nord. Le domaine de Peitz-Cottbus renferme 82 étangs, d'une superficie totale de 1,500 hectares. Il produit en moyenne 100,000 kilogrammes de carpes marchandes par an, soit un rendement d'environ 90 francs par hectare.
La valeur d'un étang* dépend de la quantité et de la qualité des eaux qui l'alimentent, ainsi que de la nature du sol sur lequel on l'établit. Si la quantité d'eau dont on dispose est suffisante, il faut en examiner la température, la pureté et la composition chimique, qui doivent répondre aux convenances des espèces qu'on veut élever. Il est indispensable, dans tous les cas, que l'eau soit suffisamment aérée pour fournir aux poissons l'oxyg'ène nécessaire à leur respiration. Delà nature du sol dépendent les herbes aquatiques qui végéteront clans l'eau, serviront elles-mêmes de pâture aux poissons, ou produiront les insectes et autres animalcules nécessaires à leur nourriture. Eau et sol doivent donc avant tout être étudiés et analysés,
L'eau de rivière est généralement préférable à l'eau de source pour alimenter un étang* : elle est plus aérée et renferme plus de substances nutritives. Un fond sablonneux produit peu de nour-
riture pour les poissons, mais elle est excellente; une marne saturée d'humus est très bonne; la tourbe même est utilisable, pendant que l'argile compacte et les fonds pierreux donnent le plus souvent de mauvais résultats.
Pour qu'un étang1 reste étanche et conserve
Fig. 38.
Vue d'un étang.
son eau, il faut que le sous-sol soit imperméable. Le terrain qui jouit de cette qualité est souvent appelé terre à bois, parce que les forets y prospèrent plus que les autres cultures. Dans l'Ain, le Jura et dans Saône-et-Loire, on l'appelle terre blanche. C'est la bolbine du Midi ; le gmilt et souvent le diluvium, pour les géologues.
Lorsqu'une partie du sol n'est pas imperméable,
on peut l'étancher au moyen d'un corroi de terre végétale imbibée de lait de cbaux. On l'étend par couches, on le dame fortement et on l'égalise en le comprimant au rouleau. On recouvre le corroi d'une couche de terre, afin de le protéger et de permettre à la végétation de s'y propager. Pour supprimer les fuites d'eau, il suffit quelquefois d'étendre sur le sol perméable une couche de cendres de houille, ou d'y répandre des résidus de tanneries, qui viennent obstruer les trous ou renards qui se produisent.
Très souvent, on met les étangs à sec, pour les cultiver [pendant une année ou deux. L'agriculture profite ainsi de l'engraissement naturel du sol, résultant du séjour de l'eau et des poissons. L'étang lui-même s'assainit et devient plus fécond en produits vivants. Selon la nature du terrain, on y peut faire des récoltes très variées : herbes et foins, froment, maïs, avoine et orge y réussissent. Le meilleur sol consiste en marne terreuse imperméable, dont la partie supérieure se charge de vase et d'humus pendant l'empoissonnage. Après deux ans, il est assez engraissé pour fournir quatre récoltes, successives et alternes, de maïs et de froment. Ce sol se rencontre dans les étangs de la Brenne.
Un bon étang doit pouvoir s'alimenter à volonté, et sa situation topographique se trouver telle, qu'il ne puisse pas plus être atteint par les sécheresses que par les inondations des grands cours
d'eau. Creuser une cuvette, pour y établir un bassin de retenue d'eau de quelque importance, serait une opération trop coûteuse aujourd'hui pour être tentée dans le but de créer un étang' de rapport. On profite habituellement d'une dépression naturelle du sol, ou d'une vallée, qu'on barre au moyen d'une levée, établie au point le plus bas. Lorsque la vallée présente une pente très accusée, on y construit plusieurs barrages successifs, plutôt que d'élever à l'extrémité inférieure un ouvragée d'une grande hauteur. On obtient ainsi plusieurs étangs juxtaposés, où la pêche est plus facile pendant qu'ils sont en eau, et qui peuvent servir à des usag'es différents, comme il sera dit plus loin.
La digue doit s'élever à au moins 0m,50 au-dessus du niveau de l'étang*, quand il est plein. Elle sera toujours fondée solidement sur un sol imperméable, soit naturel, soit artificiel. Sa base aura une largeur triple au moins de la hauteur, égalée elle-même par la largeur de la chaussée qui couronne la digue. Du côté de l'eau, le talus aura 3 de base pour 1 de hauteur; du côté extérieur, il aura de 1 à 1 1/2 de base pour 1 de hauteur. Quant les talus intérieurs sont exposés au choc des vagues poussées par le vent, on les protège soit au moyen d'une couche de roseaux fixés par des clayonnag'es, soit avec des perrés en pierres sèches, soit encore avec un revêtement de mottes de gazon. Des plantations de
saules nains peuvent procurer une couverture des plus efficaces contre les érosions. La digue doit être munie d'un déversoir solide, qui puisse débiter toutes les accrues exceptionnelles. Le déversoir est surmonté d'une grille en bois ou en fer galvanisé, pour empêcher la fuite des poissons.
Ordinairement on construit la dig'ue avec les matériaux qu'on a sous la main. Le nivellement du terrain, le creusement des fossés d'aménagement et l'approfondissement spécial, appelé la poêle, fournissent une grande partie des terres nécessaires.
La poêle ou pêcherie est un approfondissement particulier de l'étang ; on l'établit près de la bonde de décharge. C'est dans ce creux que les poissons viennent se rassembler quand on soutire les eaux; c'est là qu'on les pêche. A cet effet, on dispose le fond de l'étang de telle manière, qu'au moyen de fossés convergents, toutes les eaux puissent facilement affluer vers la poêle. Quand on veut pêcher l'étang% ces rigoles sont autant de chemins que suivent les poissons, pendant que le niveau de l'eau baisse, et qui les conduisent dans le réduit formé par l'approfondissement. Les fossés qui sillonnent le fond et dirigent les eaux vers la poêle et la bonde de vidange, favorisent aussi l'assèchement du sol, lorsqu'on doit le cultiver. Ils sont surtout avantageux quand le terrain est gras ou vaseux, et qu'à l'état humide,
il est incapable de supporter le poids des bêtes de trait qui servent au labourage.
La poêle doit pouvoir être mise complètement à sec. Elle est revêtue de planches ou de perrés en pierres, et plafonnée solidement avec du sable, des planches ou des pavages. Elle doit être établie avec beaucoup de soins, et nettoyée à fond après chaque pêche. Sa largeur peut varier de 5 à 10 mètres, et sa profondeur doit dépasser de 0m,50 à 0ra,60 celle du reste de l'étang*. Une poêle de 10 ares de superficie suffît pour un étang de 25 hectares.
Pour pouvoir soutirer les eaux et vider l'étang, on place sous la digue un tuyau de conduite ou un canal en maçonnerie, qui, partant du point le plus bas de la poêle, débouche au dehors. Fermée par un vannage du côté de la poêle, ou bien au moyen d'un clapet étanche, cette conduite porte à sa surface supérieure un trou conique, le plus souvent circulaire, dont le diamètre inférieur est égal au sien et le diamètre supérieur un peu plus grand. C'est par cette ouverture que l'eau s'introduit dans le canal de décharge. On bouche ce trou ou œil, au moyen d'un pilon, bondon, ou bouchon de bois, taillé en tronc de cône, de manière à le remplir exactement. Le pilon se manœuvre au moyen d'une tige de bois ou de fer, qu'on peut soulever ou abaisser à l'aide d'un levier, d'une crémaillère, d'une vis, ou d'un treuil placé sur le terre-plein supérieur de la chaus-
GAUCKLER. «J
sée1. L'ensemble de l'appareil servant à faire écouler les eaux se nomme un thon. (Fig. 39.) Quelquefois le thou tout entier se construit en
Fig. 39. — Thou en bois.
pierres. Dans l'intérieur de la levée, au-dessus de l'œil, on élève un puits en maçonnerie, à l'entour
Maison rustique, IV, page 181
ËTAHLÏSSKMKNT D'UN ÉTANG.
duquel les terres sont pilonnées avec soin. Ce puits, qu'on recouvre d'une dalle mobile, renferme le mécanisme qui sert à manœuvrer la bonde. Le diamètre des bondes ne doit pas dépasser 0m, 50, pour que la manœuvre puisse s'opérer
Fia:. 40.
Thou eu maçonnerie.
facilement. Si une seule bonde ne suffit pas pour évacuer les eaux, on en établit plusieurs. (Fig. 40.)
Il arrive aussi qu'on place au-dessus de l'œil un tuyau ou un puits, présentant une face ouverte, du côté de l'étang*. Les parois de l'ouverture portent des rainures, dans lesquelles s'eng'ag'ent des poutrelles ou des planchettes, qui peuvent la fer-
mer complètement. L'enlèvement successif de ces planchettes et leur rétablissement, permettent de tendre ou d'abaisser à volonté le niveau de l'eau. Ce mécanisme présente J'avantage de se prêter à une surveillance plus facile que celle qui peut s'exercer sur les bondes : on peut nettoyer l'orifice à volonté, réparer les poutrelles et les remplacer au besoin. Lorsque les étangs sont traversés par de petits cours d'eau, il est facile de maintenir un niveau constant, en régulant le déversement qui se fait par-dessus la poutrelle supérieure.
Les bondes et leurs avenues doivent être protégées par une grille ou un treillage en bois ou en fil de fer galvanisé, pour éviter l'obstruction du canal de fuite et pour empêcher le poisson de s'échapper.
Au delà de l'orifice de sortie de l'eau, on pratique un petit bassin appelé fosse, dont l'issue doit être grillée. Elle a pour but de retenir le poisson qui aurait pu s'échapper, soit par suite d'un accident ou d'un défaut de la grille de bonde, soit par une ouverture résultant d'un tassement ou d'une disjonction des pièces qui composent le thou. La fosse doit toujours être alimentée d'eau. Lorsqu'il s'agit d'étangs de grande superficie, on la revêt de planches ou de pierres.
Il peut arriver que, par suite d'un accident, la bonde laisse échapper l'eau, alors que la saison ne permet pas de mettre l'étang à sec et d'exécuter
les réparations nécessaires. Dans ce cas, on construit, en avant de l'issue, un batardeau s'élevant jusqu'au niveau de la retenue. L'eau du batardeau faisant équilibre à celle de l'étang', les fuites de la bonde sont supprimées. On appelle ce batardeau un cul-de-lampe '.
Lorsque l'étang* est marécageux, et que son sol ne se prête pas à l'établissement de la poêle, on élarg*it la fosse en forme de vivier dont on plancheye le fond, et on la ferme au moyen d'une gorille et d'une vanne. Cet arrangement se nomme tombereau. Pour pêcber l'étang*, on ouvre la bonde et on enlève sa grille : le poisson s'échappe avec l'eau qui remplit le tombereau. Puis on referme la bonde et on ouvre la vanne du tombereau, qu'on garnit d'un filet. On recueille le poisson et on recommence. On finit ainsi par vider et pêcher tout l'étang', au moyen d'une série d'éclusées successives.
Dispose- t-on d'assez d'eau d'alimentation pour qu'il soit facile, au printemps, de remplir complètement l'étang*, il est utile de le laisser à sec après la pêche d'automne. On aère ainsi le sol, on fait périr les ennemis aquatiques des poissons, et l'opération ne laisse pas d'être avantageuse, même si le terrain ne doit pas être livré à l'exploitation agricole. Les étang*s , au contraire, qui doivent leur alimentation exclusivement aux