I. Dl-hamel, Traité général des Pèches, I, 3e section
eaux de pluie, doivent être remplis immédiatement après la vidange d'automne : ils récoltent pendant l'hiver des eaux d'égouttement renfermant beaucoup de substances nutritives, qui proviennent des champs ou des villages. Un printemps trop sec pourrait empêcher leur remplissage.
Lorsque l'étang reçoit un cours d'eau, il faut empêcher les poissons de s'échapper en remontant le courant. A cet effet, on en barre le lit avec des fascines superposées, ou bien, si la pente est suffisante, au moyen d'un mur en maçonnerie, assez élevé pour que les déserteurs ne puissent pas le franchir. A défaut d'un barrage, il faut au moins placer une grille en travers du ruisseau. Si ce dernier est sujet à de fortes crues, ou qu'il charrie du sable et de la vase, il est préférable de le dévier et de lui faire faire le tour de l'étang. L'eau d'alimentation nécessaire est alors approvisionnée par une prise d'eau spéciale, qui en régularise l'admission.
Quelquefois il se forme dans les étangs des touffes de joncs ou de roseaux, qu'on nomme jonchères. Elles grossissent de jour en jour, et forment des îles qui ont parfois assez de consistance pour supporter le poids d'un homme. Ce sont des retraites assurées pour les mulots, les rats d'eau et les loutres, qui dévorent les poissons, sans compter les hérons, canards, etc., qui profitent de ces refuges pour faire leur pêche. Pour détruire les roseaux
et les joncs, on les faùcarde plusieurs fois, pendant les mois de mai et de juin, au-dessous du niveau de l'eau, et on en brûle les racines quand l'étang* est mis à sec. Il convient aussi d'enlever les touffes d'herbes flottantes, au moyen d'un bateau et avec des crocs, et de les transporter hors de l'étang1 avant qu'elles aient pris de la consistance. Si elles se sont accumulées, il faut profiter de la vidangée pour débarrasser l'étang" de ces îles ou imternes. Il peut arriver que le fond se soulève par suite de la fermentation des parties marécageuses, où des gaz se dég*ag"ent et viennent gonfler la vase. On y creuse des fossés qui facilitent le dég"ag*ement des g"az et permettent de ramener les détritus sur les bords de l'étang1. Pendant l'assec, par un temps froid, on charg"e les surfaces soulevées avec une couche de sable, de 0m,0(> à 0m,10 d'épaisseur. Son poids empoche le gonflement de la vase pendant les chaleurs subséquentes.
Il est avantageux que, même en hiver, l'alimentation des étangs soit assurée par de l'eau courante. Quand ils se couvrent de g'iace, on peut la briser pendant quelque temps, au moyen de simples manœuvres des vannes d'admission ou de la bonde, en relevant légèrement et abaissant alternativement le niveau. Quand la glace devient compacte et résistante, il faut y pratiquer des trous, dans le voisinage de la poêle, où les poissons hivernent, mais à une dis-
lance suffisante pour ne pas les déranger, ni les exposer à être pris à la foënne ou au trident.
Si un fort dégel arrive au moment où la glace est couverte de neige, et qu'il regèle pendant que la neige est fortement imbibée d'eau, les poissons se trouvent en péril. Faute d'aération, l'eau changée de couleur et devient laiteuse, brune et jaunâtre. Les dytiques et les araignées d'eau viennent alors mourir à la surface des trous pratiqués dans la glace, où les poissons affaiblis se rassemblent pour humer l'air. Les écrevisses périssent les premières, puis c'est le tour des grenouilles; les poissons chasseurs viennent après, puis enfin, les carpes et les tanches. Pour parer au danger, il faut multiplier les trous d'aération ; alimenter vigoureusement, si possible, avec de l'eau vive ; procéder à des insufflations d'air, et, si ces moyens ne réussissent pas, procéder à une pêche de sauvetage.
Les poissons peuvent aussi courir de gTaves dangers pendant l'été, s'il arrive que par un temps chaud, le niveau baisse; que les vases se gonflent de gaz putrides, et que des végétations cryptogamiques se répandent dans l'eau, ce qui se présente surtout lorsque l'étang reçoit des égouttements de terres fumées et du purin. Les poissons viennent alors nager près de la surface, hument l'air et meurent. Si, dans ce cas, on ne veut pas procéder à une pêche de sauvetage, il faut que l'eau soit fournie en abondance pendant
plusieurs jours, de façon à renouveler l'approvisionnement de l'étang" dans le plus bref délai. Si par malheur le poisson périt, l'étang* sera mis complètement à sec et livré à la culture le plus longtemps possible, afin de faire disparaître tous les germes d'infection.
De tous les poissons connus, c'est la carpe qui est le plus généralement élevée clans les étangs. Elle est cultivée depuis tant de siècles, qu'on est arrivé presque à la réduire à l'état domestique. La carpe croît rapidement pendant les quatre premières années, puis son développement diminue très sensiblement. Il est donc rationnel de ne pas lui faire dépasser cet âge, d'autant plus qu'à quatre ans elle atteint habituellement le poids de 2 kilogrammes, répondant à la plupart des besoins du marché. Dépasser ce poids reviendrait à se créer des difficultés pour la vente, tout en augmentant le prix de revient du kilogramme de marchandise.
L'élève de la carpe nécessite l'emploi de plusieurs étangs, fonctionnant chacun dans des conditions spéciales, en vue de résultats différents, qui concourent cependant tous au même but. D'après les fonctions qu'ils remplissent, on distingue quatre espèces d'étangs à carpes : les étangs à feuilles ou à pose, les étangs à empoissonnage, les étangs à carpes et les viviers d'hivernage.
A. — Étangs à, feuilles.
Les étang*s qui présentent des dispositions favorables à Ja fraie des carpes sont utilisés pour la production de carpillons qu'on nomme feuilles ou pose, parce qu'au bout d'un an ils atteignent la longueur et la forme d'une feuille de saule, et qu'à cet âg'e on les retire de leur lieu d'origine pour les déposer dans d'autres étangs où ils doivent grandir.
La profondeur des étangs à feuilles ne doit pas dépasser 1 mètre; les berges seront exposées au soleil, elles auront très peu de pente et seront couvertes d'herbes de peu de hauteur. L'exposition doit être chaude, afin que l'eau puisse acquérir le degré de température nécessaire pour permettre à la carpe de mûrir ses œufs et d'en opérer la ponte, et qu'ils puissent éclore dans des conditions favorables. La poêle doit être nette de végétation : les herbes y pourraient cacher et retenir des alevins au moment de la pêche. Le niveau sera maintenu invariable, surtout pendant la fraie, sans cela les œufs déposés sur les herbes, près des bords, seraient exposés à se dessécher et à périr.
Les reproducteurs sont placés dans l'étang dès le printemps, afin de se familiariser avec ses dispositions. Pour remplir ces fonctions, on choisit de belles carpes, du poids de 2 à 3 kilogrammes, à corps allongé et à robe brillante. Elles ne
doivent pas servir plus d'une fois. Pour une surface de 75 ares, on choisit trois femelles et deux mâles adultes; on y ajoute un jeune mâle de 3 à 400 grammes, à titre d'excitateur. Il est facile de distinguer les mâles des femelles par la forme de l'anus, même en dehors de l'époque de la fraie. Les femelles ont l'anus convexe et gonflé vers l'extérieur, pendant que les mâles y présentent une concavité *.
L'expérience prouve qu'un excès de mâles est nuisible, parce qu'ils fatiguent les femelles et peuvent les empêcher de frayer. D'un autre côté, si le nombre des mâles est trop restreint, et si l'on prend, par exemple, un mâle pour deux femelles, on obtient un excédent de carpes femelles, moins recherchées pour la consommation 2.
On compte sur un produit de 1,000 à 2,000 feuilles par femelle, mais c'est à condition que l'étang ne renferme ni anguilles, ni lottes, ni perches, ni brochets. Un brochet, dans un étang à feuilles, empêche les carpes de frayer et dévore le fretin de celles qui auraient pu lui échapper. Outre les poissons voraces , les carpillons ont une foule d'autres ennemis aquatiques : insectes, larves et crustacés, qui rendent indispensable l'assèchement complet de l'étang*, chaque année, pendant plusieurs mois.
A l'époque de la fraie, la femelle est souvent