‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 54 sur 127 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

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poursuivie par plusieurs mâles, qui fouettent l'eau et la font bouillonner à l'entour. Ces jeux commencent pendant les premières heures de la matinée, entre sept et neuf heures, et se continuent jusqu'au moment de la ponte. La fonction s'accomplit quand la température de l'eau est suffisamment élevée. On admet que la carpe ne peut se reproduire dans de bonnes conditions que lorsque l'eau possède une température d'environ 20° centigrades. La ponte n'a pas lieu toute à la fois; elle se prolonge pendant plusieurs jours, et s'accomplit plus rapidement par un temps chaud que par la fraîcheur. Les œufs sont déposés sur des roseaux, des joncs, des herbes, voire des fag-ots de branches de bouleau, immergés près des berges, et ils y adhèrent. L'éclosion se produit au bout de 5 à 8 jours, selon la température. Pendant la période de la reproduction, il faut éviter la dépaissance des bords par les bestiaux : ils troublent les carpes occupées à frayer, et détruisent les œufs en entrant dans l'eau. A ce moment, il convient de surveiller aussi les oiseaux pêcheurs et d'interdire l'accès de l'étang aux oiseaux de basse-cour qui fréquentent les eaux : ils se font grande fête de se gorger de frai. Si le niveau de l'étang tendait à baisser, il faudrait alimenter avec précaution. L'admission trop abondante de l'eau pourrait réduire la température, ou bien détacher les œufs suspendus aux herbes et les rejeter sur les berges. Dans ce cas, le frai

serait exposé à périr, aussi bien que par l'assèchement des frayères.

A Wittingau, on pêche habituellement les étangs à feuilles pendant les journées couvertes du mois de mai. On vide l'étang1 très lentement, afin que les alevins ne restent pas retenus parmi les végétaux aquatiques. Le plus souvent, on ne pêche ces étang*s qu'après deux étés, afin d'obtenir de la pose plus vigoureuse et qui puisse facilement traverser les herbes, pour se rendre dans la poêle. En Bohême, 1 00 carpes, âgées de 1 1 mois, pèsent de 400 à 500 grammes; après deux ans, le poids a un peu plus que doublé. Gomme c'est en été que les carpes rencontrent le plus de nourriture et qu'elles mangent le plus volontiers, on compte habituellement leur âge par le nombre d'étés qu'elles ont vécu.

B. — Étangs à, nourrain ou à empoissonnage.

Les feuilles sont placées dans des étangs spéciaux, où elles doivent gTandir et développer leur squelette, sans se mettre beaucoup en chair. Ce sont les étangs à nourrain. La profondeur du bassin doit être plus grande que pour la production des feuilles, et peut atteindre 2m,o0 Les berges seront abruptes, pour empêcher les déprédations des oiseaux pêcheurs.

Dans ces étangs, lorsque toutes les conditions sont favorables, le poids du poisson peut, après un

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seul été, reproduire de cinquante à quatre-vingts fois celui de la pose. Quand on obtient trente à quarante fois ce poids, le résultat est encore jugé bon, car dans les conditions habituelles on n'obtient que de dix-huit à vingt fois le poids primitif. Dans les très bons étangs, on place, par hectare, de 600 à 800 feuilles; en moyenne, on en met de 400 à 600; dans de mauvaises conditions, on réduit encore ce nombre, et on en met de 100 à 400. Le peuplement peut être augmenté lorsque l'étang a été récemment établi ou cultivé pendant un an.

Lorsque du nourrain de brochet arrive à pénétrer dans ces étangs, il grandit très vite et peut atteindre le poids de 1 kilogramme en un an. Mais c'est aux dépens des jeunes carpes, qui sont dévorées. Il faut donc se garder d'alimenter les étangs avec des eaux qui peuvent y amener des brochetons, et, quand on n'en a pas d'autres à sa disposition, il faut les filtrer à travers du gravier. Quelquefois on y fait séjourner les carpillons pendant deux ans. Dans ce cas, on ajoute, avant l'hiver, de 15 à 20 kilogrammes de tanches adultes, pour chaque millier de feuilles. Au mois de mai suivant, on ajoute, pour le même nombre, de 16 à 20 brochetons de la grosseur du doigt. Ils atteindront, au moment de la pêche, le poids de 1 à 2 kilogrammes et détruiront surtout les rejetons des tanches.

Quand on pêche les étangs, on sépare la feuille

de la carpe de celle de la tanche. La première se vend au cent, la seconde au poids. Le cent de feuille d'empoissonnage dans l'Ain est de 80 paires ou de 160 têtes; dans la Brenne, on compte 70 paires; dans la Bresse seulement 64. Si l'on admet qu'on grossit le nombre pour tenir compte des pertes, elles seraient supérieures dans l'Ain à celles des autres contrées. Quand on dispose de peu d'étangs, comme dans le Forez, où les pêches à un an ont prévalu, on met avec un millier de feuilles par hectare, en moyenne 6 à 8 carpes du poids de 500 grammes chacune, des moins belles et des plus vieilles. Au bout de l'année, on a de rempoissonnag*e de 200 à 250 grammes par tête, et une grande quantité de feuilles de pose. Les carpes se sont très bien refaites. On n'obtient pas de brochets; mais on n'a à acheter ni pose, ni empoissonnag'e.

G. — Étangs à carpes marchandes.

Des étangs à nourrain, l'empoissonnag'e est transporté dans les étang's à carpes proprement dits, où le poisson doit atteindre le poids marchand, soit 1 à 2 kilogrammes et davantage. En France, on l'y fait séjourner habituellement pendant deux étés; en Allemagne, pendant un été de plus. Ces étang*s sont profonds et leurs berg*es sont abruptes.

En France, où la carpe croît plus vite que dans

le Nord, parce que son climat est plus doux, il faut i à 5 feuilles d'une année pour peser 50 grammes; après la seconde année, il en faut 3 à i pour obtenir 500 grammes, et on a l'empoissonnage. La troisième année, la carpe pèse en moyenne 500 grammes dans les pêches à un an ; la quatrième, elle pèse 750 grammes dans les pêches à deux ans. Ces poids sont ceux des étangs médiocres de l'Ain. La carpe décuple donc de poids pendant la seconde année, quintuple la troisième, et augmente seulement de 50 pour 100 pendant la quatrième. Il y a donc avantage à exploiter à trois ans. Mais comme on met pour la pêche à deux ans moitié en sus de l'empoissonnage, cette dernière produit, en valeur, déduction faite de rempoissonnag'e, autant que deux pêches à un an, et on ne fait qu'une seule fois les frais de pêche et d'empoissonnage. En outre, pendant la première année, la carpe prend de la taille et du volume ; pendant la seconde, elle se met en chair et devient meilleure. D'ailleurs, les brochets de la deuxième année donnent un produit bien supérieur.

En moyenne, en France, on place 240 têtes d'empoissonnage par hectare de bons fonds; 160 sur les fonds médiocres et 130 sur les mauvais. On ajoute, par cent d'empoissonnag'e, 8 à 10 kilogrammes de tanches adultes et 10 brochets de 250 grammes. On préfère souvent attendre pour cela la fin de la première année. Si

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l'étang' renferme peu de feuilles en automne, on met 10 brochets de 500 grammes par cent d'enipoissonnag'e; si, au contraire, il en contient beaucoup, au lieu de 10 on en met de 15 à 30.

En Bohême, on laisse habituellement Fempoissonnag^e pendant trois ans, avant de le repêcher. Si l'étang^ reste en eau pendant plus de temps, on diminue le peuplement. Dans cette contrée, lorsque l'empoissonnage pèse de 250 à 500 gTammes, on ajoute des brochetons de 1O0 à 120 grammes; pendant la seconde année, on les choisit du poids de 125 à 250 grammes. Les étangs y reçoivent la première année le tiers de leur peuplement total (la moitié après un assec) et le surplus à la seconde année. On compte 10 pour 100 de brochets et 5 pour 100 de sandres; s'il y a abondance de poisson blanc, on augmente le nombre des brochets. Dans le nord de l'Allemagne, on ne compte que 4 à 5 pour 100 de brochets.

Aux alevins de sandres on ajoute quelques adultes, du poids de 1 à 2 kilogrammes, qui fournissent de très beaux rejetons au bout de deux ou trois ans. Pour un étang de 20 hectares, on met 250 à 300 alevins de sandres, et 8 à 10 adultes, dont un tiers de mâles et deux tiers de femelles. Les sandres de trois ans atteignent un poids de 1,5 à 3 kilogrammes. Ni les sandres, ni les brochets ne proviennent d'étangs spéciaux; leurs alevins se récoltent dans les étangs. à carpes, où ils se reproduisent.

Quand on ne tient pas à l'élevage spécial de la carpe, on augmente le nombre des sandres; quelquefois on les remplace par des perches.

En France, lorsqu'un étang* possède un bon fonds et qu'il a été peuplé d'empoissonnage vigoureux, on le pèche avec avantage au bout de deux ans, c'est-à-dire quand l'alevin y aura séjourné pendant deux étés. Il peut arriver, dans ce cas, que les carpes, au bout d'un an, se trouvent assez grosses pour être marchandes, surtout si l'empoissonnement a été précédé dune année d'assec : une année d'assec et une année d'empoissonnement valent généralement deux étés. Quelquefois aussi on pêche au bout d'un an, parce que l'étang1 a besoin de réparations, ou qu'il s'y trouve de gros brochets qui détruiraient le peuplement. Enfin, quand l'alevin est trop petit, le poisson n'arrive à une bonne grosseur qu'au bout de trois ans. Dans ce cas, on ne met le brocheton que la seconde année.

Pour l'empoissonnage, la taille des poissons doit être la plus uniforme possible, car sans cela, carpes, brochets ou tanches, les grands enlèveront la nourriture aux petits. On obtient quelques belles pièces, et du reste, rien qui vaille.

Quelquefois on pêche à deux ans dans un seul étang*. Au printemps de la première année, on place dans l'étang* la moitié de l'empoissonnage ordinaire en carpes, dont deux tiers laitées et un tiers œuvées, et on ajoute 4 à 5 tanches de deux

ans, par cent pièces d'empoissonnage. En automne, on éprouve à l'épervier. Suivant qu'il y a beaucoup ou peu de pose, on met 15, 30 et même 40 têtes de brochets de 500 grammes, par cent de carpes (80 paires). On obtient de beaux et bons brochets et les tanches disparaissent. Cette pêche est fort aléatoire, c'est pour cela qu'on l'a nommée pêche folle.

D. — Viviers d'hivernage et de vente.

Les viviers d'hivernage servent à conserver l'empoissonnage pendant la mise à sec de l'étang* qui l'a produit. Le poisson n'y passe que la saison froide et n'a pas besoin d'y trouver de nourriture.

Ces étangs doivent être profonds, exempts de vase, et très abondamment alimentés. Ils peuvent recevoir par hectare 100 à 140,000 poissons, qu'on repêche au mois d'avril. Pendant l'hiver, ils ont perdu 2 à 3 pour 100 de leur poids. Après la pêche, on procède à un nettoyage à fond et on laisse à sec jusqu'en automne.

Pour les besoins de la vente, on tient les poissons dans des réservoirs maçonnés, où l'on a soin de loger ensemble les poissons de même espèce et de même taille. Le sol du réservoir destiné aux carpes sera en marne battue. On l'exécutera en sable pour le brochet et le sandre. Il aura une légère pente transversale pour pouvoir être corn-

plètement asséché. On nourrit les poissons voraces avec de la blanchaille, et les carpes avec de l'argile pétrie d'orge à moitié cuite, avec des pommes de terre et d'autres légumes passés à l'eau bouillante.

E. — Pêche des étangs à carpes.

La meilleure époque pour la pêche des étang-s à carpes est la seconde moitié d'octobre, quand le temps est frais et qu'on n'a pas encore à redouter les grands froids, qui peuvent faire périr tout le peuplement d'une pêcherie, s'il y g'èle à fond. L'eau évacuée pendant cette saison peut encore servir utilement à l'irrigation des prairies, et l'on n'a pas à craindre l'action du soleil sur la vase mise à découvert.

On commence par soutirer l'eau très lentement, en supprimant toute alimentation. Quelques jours avant la pêche, on ravive l'eau de la poêle et on y rabat le poisson le plus possible, en le chassant, au besoin, des fossés où l'eau séjourne encore, et où l'on promène, à cet effet, des filets traînants. Puis on entoure le poisson avec un vaste filet qui le rassemble clans le plus étroit espace possible. Ce filet est fixé à terre et maintenu debout, au moyen de piquets fichés dans le sol, de telle façon que les poissons ne puissent s'esquiver ni par-dessus, ni par-dessous. Pendant

toutes ces opérations on continue à alimenter la poêle avec de l'eau vive, et on maintient son niveau constant.

Dans l'intérieur du réduit, dans lequel tout le poisson se trouve concentré, on pêche à la seine. Chaque fois qu'on la tire, tous les poissons capturés sont immédiatement aspergés d'eau fraîche et lavés dans le filet même. Ensuite on enlève à la puisette les poissons chasseurs, brochets, perches et sandres, s'il s'en trouve, on les assortit et on les dépose dans des tonneaux remplis d'eau fraîche et préparés d'avance. Ces tonneaux sont disposés sur des voitures qui transporteront la pêche à destination : vivier, étang1 ou marché. Enfin, on recueille les carpes, on les trie, on les pèse et on les place dans les cuveaux munis d'eau pure qui leur sont destinés. Les petites tanches et les poissons blancs sont le plus souvent abandonnés en paiement aux ouvriers qui viennent aider à la pêche.

Pendant chaque opération de la seine, l'alimentation est interrompue. Elle est reprise durant les intervalles; mais on augmente le débit de la bonde de vidange, de manière à réduire peu à peu la surface de l'eau à pêcher. Quand il ne reste plus que peu de poissons, on lave l'intérieur des barques et on les remplit en partie d'eau. Les pêcheurs entrent dans la vase, prennent les poissons avec des trubles et les déposent dans les barques.

„ ÉTANGS A CARPES. 1 Kl

Après la poche, au commencement du mois de novembre, on débarrasse l'étang* de sa vase, au moyen d'une chasse vigoureuse d'eau courante. On ouvre la vanne du canal de décharge, et l'eau emporte les dépôts terreux, que balaient les ouvriers et qu'ils poussent vers le fossé central, avec des pelles de bois et des racloirs.

F. — Exploitation agronomique des étangs

à carpes.

Après la pêche, l'étang1 doit rester à sec pour s'aérer et pour faire disparaître tous les ennemis des poissons que peuvent receler encore les herbes elles petites dépressions humides du sol : grenouilles, dytiques et autres insectes, salamandres et surtout brochetons et perchettes. S'il restait une seule mare remplie d'eau, elle pourrait abriter suffisamment d'ennemis pour nuire sensiblement à la pêche suivante. C'est pour cette raison qu'il est si important de niveler toutes les dépressions accidentelles existant dans le fond d'un étang, ou au moins d'y pratiquer des saignées, qui les assèchent pendant la vidange et en drainent l'humidité.

Après que le sol de l'étang* s'est suffisamment consolidé pour supporter le poids et l'action de la charrue, on le laboure et on l'ensemence; on y récoltera du froment, du maïs, de l'orge, de

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