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V62 LES POISSONS D'EAU DOUCE

l'avoine, du sarrasin ou du trèfle. Le plus souvent, la culture ne dure qu'un an; nous avons vu cependant qu'elle peut se prolonger, lorsque des circonstances spéciales favorisent l'engraissement du terrain. Dans le Schleswig'-Holstein, les étangs sont alternativement en eau et en assec durant deux ans.

La mise en culture augmente dans une forte proportion le revenu net d'un étang. Elle favorise le développement du poisson et donne à l'agriculture de beaux produits, croissant en abondance sur un sol engraissé sans frais. Souvent l'exploitation d'un étang fait partie de celle d'une ferme agricole. Dans ce cas, les herbes aquatiques et les roseaux sont utilisés comme fourrages, litières et chaumes. Mêlés aux vases évacuées de l'étang, après la pêche, ils servent à préparer des composts et des amendements très énergiques, surtout si l'on peut y mêler un peu de chaux ou de plâtre.

Les déchets de la ferme peuvent s'ajouter à la nourriture que les carpes rencontrent dans l'étang, ce qui permet d'en augmienter le peuplement. Les résidus du jardin et de la cuisine, feuilles de choux, herbes diverses, luzerne hachée, pelures de carottes, de navets et de pommes de terre, sont consommés volontiers, et, pour rendre cette nourriture plus profitable, on y mêle des substances azotées ou qui renferment du phosphate de chaux. L'orge gonflée dans de l'eau

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bouillante conviendrait à merveille, si elle n'était pas d'un prix si élevé. On la remplace économiquement par du guano, des résidus de malt des brasseries, des tourteaux, des marcs de raisins et de betteraves, du son, etc., intimement mêlés avec des végétaux hacliés menus. Le fumier frais de porc et de mouton, le crottin de cheval et la bouse de vache desséchés qu'on ramasse sur les pâturages, de la pouclrette même des usines de vidanges, renferment beaucoup de substances nutritives, que les carpes s'assimilent avec succès. Le fumier de six porcs à l'engrais suffit pour nourrir 300 kilogrammes de carpes, pendant trois à quatre mois. Après ce laps de temps, elles auront pris assez de croissance pour qu'il devienne nécessaire d'augmenter la nourriture ou de réduire leur nombre. Après le quatrième mois, il faut doubler la quantité de nourriture, si l'on veut qu'au bout d'un an le poids de ces poissons s'élève à 750 kilogrammes.

Le fumier ainsi utilisé n'est pas complètement perdu. Outre qu'il a produit une quantité considérable de chair de poisson, on le retrouve, en partie, dans la vase des composts, et on emploie en fumure, sur les champs, tout ce que les carpes ne se seront pas assimilé. N'oublions pas, d'ailleurs, que les herbes aquatiques, dont on n'aurait pas l'emploi, peuvent être incinérées et donner des engrais riches en potasse.

En Chine, chaque famille d'agriculteurs qui

exploite une petite ferme de J hectare, possède un étang' de quelques ares de superficie dont elle tire des produits abondants. Il est beaucoup de contrées, en France et en Europe, en général, où il serait facile d'organiser des exploitations analogues.

Des eaux vives et fraîches et un fond de gravier, de gTos sable ou de rochers permettent d'établir un étangs à truites. Les eaux doivent être bordées d'ombrages, qui maintiennent leur fraîcheur et qui, de leur épais feuillag'e, secouent dans l'eau de nombreux insectes, pâture favorite des truites. Au lieu de bords plats et de berges régulièrement inclinées, il faut des rives accidentées, déchirées par des saillies de rochers, hérissées de racines et de troncs d'arbres, où les poissons trouvent des abris et des retraites. Sur le fond, on peut créer des abris artificiels, avec des pierres plates ou des dalles reposant sur des supports, avec des tuiles creuses et des tuyaux de drainage fendus en long" et placés le creux en dessous. Au besoin, on crée des réfugies avec des madriers ou des fag^ots de bois flottants, rattachés avec des cordes à des corps morts fixés au sol : leur ombre peut, en partie, suppléer à l'absence des arbres sur les rives.

Avant de peupler un étang1 avec des truites, il

faut s'assurer qu'il ne renferme ni brochets, ni perches, ni vérons, ni épinoches, ni insectes chasseurs. La présence d'anguilles ou de lottes pourrait être désastreuse. Puis on le munira largement de gardons, d'ablettes et de goujons; les moules d'eau douce seront avantageuses, surtout pour le premier âge. Si l'étang n'est pas disposé naturellement pour que les truites puissent y frayer, on établira des frayères en gravier, ou bien on recourra aux procédés de la pisciculture artificielle.

Il faut éviter la cohabitation de truites de taille très différente, parce que, sans cela, elles se dévorent entre elles. Gomme il faut trois ans pour qu'une truite atteigne le poids de 500 grammes à 1 kilogr. et devienne marchande, on doit pouvoir disposer au moins de trois bassins, qui renferment chacun des truites du même âg*e. A ces bassins il faut annexer de petits compartiments spéciaux, destinés à recevoir les sujets qui croissent mal et ceux qui se distinguent par leur voracité et s'attaquent à leurs compagnons.

La profondeur des bassins doit être de 0m,50 pour la première année, d'au moins 1 mètre pour la seconde et dépasser lm,50 pour la troisième. Si l'on peut renouveler constamment le peuplement en poissons blancs, ou qu'on dispose des ressources nécessaires pour obtenir une abondante nourriture artificielle, on peut élever un très grand nombre de truites dans des espaces

relativement restreints, à condition de maintenir constamment une copieuse alimentation d'eau fraîche et bien aérée. Un étang1 de 20 mètres de longueur, de 6 mètres de largeur et de lm,50 à 2 mètres de profondeur, peut log^er sans inconvénient plusieurs centaines de truites pendant la troisième année : le peuplement peut aller jusqu'à deux ou trois poissons pour chaque mètre cube d'eau. Avec une alimentation d'eau de 1 mètrecube par heure, on peut élever 20 kilogrammes de truites. La même eau peut servir dans un autre bassin, si elle peut s'aérer sur le passage.

Les plantes qui conviennent le mieux aux étangs de truites, sont celles qui favorisent le plus la production des insectes et de leurs larves; nous nous bornerons à citer la fétuque d'eau, le cresson de fontaine, la véronique et l'iris jaune. Les roseaux et les joncs doivent être proscrits; ils ne rencontrent pas, d'ailleurs, clans les fonds de gravier, favorables aux truites, des conditions avantageuses à leur développement. Les truites ne prennent aucune nourriture végétale : elles aiment à chercher le frais parmi les herbes et à y faire la cueillette des insectes, attachés à la face inférieure des feuilles, ce qui a fait croire quelquefois qu'elles les pâturaient.

Quoiqu'on puisse nourrir les jeunes truites avec du lait caillé, des jaunes d'œufs, des lombrics broyés ou de la chair hachée menu, il vaut mieux les repaître avec des insectes et avec leurs

larves, nourriture qu'elles préfèrent à toute autre et qui leur est le plus profitable. A cet effet, ou a inventé en Amérique une installation spéciale. Au-dessus de la surface de l'eau, on fixe sur un piquet solidement planté dans le fond, une corbeille en treillis de fil de fer galvanisé. Dans cette corbeille, on place des déchets de viande, des intestins, etc., sur lesquels les mouches viennent déposer leurs œufs. Bientôt les asticots, ou larves de mouches, éclosent et vont tomber dans l'eau, où les attendent les truites. Pour empêcher que la chair ne se dessèche au soleil, qu'elle devienne la proie des oiseaux carnivores ou répande au loin une odeur désagréable, on recouvre la corbeille avec un tonneau défoncé par le bas, qui forme cloche et plonge dans l'eau. Ce tonneau est percé d'un grand nombre de trous de vrille, de 0m,00ô à CP,010 de diamètre, qui permettent l'accès des mouches. A côté du tonneau est planté un poteau muni d'une console qui porte une poulie. Une corde passe sur la poulie et vient se fixer au centre du plafond du tonneau, muni pour cela d'un crochet. Elle permet de le soulever et de l'abaisser, quand on vient visiter les provisions et les renouveler l. Deux anneaux, placés sur une même ligne verticale, glissent sur une barre de fer fixée le long du poteau, et servent à maintenir le tonneau dans sa position, malgré

1. Seth Green, Troutcultwc, p. 50. — Slack, Pmctical troutculture, p. W'i.

ÉTANGS A TRUITES. lo9

les efforts du vent et le choc des vagues. Quelquefois on supprime le support de la corbeille et on la suspend au-dessus de l'eau, dans l'intérieur du tonneau. Tout en empêchant l'infection de l'air, ce dernier procure aux truites un abri ombragé, où elles viennent guetter la proie vivante, qui leur pleut clans la bouche.

On peut élever les truites par stabulation, dans des bassins en maçonnerie très étroits, si on les fournit abondamment de vivres. La meilleure nourriture, après les insectes et leurs larves, consiste en fretin, petits crustacés, poisson blanc haché menu, viande de cheval découpée en petits morceaux, vers de terre, etc. La chair salée et le hareng* de caque sont acceptés et consommés sans inconvénients. Quand on nourrit les truites artificiellement, on remarque que les morceaux de chair ou de poissons qui ne sont pas saisis pendant qu'ils flottent dans l'eau, tombent au fond et ne sont pas consommés. Cela tient à la disposition naturelle des yeux de ces poissons, qui, placés à la partie supérieure de la tête, ne peuvent voir au-dessous d'eux. Pour éviter l'infection que pourrait causer la pourriture des restes de pâture, il faut, dans l'étang1 de première année, prendre soin de ne pas nourrir avec excès et de ne répandre la pâtée que peu à peu, au fur et à mesure qu'elle est absorbée. Si on n'a pas le temps de se livrer à ce soin minutieux, on place la nourriture dans une corbeille en treillis de fil de fer,

couverte, formant râtelier et maintenue immergée à la surface de l'eau. Les poissons y viennent choisir les bribes qui leur conviennent. Au-dessous de ce râtelier, on place, sur le fond, un large plateau à bords relevés, destiné à recueillir les morceaux perdus, qu'on enlève de temps en temps. Dans les étangs de deuxième et de troisième année, cette disposition n'est pas nécessaire: quelques écrevisses qu'on y répand se chargeront de maintenir la propreté, sans nuire aux truites.

C'est surtout dans les viviers où les truites sont élevées artificiellement et réunies en grand nombre dans un petit espace, qu'il faut avoir soin de se ménager de nombreux compartiments, pour recevoir chacun des truites de même taille. Sans cela les plus fortes dévorent les plus faibles. Il suffît d'une différence d'un quart dans la longueur pour mettre la plus petite en danger. Lorsque la nourriture est insuffisante, les truites s'attaquent entre elles, quoique de mêmes dimensions, et se mordent près de la queue. Toute truite mordue peut être considérée comme perdue; en peu de jours, elle meurt de sa blessure.

Il est rare que les truites puissent frayer dans les étangs mêmes. Lorsque les circonstances le permettent, on leur prépare des frayères artificielles, soit dans les rigoles d'alimentation, soit près de leur embouchure, afin de leur procurer de l'eau vive. En tout cas, il faut munir de grilles les rigoles d'admission ou les ruisseaux qui ali-

mentent l'étang-, pour que, pendant la saison des amours, les truites ne puissent s'échapper, en remontant le courant, et ne deviennent une proie facile des braconniers et de leurs autres ennemis. On peut élever avec succès des ombres chevaliers dans les étang-s à truites et dans les marnes conditions. Le saumon ne peut pas donner de résultats, parce que le séjour dans l'eau de mer lui est indispensable pour acquérir tout son développement.

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4° — ETANGS A COREGONES

La famille des corég*ones, qui comprend la fera, le lavaret, la grande maraene et d'autres espèces, peut s'élever dans des étang*s de toutes dimensions, même quand leur profondeur est limitée, et qu'ils ne sont alimentés que par infiltration, pourvu que l'eau soit fraîche et pure.

Pour peupler les bassins, il suffit de semer des œufs fécondés sur un fond de gravier ou de gros sable, dans une eau aérée mais tranquille, et à une profondeur d'au plus 0,"1 50 d'eau. On aura soin de les éparpiller et de ne pas les ag*g'Iomérer par groupes. Il est indispensable que les œufs ne se touchent pas, sans cela, la perte de quelques-uns d'entre eux, qui se couvrent d'une espèce de moisissure appelée byssus, entraînerait la mort de tous leurs voisins.

On garnira le bassin de moules d'eau, de planorbes, de lymnées des étang-s et d'autres mollusques, dont la progéniture sert de première nourriture aux alevins. Quand ils ont acquis une taille suffisante, ils dévorent aussi les vers et les

petits insectes que l'exiguïté de leur bouche leur permet de saisir.

En 1868, on a obtenu à l'établissement de Huningue des feras adultes pesant environ 500 grammes et- provenant de fécondations artificielles. Elles vivaient dans un bassin d'un peu plus de 1 mètre de profondeur, alimenté uniquement par les eaux du sous-sol , et formaient une population très dense, d'environ trois individus par mètre carré.

Les feras peuvent se transporter vivantes à de grandes dislances et prospèrent très bien après leur voyage. On peut donc les propager par colonisation. Leur reproduction par la pisciculture artificielle n'est pas plus difficile que celle des truites.

Gomme les grandes maraenes, surtout celles du lac de Madu, en Prusse, atteignent de fortes dimensions dans des étangs d'une profondeur limitée, il serait profitable d'acclimater en France cet excellent poisson, et de le domestiquer dans nos bassins d'eau.

Presque toutes les eaux conviennent à l'anguille; elle prospère dans les rivières aussi bien que dans les étangs et les marais, mais la chair de ce poisson sera d'autant plus savoureuse qu'elle proviendra d'eaux plus vives et plus pures.

Les étangs à anguilles doivent être soigneusement protégés par des treillages métalliques , pour qu'elles ne puissent pas s'échapper par les vannes d'admission ou les bondes de trop-plein. On fait grandir de petites anguilles , provenant de la montée , dans des bassins étanches , dont on protège les issues avec de la toile ou une gaze, qui laisse filtrer l'eau et retient les poissons.

Au commencement, les petites bêtes filiformes se nourrissent d'infusoires, qu'elles rencontrent dans l'eau. Un peu plus tard, on leur donne des lombrics et des larves d'insectes , écrasés et réduits en pâte. Quand les anguilles ont atteint des dimensions suffisantes, elles dévorent du frai de grenouilles, des insectes, des limaces, des crustacés, des mollusques et de la chair hachée : du fumier de brebis, qui renferme toujours un grand

nombre de larves d'insectes , peut contribuer beaucoup à accélérer leur croissance.

Dans un étang* de 1 hectare, on place environ 2,000 anguilles d'un an. On ajoute des chevaines, des gardons, des ablettes, des vérons et surtout des gTenouilles et des écrevisses, dont elles sont extrêmement friandes.

S'il existe un cours d'eau dans le voisinage de l'étang1, il faut isoler ce dernier au moyen d'une petite palissade que l'anguille ne puisse pas franchir. Sans cela, elle gagnera les eaux vives en passant à travers champs, et s'échappera. Dans le cas contraire, il faut ménager des berges assez peu inclinées, afin que le poisson puisse, sans trop de peine, quitter l'eau pendant la nuit, et aller se repaître de limaces et de vers de terre, qui sortent à l'air, pendant l'obscurité, pour dévorer les herbes.

En trois ou quatre ans, l'anguille arrive à peser 1 kilogramme et à devenir marchande. On ne l'élève que dans des terrains marécageux, ou à fond de glaise, qui ne peuvent servir ni pour la carpe, ni pour la truite; quelquefois on en place , mais en petit nombre, dans les étangs à carpes. On peut les nourrir artificiellement avec des tripailles, du foie ou du poumon de bœuf et des rebuts de viandes hachés. Les fonds de sable ne conviennent pas à l'anguille, surtout pendant l'hiver, parce qu'elle ne peut pas y établir les galeries, où elle se réfugie durant les froids.

6° — ETANGS A ECREVISSES

Les étangs à écrevisses doivent consister surtout en fossés alimentés d'eaux vives, afin d'offrir à ces crustacés un grand développement de rives, dans lesquelles ils choisissent leurs retraites. Ces fossés peuvent en même temps servir à élever des truites. Le plus souvent, on se borne à tenir les écrevisses dans des viviers en maçonnerie, où elles grandissent et s'engraissent. Le sol doit en être graveleux à une gTande profondeur, et l'alimentation d'eau vive, très abondante. Ces viviers peuvent servir de cressonnières.

Pour que le test des écrevisses puisse se renouveler, il faut qu'elles rencontrent dans l'eau le calcaire nécessaire. Si les eaux ne renferment pas de chaux, il faut que les pierres des parois des viviers la leur fournissent. La petite quantité d'acide carbonique que les eaux renferment toujours, leur fait dissoudre la quantité de carbonate de chaux nécessaire, dont profitent les crustacés. A défaut de cette précaution , on risque de voir les belles et grandes écrevisses à pattes rou-

ges dévorées par la petite écrevisse noire, qui prospère dans les eaux siliceuses , ou bien le peuplement meurt et disparaît, faute de pouvoir remplacer sa carapace pendant les mues.

On nourrit les écrivisses de larves d'insectes , qui se développent dans le fumier; de détritus de toutes sortes, animaux ou végétaux, de sang' de bœuf frais, etc. Elles aiment surtout la cbair fraîche. Bien soignées, elles peuvent atteindre des dimensions extraordinaires. En 1590, on mandait de Bohême qu'on disposait d'écrevisses aussi grandes que des cochons de lait âg^és de deux semaines l.

Les écrevisses croissent lentement et doivent être séparées par taille, pour ne pas s'entre-dévorer au moment des mues. De nombreux réfugies leur seront ménagés au moyen de pierres superposées le long des bords. Les petites écrevisses, de moins de 1 centimètre de longueur, s'enfoncent dans le sol , quelquefois à plus de 1 mètre de profondeur, et y passent leur première jeunesse.

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