‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 56 sur 127 · Horack, Culture des étangs en Bohême, p. io · texte numérisé non relu

Horack, Culture des étangs en Bohême, p. io

Nous avons vu que les insectes, les mollusques et les crustacés qui vivent dans l'eau, jouent un grand rôle dans l'alimentation des poissons, et constituent pour eux une nourriture aussi agréable que substantielle. Pour produire ces petits animaux à profusion , il faut que l'étang* soit abondamment pourvu des végétaux qui les hébergent. Parmi les plantes aquatiques, il en est qui sont particulièrement favorables à la propagation d'insectes nourriciers ; d'autres le sont moins, mais se prêtent à divers usages , qui leur assignent une valeur agronomique assez élevée; d'autres enfin, sont inutiles ou nuisibles, et doivent être proscrites. Si l'on dispose de grandes étendues d'eau , dont l'exploitation se combine avec celle d'une ferme agricole, on réserve des espaces limités à la culture des plantes utiles, afin de parer à tous les besoins de l'économie rurale.

La plante qu'on rencontre le plus communément clans les eaux fermées et sur les rives abritées des rivières, c'est le roseau (arundo phrag-

mites). Il prospère dans les terrains vaseux et fertiles , et pousse dans tous les sols qui ne sont pas exclusivement argileux. Ses usagées sont très variés et lui constituent une utilité exceptionnelle. Très jeune, il fournit plusieurs coupes et sert de fourrag'e vert pour les chevaux. On le donne aussi aux vaches, mais alors il est haché avec de la paille ou mélangé avec des fourrages secs. Sa valeur nutritive est très grande. Le roseau sec renferme de 18 à 19 pour 100 de protéine, quantité supérieure à celle que contiennent presque tous les autres fourrages, à l'exception de la jeune luzerne. Quand il a toute sa hauteur et mesure environ 2 mètres, on le récolte et on le fait sécher pour servir de couverture pour les meules, de chaume pour les hangars ou de murailles pour les huttes abris où se tiennent les gardes. Dans la construction des maisons, on s'en sert pour garnir les plafonds et les cloisons, qui doivent recevoir une couche de plâtre. Enfin il remplace la paille et les feuilles sèches comme litière pour les bestiaux. La production du roseau n'est donc nullement indifférente, au point de vue du rendement pécuniaire d'un étang.

On emploie différentes méthodes pour propager le roseau. Au fond des eaux permanentes, sur un sol toujours submerg-é, on ne peut recourir qu'à l'ensemencement. On récolte des graines bien mûres et on les pétrit avec de la terre grasse de manière à former des boules, de 0m,06 à

0m,10 de diamètre. Ces boules sont disséminées sur le sol qu'on veut garnir, et, bientôt, les graines g*erment et s'enracinent dans la terre. Dans les étang's on profite de la vidange, pour planter dans des fosses de 0m,30 à 0m,60 de profondeur (selon la longueur des racines), des mottes de terre portant des roseaux. La plantation se fait au printemps, avant la formation des nouvelles pousses. Enfin pendant le mois de juillet, on peut piquer des tigres de roseaux clans des endroits vaseux et bien abrités, où elles prennent racine. En automne , on enlève ces boutures avec leur motte, et on les met en place. Après la plantation, on maintient l'humidité du sol; mais on ne le mettra en eau que lorsque les jeunes pousses auront atteint une longueur deOm,30. Les plantations de roseaux se développent avec une grande vigueur ; elles finissent par former des massifs impénétrables aux poissons de moyenne taille. Il faut donc en modérer l'extension et la circonscrire dans certaines limites, pour ne pas porter préjudice au développement du peuplement piscicole. Par contre, ils fournissent au poisson de nombreux insectes , des graines et des détritus, dont il fait son profit. Comme les roseaux ne peuvent vivre que dans des profondeurs d'eau inférieures à 2 mètres, leur envahissement n'est pas à redouter dans les étang-s profonds, dont tout au plus ils peuvent garnir les rives. Pendant Fassec, il est facile de les extirper en

arrachant les racines et les brûlant, opération que la charrue facilite beaucoup , quoique son action ne suffise pas pour amener seule une destruction totale.

Uacore (acorus calamus) est une herbe dont la tige atteint I mètre de Hauteur et porte une fleur en forme de panicule. Ses racines, qui atteignent une grosseur de 0m,03, sont Recherchées pour la distillation, la pharmacie et la confiserie. Il se plaît clans des eaux qui n'ont pas plus de 0m,30 à 0m,60 de profondeur. On le plante au printemps, en lignes distantes de 2 mètres, en repiquant, avec des intervalles de 0m,60, des cayeux portant des feuilles. La culture de l'acore est favorable aux poissons.

De toutes les plantes aquatiques, la meilleure pour le peuplement est \<\, fétuque flottante (festuca fluilans), dont les feuilles douces et tendres sont consommées par les carpes, et constamment couvertes de myriades d'insectes et de petits crustacés. Ses gTaines sont très nutritives; mais ses fortes racines sont une g'êne pour le labourage.

La lentille d'eau (lemna) tapisse la surface de l'eau d'innombrables petites feuilles flottantes, dont les faces inférieures portent des racines plongeantes. Elle foisonne surtout dans les étangs qui reçoivent des eaux grasses, et abrite de nombreuses colonies de petites proies, que les poissons y viennent récolter. Cette plante ne réussit que dons les eaux abritées; les vents la rejettent

sur les berges et la font périr par dessication.

La châtaigne d'eau (trapa natans) est une plante annuelle dont les feuilles ressemblent à celles de l'ortie; ses fruits sont mangeables. Elle aime un sol marneux et gras. Ses feuilles sont consommées par les chevaux. Quand elle se répand à l'excès; il suffît de la faucher sous l'eau, avant la maturation des châtaignes; on en empêche ainsi la reproduction, qui ne peut avoir lieu que par ensemencement.

Parmi les plantes utiles dans les étangs, nous citerons encore les nénuphars, qui conviennent particulièrement aux étangs à truites; la spargule d'eau (polygonum amphibium); la renoncule aquatique (ranuncula aquatilis); le cresson de fontaine (nasturtium) et celui de marais; l'iris jaune (iris pseud-acorus), et la véronique d'eau (veronica beccabunga).

Les plantes à détruire sont les joncs (scirpus lacustris) qui produisent peu d'insectes et servent à certains usages domestiques; le Typha latifolia, la Glyceriaaquatica, la Phalarisarundinacea, etc.

LES FRAYÈRES ARTIFICIELLES

De temps immémorial, les Chinois ont pratiqué la pisciculture au moyen de frayères artificielles. Voici ce qu'en rapporte Duhamel, d'après Y Histoire générale des voyages { :

« La Chine offre une prodigieuse abondance de poissons; les rivières, les lacs, les étangs, les canaux même y sont remplis de poissons, qui fourmillent jusque dans les fossés qu'on creuse dans les champs, pour conserver l'eau qui sert à la production du riz. Ces fossés sont remplis de frai ou d'œufs de poisson, dont les propriétaires tirent un profit considérable.

« On voit tous les ans, sur la grande rivière du Yang"-tse-Kiang\ à peu de distance de Kien- King'-fou, dans la province de Kiang-si, un nombre surprenant de barques qui se rassemblent

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