Millet, La Culture de l'eau, p
surface de 2 à 3 mètres carrés. Les truites viendront y établir leur nid et y déposer leurs œufs. Lorsqu'on dispose d'un petit ruisseau à forte pente, qui alimente l'étang' ou qui se déverse dans une rivière à truites, on peut établir des frayères dans les meilleures conditions. On commence par poser une gorille à l'endroit qu'on ne veut pas voir dépasser par les truites qui remontent le courant, soit à cause des dangers qu'elles pourraient courir au delà, soit parce qu'on veut borner le rayon de la surveillance à exercer. Puis on y dispose un certain nombre de frayères artificielles. On les place au pied des rapides, où les eaux ne g"èlent jamais à fond et sont fortement aérées. Si la pente est trop accusée, on la rompt au moyen d'une série de petites cascades, qui remplacent avantageusement les rapides : il ne faut pas que la vitesse d'écoulement de l'eau soit assez grande pour entraîner les œufs pendant la durée de l'incubation.
A côté de chaque frayère, on laisse un espace suffisant pour le poisson qui remonte ou qui descend Je ruisseau, afin que l'opération de la ponte ne soit pas troublée par le va-et-vient. Quand la fraie est terminée, et que la femelle a achevé de couvrir les œufs avec du gTavier, il faut empêcher que d'autres couples ne viennent frayer au même endroit. En creusant leur nid à leur tour, ils découvrent les œufs antérieurement pondus, les détériorent et les dévorent avec avidité. On
LES FRAYÈRES ARTIFICIELLES. 181
recouvre donc la frayère au moyen de quelques broussailles fixées par des piquets, de caisses en planches à parois percées de trous de vrille, d'un treillage en fer galvanisé, ou d'un simple panier d'osier chargé de quelques pierres. Chaque nid ne doit jamais servir qu'à un seul couple.
On favorise la ponte en couvrant les frayères avec quelques planches formant pont par-dessus le ruisseau. Elles procurent aux poissons l'ombre, la tranquillité, et surtout la sécurité contre les oiseaux pêcheurs, qui les guettent, eux et leur progéniture.