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ET DES CANAUX

Dans les fleuves, les rivières navigables et dans les canaux de navigation, la pêche n'est considérée que comme un produit accessoire, qui a été, le plus souvent, complètement sacrifié aux intérêts majeurs des transports : il n'est cependant ni difficile, ni coûteux de concilier ces deux intérêts.

La canalisation et l'endiguement des cours d'eau, en rendant mobile le fond des rivières pendant les crues, y ont détruit en grande partie les végétaux qui servent à l'alimentation et à la reproduction des poissons les plus vulgaires, sans lesquels ne peuvent vivre les espèces les plus recherchées, qui s'en nourrissent. Le mouvement des vagues produites parla navigation à

vapeur disperse le frai déposé sur les plantes qui garnissent les rives; les œufs sont décollés des herbes, projetés sur les berges et périssent, en se desséchant. Les crues rapides et les baisses qui arrivent subitement, sont autant de causes de destruction du frai.

Enfin la mobilité du fond, dont les graviers broient à la fois l'œuf et son alevin, ne permet pas au peuplement de se maintenir.

Si ces cours d'eau étaient munis d'un nombre suffisant d'abris pour le frai, pour l'alevin et pour le poisson adulte, si on rétablissait les pâturages herbeux, produisant insectes et feuillage, nourriture de la plupart des poissons, nul doute, qu'eu ég^ard à l'extrême puissance de reproduction de ces animaux, en peu de temps nos rivières récupéreraient, en grande partie, leur richesse d'autrefois.

Dans les contrées où la civilisation n'a pas encore accompli ses grandes œuvres ; où les rivières ne sont pas endiguées et reçoivent les eaux d'égouttement d'immenses pâturages; où les cours d'eau communiquent librement avec de vastes étangs et des marécages, dans lesquels le poisson blanc pullule à portée d'une nourriture inépuisable, la pêche, malgré tous les abus, continue à donner de merveilleux résultats. Tel est l'état des rivières de la Hongrie, et en général, de l'Europe orientale.

La construction des digues a isolé nos cours

d'eau navigables de leurs anciens bras, d'où leur arrivait en grande partie leur peuplement. Serait-il impossible aujourd'hui de les remettre en communication, tout en ayant soin de munir les têtes des canaux d'accès de vannes qu'on pourrait fermer pendant les crues? Ne pourrait-on pas endiguer celles des noues qui pour cela offriraient des facilités particulières, et les réunir au lit des rivières à titre de ports à poissons? Nous n'y voyons aucun obstacle. Ces vieux bras et ces ports, constitués en réserves, abriteraient le poisson pendant la saison des amours, et lui serviraient de refuge pendant les crues. L'excédent de leur population se déverserait incessamment dans le cours d'eau principal et en enrichirait la pêche.

Des anses ménagées dans les rives et munies de frayères artificielles, ou des bassins établis dans les dépressions naturelles du terrain, pourraient remplacer les anciens bras ensablés aujourd'hui. Une baie de 1 are de superficie et d'une profondeur de 0m,40 à 0m,50 placée de 2 en 2 kilomètres, suffirait pour approvisionner de carpes et de tanches une rivière de 30 mètres de largeur !. Si on ne pouvait pas multiplier ces baies, une mare de 30 à 40 ares, sans communication avec le lit principal, suffirait pour approvisionner, par colonisation, une longueur

i. Dr Lamy, Nouveaux éléments de pisciculture, p. 81.

de 10 kilomètres. Le long des canaux de navigation, près des maisons éclusières, il ne serait ni difficile, ni bien coûteux d'établir des bassins d'alevinage, dont les reproducteurs seraient fournis par les locataires mêmes de la pèche. Ces bassins pourraient servir de viviers d'entrepôt des poissons pendant les chômages, lorsque la cuvette des biefs serait mise à sec pour recevoir des réparations.

Pendant la vidange des biefs des canaux de navigation, il périt toujours une immense quantité de jeunes poissons, qu'on pourrait sauver pour repeupler le canal lors de la mise en eau. 1! suffirait pour cela de pratiquer dans les biefs, à environ 10 mètres en aval de chaque écluse, un approfondissement analogue à la poêle des étangs. Sa longeur serait déterminée par la surface du bief, et sa largeur ne dépasserait pas la moitié de celle du fond de la cuvette. Quand on fait baisser les eaux, les poissons remontent le courant. Il suffirait de ralentir l'écoulement à la fin de l'opération, et de maintenir un petit filet d'eau fraîche, découlant de la porte de l'écluse supérieure, pour rassembler tout le poisson dans la poêle. La pêche y serait aisée, ainsi que le transport dans le bassin de dépôt. Le plus souvent même, on pourrait maintenir cette alimentation pendant toute la durée du chômage. Il est vrai qu'on peut, par une manœuvre appropriée, attirer une partie du poisson dans le sas de l'écluse et de

là, ensuite, le faire passer dans le bief supérieur. Mais on ne sauvera pas ainsi le fretin, et souvent il est nécessaire de mettre à sec plusieurs biefs consécutifs. La création de bassins de dépôts s'impose donc comme une nécessité, si on veut maintenir les produits de la pêcbe dans les canaux.

Dans les rivières et les canaux, il se développe souvent une cause de dépeuplement qu'il convient de surveiller : c'est la surabondance des brochets. Tous les ans, à la fin du mois d'août, une pêche générale devrait être exécutée au filet traînant. L'emploi de ce filet ne présenterait, à cette époque, aucun inconvénient pour le frai, et il est indispensable pour capturer tous les gros brochets et pour détruire une partie des brochetons. La population du brochet ne devrait pas excéder celle d'un deux-centième des autres poissons de même taille, quand le peuplement est complet. Lorsque la rivière est dépeuplée, il faut y supprimer tous les brochets qu'on peut atteindre, et dans aucun cas, il n'en faudrait conserver dont le poids dépassât 500 grammes. Lorsque la rivière nourrit des truites, des ombres communs et des perches, il n'y faut tolérer le brochet d'aucune façon.

Dans une rivière dépeuplée depuis dix ans, il a été fait en 1867 une pêche exceptionnelle, dans le but de prendre un gros brochet signalé depuis quelque temps. Sur 2 kilomètres de par-

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