‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 62 sur 127 · K LES POISSONS D'EAU DOUCE · texte numérisé non relu

K LES POISSONS D'EAU DOUCE

cours, la seine a capturé une trentaine de brochets, maigTes, mais fort longes. Ils pesaient de 6 à 12 kilogTammes et leur chair était sèche et coriace. Ils avaient fait disparaître les truites et les ombres communs qu'autrefois on péchait avec abondance.

Ce n'est pas qu'il faille détruire complètement le brochet, qui est excellent à mang*er quand il n'est pas trop âg*é et qu'il a été bien nourri; mais il en faut limiter le nombre dans les canaux et dans les rivières. Il ne faut le supprimer complètement que dans les parties réservées pour la reproduction, aussi bien que les lottes, les anguilles et les perches, qui se nourrissent de frai et d'alevins. En g*ens pratiques, les Anglais ont mis à prix la tête du brochet dans toutes leurs rivières à saumons.

La principale richesse des gTands cours d'eau est fournie par les poissons voyageurs. Ils ne mangent presque pas dans les eaux douces, et tirent toute leur substance de la mer. Leur conservation et leur multiplication doit être un des principaux buts de la pisciculture. La reproduction artificielle du saumon peut contribuer à en peupler les rivières; mais il faut surtout qu'il puisse y remonter à son retour de la mer et s'y multiplier naturellement. Les bassins de reproduction artificielle établis dans la Grande-Bretagme n'ont pas donné les résultats espérés. C'est encore le frai natuurel du saraon, qui, bien surveillé et ef-

ficacement protégé, constitue, en Ecosse et en Irlande, la base du repeuplement.

Il est donc essentiel d'établir des passages ou échelles à poissons partout où des barrages, construits pour favoriser la navigation ou pour mettre en mouvement les roues des usines, interceptent le chemin que les poissons suivent à la montée. Ces échelles, dans nos rivières si souvent appauvries durant les sécheresses, se composent d'une série de vasques, juxtaposées sur un plan incliné d'un cinquième au plus de la hauteur à franchir. Elles sont assez grandes et assez profondes pour que le poisson puisse s'y reposer et reprendre son élan, sans risque de se blesser. Elles communiquent par des entailles ou des passes, pratiquées alternativement sur les côtés des retenues et produisant de petites cascades. Le fond est horizontal, ou incliné légèrement dans le sens du courant, afin d'éviter l'ensablement. Si au moment de l'élan la queue du poisson touche le fond, il peut se blesser, perdre quelques écailles, et dès lors, sa vie est compromise. L'issue inférieure de l'échelle doit toujours se trouver dans le courant principal. S'il est impossible de remplir cette condition, il faut par un moyen artificiel, cascade ou remou produit par une conduite d'eau, attirer le poisson à l'entrée du passage. (Fig. 43.)

Une fois la libre circulation du poisson assurée, il faut étudier les affluents où il aime à établir ses

frayères. Ces cours d'eau doivent être constitués à l'état de réserves et rigoureusement surveillés. Pendant la fraie, le poisson est sans défense et livré à la merci des braconniers. Après l'éclosion,

Fig. 43. — Échelle à poissons.

l'alevin du saumon séjourne pendant un an dans son ruisseau d'origine, et devient trop souvent, sous le nom de reney, de tacon et de saumoneau, la proie des délinquants. L'avenir de la pêche du saumon repose tout entier sur la conservation du saumoneau. Tous les efforts qu'on fera pour le

repeuplement ne pourront aboutir h aucun résultat, si la progéniture du poisson n'est pas efficacement protégée.

L'alose, qui est un des éléments principaux de la pêche des grandes rivières, fraie en pleine eau, pendant la nuit. Les endroits où elle pond ses œufs doivent être observés, étudiés et bien définis. Pendant toute la durée de la fraie, la pêche y doit êlre interdite. D'ailleurs la pêche de nuit de ce poisson ne devrait être permise que sur les bords de la rivière, et sur un quart, au plus, de sa largeur, à partir de chaque rive.

La montée des anguilles est consommée en masse par les populations riveraines des embouchures de nos fleuves. Pour un maigre repas, elles détruisent une quantité d'anguillules capable de peupler tout un canton de l'intérieur. La pêche de la montée ne devrait être permise que dans un but de repeuplement.

Il serait utile aussi de protéger spécialement les frayères des lamproies et des éperlans. La pêche de l'esturgeon devrait être absolument interdite, pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'il se soit de nouveau multiplié assez pour qu'on puisse reconnaître ses frayères et les protéger.

Il est d'autant plus nécessaire, nous le répétons, de protéger les poissons voyageurs, qu'ils ne consomment presque pas de poissons indigènes et s'engraissent à la mer. Ce sont des émissaires

de nos petits cours d'eau, qui vont au loin faire de grosses récoltes, pour nous les rapporter. Des expériences officielles, poursuivies sur le Rhin £, ont démontré que le saumon qui revient de la mer ne mange plus quand il se trouve dans l'eau douce, et ne peut porter aucun préjudice à la population sédentaire des rivières qu'il fréquente. Il en est de môme de l'alose.

En repeuplant les rivières au moyen d'alevins obtenus artificiellement, il faut avoir soin de les disséminer dans les affluents qui leur conviennent. Les saumons et les truites ne quittent souvent qu'à l'âge de deux ou trois ans les ruisseaux où ils sont nés. S'ils arrivaient plus jeunes dans les grands cours d'eau, ils seraient trop faibles pour résister aux périls qu'ils y rencontrent. Si l'on met en liberté, dans une grande rivière, des saumoneaux ou des truites de moins d'un an, il y a gTande chance que pas un poisson n'en réchappe.

Le but à atteindre, c'est que chaque rivière pourvoie naturellement à son peuplement. A cet effet, elle doit renfermer un nombre suffisant de reproducteurs. Or le poisson ne peut arriver aujourd'hui à l'état adulte, ni devenir capable de reproduction, s'il n'est pas protégé. C'est pour lui assurer cette protection qu'on a établi les réserves,

I . Darfurtii, De la nourriture et des mœurs des salmonidés et des aloses, 1874, p. 20. — J.-G. Bertram, Theharvest of the sea, 1865, p. 102.

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où la pèche est interdite en toute saison. Dans ces parties de cours d'eau , le poisson séjourne et grandit librement; il y mûrit son frai et souvent l'y dépose; sa progéniture émigré quand la population devient trop dense, et, quand elle se met en voyage à la recherche des lieux de reproduction, elle revient plus tard à sa demeure habituelle. Dans ce dernier cas, la loi protège le poisson, même dans les cours d'eau affectés à la pêche, car elle interdit de le capturer pendant la saison des amours. Des réserves bien distribuées et surveillées, sont donc un moyen très efficace pour maintenir le peuplement des eaux.

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