DES ŒUFS ADHÉRENTS
Pour la fécondation artificielle des espèces dont les œufs adhèrent aux corps sur lesquels ils tombent, on procède exactement de la même manière que pour celles dont les œufs sont libres, sauf que le récepteur est disposé d'une manière différente.
Dans les vases destinés à recevoir les œufs, on dispose des plantes aquatiques , des paquets de bruyères, des joncs, du chevelu de racines, etc., de manière à les en garnir complètement. On recouvre les branchages d'eau et on y fait couler de la laitance qu'on mêle rapidement. Puis on fait sortir les œufs, qu'on disperse uniformément sur les plantes où ils se collent, et on ajoute de nouveau de la laitance. On agite doucement et on laisse séjourner une ou deux minutes. Puis on enlève la frayère et on la remplace par une autre, en ayant soin de changer l'eau à chaque opération.
Les branchages garnis d'œufs sont placés dans des bassins à éclosion, où ils sont couverts d'envi-
ron 0ra,I0 d'eau. Les carpes éclosent 6 à 8 jours après la fécondation.
Il faut avoir grand soin que l'eau dont on se sert soit à une température convenable, et qu'elle marque, par exemple, 16 à 18 degTés pour les tanches, 20 degrés pour les carpes, etc. Sans cette précaution, l'insuccès est certain. Le soleil doit avoir accès aux bassins d'éclosion, et la température y doit être maintenue, le plus possible, la même que celle qu'exig-eait la fécondation. C'est à l 'oubli de ces précautions qu'on doit attribuer les échecs, à peu près constants, qu'ont éprouvés les pisciculteurs allemands, quand ils ont abordé la reproduction artificielle des carpes *.
1 . Ackerhof, Exploitation des étangs et des cours d'eau (1869), p. 56. — Delius, V Exploitation des étangs (1875), p. 60. — Dallmer, Journal des pèches allemandes, Stettin (1879), n° 8.
INCUBATION EN PLEINE EAU
Pour introduire de nouvelles espèces dans un cours d'eau, ou pour repeupler des eaux appauvries, on se borne quelquefois à y semer des œufs libres, sur un fond de gravier, et à y transporter les herbes et branchages chargés de frai adhérent, qu'on fait éclore le long1 des berges, dans des expositions favorables. Par ce procédé on éprouve des pertes inévitables, parce que le frai et les alevins restent exposés à tous les dangers que leur font courir les éléments, aussi bien que les animaux ichthyophages.
Pour arriver à l'éclosion, les œufs fécondés demandent tous un certain temps, dont la durée est extrêmement variable selon les espèces. La température y joue un rôle important : les éclosions sont d'autant plus hâtives qu'elle est plus élevée. Avec de F eau d'une température constante de 10 degrés centigrades on obtient des éclosions de truites en 40 jours. A 1 degré centigrade, la durée de l'incubation est de 120 jours, soit près de 9 jours de plus pour chaque deg-ré centi-
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grade de moins. A la température de la glace fondante on peut prolonger la durée de l'incubation pendant 5 à 6 mois. L'œuf alors semble dormir et peut se transporter à tous les points du g^Iobe, sans s'altérer. Toutefois, on devra trier de temps en temps les œufs qui sont gâtés, afin d'en empêcher l'envahissement par le byssus.
Comme les jeunes poissons, obtenus des œufs de truite, doivent vivre plus tard dans des eaux déterminées, on fait bien de les faire incuber à la température habituelle de ces eaux dans les rivières mêmes et près des frayères naturelles, où elle se maintient presque toujours très fraîche. Si on a soin de choisir des œufs qui ont été fécondés à l'époque même à laquelle dans ces cours d'eau les truites libres déposent leur frai, on obtient des jeunes poissons au moment où la vie commence à se développer dans l'eau, par l'effet de la chaleur, et l'alevin ne court plus le danger de mourir d'inanition.
Au lieu d'abandonner les œufs aux hasards de la nature, on les abrite dans des appareils spéciaux. Ils se composent généralement d'une caisse rectangulaire, de 2 à 3 mètres de longueur, sur 0m,45 à 0m,60 de largeur et 0m,35 de profondeur. Elle est fermée par un couvercle qui permet d'en visiter le contenu et présente, aux deux bouts opposés au courant, des ouvertures placées à um,10 au-dessus du fond, et garnies de toiles métalliques, dont le tissu est assez serré pour
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empêcher les insectes de pénétrer dans la caisse, sans entraver la circulation de l'eau.
Une couche de gravier fin est étendue sur le fond. On y sème les œufs, de façon qu'ils soient également répartis, sans se toucher ni se recouvrir les uns les autres. Ce gravier ne doit pas provenir d'un cours d'eau où il aurait pu s'infecter de germes ou de larves d'insectes destructeurs, mais d'une carrière à ciel ouvert. Si on est obligé de le tirer du lit d'une rivière, il faut, avant l'emploi, le chauffer au four ou, au moins, le passer à l'eau bouillante, afin de le purger. Les caisses ainsi préparées sont immergées dans l'eau et amarrées à des endroits où le courant, suffisamment rapide, amène de l'eau vive et aérée et la renouvelle à chaque instant.
Il y a plus de cent ans que ce procédé a été employé par Jacobi et il donne de bons résultats '. Mais il a l'inconvénient de rendre difficiles les vérifications, ainsi que le triage des œufs gâtés, et il expose les caisses aux dangers des crues subites. On l'emploie aujourd'hui, surtout quand on veut faire éclore des œufs qu'on reçoit tout embryon nés, et qu'on ne dispose pas d'une installation spécialement appropriée aux éclosions.
Au lieu de caisses rectangulaires on emploie avec succès des auges circulaires en terre cuite, criblées de trous à leur pourtour et sur le cou-
1. Voir à V Appendice, p. 27b, le mémoire de Jacobi publié par Duhamel en 1772.
INCUBATION EN PLEINE EAU
vercle, qui ont été inventées par M. Koltz l, ou bien des corbeilles en toile métallique, à fond plat, qu'on place dans une rig'ole à courant ra-
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pide. En place de gravier, pour recevoir les œufs, on se sert souvent de claies formées de cadres en bois dur où sont enchâssées des bag*uettes de