‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 74 sur 127 · Koltz, Traité de pisciculture pratique, p. H · texte numérisé non relu

Koltz, Traité de pisciculture pratique, p. H

verre. Ce ne sont là que des variantes d'un même système, qui est excellent, lorsqu'on a soin de bien surveiller la marche de l'incubation.

En Amérique, on reproduit artificiellement une variété d'aloses spéciale à cette partie du monde. Les œufs de ce poisson ont besoin d'une température élevée et périssent quand elle s'abaisse de 5 degrés centigrades, comme cela arrive près des bords des fleuves. Il faut donc opérer en pleine rivière et à la surface de l'eau. M. Seth Green a imag'iné d'employer des boîtes flottantes de 0m, 60 de longneur et de 0m, 45 de largeur et de profondeur, contenant chacune de 50,000 à 100,000 œufs. Ces œufs flottent suspendus dans l'eau. (Fig*. 48.) Les caisses, sur leur fond et à leurs extrémités, sont garnies de toile métallique, recouverte de peinture au goudron. Elles sont immergées à la surface de l'eau, dans un courant dont la vitesse atteint 3 kilomètres par heure. Afin d'y susciter des remous favorables à l'incubation, les caisses sont maintenues inclinées vers l'amont, au moyen d'un flotteur. Ces remous empêchent aussi les œufs de s'agglomérer . Les éclosions ont lieu cinquante ou soixante heures après la fécondation, et la résorption de la vésicule ombilicale prend 2 à 3 jours. La température de l'eau doit dépasser 21 degrés centigrades. Ce mode de reproduction se pratique sur une grande échelle. (Fig\ 49.)

On donne la liberté aux jeunes poissons, en

INCUBATION EN PLEINE EAU

ouvrant les boîtes au milieu du cours d'eau, parce que sur ses bords, les vandoises, les anguilles et d'autres ennemis encore, leur font une chasse sans merci.

Afin de protéger réclosion des œufs adhérents, on place souvent les branchages qui en sont

Fig. 49. — Disposition des boîtes flottantes.

chargés dans des paniers en vannerie, émergeant de l'eau par leurs bords supérieurs. On les couvre avec un couvercle à claire-voie, suffisante pour abriter le frai contre les oiseaux pêcheurs, sans empêcher l'action du soleil. Les éclosions obtenues, on immerge complètement le panier, et les petits poissons s'échappent à travers les ouvertures de la claire-voie.

Lorsqu'on a de grandes quantités d'œufs à faire incuber, qui doivent être abrités contre le froid, la neige, le vent et les pluies, un simple hangar peut suffire, à condition qu'on le puisse chauffer, et empêcher la congélation de l'eau dans les appareils, durant les grands froids.

L'emplacement choisi pour établir le hangar d'incubation devra présenter des ressources convenables au point de vue de la quantité et de la qualité de l'eau dont on y pourra disposer. On croit habituellement que l'eau de source est préférable à toute autre, pour l'incubation des œufs de la famille des salmonidés. Cela n'est pas tout à fait exact. L'eau de source, joint à l'avantage d'un débit constant, celui de ne pas geler en hiver et de ne pas se troubler après les orages. Mais lorsqu'elle est employée à sa sortie du sol, elle a l'inconvénient de procurer des incubations trop rapides, à cause de sa température relativement élevée. Il en résulte des alevins de complexion délicate, tout formés et éprouvant le be-

soin de manger, à une époque où la saison est encore trop rigoureuse pour qu'on puisse les mettre en liberté sans danger. Les petits poissons qui proviennent d'une incubation prolongée sont toujours plus robustes et plus vigoureux. Puis les eaux de source renferment souvent de notables quantités d'acide carbonique et sont pauvres en oxyg'ène; circonstance fâcheuse, parce que l'œuf fécondé respire dans l'eau et consomme de l'oxygène pour se développer. L'insuffisance de ce gaz peut occasionner de sensibles mécomptes. On remédie à ces inconvénients en recueillant l'eau de source dans un réservoir suffisamment spacieux, avant de la faire servir à l'incubation ; elle s'y refroidit et dégage son excès d'acide carbonique. On l'aère ensuite, soit en lui ménageant des cascades, avant son entrée dans les appareils, soit en profitant d'une chute pour faire tomber une veine d'eau épanouie dans un tuyau, muni à sa partie supérieure de trous d'aspiration d'air, comme une trompe catalane. Enfin, l'eau de source renferme beaucoup moins d'infusoires et de conferves que celle des rivières, ce qui la rend moins propre au premier élevage des alevins, qui consomment ces êtres microscopiques.

L'eau de rivière se congèle facilement en hiver, mais sa basse température la rend éminemment propre à la production d'alevins alertes et bien constitués, qui arrivent à éclore pendant la sai-

son favorable. Pour prévenir le gel dans le hangar, on le munit d'un appareil de chauffage, ou bien on l'établit à une certaine profondeur dans le sol, à la manière de ces caves où la température reste à peu près constante en hiver, voisine du point de congélation, sans jamais l'atteindre. La prise d'eau sera pratiquée près du fond de la rivière, où la température descend rarement audessous de 3 à 4 degrés, car alors l'eau est près de son maximum de densité. On peut ainsi se mettre à l'abri du gel malgré les rigueurs de la saison.

Souvent les eaux courantes sont légèrement chargées de matières vaseuses, qui encrassent les œufs et les étouffent. On remédie à ce défaut, en recueillant ces eaux dans un bassin suffisamment vaste pour que les matières les plus lourdes s'y déposent. L'alimentation de ce bassin s'opérera par sa partie inférieure, près du fond, et l'écoulement vers les appareils aura lieu par des issues pratiquées près de la surface. Quelques bondes de fond permettent d'enlever les dépôts et de procéder au nettoyage.

Les eaux qui proviennent du bassin de dépôt ne seraient cependant pas encore assez pures, si on ne leur faisait pas traverser des filtres de gros sable mélangé de gravier, ou des flanelles tendues sur des cadres placés en travers des rigoles d'amenée. Chaque écran de flanelle produit une petite perte de chute, et comme il est nécessaire

de les nettoyer de temps en temps, et par conséquent de les sortir de l'eau, on en établit au moins trois à la suite les uns des autres, afin qu'il ne pénètre jamais d'eau limoneuse et que l'alimentation ne subisse pas d'arrêt.

La rigole d'amenée des eaux que débitent les filtres doit toujours être maintenue dans un état de parfaite propreté. On la recouvre, afin que les poussières atmosphériques ne puissent pas se déposer à la surface de l'eau. Elle peut être construite en maçonnerie, en ciment ou en terre cuite, voire en fonte de fer, avec ou sans émail, mais on doit éviter l'emploi du bois qui donne lieu à des dissolutions résineuses ou tanniques, et à des végétations de parasites, dont les spores sont délétères pour les œufs. Si, faute d'autres ressources, on est absolument obligée de recourir au bois, il faut, tous les ans, le nettoyer soigneusement à la brosse et le recouvrir d'une bonne couche de peinture au goudron minéral.

Les œufs veulent être abrités contre l'action de la lumière directe du soleil ; on a donc soin de couvrir les appareils. Ces couvertures les protègent aussi contre la chute des poussières atmosphériques et les préservent des atteintes des rats et des campagnols, qui viendraient, sans cela, les dévorer pendant la nuit. Il est peu pratique de fermer le hangar complètement à l'accès du jour, et de procéder à la révision des œufs à l'aide d'une lanterne à réflecteur, comme on l'a fait

quelquefois. La lumière directe seule est pernicieuse, et celle qui suffît pour soig'ner les œufs ne peut leur porter aucun préjudice. L'obscurité n'empêche pas la production du byssus.

Pour faire incuber les œufs abrités comme il vient d'être dit, on applique deux méthodes différentes. La première consiste à faire usagée des aug"es préconisées par M. Coste et qui portent son

Fig. 50. — Appareil Coste."' •

nom; pour la seconde, on emploie des rigoles ou des tables dites d'incubation. Dans les établissements de pisciculture, on les combine souvent d'une manière très variée.

L1 appareil Coste, inventé par M. Caron, se compose d'aug*es rectangulaires, en terre cuite vernissée, capables ordinairement de contenir 1,500 œufs de truites. Elles ont alors 0m,50 de longueur, 0m, 15 de largeur et autant de profondeur. Sur leur bord supérieur, près d'un ang*le, se trouve placé un bec d'écoulement. L'intérieur

(fig*. 50) présente quatre saillies destinées à supporter les grilles qui reçoivent les œufs et que l'eau doit surmonter d'environ 0m,05. Ces saillies sont donc placées aux deux tiers environ de

* ftdi ahr

la hauteur au-dessus du fond. Les grilles sont composées de cadres rectangulaires de bois, qu'on a fait bouillir dans l'eau, enchâssant des bag*uettes de verre de 0m, 005 de diamètre, écartées l'une de l'autre de 0m, 0025. Les œufs sont rang-és

entre ces baguettes , qui permettent à l'eau d'en baigner presque toute la surface. Les auges

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