‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 75 sur 127 · CD · texte numérisé non relu

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sont étagées sur des gradins, de telle façon que l'auge supérieure déverse son contenu dans l'auge inférieure, d'une hauteur de 0m, 05, et

que l'écoulement de sortie ait lieu par le côté opposé à celui de l'entrée. L'eau traverse ainsi les auges clans toute leur longueur avant de se déverser. (Fig\ 51 et 52.)

Ce système se prête avec une grande facilité à la révision journalière des œufs; les éclosions peuvent s'y produire sans inconvénient, et l'appareil peut être maintenu constamment dans un parfait état de propreté. Il a donné à Huningue, avant 1870, jusqu'à 96 pour 100 d'éclosions.

La seconde méthode consiste à répandre les œufs sur un lit de gravier, dont les grains ont 0m,002 à 0m,003 d'épaisseur, garnissant le fond d'une rigole parcourue par un courant d'eau vive. Ce système présente de sérieux inconvénients : il ne se prête pas au nettoiement comme les auges, et on n'en peut pas facilement enlever les œufs, soit pour les expédier au loin, quand ils sont embryonnés, soit pour les transporter dans les appareils à éclosions.

Les deux systèmes peuvent être modifiés et se combiner entre eux à l'infini. A Huningue, on a rangé des grilles en verre dans des rigoles maçonnées et aussi sur de longues tables rectangulaires à bords relevés, où elles étaient immergées de 0m, 05 Les résultats étaient très bons. La révision des œufs s'y pratiquait aussi facilement que dans les auges et l'installation était plus simple. Les tables avaient jusqu'à 8 mètres de longueur sur 0m,80 de largeur. De distance en

distance on les barrait, ainsi que les rigoles, afin de produire des petites cascades, où leau venait se saturer d'air, après avoir baigné un certain nombre de grilles.

On peut fabriquer les aug*es et les rigoles avec n'importe quelle substance, pourvu qu'elle soit insoluble dans l'eau, n'y engendre pas de produits toxiques, et ne puisse rien lui faire perdre de ses qualités.

En Amérique, on donne aux tables d'incubation une pente légère pour provoquer le courant; les grilles en baguettes de verre sont remplacées par des toiles métalliques. On a imaginé aussi de superposer plusieurs de ces grilles métalliques, dans une caisse alimentée par la partie inférieure. Cette disposition économise de la place, mais elle rend la révision peu commode et expose les œufs à des accidents pendant les opérations nécessaires pour le triage et le nettoiement.

Les tables d'incubation garnies de grilles en verre se recommandent surtout pour l'incubation des œufs de corégones, qui ne réussissent pas aussi bien dans les appareils Goste. Ils sont exposés à y être influencés par les remous de l'eau provenant des cascades, qui peuvent leur imprimer de légers mouvements. Ces œufs sont fort petits et très légers. Pour les mettre à l'abri de toute impulsion, il est bon de les immerger à une profondeur d'environ 0>, 10, et d'alimenter la rigole avec de l'eau fortement aérée, sans toutefois que le courant

produise aucune agitation, même à la surface.

Lorsque toutes ces précautions sont prises, la réussite est certaine. En 1868, l'établissement de Huningue a fait éclore plus de 3,000,000 d'œufs de feras et de lavarets, fécondés artificiellement, et les alevins obtenus ont été distribués. Au lieu de grilles en verre on peut incuber les œufs de feras sur du gravier fin, et en obtenir de nombreuses éclosions; mais il faut éviter que ces œufs se trouvent en contact avec des herbes aquatiques, ce qui amènerait des pertes inévitables et à peu près totales, comme l'ont prouvé de nombreuses expériences.

Pour mener l'incubation à bonne fin, il nesuffît pas d'abriter les œufs contre leurs ennemis et de leur fournir une eau pure, abondante et bien aérée. Il faut encore les protéger contre les causes de maladie et contre les accidents qui peuvent se produire en dehors de toute prévision. A cet effet, il faut soigneusement écarter les œufs morts. On les reconnaît à leur couleur blanche, opaque et terne, qui remplace la transparence de l'œuf vivant. En peu de temps, les œufs morts se couvrent de byssus, champignons laineux qui se répandent rapidement, envahissent les œufs voisins, et peuvent, en peu de temps, les faire périr par milliers.

Les outils qui servent à enlever les œufs morts doivent fonctionner sans qu'on touche aux œufs vivants; le plus léger mouvement, le contact seul,

pourrait leur devenir fatal. On emploie la pince en fil de fer, qui a été en usage à Huningue, concurremment avec la pipette. (Fig. 53.) Cette der-

Fig. 53. — Pince en fil de fer et pipette.

nière, toutefois, sert le plus souvent à nettoyer le fond et à transvaser les œufs et les alevins. La pipette (fig. 54) se manœuvre en en bouchant une

Fig. 54. — Pipette.

ouverture avec le doigt, pendant que l'autre, plongée dans l'eau, se présente devant l'objet qu'on veut enlever. En écartant soudainement le doigt, l'air sort de la pipette et l'eau s'y précipite

en entraînant les objets voisins, œufs, gTaviers et dépôts (fig*. 55). En Amérique, on a adapté à la pipette ordinaire une boule en caoutcbouc, qu'on tient dans la main. A l'autre extrémité on fixe au

Fig. 55. — Emploi de la pipette.

moyen d'un bouchon un tube en verre recourbé, dont l'ouverture étroite , entourée d'un léjrer bourrelet, ne permet pas le passage d'un œuf.

Fig. 56. — Boule en caoutchouc adaptée à la pipette.

En pressant la boule, on fait sortir l'air. Si, après cela, on présente l'ouverture du tube devant l'œuf à enlever et qu'on diminue la pression, il se colle contre le bourrelet et on en peut débarrasser la grille, sans qu'aucun œuf voisin n'éprouve de

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dérangement. Ce petit instrument est à la fois simple et très pratique. (Fig. 56.)

Depuis quelques années on fait usag*e, surtout en Allemagne, d'une aug*e dite californienne , alimentée de bas en haut, et clans laquelle les grilles sont remplacées par de la toile métallique. L'emploi de cet appareil ne nous paraît pas présenter d'avantages, aussi n'en parlons-nous que pour mémoire.

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