‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 77 sur 127 · TRANSPORT DES OEUFS EMBRYONNÉS · texte numérisé non relu

TRANSPORT DES OEUFS EMBRYONNÉS

surnage et les œufs tombent au fond. On les nettoie par lavage et on les distribue dans les appareils à éclosions.

Les œufs embryonnés sont moins délicats que ceux qui viennent d'être fécondés. Cependant il est nécessaire de ne pas épargner les soins. Pour réussir en pisciculture le secret consiste à exécuter des opérations très simples, avec des précautions très minutieuses. Sous ce rapport le luxe n'est que le nécessaire.

9° — ÉCLOSIONS ET ALEVINAGE

Les œufs fécondés, mis en incubation, se transforment en quelque sorte sous les yeux de l'opérateur. Dans ceux des salmonidés, il apparaît une bulle huileuse qui grandit peu à peu et prend de la consistance. Au bout d'un mois, à peu près, deux points noirs se distinguent à travers l'enveloppe : ce sont les yeux. Puis Ile poisson prend sa forme distinctive et éclôt en crevant son enveloppe, dont il sort presque toujours la queue la première.

11 arrive quelquefois que l'éclosion présente des difficultés. Le petit poisson s'agite sans parvenir à percer l'enveloppe et des mortalités se produisent. Il faut venir à son aide. On place les œufs dans de l'eau dont on augmente peu à peu la température de quelques degrés, et on leur imprime un mouvement très doux en agitant légèrement le vase. Immédiatement les éclosions se produisent en masse.

Le poisson éclos n'est pas encore parfait. II reste attaché à un sac en peau, nommé la vési-

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cale vitelline ou ombilicale, renfermant des substances albumineuses dont il fait sa première nourriture et qu'il absorbe peu à peu. Alourdi par ce sac, l'alevin se traîne péniblement sur le fond et cherche à se cacher sous les abris qu'il peut rencontrer. On les lui prépare avec des pierres plates placées sur deux supports, des tuiles creuses, etc.

Pendant cette période, l'alevin ne niante pas encore et vit de sa propre substance. Dans les auges et sur les tables destinées aux éclosions, il ne se produit presque pas de mortalité, lorsque les soins de propreté n'ont pas manqué et que l'alimentation d'eau aérée est largement assurée. A l'état libre, l'alevin est alors à la merci d'une foule d'ennemis, auxquels il ne peut pas échapper. Les crues des rivières occasionnées par la fonte des neig^es l'emportent au loin ou l'écrasent entre les graviers charriés par le courant. Les oiseaux, les insectes, les crustacés, les rats d'eau et surtout les poissons, grands et petits, en consomment de grandes quantités. Dans les alignes il est à l'abri de tous ces dangers, et le peu de mouvement qu'il peut se donner lui suffît pour se placer dans la position la plus convenable pour son développement.

Après la résorption de la vésicule ombilicale, le poisson est complet et peut être abandonné à luimême, si l'état du cours d'eau et la saison le permettent. Gomme les circonstances peuvent être

défavorables, malgré le soin qu'on a pris de retarder les éclosions, par l'emploi de l'eau froide et même de la glace, pendant l'incubation, il faut nourrir le petit poisson s'il ne doit pas périr d'inanition. On a employé pour cet objet du foie de bœuf, de la cervelle, des jaunes d'œuf, du lait caillé, etc., toutes choses qui servent à entretenir la vie, mais qui font perdre au jeune poisson l'instinct qui, dans la nature, lui fait chasser la proie vivante. Le mieux est de s'en procurer artificiellement, en faisant éclore des insectes aquatiques dans des bassins plantés d'herbes, qui soient exposés à la lumière solaire et tenus à peu près en serre chaude. A cette nourriture vivante on ajoute de la chair de petits poissons blancs, de lombrics recueillis au petit jour sur les pâturag'es, après les pluies, de moules, etc. Cette chair doit être broyée menu, réduite en pâte et délayée dans de l'eau qui la tient en suspension. On verse cette eau par petites quantités dans le vivier, immédiatement en aval de l'entrée de l'eau d'alimentation. On voit alors les petites bêtes se précipiter sur la nourriture et s'en disputer les morceaux. Mais comme la vue de leur proie leur échappe quand elle est descendue au-dessous de leur niveau, tout ce qui tombeau fond est perdu pour l'alevin, et devient une cause d'infection du milieu. Pour parer à cet inconvénient, on ne donne la pâtée que peu à peu, au fur et à mesure qu'elle est consommée, et on garnit le fond d'une plaque de

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tôle à bords relevés, qui reçoit tout ce qui échappe à la voracité des petits poissons. Cette plaque pourra ne pas excéder 0m,20 en largeur, mais sa longueur doit être telle, que le courant n'entraîne pas au delà les filets de chair qui tombent au fond. De temps en temps on enlève la plaque pour la nettoyer, après avoir attiré les poissons clans une autre partie de l'auge, où on les appelle, soit en y installant un abri procurant de l'obscurité, soit en ouvrant un autre robinet d'admission, après avoir fermé le premier, soit enfin en les chassant avec une barbe de plume.

Aussitôt qu'on peut se procurer en quantité suffisante, des insectes, leurs larves ou toute autre proie vivante, il faut se hâter d'en nourrir exclusivement les élèves. Avec les premières chaleurs on pourra se procurer abondamment des éphémères, qu'on prend avec un filet de g*aze, le cyclops vulgaris qui vient dans les eaux stagnantes, les tipulaires, limnées, phryganes, crevettes d'eau douce, etc.

Dans le commencement, il suffit d'une tasse pleine de nourriture pour 100,000 truites. Pour 1,000 truites de deux ans, il faut journellement 1,500 grammes de chair; un an après, il en faut 2,500. 3 kilogrammes de poissons blancs ou 2 kilogr. 1/2 de chair de cheval, produisent 500 grammes de chair de truites. La voracité de ces poissons est d'autant plus grande que la température

est plus élevée. Ils mangent avec avidité, surtout au printemps, au retour de la chaleur, après le long* jeûne qu'ils ont subi pendant l'hiver.

Pour nourrir les jeunes feras, nous recommandons la chair des moules d'eau douce, broyée avec de l'eau. Les ombres communs refusent la nourriture artificielle; il est vrai qu'ils éclosent au printemps et ne donnent pas grand embarras. On les nourrit facilement avec de la fleur de foin, qu'on rencontre abondamment dans les greniers à fourrages secs, quand la majeure partie des approvisionnements est consommée. C'est une poussière qui renferme d'innombrables larves d'insectes, que les petits poissons viennent happer à la surface de l'eau.

En Hollande on se sert d'un appareil spécial pour nourrir les jeunes saumons '. Il se compose d'une petite boîte en zinc de 0m,15 de longueur, sur 0m,07 de largeur et 0m,10 de profondeur. Le fond de la boîte, qui est concave vers l'intérieur, se compose de baguettes de verre formant un gril, dont les ouvertures sont plus ou moins largues, suivant l'âgée des poissons auxquels l'appareil doit servir. Ce dernier, appelé râtelier, est suspendu par deux crochets sous la chute d'eau qui alimente le bassin, de manière à en immerger les deux tiers de la hauteur. Pour nourrir les poissons on y place un morceau de cervelle de

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