‹ Les poissons d'eau douce et la piscicultureChapitre 79 sur 127 · De Bont, loc. aï., p · texte numérisé non relu

De Bont, loc. aï., p

ÉCLOSIONS ET ALEVINAGE. 25o

siste en vers de terre, petits poissons blancs, viande de cheval, débris de boucheries, moules, gTenouilles, voire des harengs salés. Toute substance animale leur est bonne, pouvu qu'elle soit réduite en parcelles assez petites pour que les poissons puissent les engloutir. En dix mois ces saumons atteignent une taille de 0m,10 à 0m,15.

Sauf de rares exceptions, on ne peut transporter les poissons que dans de l'eau, dans laquelle ils doivent trouver les deux conditions indispensables à leur existence : une température convenable et un aération suffisante.

L'eau dans laquelle l'alevin a vécu jusqu'au moment de son départ, doit être employée de préférence à toute autre, pour servir au voyage. On lui maintient sa température habituelle en faisant usage de glace, si cela est nécessaire. Pour remplacer l'oxygène consommé par la respiration, on aère l'eau, soit par des cascades artificielles, entretenues automatiquement ou par l'action d'un surveillant, soit par l'insufflation directe d'air. Quand on fait usage de glace et qu'on la plonge dans l'eau, il convient de l'enfermer dans une poche de flanelle, afin que ses aspérités ne blessent pas les jeunes poissons. Mais comme la glace peut contenir des substances nuisibles, il vaut mieux la placer dans un compartiment extérieur à l'appareil, dont les parois soient en contact avec

l'eau. L'insufflation de l'air ne doit occasionner ni bouillonnement, ni agitation : le mouvement violent des gTosses bulles d'air pourrait entre-choquer et blesser les petits alevins.

Une grande variété d'appareils ont été mis en usagée ou seulement proposés. Celui qui nous a toujours donné les meilleurs résultats a été construit par M. Bienner, et employé à Huning'ue dès l'année 1865. Il a servi à transporter de gTos saumons, des truites, des ombres et des feras adultes à des centaines de lieues de distance, pendant les plus fortes chaleurs de l'été, sans qu'il se produisît de pertes. Les poissons sont arrivés bien portants et ont continué de vivre dans les nouvelles conditions où ils ont été placés. L'appareil a donc fait ses preuves, et comme ses dispositions sont extrêmement simples, c'est le seul dont nous donnerons ici la description. (Fig\ 58 et 58 bis.)

L'appareil de transport se compose d'un cylindre horizontal en tôle, dont la partie supérieure peut s'ouvrir et se fermer au moyen d'un couvercle à charnières. Le cvlindre a une longueur variable de 0m,60 à lm,30 et son diamètre est de 0m,35 à 0m,60. Il est rempli d'eau aux deux tiers de sa hauteur verticale et on y introduit les poissons par l'ouverture supérieure. A la partie inférieure on adapte, intérieurement, un double fond percé d'un gTand nombre de petits trous. Il est légèrement convexe vers le haut, et

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forme avec la paroi inférieure du cylindre un compartiment destiné à loger l'air, qu'on injecte avec une pompe. La pompe se compose d'une

Fig. 58. — Transport des alevins.

boule creuse en caoutchouc de 0m,l0 de diamètre, munie de deux ouvertures diamétralement opposées, de 0m,012 de diamètre. La boule

Fig. 58 bis. — Appareil Bienner, pour transporteries poissons.

est logée dans une dépression hémisphérique pratiquée à la partie supérieure du cylindre, qui la garantit contre les accidents. Son ouverture inférieure communique avec le double

fond au moyen d'un tuyau en g*ulta-percha, adapté à un des trous de la boule par une de ses extrémités, et, par l'autre, à un tuyau en tôle, fixé contre la paroi verticale du cylindre, et aboutissant à la partie inférieure de la cavité du double fond. L'autre trou de la boule de caoutcbouc se trouve ainsi placé à son sommet.

Il suffît de comprimer la boule en bouchant le trou avec le doig't, pour que l'air qu'elle contient se rende dans le double fond, d'où il ne peut s'échapper que par les petits trous de sa partie supérieure. Il se répand dans l'eau et monte vers la surface sous forme d'innombrables petites bulles, qui sont dissoutes en partie pendant le trajet, et ne peuvent donner lieu à la moindre agitation.

Extérieurement au cylindre, à la moitié de sa hauteur, on dispose deux compartiments, destinés à recevoir de la glace, si son emploi est jug'é nécessaire pour maintenir la température de l'eau ' .

Le cylindre est suspendu, comme un berceau, dans un châssis supporté par quatre pieds légèrement inégaux. On peut ainsi lui imprimer un mouvement d'oscillation ou de léguer balancement, qui, à cause de l'inégalité des pieds, ré-

1. Lorsque cet appareil doit servir à transporter de gros saumons, ou en matelasse la paroi intérieure avec de la toile de coton, afin que les sauts des poissons ne leur fassent pas perdre d'écaillés : dans ce cas on ne place qu'un seul sujet dans chaque cylindre.

suite même automatiquement des trépidations de la voiture servant au transport. L'eau prend de cette manière un mouvement analogue à celui qui anime les eaux courantes, trop doux de beaucoup pour enlre-choquer les petits poissons et les blesser.

Pour que l'eau ne soit pas troublée pendant le voyage par les déjections des poissons, on a soin de les faire jeûner vingt-quatre heures avant le départ. En route il n'est pas besoin de nourriture. Toutefois, si on place dans le même appareil des poissons de taille très différente, le voyag'e ne les empêche nullement de s'entre-dévorer.

Il faut user de grandes précautions pour mettre en liberté les poissons arrivés à leur destination. Un brusque changement de la température de l'eau et de sa composition chimique peut compromettre le succès de l'opération. L'appareil, enlevé du châssis par deux anses adaptées aux têtes du cylindre, est plongé dans l'eau qui doit recevoir le peuplement, afin d'en prendre peu à peu la température. On ajoute successivement de petites quantités d'eau à celle qui a servi au transport, jusqu'à ce que l'eau du voyage ait été à peu près complètement remplacée par celle de la rivière à empoissonner. On met le poisson en liberté lorsqu'il s'est ainsi familiarisé avec les conditions de sa nouvelle demeure.

Quand on distribue de jeunes salmonidés dans une rivière importante, il faut avoir soin de

les éparpiller aux embouchures des différents affluents et sur leur parcours. Sans cette précaution ils restent agglomérés par essaims, et sont facilement détruits par leurs ennemis. Ils épuiseraient d'ailleurs en peu de temps les ressources que les localités voisines pourraient fournir à leur nourriture et se mangeraient entre eux. Les affluents portent toujours de la nourriture vers leurs embouchures et présentent, plus souvent que les grands cours d'eau, des hauts fonds où s'abritent les petites bêtes et dont l'accès n'est pas possible aux gros poissons.

Lorsque la température est maintenue dans l'appareil de transport à environ 4 degrés centigrades, on peut loger un millier d'alevins de truites âgés de trois mois dans vingt-cinq litres d'eau. Il faut éviter de renouveler l'eau pendant la route, parce qu'on pourrait en rencontrer dont la composition chimique, trop différente de celle qui a servi au départ, amènerait une rapide mortalité.

Il faut éviter aussi d'injecter de l'air vicié par des émanations délétères, par des buées sulfureuses ou ammoniacales, par la fumée de tabac, etc. Une très petite quantité de ces matières toxiques suffit pour faire périr les alevins. On évitera enfin de voyager par un temps lourd et orageux. Les petits poissons sont très sensibles à l'état électrique de l'atmosphère, et souvent, pendant les orages, il se déclare, dans les bassins, des mortalités

subites, qu'on ne peut ni prévenir, ni expliquer : Quand la foudre frappe un étang* tout le poisson périt.

Il résulte de tout ce que nous avons dit, que les pratiques de la pisciculture, artificielle ou non, ne présentent aucune difficulté et peuvent se généraliser jusqu'à former une branche importante de l'économie rurale. Pour réussir, quand on dispose de moyens convenables, il suffit de multiplier les précautions et de ne négliger aucun détail. La véritable règ*le pratique de la pisciculture peut se résumer en peu de mots : du soin, du soin et encore du soin. Les résultats compenseront amplement les peines qu'on aura prises.

Il ne suffit pas de savoir mettre en pratique les meilleures méthodes qui servent à multiplier les poissons et à les élever, il faut encore connaître les principaux ennemis qui les déciment, afin de pouvoir les détruire, ou préserver de leurs atteintes au moins les alevins.

Le destructeur par excellence du poisson, c'est la loutre. On la rencontre dans le voisinage de tous les cours d'eau un peu considérables, qui n'ont pas encore complètement perdu leur peuplement. Dans les étangs, ses ravages sont des plus redoutables. De 400 grandes carpes conservées clans un vivier pour servir à la reproduction, les loutres en ont dévoré 352 dans l'espace de six semaines l. La loutre nage dans l'eau avec beaucoup d'agilité et plonge avec une merveilleuse

\. Max von dem Borne, La Pisciculture, p. IH.

adresse. Sous la glace, elle respire l'air vicié par l'action des poumons, le laisse séjourner à l'état de bulle sous la surface solidifiée, et vient le respirer de nouveau quand il a repris une quantité suffisante d'oxygène et qu'il s'est débarrassé de son acide carbonique. Cette bête vorace atteint une longueur de 0ni,90, non compris la queue; ses pattes sont palmées et armées de griffes et sa denture est des plus acérées. En une seule nuit, elle est capable de pêcher une demi-douzaine de carpes de 2 kilogrammes, dont elle ne dévore que les parties les plus tendres, sous la tête et sous le ventre, et dont elle suce le sang. Sa fourrure est recherchée.

La loutre habite des terriers ou le creux des racines des arbres qui croissent au bord des eaux. Elle s'y construit un nid de feuilles et d'herbes sèches. L'entrée du repaire est presque toujours au-dessous du niveau de l'eau, de sorte qu'il est difficile de le découvrir. En avril et mai la femelle jette de 2 à 4 petits. Les loutres vivent en société, par compagnies de 4 à 6, et font ensemble des voyages de plusieurs lieues, en suivant toujours le chemin le plus court, pour atteindre des eaux poissonneuses, quand elles ont dépeuplé celles d'une contrée. Elles ont la singulière coutume de s'amuser à se laisser glisser le long des rives abruptes, mais humides et vaseuses, qui bordent les eaux profondes. On rencontre de ces glissières le long de toutes les rivières fréquentées

par les loutres et elles y reviennent toujours '. Pour sortir de l'eau, elles choisissent un haut fond et une rive plate, non loin de la glissière. On reconnaît ces sorties à l'herbe foulée et aux déjections des loutres, qui sont remplies d'arêtes, d'écaillés de poissons et de test d'écrevisses. C'est à ces endroits qu'on les prend le plus facilement au moyen de pièges, avec ou sans appât.

Lorsque le niveau de l'eau reste à peu près constant, on se sert d'un piège à ressort qu'on a soin de placer à peu près au milieu de la sortie, à environ 0m,l0 sous l'eau, et qu'on couvre de vase et de plantes aquatiques. Le piège est muni d'une chaîne attachée avec une forte et longue corde au pied d'un arbre, ou à un pieu solidement fiché dans le sol. La corde est recouverte de terre qu'on asperge d'eau, au moyen d'une branche d'arbre, de manière à la mouiller copieusement. Quand la loutre est prise, elle plonge dans l'eau profonde et s'y noie, en entraînant le piège.

Si l'eau est susceptible de varier subitement de niveau, on dispose le piège à terre, tout contre l'eau et au milieu de la sortie. On l'enterre au niveau du terrain, en ayant soin de placer un peu de mousse au-dessous et de le couvrir avec de la vase et du sable qu'on asperge avec abondance. En hiver on remplace cette couverture par des

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