Noury, Journal officiel, 17 avril 1879, p
g*ues jambes clans la rivière, posant ses doig-ts sur le gravier du lit et dirigeant son bec en aval. De temps en temps il exécute des mouvements saccadés de bascule sur ses fémurs. Il relève sa queue, incline sa poitrine, la plonge dans la rivière en lui imprimant dans l'eau une série d'oscillations latérales. Subitement il se redresse , il paraît attendre. A son attitude anxieuse, à la vivacité de son reg^ard on devine qu'il guette une proie; et, en effet, le voilà qui lance dans l'eau un formidable coup de bec : avec la rapidité de l'éclair il a saisi une truite. Il l'avale, si elle n'est pas trop grosse, car jamais il ne dépèce le poisson. Une série de truites remonte de même le cours de la rivière jusqu'au béron qui, à toutes, fait invariablement subir le même sort. »
Quand la pêcbe est abondante et que le poisson est gros, le héron perce la truite de son bec effilé et la tire hors de l'eau. II lui mangue les yeux et recommence sa pêche.
M. Noury, intrigué par l'espèce de folie qui attire les poissons à la portée du bec de cet oiseau, a constaté chez le héron « l'existence de larg-es loupes graisseuses entre le derme et le peaucier des régions pectorale et pelvienne. Les canaux excréteurs de ces grandes débouchent à la base des plumules que recouvrent les grands filets de la poitrine. Au contact de l'air leur excrétion se résout en une poudre bleuâtre, très
fine, onctueuse comme le talc et d'une écœurante fétidité. Secoué dans l'eau par le balancement du corps, qui vient d'être décrit, elle descend lentement le courant. L'odeur qui s'en dégage paraît être pour les truites d'une incomparable suavité, car à peine ces poissons l'ontils ressentie, qu'ils en recherchent la source, et c'est ainsi qu'ils se rapprochent du héron et tombent sous ses coups. »
Les braconniers connaissent depuis longtemps la propriété qu'a l'odeur du héron d'attirer les poissons, et fabriquent Yhuile de héron dont ils oignent leurs appâts. Pour cela, ils plument l'oiseau sans le vider et le pilent dans un mortier. La pâte obtenue est conservée dans un flacon hermétiquement fermé qu'ils placent pendant 15 à 20 jours dans un endroit chaud, jusqu'à ce qu'il s'y forme une espèce de bouillie huileuse. Puis on sépare les os et on mêle la masse restante avec de la farine, du miel, du pain, etc., qu'on conserve dans des flacons bien bouchés pour en frotter les hameçons et les appâts au moment de la pêche *.
Le héron retourne toujours faire sa pêche au même endroit, aussi longtemps qu'il y trouve sa proie. Chassé pendant le jour, on le retrouve pendant la nuit, péchant au clair de lune. Il niche dans des forêts de haute futaie, au sommet des