‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 10 sur 132 · COMMENCEMENT DL' XIX' SIÈCLE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DL' XIX' SIÈCLE

conception pleine de profondeur revient pour une part importante à ce brillant observateur. Mais c’était là un fait isolé, qui ne devait être comf^is que plus tard. Dès l’instant où l'on sentit la nécessité de déterminer d’une façon rigoureuse les ressemblances et les différences de toutes les parties de l’organisme des aniiyaux, et d’apprécier ainsi les affinités naturelles, les classifications étaient destinées à acquérir une signification'que les premiers méthodistes n’avaient pas môme soupçonnée. Quand Linné et ses successeurs s’efforçaient de caractériser les genjrcs et les groupes d’«n rang plus élevé, leur but principal était de fournir un moyen rapide et commode pour arriver sûrement à la détermination du genre et de l’espèce. C’était déjà un grand but, car, avant Linné, précédé par les premières tentatives de Rai, la zoolt^e descriptive était une sorte de chaos rempli de ténèbres. Le jour où un esprit puissant s'est dit : Une classification zoologique doit être le tableau de toutes les con||||isances acquises sur les animaux, et, dans l’avenir, elle sera l’expression fidèle de l’ensemble des rapports naturels existant entre les représentants des divers types, une j|Duvelle lumière a conduit d’un travail presque mécanique à une ojjération de la plus haute philosophie. * '

^fcuvier a une part bien larçe dans ce mouvement scientifique qui se dessine sur la limite du dix-luiitième*et du dix-neuvième si^le. Georges Cuvier : tout le monde connaît ce nom, qui retentit aux oreilles comme l’une des plus nobles gloires de la France. Cuvier, devenu professeur au Muséum d'histoire naturelle ', entreprit de faire, sous le titre alors nouveau

> Georges Cuvier, né à Montbéliard, le 23 août 1769, d’une ramifie pauvre, prit le goût de l'iiistoirc naturelle dés l’Age de douze A treize ans, en copiant les figures d'animaux Jointes aux œuvres de Kulfun, que

ï,s histoire: cÉ>rtRAi.E de;s poissons.

de Cours d'ematomie comparit, une exposition des particularités de «information de tous les appareils organiques chez tous les principaux tj-pes du Règne animal. C’était alors

possédait un do ses parcnis, ministre protestant dans nne campagne.

Devenu le protégé du duc Charles de Wurtemberg, il alla terminer ses études a l'Académie de Stuttgaat, et se familiariser avec ca(le langue allemande, qui devait plus tord lui donner tant de facilité pour connaître les écrits de l’.AIlemagne, pendant longtemps beaucoup trop négligés en France. Dans cette situation, le Jeune homme auquel était réservé le plus brillant avenir, ne manqua pas de ae. distinguer dans toutes les branches de l'instruction, tout en continuant à cultiver l'histoire naturelle. Sur le point d'obtenir un emploi en Allemagne, la posi- ' tion de sa famille le détermina i revenir en E'rance, et bientôt à entrer comme précepteur dans une maison particulière. U arriva ainsi à Caen au mois de juillet 1788, n'ayant pas encore accompli sa div-neuvifme anpée. Tous ses moments de loisir fbrent consacrés 0 des ^

études zoologiques, et en 1791, il adressa an célébré entomologiste Olivier, un mémoire sur les Cloportes. Néanmoins, saus quelques circonstances fortuites, un talent destiné A s'élever au plus.haut degré, pouvait rester à jamais dans l'ombre. Heureusement que la fortune lui procura pour le conduire à la lumière, la rencontre de bons appréciateurs. L'obbé Tessier, fuyant la terreur, était venu A Fécamp prendre l’emploi de médecin en chef de l'hOpital de celte ville ; il eut l'occasion de connaître le jenne Cuvier, au moment où relui-ri traitait pour une place analogue à celle qu'il remplissoiMepuis 1788, se croyant condamné pour longtemps A l'existence précaire el subordonnée A laq^le il était atlacli^ L'abbé Teissier l'engagea A faire un cotirs de botan^e aux élèves de son hépilol, et bienlél il parla du jeune professeur dans ses lettres, A de Jussieu el A Geolfroy Saiul-Uilaire. Cuvier envoya alors quelques mémoires dont Geolfroy fut entbousiasmé, et l'espoir lui ayant été donné d'élre choisi comme suppléant du professeur fAnntomie au .Muséum J' Aisloire nalure/le, il se rendit A Paris. Les premiers temps furent pénibles, mais nommé le 2 juillet 1795 au poste qui lui avait été promis et logé au Jardin des plantes, sa brillante carrière commença.

Ses travaux le grandirent de suite aux yeux de ses contemporains, d'nne façon qui 'n'est pas ordinaire. Cuvier fut élu membre de l’Institut le 17 décembre 1795, professeur A l'École centrale du Panlliéon le 2 janvier 1796, professeur au Collège de France le 8 janvier 1800, professeur litulaira au Muséum en 1802, secrétaire perpétuel de l'Académie des

COTIMENCEME.NT DK XIX* SIÈCLE. 2«

une manière absolument neuve d'envisager l'étude des aninisiii. Les leçons du maître sur les organes du monveraent et sur le système nerveuv, recueillies par Duméril, Curent publiées en 1800. Duvernoy prit des notes pour les autres sujets çj les trois derniers volumes de l'ouvrage, revus par Cuvier luiraénie, où il est traité des organes de la digestion, dgs appareils respiratoire et circulatoire, des organes de la gdî^ration, ont été rais au joureX 180.’> *. Les Leçons (Lanntomie comjxtrie, qui ont été le point de départ des recherches ultérieures, résumaient avec uiia admirable clarté, au grand profit de la marche delà science, à peu près tous les faits connus au commencement du siècle actuel touchant l'organisation des Poissons.

On avait à cette'époque fart peu étudié le squelette des Poissons, mais l’idée des comparaisons, qui commençait à pénétrer dans l'esprit des naturalistes, allait conduire è un genre d’investigations inconnu auparavant. Un professeur de Tubingue,

|iius tard chancelier de TUniversité de celte ville, Autenrieth, conçut la pensée de retrouver dans la charpente osseuse des Poissons les parties correspondantes à celles du squelette des Mammifères *. Geoffroy Saint-Hilaire ’ poussa plus loin les rc-

sciences le 31 janvier IW)3, membre du conseil de l'Inslruclion publique en 1808, maître de» rcquétee en tSt3, vice-recicurdc l'Académie de Paris en 1815, conseiller d'Élat, membre de l’Académie française • en I8IR, président du comité de l'Intérieur, chancelier de i'Instmction publique, membre libre de l'Académie des inscriptions et belles lettres le 24 décembre 1830, pairde France en 1831. Cuvier est mort le 13 moi tS32.

’ Leçons (tanalomie comparât, l. I et II, an VIII (1800), t. III, IV et V, 1805.

* Autenrieth, né en 1772, mort en 1833. — Bemerkungen ùber den Baa der Sehotit {Pleurosuctes plaltssa). — In Wiedemann's Archiv. tld. I. s. 47 (1800).

^ ' Ètienne-Ceoffroy Saint-Hilaire, né & Ètarapes le iS avril 1772,

nommé professeur de zoologie au Muséum d'histoire par décret de la

30 IIISTOIHE GÉNÉRALE IlES POISSONS,

cherches dans cette ^Û'Petion, et, à partir de l’année 1807, il J donna-une suite de mémüireseur les os des Pois.sons comparés à ceux des Vertébrés supérieurs. On ne saurait dire que l'ingéniciLN professeur du Muséum ait toujours été heureux dans ses déterminations, mais on doit constater qu’il contribua puissamment aux progrès de la zoologie, en insistant sur des' rapports de confrmation très-réels, dont les naturalistes s’étaient à peine üccupt‘s avant lui '.

Une observation neuve, vraie dans sa généralité, une conception hardie, avaient révélé que la tète est un assemblage de plusieurs vertèbres ayant Subi un développement extrême et dgs modifications très-prononcées. Ce fait généralement admis de nos jours^ dont la démonstration toutefois n’est pas encore fournie d’une manière suffisante pour écarter les discussions, a été l’origine de travaux d’un grand intérêt, qui ont contribué aussi à rendre plus exactes les connaissances relatives aux pièces osseuses des Poissons. Dnraéril avait reconnu que l’occipital est constitué à peu près comme une vertèbre ordinaire chez les Reptiles Un philosophe allemand, naturaliste plein d’imagination, prenant le plus souvent des rêveries pour des réalités, ayant parfois des vues qui n’étaient pas sans justesse, des idées qui avaient leur grandeur, Oken ’, qui eut ses admirateurs et

cumciilion le 10 juin 1703, membre de la commission des sciences de l'expédition d'Éigyplc en 1798, membre de l'Instilut en 1807, professeur à la Faculté des sciences en 1809, mort le 19 juin 184i.

' Voir les Annales du Muséum d’histoire naturelle, t. IX, p. 3o7 cl 413 ; t. X, p. 83 et 343, etc.

* (Tonslant Duméril, né à Amiens, le 1" janvier 1774, professeur au Muséum d’bisloire naturelle et à la Facullé de médecine, membre de l'Instilut en 1816, mort le 14 octobre 1800.

* Lorenz Oken, né le I" août 1779, professeur û Zurich, mort le Il août 1831.

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