‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 9 sur 132 · DE LA HE>CAISSANCË AL XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE LA HE>CAISSANCË AL XVIII* SIÈCLE

Linné adopte dans scs premiers ouvrages la classification d’Arledi, n’ajoutant d’abord que fort peu de chose à l’oeuvre de celui qui ivait été son maître pwir l’icfathyologie. Ck'pendant, le "grand naturaliste delà Suède, destiné à evercer une immense influent^ sur les sciences naturelles et à être un jour l’une des plus rayonnantes gloires de son pays, était sans cesse animé du désir de perfectionner toutes les jvarties de l’œuvre gigantesque dont U avait conçu le plan dès sa jeunesse. Il s’aperçoit bientôt de l'iitilité, dans la caractérisation des espèces, de l’indication du ^lon^re de rayons composant les nageoires, dont on ne s’était ^patrwupé avanHui. Plus tard, il rejette de la classe des Poissons, pouf les placer dans la classe des .Mammifères, les Baleines et les Dauphins ; car, par suite.de la tendance ordinaire des naluralist<# antérieurs au dix-huitième siècle, è se préoceviper moins de la conformation des êtres que de leur séjour ou de certaines ressemblances grossières, on s'était obstiné îi associer les Cétacés avec'les Poissons, malgré les faits précis signalés par Aristote, relativement à l’oig^anisation de ces animaux *. Linné en vint à restreindre singidièrement la circonscription de la classe des Poissons *. Il en sépara les Lamproies, les Raies, los Sqiidles,Io8 Esturgeons, les Baudroies, lesCofrres,quî n'ont pas l'apparence des Poissons ordinaires Cette séparation a fourni matière à de vives critiques, mais" on verra par la suite que tout idme doit pas être imputé à erreur.

Le naturaliste Scandinave n’avait pas seulement apporté dans son Inventaire de la nature, la rigueur scientifique et des vues

• BrisHinfiit le premier qui, en I75B, sépara les Cétacés des Poissons! mais il en forma une classe pajticulière.

• Syttema nalurce, 12* édit., 1706.

• Ces types forment pour l’auteur du Sytima mtwr, la division des Amphibia nanUi,

nouvelles sur la classification des animaux, il avait fait connaître et caractérisé une foule d'espèces.

A partir de ce moment, la voie est bien tracée ; les naturalistes devenus plus nombreux recueillent avec plus d’ardeur 4es productions naturelles, les voyageurs rapportent celles des contrées lointaines, les expéditions maritimes ordonnées par les souverains contribuent pour une large part à enrichir les musées. Tous ces matériaux donnent lieu à des publications plus ou moins spéciales qui agrandissent chaque jour davantage le domaine de la zoologie.

Peu de temps après la mort de Linné, le nombre des espèces* animales de toutes les classes s'était ainsi profligicusement accni dans les collections. Un auteur allemand, Bloch, entreprit, à partir de l’année 1780, un travail général sur les Boissons Cet ouvrage divisé en deux {«rties ; Y Histoire économique des Poissons de V Allemagne et {'Histoire des Poissons étrangers, est devenu presque classique. Présentant des descriptions tracées pour les espèces européennes d’après des sujets vivants ou encore frais, des figures en général bien exécutées, des observations intéressantes et exactes, il a été jusqu’à présent d’une utilité extrême pour tous ceux qui se sont adonnés à l’Ichthyologie.

Pour ne pas scinder cet aperçu sur les travaux concernant la description et la classification des Poissons, il faut mqjiptcnant nous transporter à la dernière limite du di.x-huitième siècle et atteindre même les premières années du dix-neuvième. L’auteur dont nous avons à parler est d’ailleurs si bien du dixhuitième siècle et si peu du siècle actuel, qu’on lui ferait vrai-

' Uloch, chirurgien israélitc de Berlin, né à Anspach en 1723, mort en

DE LA RENAISSANCE AU XVIII' SIÈCLE.- 23 racRt tort, en ne le laissant pas tout entier dans la période de sa j)lus grande activité. Cet auteur, c’est de Lacépède qui eut la fortune de jouir d’une réputation et d’honneurs bien supérieurs à ses talents. De Lacépède, garde du Cabinet du Roi en 178.0, professeur du Muséum d’histoire naturelle en 1795, membre de l'Institut en 1796, sénateur en 1800, grandchancelier de la Légion d’honneur en 1802 ', avait la noble ambition d’être un nouveau BulTon. Malheureusement, le désir ne devait pas suflire chez lui pour atteindre le but. Son habileté d’observation, son élégance de style étaient condamnées à demeurer, à bien des degrés, inférieures au modèle. Après avoir écrit une Histoire des Reptiles, qu’il nommait les Quadrupèdes ovipares, puis une Histoire des Serpents, Lacépède composa une \olumineuse Histoire des Poissons *, dont le plan, comme le remarque Cuvier, était conçu d’une manière large et élevée ; mais l’auteur n’était ni doué du tact qui conduit à apprécier justement les ressemblances et les différences des êtres entre eux, ni pourvu de cette patience soutenue pour l’investigation qui produit encore de meilleurs résultats. On était à une époque où les relations de la France étaient presque entièrement interrompues avec le reste du monde ; il était fort difficile de se procurer les sujets d’étude, de connaître et d’obtenir les livres publiés à l’étranger. Dans ces conditions déplorables, Lacépède emprunta, sans examen, des descriptions à ses devanciers, il en traça d’après des notes et des figures souvent imparfaites qui lui avaient été communiquées. Alors, il lui arriva d’assigner des noms nouveaux à des espèces qui avaient été qualifiées précé-

> Bcrnard-Germain-Élicnnc de la Ville, comte de Lacépède, né à Agen en 1736, mort à Paris en 1826.

• J vol. in-4', publiés de 1798 à 1803.

deinniciit, et que lui-mème avait déjà enregistrées dans son litre sous leur premier nom. En résumé, on serait porté à juger d'une manière bien sévère l’ouvrage de Lacépède, si l’on ne tenait largement compte des circunstances défavorables dans lesquelles il a été composé. Cirvicr, en signalant les erreurs du naturaliste dont il avait été longtemps le collègue, a insisté en termes éloquents sur ces circonstances vraiment de nature à imposer une grande résene dans l'appréciation. 11 est d’ailleurs équitable de constater que des qualités de style ont amené beaucoup de lecteurs à Y Histoire des Poissons , et qu'ainsi la vidgarisation de laits intéressants y a trouvé profit.

En môme temps que se potirsuivaient sur les Poissons le.s études des caractères génériques et spécifiques, des recherches d’une autre nature se nuiltipliaient Des investigationa anativa iniques conduisaient à la connaissance des faits les plus remarquables de l’organisation de ces animauv. l’iusieurs anatomistes^ étudiaient spécialement certains points. Uéaumur, l’admirable historien des insectes, s’occupa de l’appareil électrique des Torpilles et de la matière qui colore les écailles des Ablettes et dont on fait usage pour la confection des fausses perles *. Le grand Haller*, le savant presque universel, s’efforça de reconnaître dans l’encéphale des Poissons les parties correspondantes à celles du cerveau de l'homme, et il examina snrtotrt avec soin la conformation des yeux. Pierre Camper *, dont on compte toujours les services rendus à l'anatomie comparée, fournit aussi plusieurs observations intéressantes.

' Réné-.\ntoinc Forchaud de Réaumur, né à la Rochelle en IC.S3, mort à Parii en 1737. — Mémoires de l'Académie des Sciences, 1714 et 1710.

• Albert de Haller, né à Borne en I70S, mort en 1777.

• Né à Leyde en 1722, morl & La Haye, en 1789.

•DE LA'HEXAISSANCE AL’ IVHI* SIÈCLE. .2:;

Jiâquè-là, les aoiitumistes restaient toujodrs étrangers auv études de ceux qui se proposaient d’écrire rhistoirc des ani- ^ui, et CCS derniers ne portaient aucune attention aux décuu* vertes des anatoinistes. Le premier, qui tenta de relier les deux ordcts.rde redierclies appartenant en réalité à une scienevuniquej ^^cq-d'.,A/yr, ilont la vie a été trop courte pour la gloire des sciences naturelles

Mais l’auteur, qui a eu le mérite de dévoHer une grande partie des principaux faits de l’oiganisatiou interne des Poissons, est Alexandre Monro, professeur de l’Unimrsité d'Édimbourg. Les travaux de ce savant, sur l’appareil digestif, sur l'appareil de la circniation du sang, sur le systéaie nerveux, sur les organes des^ sens des Poissonsj^nt une importance telle, qu 'aujourd’hui encore, les naluriulbes sont obligés de les oonsulter, malgré les ^ij|nbreu6 es recberdKS aiwtomiques doai^ Poissoos ont été l’objet *.

Des observations plus restreintes sont venues aussi, d^tre part, ajouter bien d^ renseignements précieux sur la structure dé ces êtres aquatiques qui représentent dans le Règne animal un t)'pe parfeHement cara^érisé. Les organes des sens de ces animaux excitèrent à un haut dégré llntérèl des physiciens et des physiologistes. Antoine Scarpa, te dernier des grands anatomistes de ritaHe, livra les résultats de ses belles études sur le sens de l’odorat et sur le sens de l’ouïe. Un pix^esseur de Padoue, Gomparetti, s’occupa dgalement de l’appareil auditif.

En France, Broussonnet traita de la respiration des Poissons,

* FHix Vicq-4'Axrr, né A Yplogoes en 1748, mort en 47M, secrétaire perpétuel de l'Acadétme française, membre de l’Académie des sciences.

* Observations o» the structure and functions of the neivous System, fol. Edinburgh, 1783. — The structure and physiotogy of fishes explained and emsspared u)Uh lhast ofsesan and pHur animait, foL Edinburgh, 1785.

2« HISTOIRE GÉ.NÉRAI.E HES POISSONS.

et en Italie, l'habile naturaliste, Spallanzani, fit à ce sujdl des cxpt'riences des plus remarquables.

Si nous voulions énumérer absolument tous les écrits se rapportant à notre sujet, qui furent rais au jour '^ndant le dixhuitième siècle, il faudrait accumuler encore bien des citations. -\ussi nous pensons devoir nous arrêter après avoir signalé ce qui se produisit de plus important.

Mais un ouvrage d’une valeur scientifique très-médiocre, ré-

digé dans un esprit fort différent de coux dont il a été ici question, ayant eu une popularité assez grande, ne peut être passé sOus silence, à cause de son caractère spécial. C’est le Traité det pèches par Duhamel, où l’on trouve des figures assez exactes, et parfois des renseignements curieux sur les|Poissons.

Ainsi, quand le dix-huitième siècle fut achevé, les connaissances de toute nature, relatives à l’Icbthyologie, formaient déjà un ensemble imposant.

§ 4. — Des Stades sur les Poissons, depnls le commencement

du dlx-nenvlAme siècle Jusqu'à la mort de Cavier en 1832,

Dès l’origine du dix-neuvième siècle, la zoologie apparaît sous un jour presque entièrement nouveau. La scène s’agrandit. Des recherches sur l’organisation de la plupart des grands types du Règne animal sont entreprises ; poursuivies avec ardeur, elles . donnent à la science de magnifiques résultats. Les études anatomiques, entre les mains de plusieurs naturalistes habiles, prennent un caractère d’exactitude, de précisien, inconnu aux époques antérieures. Il est surtout un signe du temps, essentiel à rappeler; c’est l’idée de la comparaison qui commence à dominer, et qui sera désormais le guide des investigateurs. Déjà, il est vrai, "V’icq-d’Azyr avait montré la voie; l’honneur d’une

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