PISCICULTURE ANCIENNE
ment à cette assertion qui faisait un peu trop d'honneur à l'industrie romaine.
On construisait, à Rome, des viviers, des réservoirs magnifiques, afin de posséder, en abondance, des Poissons de toutes sortes, destinés, soit à l’amusement, à ladistraction que procurent les mouvements agiles des animaux, leurs formes gracieuses ou étranges, leurs couleurs chatoyantes, soit à garnir chaque jour des tables somptueuses. Des Poissons étaient même nourris avec le plus grand soin, pour être engraissés. Mais quel que fût le luxe avec lequel étaient construits les viviers, quels que fussent les moyens dispendieux ou extravagants employés pour engraisser les Murènes ou d’autres espèces, il est certain que ce n’était point là la propagation des Poissons, en un mot la Pisciculture.
Il faut arriver au moyen ûge pour commencer à reconnaître l’exercice de la Pisciculture. C’est alors uniquement des étangs que l’on s’occupe. Les ordres monastiques, les grands propriétaires exploitent leurs étangs avec plus ou moins d’art. Suivant toute apparence, cette exploitation des eaux dormantes était pratiquée comme on la pratique encore aujourd’hui. ■
On a décrit, avec détail, dans une foule d’ouvrages spéciaux, les dispositions qu’il convient de donner aux étangs, les procédés à suivre pour l’empoissonnement, pour la pêche, etc. Nous ne pouvons les rapporter ici. D’ailleurs les moyens pratiques doivent varier nécessairement selon les localités, selon la nature des étangs où s’élèvent les Poissons. On sait que c’est la Carpe qui avec le plus de facilité donne les meilleurs produits. Après la Carpe, vient la Tanche. Le Brochet est regardé comme fort utile pour empêcher la multiplication excessive des Carpes. Ces dernières, devenues trop nombreuses dans un étang, se
Ü66 HISTOniE ÉCONOMIQUE DES POISSONS, nuisent réciproquement et se trouvent bientôt plus ou moins arrêtées dans leur croissance. A diverses époques, l'idée d’introduire certains l’oissons dans des rivières et des lacs où l’on n’en voyait point, n’a pu manquer de se produire. Le lac Lovitel, de la commune do Venosc-en-Oisans, déparlement de l’Isère, ne nourrissait aucun Poisson avant 1770, affirment les habitants du pays. Vers cette époque, le curé de l’endroit, M. Garden, qui s’occupai td’liistoire naturelle Æssaya d’empoissonner ce lac ; il y jeta des Truites qui s’y sont considérablement multipliées. On en pêche dans le lac Lovitel qui pèsent jusqu’à 6 kilogrammes *.
Dans quelques contrées, des pêcheries ont été établies et aménagées avec beaucoup d’art pour l’exploitation des Poissons qui de la mer remontent dans les eaux douces. La pêcherie de Comacchio, sur l’Adriatique, dont l’origine parait remonter à une époque fort ancienne, est célèbre. Elle a été longuement décrite par Bonaveri et surtout par Spallanzani *. Au printemps, à l’époque de la montée des Anguilles, on ouvre les communications qui existent entre les bassins de la lagune et la mer, les jeunes anguilles pénètrent en grandes masses par tous les passages libres. Retenues dans les bassins, où elles trouvent une nourriture abondante, elles croissent rapidement. A l’époque où leur instinct les pousse à redescendre à la mer, les pêcheurs pratiquent au fond des bassins de petits chemins bordés de roseaux ; les Anguilles les suivent de préférence et sont ainsi conduites dans une sorte de chambre étroite où elles s’accumulent
* Charvel, Staliatiiiue ginérale du département de l’Isère, l. Il, p. 250; ISIG.
* I.azaro Spallaniani, né en 1729, sacccMircmcnt protesseura Rcggio, a Modène et à Pavie, mort en 1799.