‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 115 sur 132 · PISCICULTURE ANCIENNE · texte numérisé non relu

PISCICULTURE ANCIENNE

sans pouvoir en sortir. C’est alors qu’on les récolte en immense quantité.

Le baron de Montgaudry, un neveu de Buffon, exhuma, dans le moment où l’on prônait avec le plus d’ardeur la fécondation artificielle, c’est-à-dire de 1833 à 1834, quelques vieilles citations dont il crut pouvoir tirer une conclusion capable d’inspirer la modestie aux pisciculteurs modernes. Dom Pinchon , moine de l’abbaye de Réome, qui vivaitau xiv* siècle, aurait su parfaitement s’y prendre pour opérer la fécondation artificielle des Tniitcs. Je crois que le fait, très-vraisemblable en lui-même, n’est cependant pas démontré.

Au commencement de la seconde moitié du xviii* siècle, les brillantesdécouvertesdel’abbéSpallanzanienrichissaientles sciences naturelles d’une façon inattendue. Spallanzani, l’expérimentateur plein de génie, a été souvent cité comme le premier qui ait eu l’idée des fécondations artificielles. Dans le but de s’assurer de la manière dont l’œufest rendu fécond, opération apparaissant alors, aux yeux de tous, enveloppée de mystères, il imprégnait des œufs de grenouilles avec la semence du mâle qu’il prenait de l’animal vivant. Le succès obtenu par Spallanzani dans sa recherche toute scientifique eut un grand retentissement ; cependant, les expériences de l’illustre physiologiste italien n’ayant été faites qu’en 1768 ‘, il est avéré que la fécondation artificielle avait été imaginée ailleurs, à une époque plus ancienne.

En 1763, en effet, un petit journal du Hanovre * publiait un article dont l’auteur, un lieutenant de Lippe-Detmoldt, Jacobi, annonçait avoir réussi à opérer la fécondation artificielle du

' Publiées seulement en 1787. — Ezpirienee$ pour servir d /’fciitoire de la génération des animaux et des plantes; Pavie et Genève.

* Bannover Uagaun,,

Saumon et de la Truite, et à en tirer des avantages pratiques, dans une exploitation établie aux environs de Noterlem, dans le Hanovre.

Avantderecouriràlavoied’un journal pour faire connaître les résultats de ses expériences, Jacobi, cherchant à propager sa découverte et à répandre les bienfaits que, dans son opinion, on était en droit d’en espérer, avait adressé, paralt-il, des communications manuscrites à de célèbres naturalistes de son temps, à Buffon, àde Fourcroy, directeur des fortifications en Corse, un ancêtre du célèbre professeur, à Gleditsch, en Allemagne. Les savants français ne semblent pas s’être préoccupés de suite du mémoire du lieutenant hanovrien. L’écrit, d'ailleurs, était en allemand, et au siècle dernier, les hommes de science trouvaient tout simple de se passer de la connaissance des langues étrangères. Gleditscb, qui n’avait pas les mêmes raisons, se montra plus empressé ; en 17C4, il communiqua à l’Académie de Berlin, un extrait du travail de Jacobi, qu’il avait reçu des mains du baron Veltheim von Harbke ‘.

En France, les expériences relatives à la fécondation artificielle des Poissons, reçurent, quelques années plus tard, une publicité beaucoup plus large qu’on ne le supposait encore assez récemment. Le mémoire de Jacobi fut publié à Paris en 1770, par Paul, auquel on doit un résumé des seize volumes ijui composaient alors les Mémoires de l’Académie de Berlin ’.

• Dtnktchrifun der Koniglichen Academie su Berlin, für den Jahre 1764, t.X.\, p. 47; 1766.

' Mimoirei de l'Académie royale de Prusse; extraits de 16 volumes in-4°, qui composent les Mémoires de la dite Académie ; Paris, Panekoucke, 1770, 7 volumes in-IÎ. — P. 13 de l'Appendice du 7* volume. — Collection académique, t. I.\ de la partie étrangère, p. 45 de l'Appendice. Paris, Panckoucke, 1770, in-4*.

PISCICULTURE ANCIENNE.' ' Îi69

Le marquis de Pezay, dans les Soirées Mué tiennes signala à son tour les heureux résultats obtenus à Nnterlem et nous voyons par cet ouvrage que l’Angleterre, voulant récompenser un grand service, attribua une pension à l’ingénieux lieutenant du Hanovre.

D’un autre côté, Adanson, dans son cours, au Jardin du Roi, en 1772, faisait connaître à ses auditeurs la pratique de la fécondation artificielle.

Voyez plutôt, comment s'exprimait, le voyageur célèbre, le naturaliste dont l’érudition a été souvent admirée. .Après avoir traitédela génération des Poissons, il poursuit en des termes qui ne laissent prise à aucune équivoque. « Il est si vrai que cette « fécondation se fait en dehors du corps des femelles, parlecon- (( tact de la liqueur séminale du môle, disait Adanson, que l’on « pratique habituellement cette fécondation artificielle sur les « bords du Weser, dans la Suisse, dans le palatinat du Rhin, « et dans la plupart des pays montueux et élevés de l’-Allemagne. « Pour cet effet, on prend par la tête, un Saumon femelle, en no- « vembre ou en décembre, ou une Truite, en décembre ou jan- « vier, c’est le temps où ces Poissons frayent, on les tient sus- « pendus au-dessus d’un vase de bois bien net et foncé d’une « pinte d’eau environ ; si les œufs sont bien mûrs, ils tom- « bent d’eux-mêmes dans le vase, sinon on les y fait tomber en « pressant légèrement le ventre de la femelle avec la paume de « la main. On prend ensuite, et de même, un Saumon mûlc....» N’est-ce pas comme si l’on avait sous les yeux l’inévitable vignette qui orne tous les écrits publiés depuis une quinzaine d’années sur la fécondation artificielle, où un Poisson est tenu

' P. IC9, Amsterdam, 1771.

par une main, et pressé par une autre, ou tenu par deux

mains et pressé par une troisième main ?

La publication, en 1843, des œuvres d’.\danson, par les soins de M. Payer, a apporté le témoignage irrécusable de cette circonstance *. Tl est digne de remarque que le grand établissement consacré aux sciences naturelles, autrefois le Jardin du Uoi, depuis 1793 le Muséum d’histoire naturelle, a eu à toutes les époques un enseignement dans lequel on n’oublie guère de s’occuper des questions d’intérôt général.

La copie du manuscrit de M. Jacobi, parvenue entre les mains de M. de Fourcroy, plus d’une fois confondu avec l’éloquent professeur du Muséum qui, né en 1733, était bien jeune alors, ne devait pas être perdue. Cet écrit envoyé par le grand chancelier des duchés de Bergues et do Julierspour son Altesse palatine, le comlo Goldstein, auquel a été souvent attribuée, par erreur, l'expérience deJaéobi, n’avait pas été traduit. M. de Fourcroy s’adressa au comte de Goldstein lui-même, qui s’empressa de mettre la notice en latin. Une traduction française du Mémoire entier fut insérée en 1773 dans le Traité général des Pèches, par Duhamel du Monceau ’.

Ceux qui devraient lire, ne lisent pas toujours. On a eu lieu de s’en apercevoir à propos de la fécondation artificielle des Poissons. Jacobi, ses intermédiaires, le comte de Goldstein, le naturaliste Gleditsch, furent radicalement oubliés. Pendant

> Cours d'histoire naturelle fait en 1772 par Michel Adanson, publié iuus Ict auspices de son neveu, avec une introduction et des noies, par M. Paver, t. II, p. 70; Paris, Victor Masson, in- 18, 1843. — l.'allention adéjé été appelée sur celte publication par M. Alvaro Reynoso. Bulletin de la SocUti d' acclimatation, t. III, p. 30; I8S6-I837.

• Traité général des pèches, publié par ordre de l’Académie desK'iences. 11* partie, p. 200. Paris, 1773.

Diglî! - "y Gi juj^le

PISClCULTL’nE ANCIENNE.

Page 1