‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 13 sur 132 · V COMMENCEMENT DE XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

V COMMENCEMENT DE XIX« SIÈCLE

(le se prcxluirc. On ne tira pas cependant, de suite, tout le parti possible de cet avantage. Duméril avait surtout tenté de donner la clarté à la classification de Lacépède et avait imaginé, pour les ordres et 1^ familles, une nomenclature dont il est resté le possesseur. Un zoologiste. Français d'origine, devenu Sicilien, Rafinesque *, .avait modifié à certains égards et sans trop de bonheur, les groupements de Lacépède. De Blainville, souvent liAiireux appréciateur des affinités zoologiques, avait projwsé aussi une classification des Poissons, mais ce n’est pas dans ce travail qu’il çut le plus de succès. L’idée principale consistait dans la caractérisation d’après le mode d’implantation dos dents, des deux grandes divisions primaires qui correspondent aux osseux et aux cartilagineux des précédents auteurs. Cuvier connaissait déjà beaucoup mieux son sujet que ses contemporains, lorsque en 1817, il publia son Règne animal per-

fectionna-t-il d’une manière très-sensible les circonscriptions et les caractérisations de^ différents groupes. Enfin, de nouveaux essais, entrepris dans le même but, par Goldfuss *, par Risso de Nice furent sans influence sur la marche de la science, parce que ces auteurs n’étaient pas suffisamment éclairés sur tous les points de la structure des êtres qu’ils s’efforçaient de classer, parce que, très-préoccupés d’introduire des noms nouviaux, en général fort inutiles, ils n’étaient pas guidés par des vues d’un ordre bien élevé.

Une phase nouvelle se dessine pour l’Ichthyologie ; phase marquée par l’apparition en 1828, des premiers volumes d’une

* ' Mort aux États-Unis, en 1840.

• Né en 1782, professeur 4 IT niversité de Bonn, mort en 1848. — Handbuch der Zoologie, Bd. II, 1820.

• Né en 1777, mort en 1845.

;ts HISTOIHF. (lÉNÉHAI.K ItRS POISSONS,

histoire gi’-néraie des Poissorfs de Cinicr qui, pour l’exOnilion d’une œu\re aussi vaste, s’est adjoint comme collaborateur un savant zoologiste, M. Valenciennes.

Le plan de l’ouvrage est tracé d’une manière large, digne de l'homme éminent qui l’a conçu. Il s’agissait de faire connaître avec la plus rigoureuse précision tous les Poissons recueillis, déjà à cette époque, en nombre immense ]>ar le monde entier. Les auteurs se |)ro{>osaient ainsi de donner des descri|)tions détaillées de l’ensemble des caractères extérieurs des espèces, des indications sur les particularités les plus remarquables de leurs organes internes, des aperçus sur leurs habitudes, sur leur distribution géographique, sur les ressources qu’elles fournissent aux populations comme denrée alimentaire, enfin, des renseignements sur les écrits concernant les Poissons qui avaient déjà été enregistrés dans les inventaires de la nature. Cuvier, cet esprit toujours attaché à la poursuite de la vérité et de la clarté dans l’exposition, regardait comme particulièrement essentiel, la définition nette des genres, des familles, des ordres, par des caractères véritablement communs à tous leurs rejirésentants. C’était là une préoccupation bien sérieuse quant ses résultats; car trop souvent, la caractéristique des groupes avait été donnée d’après quelques espèces, parfois d’après une seule, et l’on pouvait ensuite s’étonner de voir placées dans le même groupe des esj)èccs auxquelles la caractéristique assignée ne convenait en aucune façon.

Ce plan eut aussitôt un très-beau commencement de réalisation. Cuvier n’avait pas entendu traiter d’une classe d’animaux, sans avoir fait une étude approfondie de l’organisation de ces mêmes animaux ; aussi, le premier volume de l’ouvrage qui débute par une histoire de l lchtliv ologie est-il en grande partie

COMMENCEMENT -nu XIX* SIÉCI.K. 31»

consacré à une exposition des caractères anatomiques des Poissons où la Perche fluviatilc est choisie comme exemple. Deux parties d’une même sciènee, la zoologie descriptive et l'anatojkie, ayant aux époques précédentes suivi leur voie particulière, pre.sque san#te toucher, étaient Vènues se confondre. On ne cessera jamais d’admirer Cuvier pour la part immense qu’il a prise dans ce mouvement.

Xîüistoire naturelle des Po/ssowrde MM. Cuvier et Valenciennes était parvenue au huitième volume, lorsque notre grand naturaliste mourut en 1832. Son collaborateur continua le travail qui était en pleine voie d’exécution. Pendant (jix-sept an- ^ nées, il employa tous ses elTorts à le coniluire à bonne fin ; malheureusement des circonstances vinrent l'arrêter en 18i!l, de sorte quWouvTage est demeuré- inachevé '.

, La progrès que Cuvier a fait faire à rjchlhvologie: rinfluence

queaes travaux relatifs à cette partie de la science ont exercée sur la direction des études ultérieures, sont immenses. Sa classification, soD aperçu général de l’organisation des Poissons, ont été le point de départ des recherches qui se sont produites en si grand nombre depuis trente-cinq ans.

Sa classiGcation est loin d’être parfaite; personne n'en était mieux persuadé qiie lui-même, mais elle marque une amélioration prodigieuse sur celles qui l’avaient précédée, car on y trouve, pour la première fois, une déflnition précise des groupes. Ses investigations anatomiques ne s’étendent pas sans dontc à tous les détails, mais elles forment déjà un ensemble fort remarquable, où l’on admire encore ce caractère de précision, de clarté, qui se montre à un si haut degré dans toutes

' Vingt-deux volumes do cet ouvrage ont ainsi élé publiés de 1828 i 1849.

40 iiistoihh: générale des poissons.

les œuvres du grand naturaliste. Dans rinf{)ossibilité d’étudier tout l’organisme chez beaucoup d’espèces; pour atteindre plus sûrement son but, il avait choisi un tjpc en particulier (la Perche de rivière), afin de pouvoir décrire tous les organes dans le même animal et employer scs observations moins complètes sur les autres représentants de la classe, à fournir des termes de comparaison.

A ce tableau, il faut ajouter que les descriptions e.vaetes de Y Histoire naturelle des Poissons, avancèrent considêtablef

ment. la connaissance des espèces de toutes les régions du

monde. La part de Cuvier dans le développement de cette science qu’on appelle riclitbyologie, a donc en réalité une importance hors ligne.

§ 6. — Des études sur les Poissons depuis la mort de Cuvier Jusqu'au moment actuel.

Les travaux sur les Poissons se sont singulièrement multipliés durant la période qui s’étend de l’époque dc'^a mort de Cuvier au moment actuel. Nous n’entreprendrons pas d’en faire l’énumération complète ; un grand nombre de ces travau.v portant sur des points très-spéciaux peuvent être négligés dans un simple aperçu historique. 11 nous suffira de donner une idée des recherches qui ont eu pour résultats, soit des vues particulières d’une certaine portée, soit la connaissance de faits nouveaux.

Depuis un lemps qui n’est pas encore fort éloigné, on a fait de grands efforts pour découvrir, à l’aide du microscope, la structure intime de la plupart des tissus organiques. Les téguments des Poissons et particulièrement leurs écailles, sont ainsi

SECONDE PÉRIODE DU XIX' SIÈCLE. il

devenus le sujet des investigations de MM. Agassiz *, Mandl *, Peters etc.

De nouvelles recherches sur l’ostéologie des Poissons ont ét6 entreprises ; de nouvelles appréciations relatives à la constitution du squelette de ces animaux ont été produites, par Hallraann *, Reichert ®, Kôstlin *, en Allemagne ; Jacobson en Suède; M. Hollard ", en France.

Le plus éminent zoologiste de l’Angleterre, M. Richard . Owen, a contribué d’une manière bien sensible aux progrès de l’Ichthyologie. Par ses grands travaux sur la composition fondamentale du squelette dos animaux vertébrés, ce savant a réussi è faire apprécier exactement la nature de certaines pièces de la charpente solide dos Poissons, et à l’égard du mode de constitution des vertèbres de la tête osseuse, il nous paraît avoir plus approché de la vérité que les autres naturalistes qui ont traité le même sujet ®. Par de belles recherches sur la structure des dents, M. Owen a mis en lumière une foule de faits

■ Beclierches sur les Poissons fossiles et Attnales des Scivices nalu elles, 2* série, t. XIII, p. .’iS, et t. XIV, p. 97. 1840.

’ Annules des Sciences naturelles, 2* série, t. XII, p. 337; t. XII, p. 62. 1839-1840.

’ .MüIIer’s Archiv für Anatomie und Physiologie, 119. 1841.

* Vergleichende Osteologie des Schlcefenbeines. Hanovre, 1837.

* Vergleich. Eniwickelungsgeschichie des Kopfes der nachten Reptilien. Künigsberg, 1838.

* Der Rau des Knôchernen-Kopfes in den vier Klassen der Wirbelthiere. Stuttgart, 1844.

' Forhandlmgar vid de Skandinaviske Naturforskarnes, 1842, et Müller's Archiv, 1844, p. 36.

' Annales des Sciences naturelles, t. XX, p.7l, 1833; t. VU, p. 121, 1837; 1. VIII. p. 27.3, 1837; t. XIII, p. I, 1860; t. Il, p. 5 et 242, 1864.

’ Voir surtout Principes d'anatomie comparée ou Recherches sur T Archétype. Paris, 1853.

42 lllSTOlRt; CÉNÉHAI.E DES POISSONS.

[tri'cieux pour la science, car ils révèlent, ]»ur les espèces de chaque groupe, des particularités utiles, soit ixiur le.s distinctions entre les divisions zoologiques, soit pour la détermination des espèces fossiles *.

L’étude du système nervcu.x des Poissons n'a pas cessé d'étre poursuivie, sans cependant avoir encore à beaucoup près fourni' tous les résultats les plus désirables sur ce {Kiint. On peut citer plus spécialement des observations importantes sur le cerveau, dues à un naturaliste danois, M. Oottscho *, dos recliorchos assez considérables de M.Stannius, le professeur de l’université de Rostock des investigations sur la structure de la moelle épinière par M. Owsjannikovv *.

Les organes des sens ont aussi été examinés sftus certains rapports avec plus de soin qu’on ne l’avait fait antérieurement, par Bresebet, Krieger, Steifensand, Gottsche, etc.

De nombreux détails sur l’appareil alimentaire ont été consignés par M. Valenciennes, par MM. Brandt et Ratzeburg *, .sur les différentes glandes par Rathke par Steenstra Toussaint par M. Hyrtl *.

L’appareil respiratoire des Poissons, si remarquable par sa structure, si intéressant dans ses modifications suivant les types,

* Odonlography, London, 1840.

* Mùller's ArcAiü, 1S;Ï5, p. 244 cl 433.

* Dos ptripkerische SeTvemyttem der Fische, Rostock, 1849,

^ Disqikisitiones anatomicœ de medulla spinalis textura imprimis in Pit~ fihus» Dorpal, 1854.

^ J. K. Brandi cl Ratzeburg, Mediiinüche Zoologie* Berlin, 1829*33, 2 vol. in-4.

Milliers ArcAiu, 1837.

’ Descriptio anatomica organorum urinam iecementium in Piscibus. (ironingue, 1834.

* Mémoires de l'Académie de Vir/inr, t. I, 1850, l. II, 1852; t. VIII, 1854.

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