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L.i PERCHE DES COSGES

Les lacs de Longemer et de Gérardmer dans les Vosges, sont habités par une Perche que l'on désigne dans le pays soUs le nom de Uurlin, sans prétention aucune, bien évidemment, de la distinguer de la Perche de nos rivières. Cette Perche des Vosges est assez étrange; j’ai cru d’abord qu’elle était d’une espèce particulière, et c’était aussi à peu près l’avis deM. GiMlron, le doyen de la Faculté des sciences de Nancy, qui le premier m’en communiqua un individu conservé dans le joli Musée d’histoire naturelle de l’ancienne capitale de la Lorraine.

' /liilûire naturelle des Poissons, 1. Il, p. 45.

• Die stissu asserfsche von Hillel-Europa, p. 4S.

PEHCHK.

La Perche des Vosges est en général d’une forme plus allongée que nos Perches ordinaires, a^ec le dos heaueoup moins élevé.

Fiÿ, 12. — Tètç et porlioii aiitcnetire du corps de la Perche des Vosges i.

Les auteurs avaient déjà signalé chez la Perche de rivière, des différences individuelles notables dans la hauteur de la région dorsale et il n’v aurait peut-être pas eu de motif bien plausible pour s'arrêter à celte particularité, si en même temps d’autres caractères n’avaient paru fort sensibles. Mais chez cette Perche du lac de Gérardmer, le museau se montrait plus aminci, les fossettes sous-orbitaires plus prononcées; de petites écailles s’étendaient sur toute la joue; les dents du préopercule se montraient plus serrées, plus nombreuses, et au lieu de cinq ou siv fortes dents au bord inférieur qu’on observe presque constamment sur notre Perche de rivière, c’étaient des dents à peine plus grandes que celles du bord postérieur ; on outre les petites dents du subopercule et de rinteroperculo étaient presque imperceptibles, sans compter de légères différences dans le contour de la joue et dans la forme des pièces opcrculaires, dont

I ta figure a été faite avec un soin scrupuleux, d'après un individu du Musée de Nancy, possédant au plus haut degré les caractères de sa race.

112 HiSTOiiu; i>Airncn.iÉiiE i»f.s poissons. on peut SC faire une idée en comparant nos figures infiniment mieux que d’ajirés une description.

Un tel ensemble de caractères semblait appartenir plutôt à une espère qu’à une variété locale; cependant les variations sont parfois si considérables chez les Poissons d'une même espèce qu'il im|K)rtait de comparer un grand nombre d’individus, avant de prendre une détermination. M. Géhin de Metz, aiujuel je m’étais adressé, a eu l’obligeance de recueillir j)our moi, des Perches des lacs de Longerner et de Gérardmer cl de m’en envoyer une assez forte quantité. Chez tous les individus, j’ai retrouvé le même aspect et à peu près les mêmes proportions que chez celui dont nous avons représenté la tète et la partie antérieure du corps, mais avec des nuances dans le degré de hauteur de la région dorsale, dans l’étendue que les écailles occupent sur la joue, comme dans le nombre et la grosseur des dents du préo|)ercule. 11 a fallu conclure de cet examen, que la Perche des Vosges n’est pas une espèce particulière, mais une variété remarquable de la Perche commune. Elle reste, [taraît-il, toujours très-petite; les individus en ma possession n'ont pas une longueur de plus de 0'",lü à 0”,I8, mesurée du bout du museau à l’extrémité do la queue. Mais la taille, on le sait, ne saurait fournir pour les Poissons aucun indice; elle dépend non-seulement de l’ftge, mais encore de l’abondance de l’alimentation.

LE GENRE Al'RON (xsPRn, Cuvier ')

Ce genre ne diffère de celui des Perches que par des carac-

I Cuvier et Valenciennes, Histoire nttureUe des Poissons, t. Il, p. 18S.

APRÜN.

tères fort secondaires. 11 nous suffira de préciser ceux qui permettent d'établir une distinction facile et certaine.

La forme du corps des Aprons est assez remarquable pour qu’on en soit frap|)é dés le premier coup d’œil. Ce corps ti-és-peu élevé est renflé sur les côtés, ce qui le rend à peu près fusiforme. La tête est large, déprimée en dessus avec le museau bombé. Les deux nageoires dorsales, au lieu d’étre contiguiSs comme chez les Perches, sont fort écartées l’une de l’autre. Le préopercule est très-faiblement dentelé et l’opercule se termine j)ar une pointe aigue.

• îfais la disposition de l'apparoir dentaire, la rudesse des écailles, le nombre des arcs de la membrane brancliiostège, la nature des rayons des nageoires, ont trop de ressemblance avec ce qui existe chez les Perches, pour qu’on puisse chercher à en tirer des caractères génériques.

Les Aprons sont es.sentielloment fluviatiles, et jusqu’ici on en connaît seulement trois espèces d’Europe. L’une d’elles n’est pas rare dans une assez vaste région de la France ; une seconde, confondue pendant longtemps avec la précédente, est répandue dans une grande partie de l’Allemagne et, croit-on, môme dans les provinces rhénanes [Aspro slreber, Siebold), et enfin, une troisième de beaucoup plus grande taille que les deux autres (Aspro lingel) habite le Danube et plusieurs de ses alllucnts.

• L’APRON COMMUN

, ' (A9PSO VCLCAIUS <)

Cette espèce depuis longtemps fort bien décrite par les naturalistes, n’est cependant pas connue d’une manière très-

' Aupro vulgaris. Cuvier et Valenciennes, Æs/oire naturelle des Pois-

DiyinTOTtyCoogU

tii HlSTOmE PARTICI'LIÈKE DES POISSONS, frimérale. L’oxplication en est simple. L’Apron ne parait 6tre abondant mille part* et encore le tronve-b-on seulement dans^ les cours d'eau de quelques-unes de nos provinces du sud-est.

Ftg. i3. — L’Aproii cuininiin {Atpro vuigarix).

Sa taille fort minime ne doit pas, du reste, beaucoup engaper les pécheurs à le rechercher. Ce Poisson a le plus ordinairement une longueur de 0",10 à 0",12; le plus grand individu que nous ayons observé avait 0“,16.

Le nom tVApron donne de suite l'idée de quelque chose à'àpre, et c’est en effet l'extrême rudesse des écailles de ranimai qui a motivé l'appellation. Écoutez plutôt Rondelet, notre vieil ichthyologiste ; « Les Lionnois, dit-il, appellent ce i( poisson semblable au Goujon, Apron, dont se doit nommer « en latin Asper, de l'aspreté de ses écailles ’. » Il ne faudrait pas néanmoins prendre au sérieux la ressemblance de l'Apron avec le Goujon ; la ressemblance n’est que dans la taille et un peu dans la couleur.

Ce Poisson, en effet, est en général d'une teinte fauve, avec la tête et la région dorsale plus .sombres, parce qu’elles sont

«ohs, I. Il, p. IS.*I, pl. X.Wl (182^). — A 5gro apron, Siebold, Z)icSüir>waisrr Pische von iiiltel- Europa, 9. 5j (I8V3).

' L'flistuire eulitre drs Poissons, 2' partie (Iraduilc en français), p. 132. I.ion, l;ll>8.

AI'RüN.

pointillées de noir. Onplquefois sa coloration tire sur le gris. Sur le fond assez clair des flancs, se dessinent le plus souvent, avec une grande netteté, de larges bandes transversales noirâtres, qui s’arrêtent à la région ventrale ; Une première part de l’espace compris entre les deux nageoires dn dos, une seconde e.xactcment en arrière de la seconde nageoire, et une troisième, la pins petite, se montre dans le voisinage de la qnene. Ces bandes peuvent varier ; il est des individus où elles envahissent une surface beaucoup plus grande, on, par exemple, deux bandes apparaissent sur la partie antérieure du corps, rîîne vers la nuque, l’autre sous la première dorsale.

Le corps de l’Apron, assez allongé, presque rond dans son milieu, un peu déprimé et médiocrement rétréci en arrière, est couvert, à l’exception de la région pectorale, d’écailles a.ssez grandes, disjiosées sur environ vinpt-cim| lignes longitudinales et au nombrede soixante-dix â quatre-vingts .sur |dusieurs

Fig, 14. — Ëcalllc des llani's vers Fig. 16. — Kcaille de la ligne lale milieu du corps. ternie.

d’entre elles. Ces écailles, dont le contact est fort rude, ont la structure de celles de la Perche, tout enoffrant certaines particularités notables. Elles sont plus longues etne présentent jamais d’élargissement bien sensible vers leur base. Les festons qui dé-

BtAXCRAflD. 1 0

U6 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, coupent le bord de la partie implantée dans la peau, sont faiblement séparés ; les épines qui garnissent le bord extérieur ont plus de longueur et plus d’aeuïté, les éminences qui se succèdent à la suite des épines sont plus prononcées, ce qui rend les é-cailles de l’Apron encore plus rudes au toueber que celles de la Perche.

La ligne latérale n’est pas très-éloignée du dos, et les écailles qui la couvrent, avec leurs bords latéraux un peu plus parallèles que dans les autres, ont le canal de la mucosité fort large et construit comme chez la Perche. Notre ligure en donne du reste une idée très-exacte.

L’.\pron a une tète qui contribue extrêmement à lui donner un aspect singulier. Cette tête qui forme environ le cinquième

Fig. 10. — T(!lc d'Aproii «le grandeur naturelle, vue en deaaua.

de la longueur totale du Poisson, est large, un peu aplatie, écailleuse sur le crAnc et jusque dans l'intenvalle des yeux et des narines. Le museau est lisse, et son extrémité obtuse est vraiment caractéristique. Les yeux, de médiocre grandeur, ressemblent à ceux de la Per<-be. Les narines avec leurs deux otiverturcs rapprochées, sont situées entre 'l'œil et le bout du mu-

APRON.

seau. Lesjoiies sont lisses. Sur le bord du préoperculc il existe de très-fines dentelures peu visibles, car la peau les cache et une certaine dessiccation est nécessaire pour qu’elles deviennent apparentes. L’opercule arrondi inféricureraeut, couvert d’é-

Fig. 17.

~ Tête et portion antérieure du corps de l'Apron, mes de profll.

cailles sur toute sa surface, se termine par une pointe assez longue et fort acérée.

Les nageoires de l’Apron diffèrent assez de celles des autres

Percides pour faire penser qu'elles sont les instruments d’une locomotion d’un genre particulier, comme la forme du corps tend déjà à l’indi(picr. Los dorsales sont peu élevées et leur étendue est très-médiocre. La première, qui décrit unecourbe par suite de l’allongement des rayons moyens par rapport à ceux des extrémités, n’est composée que de neuf rayons épineux. La seconde en a treize, le premier court et épineux, le second flexible comme les suivants et toujours simple, les autres partagés en plusieurs branches dans leur portion supérieure. Les nageoires pectorales sont ovalaires avec quatorze rayons; les ventrales, remarquablement longues, n’en ont que six, le premier épineux, les suivants très-épais, k la nageoire anale, située audessous de la seconde dorsale, mais un ]tcu moins longue que cette deruiire, on compte dix rayons, dont le premier est épi-

148 HISTOIRE PARTICTUÈHE OES POISSONS, lieux. Enlin la caudale formée de vingt et un rayons se fait remarquer par son extrémité taillée en manière de croissant.

Chez r.\pron, les deux ovaires sont régulièrement développés et les œufs ont une grosseur supérieure à ceux de la Perche, malgré la petite taille de l’animal ; l’estomac est ovalaire et l'intestin n’a que deux replis. Les vertèbres sont au nomhrc de quarante-deux ; dix-sept abdominales, vingt-cinq caudales.

L’.\pron se trouve dans le Rhône et principalement, assuret-on, entre Lyon et Vienne, mais il habite également le cours inférieur du Rliône. 11 existe aussi dans la Saône, dans l’Ouche, aux environs de Dijon, d’où M. Drullé, le doyen de la Faculté des sciences de cette ville, m’en a fait iwnenir, dans le Doubs, dans rOgnon son tributaire, où M. Grenier, le professeur d’histoire naturelle de la Faculté de Be.sançon, en a n’cueilli,dansrisère et ses aflluenls. Rien n’indique que ce Poisson ait été observé dans le Rhône, au-dessous d'Avignon, ni qu’on l’ait jamais vu, soit dans l’ouest, soit dans le nord de la France. Pendant longtemps, il a été confondu par les naturalistes, avec une espèce de l’.Allemagne qui en est très-voisine * ; mais aujourd'hui, la distinction établie, il parait probable que notre A^pro vulgaris n'habite pas rAllemagnc. On sait qu’il n’existe en .Angleterre, ou en Italie, aucune espèce de ce genre.

L'.Apron vit à la manière des autres Percides, d’insectes et de petits poissons. Il fraye en mars et en avril et même parfois

' Les auteurs ont rapporté A la Perta as/>er de Linné, deux espèces Lien distinctes : celle que nous venons de décrire {Atpro vulynrit, fàivier) et celle d'Allemagne (voir lleckel cl Kner, SCiitHnssfrfixhe der Oestreichnclieii Umtnrrhie, p. Il) qui est exlrémemenl amincie vers la queue et qui offre une coloration plus noire que notre Apron commun. .M. de Siebold a insisté avec raison sur la dilTérence qui existe enlrc ces deux espèces (Sitssnasv'rfixhe dtr Midrlem uifi, p. a.;).

Gf^EMII.I.K. ' I4U

beaucoup plus tôt, si l’oii doit s’en rapporter à certaines assertions. Il se tient habituellement, parait-il, au fond de l’eau et ne nage guère en pleine rivière que par les mauvais temps, lorsque soufflent les vents du nonl et de l’ouest, alors que les autres poissons se retireitt dans les profondeurs. Cette circonstance a amené les pêcheurs de plusieurs localités à regarder l’Apron comme le poisson maudit et ils s’en sont vengés en l’appelant le Sorcier. Les pêcheurs de la partie de la Saône qui traverse le département de la Côte-d’Or, rapporte un naturaliste bourguignon ‘, ont acquis 1a certitude que la pêche sera mauvaise s’ils ramènent un Apron dans leurs filets, et fort mécon- ^tents de la capture, ils la rejetaient autrefois avec dépit, mais à présent, comme ils . connaissent le bon goût de la chair de ce poisson, très-analogue à celle de la Perche, ils préfèrent le manger. D’autre part, M. Charvet, professeur de la Faculté des sciences de Grenoble, nous dit aussi que les pêcheurs de l’Isère regardent la présence de l’Apron dans leurs filets comme un mauvais présage^ croyant avoir remarqué qu’ils font rarement bonne pêche quand ils prennent des Aprons. >

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LE GENRE GREMILLE

(aceiuna, Cui'iet' ’) >

Par les formes, par l’aspect seul, les Gremilles se rapprochent beaucoup des Perches. Elles leur ressemblent plus même que

' VaUot, hhthgolofit française, p. 71. Dijon, 1837.

' SMùtijiu générale du département de l'Isère, t. Il, p. 24$. Grenoble,

■ ■‘ AeerinâfCniiet, Régne animal.

» Il AlSlfl Vivs

130 HISTOIRE PARTICUUÈRIÎ DES POISSONS, les Aprons; cepeiulant, lorsfjii’oa examine attentixcment les diverses parties de leur corps, on ne tarde pas h reconnaître des caractères qui les en éloignent dans une certaine mesure.

Les Grcmilles ont le corps ovalaire et un peu Cüinj)rimé, mais ce qui les fait distinguer aussitôt des genres précédents, c’est la réunion des deux nageoires dorsales en une seule. Tous les auteurs commencent par caractériser ces Poissons, comme des Percides à dorsale unique. La définition est médiocrement heureuse; elle donne l'idée de l’absence d’une nageoire qui existerait chez les Perches elles .\proris; or, chez les Grerailles, il y a en réalité deux nageoires analogues à celles des espèces appartenant aux genres précédents ; seulement, ces deux nageoires, au lieu d’ôlre plus ou moins écartées l’une de l’autre, sont rajtprochées et en parfaite continuité. La nature des rayons, épineux à la première dorsale, flexibles, à l’exception d’un seul, à la seconde, quand il y a séparation, suffit ii montrer à quoi se réduit la différence.

Les Grcmilles se font remarquer par une singularité de laconformalion de leur tête, où, comme dans les Perches, il n’y a point d’écailles. Des cavités, des fossettes très-prononcées, sont creusées sur les joues, sur le museau, sur les mâchoires, donnant à l’animal une physionomie étrange. Chez ces Poissons, le préopercule a son bord postérieur armé de fortes dents et l’opercule terminé en j)ointc, est deuticulé à son bord inférieur. De même que chez les Perches, il y a des dents en velours aux mâchoires, à la partie antérieure du,vomer, aux palatins, et il y a sept rayons à la membrane branchiostège.

Une seule espèce du genre se trouve en France ; une autre (^Acerina Schrailzer, Cuvier; Perça Schrailzer, Linné), habite le Danube et ses affluents, une autre encore ( Aceriua rossica,

GBEMILLE.

loi

Cuvier; Perça acerina, Güldenstaedt), les rhi^res de la Russie méridionalo.

LA r.REMIU.E COMMI NK

(Al.ERINA CERNUA ')

Voilà un Poisson fort répandu dans plusieurs régions de la France, que les pêcheurs ne dédaignent pas absolument. Le

Fig. IR. — Lu Gremillc coimnuiie.

•nom de Greraille, dont nous ne cohnaissons^pas l’origine, lui a été appliqué, assure-t-on, par les riverains de la Moselle ; pourtant en Lorraine, le mot de Gremillc est devenu presque partout Gremeuille. Dans beaucoup de localités, sur la Seine, par exemple, c’est la Perche (joujonnière ou Perche goujonnée, ou encore, comme dans les Ardennes, sur la Meuse, dans le département de l’Aube, et sans doute ailleurs, le Goujonperchât, ce qui exprime la même idée. L'idée est des plus

■ Perça cemua. Unné, Fauna sueeica, p. 33S, et Syitema nalura, I. I, p. 487 (1766). — Acerina eutgaris. Cuvier et Valenciennes, Histoire naturelle des Poissons, t. III, p. 4, pl. X1.I (1828). — Yarrell, British Fishes, t., p. 18 (1836). — Acerina cemua. Siebold, SOssioasserfische voit mitteleuropa, p. 58 (1863).

152 lllSl OIHK i'.UtTlCri.lÉRE DES POISSONS, étranges; les pèclieurs ont saisi la ressoinhlance de la Greinille avec la Perche, ils ont mi ensuite une certaine analogie dans sa coloration avec celle du Goujon, et une e\|ilicatioii est sortie de leur naïve simplicité. Ils se sont persuadé que la Greniille était le produit, le métis de la Perche et du Goujon, et l'explication a bien mieux fait son chemin qu'une bonne vérité. Elle a été acceptée par les jiécheursdc l .-Viigletern', de l'.MIeraagne, et je crois de la Scandinavie, aussi fticilement que ]tar les nôtres. Les noms vulgaires de chaque PoLsson,àquelques exceptions près, sont fort nombreux, et varient souvent d'ùn village àl'autre. .\insi, la Gremille est micore .appelée le Cliai/rin en certains endroits des dé|)artements de l'Aube et de l'Yonne, à cause de la rudesse de ses écailles, ï'Eulrea'i à An’is-siir-.\ube, VOyi ou VOgier, sur la Meuse, dans les environs deMézières ; le Ktiilh Strasbourg, où nous n’avons p.is entendu parler des dénominations de Kaulbarsch (Perche ronde), et de Scbroll, usitées en Allemagne.

La Gremille ne fait jws une très-brillante figure à côté de Ig. Perche; on la reconnaît pour être delà mémo famille, mais l’une a été richement dotée par la n.ature, l'autre l’a été avec parcimonie. Cepend.ant, si on éloigne la comparaison, la Gremille est encore un joli poisson. Sa forme est presque aussi élégante que celle de la Perche ; sa couleur fauve, tirant au brun olivôtrc sur le dos, au vert d’aigue-marine sur la tète et le jiréopercule, passant à des tons dorés sur les flancs, prenant une teinte rosée sous Ja gorge et la i>oitrine, a des reflets chatoyants du plus agréable effet. Un pointillé noir sur la tête et les opercides, des taches brunes sur la nageoire dorsale, sur le dos et la région siqK'rieure des flancs, complètent sa parure.

Ce Poisson n'atteint jamais une grande dimension ; les plus gros individus ne dépassent guère une longueur deO",tS à 0'",18. Son corps moins comprimé et plus oblong que celui de la Perche, présente, vu de profil, une courbe régulière. Il est revêtu ordinairement, à l'exception de la région pectorale, d'écailles.^assez, grandes, aussi n'en compte-t-on guère qu'une cinquantaine disposées sur une vingtaine défilés. Ces écailles ressemblent par leur caractère général à celles de la Perche et de l'Apron, en présentant des particularités dignes d'attention. Leur forme est plus ovalaire. Les festons qui dé-

coupent le bord basilaire sont lieaucoup plus faibles encore que dans les écailles de l'Apron et en général moins nombreux. Quelques-tins de ces festons offrent une ou deux petites divisions marquées par un très-court sillon longitudinal. Les épines qui garnissent le bord libre sont coniques, très-aigui‘s, plus nombreuses et moins fortes que chez la Perche, moins longues que chez l'Apron. Les saillies formant des files régulières à la suite des épines sont très-saillantes.

La ligne latérale, médiocrement éloignée du dos et pre,sque

Fig. 19. — Ecaille de la llgoe lalcrale. Fig. 20. — Ecaille des flaiicü.

134 HISTOIHE PARTICL'UÉRE DES POISSONS, droite, est très-apparente à cause de la grosseur des canaux de la mucosité. Les écailles de cette ligne, toujours un peu déformées, sont d'ordinaire arrondies à leur base avec les festons du bord très-faibles et peu nombreux. Elles ont le canal de la mucosité d’une très-grande largeur, s’évasant encore à son embouchure, de sorte que le bord épineux de l’écailIc se trouve fort réduit.

La tôle de la Gremillc, très-massive comparativement à celle de la Perche, s’abaisse légèrement depuis la nuque jusqu’à l’extrémité du front et se renfle ensuite en un museau épais. Elle

Fig» 21. ~ TtHe et portion anterieure du corps de la GremUle commune.

est entièrement dépourvue d’écailles, mais fort remarquable par la présence de fossettes larges et profondes. Il y en a trois entre les yeux, une en arrière, deux en avant, deux grandes, de forme arrondie, entre les narines, une autre ovalaire on dehors des narines, sans compter quelques dépressions plus légères. On en voit ensuite une rangée régnant sur toute la longueur de la joue; celles-ci, creusées dans les sous-orbitaires, ont leur (ontour supérieur en forme d’arc plus ou moins régulier. Enfin, à la face inférieure de la tète, il existe encore de chaque côté.

GREMII.LE.. I.iü

huit de ces fossettes qui s’étendent en une seule file sur les branches de la mâchoire inferieure et le limbe du préopercule.

L’cbU est grand avec l’iris d’un brun jaune et la pupille bleue. Les mâchoires sont pourvues d’une large bande de dents en velours plus fortes que chez la Perche ; ce sont presque des dents

Fi<j* 22. — Quelques-unes des dents do la mnehoire supérieure de la Gremlllc très-grossies.

en cardes, suivant un terme habituellement employé par Cuvier. Il y en a de semblables au-devant du vomer et au pharynx.

- Le préopercule de la Grcmille offre à sa surface des dépressions, dont le contour interne est en arc; h son bord postérieur, il porte six épines légèrement courbées vers le haut, une autre plus forte, droite, souvent bifurquée, puis une dent beaucoup plus longue, un peu courbée vers le bas, et à son bord inférieur, trois dents également très-fortes, dirigées en avant. On comprend que le préopercule, aussi solidement armé, devienne une arme défensive puissante, lorsqu’il est un peu soulevé.

L’opercule est muni à son extrémité d’une épine pointue, surmontée d’un petit lobe. Le subopercule et l'intcropercule sont garnis comme chez la Perche d’une rangée de petites dents, mais ici, ces pointes sont un peu plus fortes et moins serrées. L’os sus-scapulaire, qui décrit une légère courbe concave, est large et pourvu de très-i)ctites épines, extrêmement serrées.

MISTOIUE PAHTICIÎLIÉRE DES POISSONS.

Inti

Il n'y en a [«int au scapulaire, mais l'extrémité de l’os huméral qui fait saillie .au-dessus de la n.ageoire, en présente trois ou (piatre assez fortes.

Les nageoires dorsales oceu|x“nt presque toute la longueur du dos; ce sont d’abord quatorze rayons épineux, fort épais et trèsacérés ; le i)remier court, les suivants atteignant successivement plus do longueur, jusqu’aux cinquième et sixième qui sont les plus grands, les autres diminuant avec régularité jusqu’au dernier, de manière à suivre une courbe donnant à la nageoire une forme très-éli^ante. Viennent ensuite les rayons flexibles, articulés et branebus, au nombre de onze b qu.atorze. Les .nageoires j)ectorales sont ovalaires et composées de treize rayons. Les ventrales en ont cinq articulés et un épineux trèsfort et .assez court; l’anale, deux épineux extrêmement gros et cinq articulés et rameux. La n-ageoirc caud.ale, formée dedixsept rayons, est taillée en croissant .’i son extrémité.

Si les car.actèrcs extérieurs de la Grcmillc indiquent une p.arenté étrfiitc entre ce Poisson et la Pcrcbe,la conformation intérieure montre également une afOnité natvi relie à un haut degré. L’estomac de la Gremille, de même, que celui de la Perche, est court et obtus, avec trois apj>endices en cæcum; l’intestin décrit aussi trois circonvolutions; les vertèbres sont au nombre de trente-sept, quinze abdominales et vingt-deux caudales.

La Gremille se trouve dans la plupart des rivières du centre et du nord de l’Europe; elle est très-commune en Angleterre, et abondante, également en Danemark, en Suède, en Russie et jusqu’en Sibérie. Elle est répandue à peu près partout eu .Allemagne ; MM. Heckel et Kner nous disent qu’elle est commune dans le Danube et ses allluents, et M. de Siebold assure qu’elle est rare dans les contrées alpines. D’après les observations de

r.HEMM.LE.

M. Günther, ce Poisson ne vient qn’accidentellenient dans le Ncckar, et cependant il est assez abondant dans le Rhin et ses affluents. Ainsi que Cuvier l'a constaté, laGremille se tient fréquemment aux embouchures des petites rivières, tributaires des grands fleuves. G’estlà un faitconnu en particulier dos pécheurs de la Seine. En France, ce Poisson est plus commun dans nos départements de l’Est que partout ailleurs ; on le pèche en assez grande quantité dans la Meuse, la .Moselle, la Meurthe, le Doubs çt leurs affluents. Il n’est pas précisément rare dans la Somme, la Seine, l’.Uibe, l'Yonne, mais s’il faut en croire certaines assertions, les pécheurs de la Seine, au-dessous de Troyes, n’anraieut commencé à observer cette espèce que dans les premières années du siècle actuel. Je l’ai vue sur le marché de Lyon, et M. Fabre m'en a envoyé un individu pris dans le Rhône à .\vignon, en me faisant la remarque, que ce Poisson n’est connu à Avignon que depuis peu d’années. 11 sendderait, d’après ces faits, que la Gremille descend peu à peu vers le sud et se montre aujourd’hui dans des régions où on ne la voyait pas auparavant. M. Charvot ne la cite pas dans la liste des Poissons du département de l’Isère, et nous ne la voyons mentionnée dans aucun catalogue des animaux qui habitent nf»s départements de l’Ouest. Il paraît positif aussi, qu’elle n’existe nulle part dans l’Europe méridionale, soit en Espagne, soit en Italie, soit en Grèce.

Les anciens ne semblent pas l’avoir connue ; elle aurait été observée, croit-on, pour la première fois en Angleterre, vers 1460. Nos ichthyologistes du seizième siècle, Delon et Rondelet, ne l’ont pas étudiée; le premier la croyait étrangère aux eaux de la France et propre à l’.\ngleterre; le second ne la mentionne en aucnne manière.

13R HISTOIHF. PARTICI I. lÉH E RES POISSONS.

Nous savon.^ peu de chose des habitudes de la Gremille qui sous tant de rapports ressemble à la Porehc. Elle ne se montre puère que j>eudaut la belle saison; lorsque les mauvais temps surviennent, elle se tient dans les profondeurs. Ce Poisson ne parait vivre que dans les eaux rourantes; Marsipli, à la vérité, a déclaré qu’on le trouvait aussi dans les marais et les eaux tranquilles; et Cuvier en a conclu qu’on le prenait dans Untles sortes d'eaux. Or, suivant toute apparence, cela n’est pas exact; l'information de Marsipli était probablement controuvée.

La Gremille se nourrit d’insectes, de vers, de petits poissons, comme il est facile de s’en assurer par l’inspection de l’estomac d'un prand nombre d’individus. Elle fraye en avril et en mai et recherche les herbes et les roseaux du voisiuape de la rive pour y cacher ses œufs. .\ cette é[)oque, on la voit souvent en troupes, ce qui indiquerait que les mâles suivent alors les femelles pour féconder leurs œufs aussiWt après la ponte. Les œufs sont très-nombreux et applutinés on chapelet comme ceux de la Perche.

La Gremille résiste à un séjour assez prolongé hors de l’eau. Les auteurs s’accordent à vanter les qualités de sa chair, son bon poût, sa lépèreté. Dans les contrées où ce Poisson est abondant, on paraît le tenir en véritable estime, mais dans les endroits où il est rare, on le dédaipnc à cause de sa petitesse et d’autant mieux, qu’étant tout à la fois Perche et Goujon, selon la croyance des pécheurs, il n’est ni l’un ni l'autre. Faute d’être qualifié, il est méprise.

La Gremille est arrnée avec un tel luxe, qu’elle doit souvent être épargnée p.ar les poissons voraces. Si elle dresse ses nageoires dorsale et anale, si elle écarte scs nageoires ventrales.

COTTIDËS.

to9

il est impossible en effet de ne pas sentir les atteintes des aiguillons à^la première approche.

LA FAMILLE DES COTTIDËS (cottidæ)

Pour nous, en ce moment, l’histoire de cette famille est Thistoirc d’un seul genre, l’histoire du genre, celle d’une seule espèce. Les représentants de la famille des Cottides sont nombreux, mais presque tous sont des animaux marins et nous n’avons pas ici à nous en occuper.

Les Poi.ssons que nous désignons par le nom de Cottides, sont appelés d'ans la nomenclature de Cuvier, nomenclature fort irrégxdièrc quand il s’agit des familles, les Acanthoptérygiens à joue cuirassée, ou dans une forme plus abrégée, les Jottes cuirassées, dénomination habituellement traduite par les mots de Cataphracti et de Scleroparei dans les ouvrages étrangers.

La famille des Cottides comprend une suite de genres qui, liés entre eux par des affinités naturelles assez manifestes, n’offrent pas néanmoins beaucoup de caractères communs. Une particularité assez frappante de la conformation de la tète se retrouve cependant chez tous ces Poissons, et cette particularité permet de déterminer avec certitude si une espèce appartient ù la famille des Cottides. Cuvier a été le premier à en faire ressortir l'importance et à en montrer l’utilité pour la classification.

Les Cottides ont les os orbitaires suffisamment développés pour couvrir plus ou moins la joue et pour s’articuler parleur extrémité postérieure avec le préoperculc ; de là, cette joue cuirassée qui est le caractère commun à tous les représentants de

IfiO HISTOlUK PAUTICUI.IÊRK DES POISSONS, la faniilk". Les os sous-orbitaires dont on reconnaît facilement la pn-sence sous la peau, varient sons le rapport de leur étendue, et cette variation contribue beaucoup à donner à la tète des Cottides des formes très-diverses.

Chez ces Poissons, l’apjwreil dentaire offre une infinité de modifications, et dans plusieurs prenres, il manque totalement. Il y a le plus souvent deux nageoires dorsales, mais ce caractère ne s'applique pas ù toutes les espèces. Chez les unes, le corps est entièrement revêtu d’écailles, et chez les autres, il est absolument nu.

En résumé, il existe des dissemblances très-grandes sous le rapport des formes extérieures entre les Poissons réunis par Cuvier, sous le nom à’ Acanthoplérygiens à joue cuirassée. Lsjrsqii'on aura acquis sur l’organisation intérieure de ces animaux, plus de connaissances précises qu’on n’en possède aujourd'hui, on reconnaîtra peut-être que les limites de la famille doivent être modifiées.

Les principaux tvpcsque l’on y rattache sont lesTrigles, ou Grondins, bien connus à Paris sous le nom Ac Rougets ', les Scorp’mes ou Truies de mer, et les Cottes, les seuls parmi lesipiels il y ait des espèces habitant les eaux douces.

LF. tiFNUE Clf.tBOT »

(roms, Linné)

Ce genre, qui a jiour tvqie un Poisson des plus communs

■ Le nom de Rowjel s'applique surtout aux Mullcs {MuUus des anciens Hoains), poissons de la famille des Pen ides.

• Le nom de Ch'iboistenur est également employé pour ces Poissons, quand il s'agit des espèces marines.

CHABOT

dans nos eaux douces, comprend en môme temps des espèces marines que leur conformation générale ne permet pas de séparer de l’espèce fluviatilc.

Les Chabots se reconnaissent sans peine à leur forme large en avant, mince vers la queue ; à leur [>eau d’ordinaire absolument nue, c’est-à-dire sans aucun vestige d’écailles, à leur tête volumineuse et déprimée, à leur préopercule épineux. Ils ont des dents en velours aux mâchoires et à la partie antérieure du vomer, mais leurs palatins en sont dépourvus. Ils ont deux nageoires dorsales assez faiblement unies pour rester trèsdistinctes, des ventrales composées seulement de trois ou quatre rayons.

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