‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 25 sur 132 · I.E CIIAHÜT DE KIVIÈHE · texte numérisé non relu

I.E CIIAHÜT DE KIVIÈHE

. '• . (COTTU# OOBIO ')

Il n’est, sans doute, aucune de nos provinces où le Chabot de rivière ne soit parfaitement connu. La grande variété des noms qu’on lui applique dans les düTcrcntes régions de la France suffirait à en fournir la preuve.

Ce petit Poisson, qui, dans ses plus belles proportions, ne dépasse guère la taille de 0’,12 à 0“,14, est commun à peu près, dans tous les cours d’eau vive dont le fond est parsemé de .pierres et de gravier. Sa forme étrange, due principalement à- la grosseur énorme de sa tête ; sa peau nue, molle, un peu visqueuse; la couleur grisâtre de son corps, élégamment rehaussée de bandes et de tachés irrégulières d’un brun J

' Unné, Sytirma natura, t2* édit., t. I, p. 452. — Cuvier et Valcncieimes,' ffùtoire naturel/e dei Potttons, I. IV, p. 145. — Yarrell, Brihsk Pi$lu$, t. I,p. 56 (4836). — Heckel und Kner, Süiswasserfisehe; etc., p. 27 (48681!. '' • '

OlJkÜCIMRD.

162 IIISTOIHE PARTIcriJÉRE DES POISSONS, foncé; scs nafjcüires marquées d’annulations de cette dernière nuance, lui donnent un asjMHrt particulier et le signalent à l’attention.

Le volume de la tète étant ici le caractère le plus frappant du Poisson, les dénominations vulgaires rapjiellent jtour la plupart

f lÿ. Î3. — Chabot de rivière.

ce caractère. Le nom de Chabot ou de Cabot remet en mémoire notre vieux mot français caboche, mais les altérations manquent.

CHABOT

rarement de modifier les noms, au point même de masquer leur ^rigine; c’est sans doute ainsi, par corruption, que le mot dabot est devenu Chapsot pour les pêcheurs des environs de Paris, et Chamsol pour ceux de la Normandie. On reconnaît dans l’appellation de la Provence, usitée surtout dans le département de Vaucluse, lou chabaou, le même sens qu’à notre mot de Chabot.

Sur le Rh6ne, à Genève, le Poisson à gro.sse tête des ruisseaux

est appelé nous ne^nous hasarderons nas à rechcr<'i<nr

l'étymoIogie de ce nom. Dans la même contrée, on lui applique encore volontiers, paralt-il, l’épithète de Sorcier. Sur les rives du lac Léman, c’est le Sassol ou Chassot, et ici il est peut-être permis de croire que c’est le mot chasseur, interprété par les habitants delp Savoie. Dans la Franche-Comté, c’est la Linotte; dans les Vosges, le Bavard, à cause de 1a mucosité, de la bave dont se couvre son corps ; dans une partie de l’Auvergne, à Raulhac, par exemple, ÏEsquale, mot dont le sens pour nous n’est pas très-bien déterminé. Dans le Languedoc, la tête de notre Poisson devient encore le signe distinctif, c’est le Tête d’axe , ce qui, en vrai français, signifie Tête d'âne. Dans plusieurs départements, c’est le Tettu ou Testard, bien plutôt probablement à cause de la grosse tète, qu’en considération d’une vague ressemblance avec les larves de Batraciens, les têtards de grenouilles et de crapauds. .

Dans la Lorraine allemande, le Chabot est le Kautzenkopf, c’estr-à-dire la tête de hibou ou de chat-huant. En Alsace, il porte comme en Allemagne le nom de Koppe ou Koppen dont la significaUoiî primitive semble aujourd'hui assez obscure aux environs de Nice, celui de Botto. Dans les autres contrées de l’Europe où l’on rencontre notre Chabot, les habitants le dési-

104 HlSTOinE PARTlCrUÈRE DES POISSONS, gnent par des appellations analogues. Les .\nglais, par exemple, le nomment BuU-head, tôte de taureau.

Ce qui frappe surtout, comme nous l’avons dit, dans les proportions du Chabot, c’est l’extrôme largeur de la tète et l’amincissement graduel du corps jusqu'à l’origine de la queue. La tôte, au moins aussi large que longue chez les vieux mâles, aplatie en dessus, arrondie en axant, forme environ le tiers de la longueur de l’animal. Los yeux assez petits, situés presque — — cj •liriorès de côtô, se trouvent ainsi dans la condition la plus favorable pour rendre la vision jwssible sur un grand nombre de points à la fois.

Notre Chabot est pourvu d’une large bouche très-capable de donner passage à une proie volumineuse ; ses mâchoires sont garnies d'une large bande de dents en velours très-fines. Ce Poisson a un préopercule portant une seule pointe recourlx''e vers le haut, sous laquelle existe vine très-j)etite dent cachée sous la peau. La pointe est faible en apparence, et cependant le Chabot semble avoir conscience de l’importance de cette arme pour sa défense. Au moment du danger, on le voit gonfler la membrane des ouïes par l’introduction d’une certaine quantité d'eau et par ce moyen soidever le préopercule de façon à pouvoir blesser avec l'épine. Dans cette action, la tête paraît s’élargir encore, car la membrane tendue prend l’aspect de joues gonflées. L’opercule est lisse et finit en pointe plate, trop éraou.ssée pour être d’aucun usage dans la lutte.

Chez le Chabot l’ouverture des ouïes n’est pas fort grande, et la membrane branchiostège est soutenue par six rayons trèsfaciles à apercevoir. Les nageoires sont très-caractéristiques. Les deux dorsales tiennent l’une à l’autre par la membrane qui unit les rayons. La première, dont la hauteur est à peu près

Digitizçd by Cooglc

équivalente an tiers de celle du corps, commence au-dessus de la base dos pectorales. Les rayons qui la composent, dépourvus de toute articulation, sont néanmoins très-flexibles ; on n’en compte le plus souvent que six ; il y en a parfois sept, assez fréquemment huit. Cette variation est orditviire parmi les individus pris dans le même endroit. L'avortement ou le développement d’un ou de deux rayons est sans importance, car cette différence se produit entre des individus du reste parfaitement semblables et pouvant provenir d’une mémo ponte. La seconde nageoire dorsale, plus élevée et beaucoup plus longue que la première, a généralement dix-sept rayons; quelquefois cependant, elle n’en a que seize et c’est assez rarement que l’on en trouve dix-huit. Ces rayons sont tous articulés, et parmi eux, on en distingue assez souvent de rameux, mais cette division de quelques rayons en deux ou trois branches minces, est très-variable ; le dernier qui est très-grélc est presque toujours bifurqué. Les pectorales sont fort grandes, arrondies, composées de treize rayons, et de quatorze accidentellement. Il est ordinaire que cinq ou six des supérieurs soient divisés à leur extrémité tandis que les autres demeurent simples. On se tromperait néanmoins, si à l’exemple de quelques naturalistes, on attachait une imporUmee à ce caractère *. Il y a des individus chez lesquels tous les rayons sans exception restent simples ; d'autres, où un ou deux seulement de ces rayons se partagent vers le bout. Les nageoires ventrales paraissent fort grêles, car elles

' r^uvicr cl Valenciennes, H hloire naturelle des Poissons, t. IV, p. 147, donnent ce caractère comme s'il était fixe. — ^Heckel et Kner, Die Süsstiasserfische der Oestreirhischen Monarchie, S. 31, s'appuient sur cette particularité pour distinguer un Cottus de la Hongrie et de la Russie {Collas pacilopus, Hcckel), dont tous les rayons de la nageoire pectorale sont simples; c'est bien certainement une faute.

I6« HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, n'ont que trois rayons mous et une épine qui semble assez grosse parce qu’elle est revêtue d’une épaisse enveloppe membraneuse. La nageoire anale, d'ordinaire formée de treize rayons, commence un peu en arrière de la seconde dorsale et ne s'étend pas tout à fait aussi loin. Parfois, il y a un ou même deux rayons qui avortent ; dans d’autres cas, le dernier qui est bifurqué, se dédouble jusqu'à sa base, et alors la nageoire présente ainsi quatorze rayons. La nageoire anale a douze rayons; les extrêmes simples, les autres branchus. Elle en présente en outre souvent quelques très-i)etits à sa base.

La peau du Chabot est absolument nue. Elle n’a point d’écailles; elle n’en a aucun vestige. Sur la ligne latérale et môme sur l’opcrcide, on aperçoit avec un peu d’attention de très-petits tubercules mous et blanchâtres. En examinant ces tubercules, à l’aide d’un grossissement, on constate, sans peine, qu’ils sont percés à leur sommet d’un petit trou. C’est par ce trou que s’échappe la mucosité dont se couvre le Poisson, dont il englue les doigts lorsqu’on vient à le prendre.

La coloration de l’animal est très-sujette à varier; elle varie avec l’âge. Les vieux individus ont ordinairement une couleur sombre presque uniforme, avec les parties inférieures toujours claires. Chez les jeunes, la teinte générale est roussâtre ou d’un gris pâle, avec des taches très-brunes, entremêlées les unes avec les autres, parmi lesquelles, plusieurs fort grandes, figurent des ondes transversales vraiment élégantes. L’observateur qui ne se contente pas d’examiner avec le secours seul de ses yeux et qui a recours à l’emploi d’une bonne loupe, découvre, que toutes ces taches, toutes ces ondes, toutes ces bandes, si capricieusement dessinées sont formées par une multitude de petits points, plus ou moins rapprochés. L’écartement ou le rapprochement

Digilized by Ginylt

des points, suffit pour douiiiT ii I’cbU rapparcncc d’une teinte claire ou foncée. Les indi\idus dont les nageoires dorsales et pectorales sont bien aiincléesde blanc et de bruil noirâtre, sont entre tous, les mieux parés.

Il faut encore nous arrêter aux différences que l’âge apporte chez le Poisson à grosse télé de nos ruisseaux. Cette tête si large chez les vieux mâles, comme nous l’avons dit, est un peu moins forte dans les femelles, et son énorme déxelop|)cment n’est vraiment remarquable que chez les individus qui ont atteint la taille d’environ 0“,üG. Les jeunes ont la tête déjà très-forte sans doute, relativement au volume du «)rps, mais cette tête est moins dilatée sur les côtés; elle est beaucoup moins aplatie en dessus, plus atténuée en avant. Si au lieu d’observer une foule d'indiv idus montrant toutes les gradations, dans le développement de la tête, on comparait simidement un jeune Chabot à un très-vieux, on se persuaderait aisément que l'on a sous les yeux deux Poissons d’esjvèees assez dissemblables. Cette persuasion existe du reste parmi les pêcheurs de quelques • localités.

Plusieurs traits de l’organisation interne du Chabot, raéritehtd’ôtre notés. Chez ce Poisson, il n’y a point de vessie natatoire; ce petit appareil eût été probablement sans utilité pour l’animal assez sédentaire, habitant toujours des eaux peu profondes. L’estomac consiste en un sac arrondi, dont la capacité est parfaitement en rapportavec la large ouverturede la bouche, le pylore est accompagné de quatre cæcums ; l’intestin est deux fois replié sur lui-même, par conséquent d’une assez grande longueur; le foie qui est volumineux et d’une teinte rouge foncé occupe le côté gauche. Les ovaires plus ou moins découpés en manière de lobes suivant leur degré de plénitude, ont

188 HISÏOIRK PARTIf.n.IÉRE DES POISSONS, leur tunique extérieure noirâtre comme celle des laitances ; leur volume étant énorme lorsque les œufs sont parxeniis à maturité, le ventre de l’animal se trouxe distendu au {MÛnt de prendre l'aspect d’une difformité. La colonne vertébrale est composée • de trente-deux vertèbres : dix abdominales, xingt-deux caudales.

Le Chabot se tient habituellement ^us les pierres, et cette circonstance rapportée par Aristote à l’égard d’un Poisson de rixière, a suffi pour que les naturalistes modernes aient cru le voir désigné dans les écrits du père de la Zoologie. Au chajiitre relatif à la /acuité d’entendre et à ses manifestations chez les animaux, Aristote dit qu’il y a dans les rivières de petits poissons connus sous le nom de Coiloi ' {Boitai d’après d’autres leçons) qui se retirent .sous les pierres et qu'on prend en faisant du bruit. On a pensé, peut-être avec raison, que le Coitos du grand naturaliste de l’antiquité était le vulgaire Chabot des modernes. Gaza, ce Grec du moyen âge, fuyant sa patrie au moment üc la prise de Constantinople par les Turcs *, a traduit par ’cottus,]e mot grec coitos, que, sans doute, il avait lu cot- * tos ’. .\rtcdi a été ainsi conduit à prendre le nom de Cottus pour désigner le genre dont le Cbabot est le txqie, et de la sorte est entrée dans la nomenclature zoologique une appellation aujourd’hui consacrée.

Le nom spécifique et scienlifique de notre Chabot de rivière, gobio, signiOe goujon. Linné, en eboisissant cette dénomination, aura voulu certainement rappeler une ressemblance dans

* Livre IV, chap. vin; xotro; (plurieî d'après les meilleurs ma*

nuscrits, suivaut Camus ; pctrcf, d'après d'autres textes.

* Théodore Caza, né à Thessalonique, auteur d'une tradudion de

XHiitoire tiei animaux it Aristote» Venise, mort en Italie, en 1478.

* «TTC;. ,

la couleur, dans les taches, les marbnires du Chabot et du poisson que tout le monde en France appelle le Goujon.

te Chabot est doué d’une grande agilité. Souvent au repos, souvent caché sous les pierres, s’il est en quête d’une proie, s’il est inquiété, on le voit s’élancer comme un trait. L’élargissement de la partie antérieure de son corps, la ténuité de son extrémité postérieure, la puissance de ses membres thoraciques, constituent des conditions extrêmement favorables ii l’exécutioh de mouvements bnisques et rapides. Dans ces élans parfois si soudains, le PoLsson atteint sans peine les animaux qu'il poursuit et qu’il engloutit dans sa'vaste bouche. Les insectes, et particulièrement ceux d’un certain volume, comme les larves de dytiques, d’hydrophiles, de libellules, forment son alimentation habituelle; mais le Chabot n’est pas le moins du monde exclusif dans ses goûts. S’il est vrai, ainsi qu’on le répète dans la plupart des ouvrages, qu’il se nourrit surtout d’insectes, de frai de grenouflles, etc., il s’empare très-bien aussi de poissons dontla taille est un peu inférieure à la sienne. J’ai vu plus d’une fois des Chabots dont l’estomac était rempli et fort distendu par un assez gros vairon ou même par un goujon. *

La vie, les mœurs du Chabot ne nous sont pas encore parfaitement connues. Ce Poisson parait doué d’instincts analogues à ceux des Épinoches, sans offrir cependant un exemple de l’industrie raffinée de ces dernières. Le mâle creuse simplement dans le sable une cavité sous une pierre, et amène des femelles poudre en cet endroit; ce qui a lieu pendant les mois de mars et d’avrîL 11 garde ensuite le dépôt d’œufs avec une sollicitude extrême, avec une vigilance incapable d’être endormie, jusqu’au moment de l'éclqsion des jeunes. Il n’est pas rare, en effet, au printemps, de rencontrer, dans les petits cours d'eau limpide.

HISTOIRE PARTIf.UUÈRE DES POIS^ÎONS.

des pontes auprès desquelles s'agite un Chabot. Au commencement du siècle dernier, le comte Marsigli a signalé d'une façon très^récise l’attachement et les soins que le Chabot porte à ses œufs * . Linné, en termes fort concis, a appelé de son côté, sur ces habitudes, l’attention des naturalisles *. Othon Fabricius, l’historien célèbre des animaux du Groenland, a insisté davantage sur ces faits, et a constaté que cette protection n’avait lieu que de la part du mâle Son observation s’accorde donc avec ce que l’on sait aujourd’hui, touchant l’histoire des Epinoches. Des remarques du zoologiste anglais Fleming ont conflrmé ce qui avait été indiqué par les précédents •auteurs*. MM. Hcckel et Kner ont rapporté, sur la foi des pêcheurs, que le mâle protège, jjcndant quatre ou cinq semaines, les pontes qu’il a fécondées, sans s’éloigner autrement que pour chercher sa nourriture “. Mais nulle part, il n'y a eu d’observations suivies; un chapitre intéressant de l’histoire des Poissons reste à compléter. L’œuvre est facile, et en vérité charmante à exécuter. A la campagne, il est aisé d’avoir à sa portée un petit réservoir, une sorte à' aquarium, où le regard puisse plonger sans effort sur tous les points. Qu’au printAnps, on mette dans ce réservoir, garni de pierres et de

■ Louis Ferdinand, comte de Marsigli, né A Bologne, le 10 juillet 1658, mort le I" novembre 1730, dit en parlant du Chabot : Parturil meme marlio, guo ttmpore cauda removendo lapides cavemalat querril; tn illû ma sua hpidibus, au! lignis in fandum infiiis, agglutina!, a guibus jam agglutinalis famtlla secedit ; moulus vero Iriginta circiter dierum spatio ad ta se ttcclinando, et forte suo lacté fœcundando custodiam gerit, donee vivere incipiant,. Danubius pannonico-mysicus, t. IV, p. 73, fol.^t726.

* Nidum in fundo format, ovis incubât prias citam deserturus guam nidum. — Linné, Syslema nalura, t. I, p. 452 (1766).

' Fauna Groenlandica , p. 160 (1780).

* History of British Animais. Edinburgh, 1828. ■<

* Die Sûssusasserfische der ôstreich. Monarchie, p. 30 (1858).

CHABOT

graviers, de quelques herbes et d’insectes aquatiques, dos Cliabots raâles et femelles, et l’on assistera au.\ manœuvres qui précèdent, qui accompagnent, qui suivent la ponte de ces Poissons. L’observation ne pourra manquer d’amener la révélation de

détails nouveaux ou seulement à peine entrevus. N’y a-t-il pas

là, de quoi tenter les amis de la nature, assez heureux pour être en position d’habiter une partie de l'année loin des villes? Les mœurs, les habitudes des animaux, offrent un tel charme à tout esprit cultivé, de tels enseignements {wtir la raison du philosophe, que bien employés sont les instants qui s’emploient à les mettre en lumière.

Le Chabot est peu recherché comme aliment, sans doute à cause de sa petite taille ; car la qualité de sa chair, d’après un avis assez général, pourrait lui mériter quelque considération. Celte chair, devenant, par la cuisson, rouge comme celle du saumon, a un aspect fort appétissant. Notre vieil ichthyologiste, Rondelet, s’exprime en ces termes au sujet des Chabots : « Ils ont, dit-il, la chair molle, assés bone au goût é qui n’est à' mépriser. » Dans les Alpes maritimes, on est loin de la dédaigner. Risso rapporte que « ce poisson, dont la chair est agréable, fournit un mets délicat aux habitants des montagnes, n On pratique la pêche du Chabot en divers endroits ; mais c’est le plus ordinairement dans le but de se servir de ce Poisson [xnir prendre les Anguilles. Les pécheurs, en effet, assurent que les anguilles donnent la préférence aux Chabots, après les goujons, sur tous les autres appâts. Le marché de Munich est très-souvent approvisionné de Chabots, dit M. de Siebold, à la grande satisfaction des pécheurs d’anguilles.

Le Chabot, croit-on, est trop intelligent pour mordre à l’hameçon. Pour le prendre, on emploie une nasse que l’on traîné.

172 IIISTOIRE PAnTICn.IÉllE DES POISSONS, en renversant les pierres et en agitant le sable, soit avec les pieds, soit avec im bâton, de mani^re à déloger le jwisson blotti dans les cavités, et à le pousser dans le filet. 11 ne faut rien moins que trois hommes, pour mettre parfaitement cette manœuvre en pratique dans une petite rivière; tandis que deux d entre eux traînent la nasse en remontant le courant, le troisième, placé en avant, remue le fond avec son btiton dans la direction du filet. Il y a encore un procédé bien connu, et surtout à l'usage des enfants, pour s’emparer du Chabot; c'est la pèche à la fourchette, à laquelle se montrent fort habiles les jeunes habitants des parages du lac Léman, de l'Alsace et de bien d'autres lix'alités. Une fourchette de fer est solidement attachée à un bâton, le pécheur soulève les pierres avec assez de précaution jiour ne pas effrayer le poisson, et, guettant sa proie, il l'embroche d’un coup rapide de son instrument.

Notre Chabot est n'‘pandn dans la plus grande partie de l’Europe. Il se trouve également on Sibérie, au Groenland, et, assurc-t-on même, dans r.Xmérique du Nord. J’avais d’abord soupçonné qu’il existait en France plusieurs espèces voisines. Afin d’acquérir une certitudeà cet égard, j’ai recueilli une foule d'individus sur des points de notre territoire très-éloignés les uns des autres. Ce n’était pas encore snlTi.sant ; j’ai prié la plupart des naturalistes de nos départements de me procurer des Chabots pris dans la contrée qu’ils habitent. .\vec le bienveillant concours de ces savants, je suis arrivé à pouvoir multiplier les comparaisons sur une très-large échelle. Mon examen a porté sur des Chabots récoltés dans le département de la Seine et les départements limitrophes, en Normandie, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, dans les Ardennes, la Lorraine, y compris les Vosges, l’Alsace, le département du Doubs,

CHABOT

la Savoie, les environs de Lyon, le département de la C6te-d’Or, la Provence, et notamment les environs d'Avignon, où M. Fabre en a pris en quantité dans la Sorgue, dans le Languedoc, en Auvei^ne, etc. Cet examen des Chabots, provenantdc toutes les régions de la France, examen approfondi, minutieux, a conduit à avoir la certitude absolue que ces Poissons apiiartenaient à la même espèce, qu’il n’y avait aucune différence plus notable entre les individus de nos départements les plus éloignés qu’entre les individus nés dans le môme ruisseau. Si, par hasard, il existe en France d’autres espèces du genre Cotlus,ce qui commence à nous paraître peu probable, elles ont encore échappé à nos recherches. Un zoologiste de l’Allemagne, M. Jeitteles, a fait récemment une étude comparative des espèces de Coflits d’Europe et d’Amérique ', et il a parfaitement reconnu que les variations dans les proportions des nageoires, dans les divisions de leurs rayons, dans l’écartement des yeux, etc., étaient de simples différences individuelles. Cette observation, avec laquelle s’accordent les nôtres de la manière la plus complète, a fourni à son auteur la preuve que des Cotlus de la liombardie et de la Dalraatie, de la Pologne et de la Russie, décrits comme des espèces particulières, n’étaient nullement distincts do notre Chabot vulgaire *.

■ Uebtr dit SOss-wnsser-arltn der Fisrk Gallung Cullils. — Bcitrag su tintr n lederholltn Htvision ditsesGenut-yon Ludwig lloinrich Jcillcles. — Arthivio per la ioologia, t’ analomia e la fisioloyia, vol. I, fasc. 2, p. 1.78 (décembre 1861). .

’ Ce sont 1 le Collas mierostomus, lleckel, le C. ferntgineus, Heckel et Kner. — M. Jeitleles considère sans doute avec raison le Collas precilopas, lleckel, de la Galieic et des Carpalhes, comme une espèce distincte du Chabot commun, parce que scs nageoires veniralcs, assez longues pour allcindrc l’anus, sont rubanées, ce qui ne se voit jamais dans noire espèce vulgaire.

HISTOIHE PARTICI LIÉRF. DES POISSONS.

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