GOUJON
intacte depuis l'antiquité jiisqu’anx temps modernes. Galien a parlé en termes élofjieux de la qualité du Goujon, si toutefois le vieux médecin grec a voulu désigner réellement l’estimable petit Poisson de nos rivières. Ausone, le chantre de la Moselle, a signalé le Goujon d'une manière qui no laisse rien à désirer ‘, et une foule d’auteurs se sont plu à en énumérer les qualités, l'n charme que le pécheur reconnaît chez leüoujon, c'est l’empressement que met ce Poisson à inordre à l’apiiAt qu’on lui tend. Cette conGanco qui ne se manifeste pas à beaucoup près au même degré chez tous les habitants des rivières, est fort ajipréciécen Angleterre, assurc-t-on, par les jeunes /adies qui se livrent au plaisir de la pêche à la ligne.
Le nom de Goujon est très-généralement répandu en France, ceperidant il est sensiblement modifié dans plusieurs do nos dé-» partements. Il est devenu dans le pays lyonnais Goiffon ou Goeffon; dans le département de Vaucluse, c’est le Goffi. On me cite d’autre part pour le Goujon les noms de Trigan en usage dans le département du Lot, et de Trégou ou Trogou^ dans le département de Lot-et-Garonne. En .\lsace et notamment à Strasbourg on appelle ce Poisson Kressen, dérivé du mot allemand Gressling.
Le Goujon a un aspect tellement particulier qu'il n'arrive à personne de confondre ce Poisson avec aucune autre espèce.
Son corps est allongé, large en dessus, mais atténué et comprimé latéralement vers l’extrémité postérieure, couvert d’écailles grandes, relativement à sa taille, surtout si on les compare à celles du Barbeau. On compte trcutc-diuit à quarante
' Tu quuquc tlumincos inter memorande cohortes Gobi, non major geminis sine poilicc palmis,
Pra-pinguis, leres, ovipari congcslior alvo.
Vliti HISTOIHK PAHTia f.lfcHE ItKS POISSONS. i'iNiUles sur 1rs riuiffées qui s’étendrnt de l tqiaidc îi l’oripine dr la nageoire «uidale, sur la ligne latérale par exemple, qui commence à l’épaule, se courbe légèrement et coupe ensuite chaque côté du corps en deux moitiés presque égales. Dans la portion la plus épaisse du corps, il y a onze ou douze rangées d’ccailles dans la hauteur. Ces écailles sont minces, délicates, et admirablement caractéristiques si on les considère dans leur forme et dans leur structure. Plus larges que longues et faiblement festonnées sur leur bord libre, elles présentent quinze à dix-huit
h'tij, — Kcîiillc Ifl réi?ion dorsal»*.
Fig. Sî). — £cnille de la I1;îiic Inicrale.
sillons longitudinaux qui conxergent vers la base de l’écaille. Entre ces sillons régnent des stries Iransxersales très-serrées, tandis que ces mêmes stries deviennent très-espacées en dehors des sillons. Les tuyaux des écailles de la ligne latérale sont cylindriques et assez longs.
Le Goujon , comme chacun le sait, est très-agréablement nuancé; son dos est ordinairement d’un jaune fauve, passant quelquefois au brun et relevé par des taches d’un run noirâtre, plus ou moins nombreuses, plus ou moins marquées, et ainsi très-irrégulières. Soment une série de taches, une sorte de bande noirâtre règne au-<lessus de la ligne latérale. Au-dessous
(;oiJON.
«le cette lipne, les taches brunes tle^iellne^t rares ou manquent totalement, et tout« slcs parties inféTÎeurrs du coqis prennent un «'clat arpenti;. La t&tc est sou\ent tachetiîe et les nageoin-s dorsale et anale pn^sentent d’une'manière constante de petites ta- • * ches noirâtres d’un charmant effet. 11 n’est pas rare que les autres nageoires |iortent «’’g!dernent un certain nombre de marques semblables, mais, chez la jdupart desindi\idus, on n’en \oit aucune trace.
Le (loiijon a une tôte qui se fait remarquer par la trèsgrande largeur du front et par le museau épais et obtus. 11 y a des différences nobibles dans les proportions de cette tète relativement à celles du corps. On voit des individus dont la tète est ass«‘z allongée, d’autres où elle est très-courte, et l’on croirait facilement, d’a|irès une semblable différence, à l’existence d’au moins deux espèces distinctes, si la comiiaraison d’un trèsgrand nombre d’individus no conduisait à reconnaître entre les deux extrêmes des transitions presque insensibles ; de sorte qu’il serait impossible de séparer les Goujons à tète courte, des Goujons à tète longue. Déjà un naturaliste a noté «pie la longueur de la tète ne se trouve tantôt «pie quatre fois dans la longueur du corjis, tantiU quatre fois un tiers, tanttjt quatre fois et demie, tantôt presque cinq fois *.
La mâchoire supérieure est beaucoup plus avancée que la mâchoire inférieure, .de sorte que la bouche, assez large, est placée en dessous, portant de chaque côté un appendice charnu ou barbillon, très-dcveloppé. Les yeux, de métliocre grandeur, situés à peine an-dessous de la ligne frontale et à peu près à égale distance du bout du museau et du bord libre de l’op«'rcule, ont l’iris jaunâtre en haut et argenté en bas, avec un cercle
' Uünlher, Die Fisrhe iet Nerkars, p. t.",.
Î!)S HISTOIHK PAHTlCn.lliHE DES POISSO^S. d’un jaune vif autour de la pupille. La nageoire dorsale placée un peu en avant des nageoires ventrales, s'abaisse beauroup en arrière et s’élargit de la base au sommet. Elle est comixisée de dix rayons, un premier tout petit, un second de la moitié de la longueur du suivant, un troisième simple, fort grand et sept rameiix dont le dernier quelquefois divisé presque jirsqu'à sa hase. Les jwctoralos ont nn rayon osseux et quatorze ou quinze branclius; les ventrales, un premier sous la forme d'une petite épine, un serond osseux aussi long que les suivants et sejjt rameux; mais comme le dernier est souvent partagé jusqu’à son origine, divers auteurs en comptent un de plus. Enfin, l’anale a neuf rayons et la caudale dix-neuf.
Les variétés individuelles étant très-sensibles et fort nombreuses chez le Goujon , j’ai réuni, de tous les innnts de la France, une masse prodigieuse d’individus afin de reconnaître sûrement s’il n’y avait pas en réjdilé plusieurs espèces de Goujons. J’en ai observé ainsi de tous nos grands cours d’eau et de beaucoup de leurs affluents, ainsi que des lacs de la Savoie. L’examen approfondi, minutieux, de ces Poissons provenant de tant de localités diverses, a conduit à reconnaître que tous appartenaient à la môme espèce, que les différences de coloration, les différences dans l’allongement de la tête et du museau, dans le nombre des rayons des nageoires, étaient purement individuelles. Je me suis assuré ainsi que le Goujon à tête obtuse {Gohio oblusirostrù) décrit par M. Valenciennes était une simple variété, comme déjà l’avaient constaté des naturalistes allemands, MM. Günther et de Siebold.
J’étais resté plus incertain au sujet de quelques trèsgrands Goujons, ayant une longueur do près de 0“, U, provenant de la Sioule et du lac Pavin en Auvergne, qui m’avaient
fiOUJON.
été adressés par M.Lecoq, de Clermont-Ferrand. Quelques-uns de ces Goujons étaient remarquables, non-seulement par leur taille, mais encore par leur coloration plus grise qu'à l’ordinaire, par les taches noires répandues sur toutes leurs écailles à rc.xcej)tion de celles de la région ventrale, par la présence des mouchetures très-nombreuses et très-prononcées de leurs nageoires dorsale et caudale, et par la présence de semblables mouchetures encore assez multipliées sur leurs nageoires inférieures. Cependant, comme ces caractères étaient affaiblis chez plusieurs individus des mêmes localités dont les dimensions étaient un peu moins fortes que chez les autres ; comme, en outre, les écailles soumises à une observation attentive et à une comparaison rigoureuse n’ont rien offert de particulier, je n’ai pu voir dans ces Goujons de l’Auvergne que des individus très-dévelop|)és et remarquablement colorés par suite de circonstances locales dont il ne m’a pas été possible de déterminer la nature.
Ainsi, après avoir rassemblé des Goujons de presque toutes nos rivières de France , des lacs de la Savoie , des Vosges, etc., il a fallu conclure que tous étaient de la même espèce. L’espèce se trouve non-seulement par toute la France, mais encore dans l’Europe entière ; nous ignorons cependant si on la rencontre en Es(>agne et en Grèce.
Les Goujons recherchent particulièrement les eaux courantes, claires, peu profondes, roulant sur un fond de sable ou de gravier. Ils vivent aussi dans les lacs et les étangs ; mais au printemps, iis les quittent presque toujours pour remonter les rivières. Il est curieux de les voir dans les lacs, souvent réunis en masses considérol)les dans les endroits où viennent se décharger des rixières et des torrents. Au lac Léman et au lacdu Bourget, je les ai vus plus d’une fois s’agiter en foule près de l’embouchure
;(00 IIISTOIUK PAHTICIJI.IÈIIK ÜKS POISSONS.
(les rivières où les attirait l’eMU roiirantc, et surtout peut-être l'eau à basse temptirature, car toutes les observations tendent h montrer que ces Poissons redoutent les fortes chaleurs.
Les Goujons paraissent avoir un remarquable instinct de sociabilité ; ils vont en troupes à toutes les époques de l’année. Leur nourriture se compose de vers, d’insectes, de petits mollns(pies qu’ils cherchent au fond de l’eau, en remuant les graviers. Comme on ne trouve presque jamais d’animaux entiers dans leur estomac, on en a conclu sans doute avec raison que chez eux l’activité digestive est extrême.
Le Goujon fraye |(endant les mois de mai et de juin, et fixe ses teufs contre les pierres. Les femelles semblent être ordinairement en beaucoup plus grand nombre que les mêles ; ces derniers seraient ainsi appelés à féconder plusieurs pontes. Les œufs jietits et d’une teinte blenfttn? ont une durée d’incubation d’environ quaire semaines.
Ce Poisson, qui est la proie d’une fouled’espêcés carnassières, multiplie avec tant de lacilité, qu'il abonde encore dans la plupart des rivières. D’après le calcul d’un pisciculteur, M. Carbonnier, trente pêcheurs à l’épervier e.xerçant leur industrie à Paris, entre les ponts de Ucrcy et de Passy, en prendraient annuellement un million d’individus, et l’on en saisirait sans doute une pareille quantité à l’aide des autres engins de pêche. Dos naturalistes anglais assurent que dans certaines localités de l’Angleterre, les Goujons sont pris parfois en telle quantité qu’on les jette en pâture aux pourceaux, et un auteur, Thompson, rapporte qu’ils se trouvaient être si communs dans une chute de moulin sur le Lagan en Irlande, que le chien du meunier les happait et en dévorait des quantités.
Les habitants des châteaux, possesseurs d’un parc traversé
Digilized by Gcc
UAHRKAIÎX.
:iol
par une rivière, s'amusent parfois à prendre des Goujons à l’aiilc d’un moyen simple et peu fatigant. Une carafe percée d'un trou, dans laquelle on a mis quelque appât, est plongée dans l'eau, les Goujons s’introduisent par l'ouvortiire et il arri\c souvent que la carafe est remplie de Poissons au bout de peu d'instants. Il est vrai de dire (ju'à cette singulière pèche, on prend des Vairons plus encore que des Gotijons.
11 y a une croyance assez étrange et fort enracinée chez les [)6cheurs de beaucoup de localités, c’est que le Goujon donne naissance à l’.\nguillc. Dans leur simplicité, les pèdieui-s prennent pour de jeunes Anguilles, des vers intestinau.x de forme allongée, des Pilaires {Filaria ovata), qui, logées dans la cavité abdominale, se montrent en se tortillint lorsqu’on vient â ouvrir le ventre du Poisson.
LE GENRE BARBEAU {ovmii's. Cuvier)
Les Barbeaux forment un petit genre naturel, l’un des mieux caractérisés de la famille entière des Cyprinides. Ils ont lecoriis allongé, couvert d'écailles de médiocre grandeur ; la bouebe en dessous, avec quatre barbillons à la mâchoire supérieure , la nageoire dorsale étroite à sa base ayant un premier rayon osseux.
Les dents pharyngiennes disposées de chaque côté en trois séries, SC terminent par une sorte de crochet courbé en dedans, les deux postérieures de chaque série étant creusées en cuiller au-dessous du crochet terminal.
Nous n’avons en France que deux espèces de Barbeaux, mais de l’antre côté des Alpes, il en existe plusieurs autres.
niSTOlRK PAUTICULtÈKE DES POISSONS.