‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 53 sur 132 · LE BARBEAU COMMUN · texte numérisé non relu

LE BARBEAU COMMUN

(DABDIS FIXVIATILIS ')

Les naturalistes les plus passionnés pour recueillir, dan? les ouvrages de l’antiquité, les moindres notions acquises par les anciens, touchant l’histoire des animaux, n’ont trouvé, aux temps delà Grèce et de Rome, nul indice propre à leur signaler le Barbeau. Aristote ne parle en aucune manière de ce Poisson, peut-être étranger aux rivières d’une partie de la Grèce *, et

Fig. GO. -<• Le Barbeau commun {Bartus fluviatilis).

les écrivains de Rome, peu jaloux de rien examiner eux-mêmes, paraissent ne l’avoir mentionné nulle part. Ausone, le chantre

' Ojprinus Ihd-Ims, l.inné, Syst. nat. p. 325; 1766. — Barlm» fluriat'Iis, Valondcnncs, Ilist.nai.detPoissom, t.XVI, p. 123, 1842. — Yarrcll,Rn'ltxA Pishis, I. Il, p.367 ; l.'-Sfi. — Siebold, Die Sàseiiasserfisclte von Uitteleumpa, p. 109; 1863.

’ Nous ignorons si notre Barbeau commun su trouve en Grèce, mais dans la partie méridionale de celte contrée qui portait. autrefois le beau nom de Péloponèse, on a recueilli une espèce particulière du genre, qui a été appelée par M. Valenciennes , Barbeau de Morée, Borbuv Ptlopui'Wiiiis (IliUoire naturelle des Puissom, t. XVI, p. 144; 1842).

UARBËAUX.

de la Moselle, observateur véritable des objets qu’il célébrait dans ses vers, est, selon toute apparence, le premier qui ait clairement désigné le Barbeau.

De tous les caractères de ce Poisson, celui qui a le mieux aiipelé l’attention consiste dans la présence des appendices charnus de la lèvre supérieure et de la lèvre inférieure. Du caractère est venu le nom. Ausone a cité le Poisson pourvu d’appendices labiaux sous le nom de Barbus, et le nom a été adopté dans la science, d’abord pour notre espèce commune, ensuite pour toutes tes espèces du genre. Le mot Barbus est devenu en français, Barbeau et Barbillon pour les jeunes individus. Parfois la désinence a pu être altérée, sans que le radical ail changé. C’est ainsi que dans plusieurs localités, le Barbeau est appelé Barbet, et Barbot le on Barbarin lorsqu’il est très-petit. Dans nos provinces méridionales, c’est le Barbo. En quelques endroits du département de l’.\ube, cependant, les pécheurs le nomment Coquillon, d'après une idée qui nous échappe. En Alsace s’est conservé le nom germanique Barbe, qui parait être un simple dérivé du mot français comme le mol de Barbel usité en Angleterre.

Notre Barbeau commun est doué d’une forme élégante, des plus favorables à une natation rapide. Son corps long, étroit, décrivant une courbe gracieuse sur les parties latérales, est aminci et aplati vers la région caudale. Une teinte d’un gris olivAtreou bleuAtre chatoyant de reflets métalliques, règne sur la tète et sur toute la région dorsale. La couleur du dos s’étend sur les flancs, en s’affaiblissant par une gradation insensible jusqu’à la partie ventrale qui est entièrement d’un blanc nacré. Sur les joues,des tons dorés acquièrent souvent un remarquable éclat; sur les côtés de la tète œmme sur les opercules des points

301 IIISTdlIli; l'AIITir.l I.IÉIIK I)i;s poissons. iioirà'ros d’iino oxtrômo pctilossc, sont répoiultis th lu manière tl'iin s:il)lo fin. Des tarhes brunes, très-varialiles dans leur forme et dans leur éleiiduo, mais en général assez petites, parfois en grande partie confondues les unes a\ec les autres, souvent, au contraire, plus ou moins isolées, s<mt disséminées sur les côtés dans toute la longueur du corps, se dessinant avec une entière netteté sur la ti'inte pôle qui forme le fond. Sur la nai.Toire dorsale dont la nuance se confond avec celle du dos, se montrent également des taches bnines ou noirâtres, toujwirs irrégulières et jamais pareilles sur deux individus. Une teinte orangée un jieii rougeâtre, colore ordinairement, surtout à l'époque du frai, les nageoires ventrales et anale ainsi que la base et la partie inférieure de la nageoire caudale, où quelques taches brunes, éparses, se trouvent très-ordinairement, comme [KHir faire ressortir davantage la fraîcbeur de cette coloration.

Des écailles assez petites couvrent tout le corps du Barbeau à l'exception de la région pectorale. Leur dimension étant minime, leur nombre est considérable. On en (xjmjde de soixante il soixante-dix sur une seule fiie, de l’ouïe tù l'origine de la queue, et il y en a une trentaine de fdes dans la hauteur du corps.

Ces écailles ont une forme très-caractéristique. Examinées sur le Poisson, elles paraissent amincies vers le bout, leur boni libre affectant un contour à jicu près en ogive ; mais pour distinguer tout ce qu’elles ont de remarquable, il est nécessaire d’en détacher quelques-unes. On voit alors une forme oblongue, bien différente de celle qui est ordinaire jiour les écailles des Oyprinides. A l’aide d’un faible grossissement leurs stries de- V iennent parfaitement distinctes ; ces stries sont remarquablement écartées vers l’extrémité de l’écaille et les sillons longitu-

BARBEAUX. '

dinaux sont nombreux, mais il est inutile de pousser plus loin une description qu’une figure supplée avec le plus grand avan-

Fvj. 61. — Ëcalile de la ligne latérale.

lage. Les écailles de la ligne latérale ne diffèrent des autres, que par la présence du conduit de la mucosité. Celui-ci est trèscourt, mais une sorte de canal sans paroi supérieure s’étend Jusqu’au bout de l’écaillc.

La tète du Barbeau commun est effilée, présentant un front assez large, légèrement convexe et un peu incliné, et la région nasale abaissée de façon à former avec le museau en saillie, une brusque et profonde dépression. Les yeux assez petits, situés un peu au-dessous de la ligne frontale, ont l’iris d’un jaune d’or pâle. Les lèvres sc font remarquer par leur forme de bourrelet et les appendices labiaux par leur épaisseur. La lèvre supérieure étant très-charnue et fort avancée, la bouche, par suite de cette disposition, s’ouvre tout à fait en dessous. Cette particularité est un indice certain que l’animal a l’habitude de chercher sa nourriture au fond de l’eau et de saisir des corps peu volumineux.

Les pièces operculaires n’offrent rien qui attire particulièrement l’attention. Le préopercule est long et étroit. L’opercule a son bord libre coupé presque droit. L’interopercule, en grande

Blahcbard. SO

306 IllSTOlKK l>ARTICi:i.IÈRE OES POISSONS, partie caché s<jiis le bord du préopcrcule, se montre sous l’apparence d’une très-petite lame.

Les na^’-eoires ont en général, dans chaque espèce, quelques traits caractéristiques essentiels à constater. Chez le Barbeau commun, la dorsale, étroite, surtout à sa base, s’élève vers le milieu du corps, s’abaissant en arrière et formant comme une voile dont le sommet décrit une élégante courbe concave. Cette nageoire a quatre rayons durs ou épineux, ainsi qu’on les qualifie habituellement, nn premier tout petit, presque entièrement caché sous la peau, un second déjà assez saillant, un troisième ayant à peu près la moitié de la longueur du suivant, un quatrième très-fort, garni sur son bord jxistérieur d’une double rangée do dents bien prononcées que les auteurs comparent volontiers à des dents de scie. Un caractère assez singulier de ce gros rayon osseux est fourni par son extrémité qui est flexible et articulée. Les rayons entièrement mous et articulés viennent à la snite, au nombre de neuf, tous divisés en deux branches, elles-mêmes subdivisées en deux rameaux. Les deux derniers rayons, contigus à leur origine, sont parfois en partie réunis.

Les nageoires pectorales, assez petites relativement au volume du corps de l’animal, ont un rayon dur et quinze rayons branchus, allant en décroissant de longueur du premier au dernier. Los ventrales, plus ovalaires que les précédentes, commencent au-dessous du gros rayon dentelé de la nageoire dorsale; on leur compte le plus souvent dix rayons, mais comme l’avortement du dernier n’est pas rare, on leur en trouve neuf seulement chez beaucoup d’individus. A l’anale, située très en arrière, il y en a huit.

Le Barbeau est répandu de la manière la plus générale dans les eaux de l’Europe centrale et méridionale, les lacs, les étangs.

BARBEAUX

les rivières, aussi bien que les grands fleuves. Il habite absoliiraeiit toutes les régions de la France , du nord au sud, de l’est à l'ouest, sans que la différence du climat ou la nature dos eaux le modifie d'une manière .sensible. 11 nous a semblé que les individus de nos provinces méridionales étaient d’ordinaire un peu plus colorés que ceu.x du nord, mais à cet égard, il n’y a rien de sufCsamment précis pour qu’on soit autorisé à en faire l’objet d’une remarque.

Ce Poisson est extrêmement commun en Angleterre, jiarticulièrement dans laTrentet dans la Tamise. On peut en juger par les faits ra{>portés par plusieurs naturalistes de ce pays. «Aux environs de Shepperton et de\Valton,dit Yarrell, l’auteur 'AeV Histoire des Poissons de la Grande-Bretagne, les llarbeaux sont si nombreux, qu’on en prit, dans l’esjiace de cinq heures, une charge de lüO livres, et dans une autre occasion, on en pêcha le même jour de gros individus formant un j«iids total de 280 livres. »

En Allemagne, le Barbeauabonde également dans la plupart des grands cours d’eau, le Rhin et ses affluents, l’Elbe, le ^^■eseI■, le Danube, etc. On assure que dans le Danula’, on en reeueille chaque année, en certains endroits, pendant l’équinoxe d’automne, le chargement de dix à douze voitures. Il se trouve aussi en quantité dans les fleuves elles rivières do la Russie qui se jettent dans .la mer Noire ou dans la merd’.Xzqff; mais ce Poisson n’existe, paralt-il, ni au nord de la Russie ni en Suède.

Le Barbeau n’est jias rare en France, surtout dans les rivières des départements de l’Est, la Meuse, la Meurthe, la Moselle ; mais, croyons-nous, il n’est aujourd’hui, dans notre pays, nulle part aussi commuu que chez nos voisins d'ouIre-.Manche ou

(l’outrc-Rhin. On ne le voit point dans les lacs de la Savoie ; le lac du Bourget le lac Léman * ; il est abondant au contraire dans les lacs de Laffrcy et de Paladru, du département de l’Isère.

Ce Poisson atteint de grandes dimensions ; on en voit assez fréquemment sur les marchés des individus du poids de 4 à 5 kilogrammes et d’une longueur de 0",60 à 0“,65, seulement ce ne sont pas les plus communs. M. Valenciennes nous dit que «le « Barbeau sur lequel il a fait sa description sur les bords de la Il Seine, avait deux pieds quatre pouces de longueur. » Voilà

[Kiur la taille ordinaire. Maintenant, pour les cas exception-

nels, on cite un individu pris en Angleterre, du poids de 7“‘,7.'5 ; un du poids de 7“',.’5 capturé en 1837 dans la Seine,' il Paris, entre le pont de la Concorde et le pont de l’Alma, canton très-favorable, assure-t-on, pour la pêche du Barbeau. .Au rapport de MM. Hcckel et Kner, un Barbeau pêché en 1833 dans la Salzach, à Lauffcn, posait 12‘“,75. On prétend avoir vu des Barbeaux ayant 3", 25 de longueur; on écrit qu’on en pêche, dans le Volga, des individus du poids de 20 à 2.” kilogrammes. Mais on prête si aisément aux riches , qu’il ne serait pas impossible qu’on ait cru pouvoir ne pas compter ti-op strictement avec des Poissons d’une taille véritablement imposante.

I M. le docteur B“* Constant Despine, médecin à Aix, a donné une liste des Poissons du lac du Bourget, qui parait élrc assez complète.

• Jurine, dans son Histoire des Poissons du tac Léman, s’exprime de la manière suivante au sujet du Barbeau : • On dit que le Barbeau et la • Brème ont été pris autrefois dans te lac; cela peut être, mais comme > je ne les y ai jamais vus, et que Je n'ai voulu m'en rapporter ni aux « traditions, ni aux yeux des autres, je n’ai pas cru devoir les tgouter « ù cette liste. »

BARBIÜAUX.

Il faut sans doute, d’ailleurs, une longue vie à un Barbeau pour acquérir cette merveilleuse ampleur dont on cite avec admiration de rares exemples, et depuis longtemps, les honnêtes pêcheurs et les braconniers s’arrangent de façon à ne pas laisser les 'gros Poissons vieillir indéfiniment.

Le Barbeau se nourrit de vers, d’insectes, de mollusques et en môme temps de substances végétales, aussi bien que de matières animales en décomposition qu’il cherche au fond de l’eau. On assure même qu’il retourne des graviers et de petites pierres pour trouver sa subsistance. Dans cette recherche , les barbillons deviennent des| organes de tact d’une grande utilité.

L'intestin a une assez grande longueur chez le Barbeau, ce qui est l’indice d’un régime alimentaire où les végétaux ont une part considérable.

Ce Poisson est extrêmement craintif et se dérobe à l’observation plus que les autres Cyprinides; ce n’est guère qu’à l’époque où il est en quête des endroits propices pour frayer, qu’on le voit s’ébattre et montrer son corps en partie hors de l’eau.

Pendant leur jeune âge, les Barbeaux se mêlent habituellement aux bandes de Uoujons. Alors de la même taille que ces derniers, on croirait volontiers qu’ils les prennent pour des frères, tant ils leur ressemblent; cependant les Barbeaux sont toujours faciles à distinguer, dès le premier abord, à la petitesse de leurs écailles, à leur museau effilé, à leurs quatre barbillons. Devenus plus gros, ils abandonnent la société des Goujons pour vivre solitaires. Les rivières coulant sur un fond de gravier, parsemé de pierres, semblent leurfoumir les meilleures conditions d’existence.

310 HISTOIRE PARTICI LIÉHE DES POISSONS.

Au printemps, les Barbeaux se réunissent en troupes; ordinairement, affirment les pécheurs, les femelles forment la lêtc de la colonne, les vieux m&les les suivent immédiatement, et les jeunes mâles se tiennent en arrière. Souvent aussi une seule femelle est suivie de plusieurs mâles. D'après quelques observateurs, ces derniers seraient aptes à la reproduction plus tôt que les femelles; on en verrait des individus n'ayant pas plus de 0'",15 à 0“,18, déjà parfaitement capables d’avoir une postérité.

L’apparition des bandes de Barbeaux indique que l’époque de fraver est venue pour ces Poissons; cette époque commence au mois de mai, dure jiendant le mois de juin et se prolonge parfois jusqu’en juillet. Il y a dans cette variation une question de température printanière dépendant , ou des circonstances météorologiques ou de la latitude. D’après certaines indications, on pourrait croire que les mêmes individus frayent à deux époques différentes, carie Barbeau, disent les pécheurs, fraye une première fois au moment de la floraison des colzas, une seconde fois, un mois après. Mais il faut remarquer que l’assertion ne résulte pas d’une observation attentive, capable d'inspirer une entière confiance.

Les Barbeaux déposent leurs œufs contre les pierres. Après la ponte, les femelles, affaiblies, demeurent quelque temjis sur place, mais, ayant repris des forces, elles se précipitent vers les eourantslcsplus rapidesqu’elles;)euvcnt rencontrer, recherchant même les chutes d’eau, où elles reviennent bientôt à leur meilleure condition. Les pécheurs regardent les mois de septembre et d’octobre comme les plus fav orables pour la pêche du Barbeau, lorsque les nuits froides déterminent ce Poisson à quitter les courants pourdescendredansleseauxplusprofondes.Pendantl’hiver,

BARBEAIX.

il se blottit dans des cavités ou sous des abris; quelquefois des masses d’individus se réunissent pressés les uns contre lesaulres dans un étroit espace. Ils s’engourdissent alors si bien, qu’on réussit à les prendre à l’aide d’un simple cercle pourvu d’un filet, en les poussant avec une perche. Si le froid devient rigoureux, ils tombent dans un tel état d’immobilité quedes plongeurs habiles parviennent à les prendre à la main dans leur gîte.

Dans l’histoire des Poissons, il est un point qui plus que tout autre, sans doute, intéresse le grand nombre ; c’est de savoir si cos Poissons sont dignes de figurer sur une table, si leur chair promet d’offrir quelque agréable sensation à un palais délicat. Me sentant de la plus déplorable inhabileté à décider sur de semblables questions, j’aurais un penchant à accepter en ces matières l’opinion d’autrui. Mais à l’égard de la valeur comestible du Barbeau, il y a plus d’une opinion ; les opinions varient suivant ■les pays ; elles ont varié suivant les époques ; le sens du goût luimême est sujet de cette despotique gouvernante des gens civilisés, qu’on appelle la mode. Ce n’est pas tout; les habitants d’une contrée affirment parfois que tel Poisson pris dans leur rivière ou leur lac est d’une excellente qualité, tandis que le Poisson ■de même espèce pêché ailleurs, est détestable. L’amour-propre national restreint, conduit ainsi à des appréciations qui ne sont pas destinées à faire le tour du monde.

Lorsque le Barbeau est petit, il passe avec les Goujons comme on peut le constater journellement sur les marchés, et les fins gourmets qui le mangent pour un vrai Goujon ne semblent pas s’apercevoir qu’on a abusé de leur confiance. Mais quand le Barbeau est de la longueur de 0",20 ou 0”,.S0, il est passablement dédaigné de nos jours. S’il est très-gros, son poids respectable, sa belle apparence, lui attirent facilement des amateurs.

312 IIISTOIHK PAHnCÜUÈHK DKS POISSONS.

Il en ('tait déjà ainsi, il y a quatorze siècles, comme l’apprend Ausone *.

Au rapport de Belon, les Barbeaux du Tibre auraient une excellente réputation*; les eaux limoneuses du fleuve des Romains n’exerceraient donc aucune influence lâcheuse sur le goût de leur chair.

Dans le Milanais, au contraire, la renommée du Barbeau est fort triste; les habitants estiment que ce Poisson ne mérite d’étre mangé, ni chaud ni froid, ni jeune ni vieux.

En Angleterre, où on le pèche en abondance, si scs dimensions ne sont pas vraiment magnifiques, il est aujourd’hui presque aussi méprisé que par les Italiens des rives du lac Majeur, ce qui permet habituellement de se le procurer à très-bon marché. Ce dédain a succédé à l’estime qu’on avait autrefois pour le Barbeau. Pendant le règne d'Élisabeth, on faisait assez de cas de ce Poisson pour l’avoir placé sous la protection de la loi. Quiconque prendra un Barbeau ayant moins de douze pouces de long, disait cette loi, payera vingt shillings, perdra le Poisson indignement pris, ainsi que le filet ou l'engin employé indignement.

Aux rives de plusieurs de nos grands fleuves, et en particulier sur les bords de la Loire, on attache encore, paratt-il, quelque prix au Barbeau ; l’enseigne Aux trois Barbeaux, fixée à la porte de plus d’une auberge, est destinée à tenter la gourmandise du voyageur.

Les œufs du Barbeau sont réputés dangereux, au moins dans certaines circonstances, qui, heureusement, semblent fort rares. On a cité l’exemple d’un individu qui, après avoir mangé de ces œufs, aurait éprouvé des symptômes analogues à ceux du cho-

' Tu melior pejore Bvo.

* BarbaÜ tiberici pluriraum laudanlur.

BARBEAUX

léra asiatique. Gesner a déclaré avoir été le témoin d'un accident des plus graves produit pur la même cause. Il n’en a pas fallu davantage pour effrayer bien des gens. Cependant beaucoup de personnes ont plus d'une fois consommé des œufs de Barbeaux sans en avoir ressenti aucun fâcheux effet. Bloch, le célèbre ichthyologiste, en a fait l’expérience sur lui-même et sur les membres de sa famille sans avoir eu lieu de s’en repentir.

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