CARPES
D’après l’opinion la plus acrrédilée, la Carpe est originaire de l’Asie Mineure et de l’Europe méridionale et orientale; elle ne se serait rt'pandue, que successivement, dans le centre et dans le nord de l’Europe.
Ce Poisson parait être celui que les Grecs désignaient sous le ■
nom de Cyprinos *, devenu Cyprinus chez les Latins. On sait combien les naturalistes des siècles précédents se sont mis en frais d’érudition, pour reconnaître, en général avec peu de profit pour la science, les animaux mentionnés par les anciens. Ils ont dû prendre naturellement un intérêt extrême, à savoir si les Grecs avaient connu la Carpe, notre Poisson vulgaire entre les plus vulgaires, comment ils en avaient parlé, sous quel nom ils l’avaient désigné. Or, nosérudits se sont montrés assez satisfaits, pour la plupart, des traits rapportés par Aristote au sujet du Cyprinos]pwc avoir le droit de croire que le mot KuitpTvot désignait vraiment notre Carpe. Il y a grande probabilité en faveur de cette détermination, mais je tiens à ne pas rapporter tout ce qui semble l’affirmer ou l’infirmer, par la raison simple qu’on n’y trouverait rien d’instructif, .rien d’attrayant.
Je puis ainsi me borner à dire ce qu’il y a de plus clair à cet égard. Aristote cite le Cyprinos parmi les Poissons fluviatiles ayant un palais charnu qui leur tient lieu de langue ; il le donne d’autre part, en exemple d’un Poisson qui fraye cinq fois pendant l’année, et la Carpe dont la fécondité est proverbiale, fraye à plusieurs reprises au moins dans la belle saison.
Maintenant, si l’on veut savoir l’origine de notre mot Carpe, les étymologistes n'ont aucun embarras à répondre. Écoutons plutôt Ménage, le célèbre érudit du dix-septième siècle.
Kuirpîv(x, dit-il, devenu Cyprinus, est ailleurs Cyprim, ail-
324 HISTOIHK PAHTICCI.lÉItK DKS POISSONS, leurs Cuprus, ailleurs encore Cii/tra. Arrivé avec tant de facilité à un résultat si bien fait pour amener In conviction, l'auteur, on
le conçoit, n'a plus aucune peine à en venir au mot français Carpe, au mot italien Carpione^ au mot anglais Carp, au mot allemand Karpfen. Ces études portant uniquement sur des
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mot-!, noffrcnt nul inti-rM, si elles ne conduisent pas à mettre en lumière un fait scientifique et dans la circonstance présente l’histoire particulière des Poissons ne s'enrichirait d’aucun detail utile par de plus nombreux exemples des dénominations qui ont pu être appliquées suivant les lieux ou suivant les éjK)qiies au Poisson le plus connu aujourd'hui dans l'Europe entière.
De tous les Poissons de nos eaux douces, la Carpe est celui qui offre le plus’ de variations, non-seulement dans les couleurs, mais aussi dans les formes. C'est un animal qui, depuis des siècles, a été soumis par l'homme à des conditions fort diverses. 11 est devenu presque domestique cl il a subi ainsi des niiKlificationsde l'ordre de celles que subissent les animaux domestiques, suivant les lieux où ils habitent, suivant les circonstances dans lesquelles ils naissent et se développent. Ces modifications n'affectent pas néanmoins les caractères essentiels de l’espèce; les variétés les plus considérables, que présentent certaines Carpes, ont pu être citées et décrites par plusieurs auteurs comme des espèces distinctes, ces variétés ont bientét été appré-ciées exactement par d’autres naturalistes qui avaient su reconnaître des particularités, dues soit à des causes accidentelles, soit à des influences locales, .\insi qu’il arrive parmi les animaax tlomestiques, les cas tératologiques ou ce qu’on appelle vulgairement les monstres, si rares chez les animaux sauvages, sont assez fréquents chez la Carjie.
Ce Poisson est si bien connu qu'une longue description serait superflue.
La Carpe considérée de profil a le corps large, comprimé latéralement avec le dos plus ou moins voûté vers la partie ant*^ rieure et abaissé ensuite vers la tète, qui est elle-mérae sensiblement inclinée de la nuque à l’extrémité du museau. Les pro-
326 HlSTülKE l’AHTICl I.IÈIU; DUS POISSONS. l>ortions du corps sont au reste \arial)les suivant les individus. Il est dit dans la plupart des descriptions que la hauteur du corps est répétée trois fois et demie dans sa longueur ; c'est là une moyenne, car souvent la hauteur est relativement plus ou moins considérable.
L’opercule est toujours assez fortement strié. Les écailles grandes, ordinairement au nombre de trente-si.\ à trente-huit dans la plus grande longueur du corps, forment cinq ou si\ rangées au-dessus de la ligne latérale et autant en dessous. Ces écailles, notablement plus longues que larges, ont leur bord extérieur pourvu de nombreux festons limités par des sillons, leur bord basilaire sinueux, leurs stries concentriques trèsserrées. La bouche de la Carpe est assez petite et accompagnée de chaque côté de deux appendices charnus. La nageoire dorsale présente le plus souvent, aprè.s le gros rayon osseux dentelé en scie, dix-neuf rayons rameux ; mais quelquefois ce nombre ne dépasse pas dix-sept ou di.x-huit, tandis que chez certains individus il est de vingt à vingt-deux. Les nageoires ventrales ont dix ou onze rayons dont les deux première simples ; l'auale a deux petits rayons simples, en avant du gros rayon dentelé en scie et cinq rameux à la suite.
La couleur générale de la Carpe est d'un vert brunâtre assez clair chez les individus qui ont vécu dans les eaux limpides, et assez sombre chez ceux dont l'existence s’est passée dans les eaux stagnantes. Des reflets bleuâtres se manifestent ordinairement sur la région dorsale et une teinte dorée plus ou moins vive s’étend sur les côtés.
Chez la Carpe, l’appareil digestif a un développement plus considérable que chez beaucoup d’autres Cy prinides, indice du régime essentiellement herbivore de l’animal.