CARPES
La Carpe en effet sc nourrit de confcrvcs, de débris de végétaux, de vase chargée de substances organiques. Elle paraît préférer les eaux troubles et stagnantes aux eaux courantes, et cette circonstance permet de l'élever sans difficulté et avec profit dans des étangs naturels ou artificiels. La fécondité de ce Poisson est devenue proverbiale; on peut compter cinq ou six cent mille cciifs chez un individu d’assez forte taille. La ponte a lieu pendant les mois de mai et de juin et quelquefois de nouveau au mois d’août. Les œufs sont déposés sur les plantes, et comme leur incubation est rapide , surtout si la température est un peu élevée, on voit éclore les jeunes au bout de sept à huit jours.
Dans de bonnes conditions, l’accroissement se fait avec une assez grande rapidité; néanmoins, entre les faits cités à cet égard, il y a de grandes divergences, ce qui s’ex])liqiie par la diversité des conditions d’existence pour lePoisson, dans les lieux où les observations ont été faites. Dans les eaux où elles trouvent une nourriture abondante, les Carpes peuvent atteindre au bout de trois ans le poids de 2 à 3 kilogrammes.
D’après des renseignements que je dois à l’obligeance de M. Millet, un propriétaire au Port-aux-Dames, commune d’Auger-Saint-Vincent (Oise), élève des Carpesqui atteignent lepoids énorme de 9 kilogrammes, et il a vendu de ces magnifiques Poissons à la maison Chevet de Paris, au prix de 2 V francs. On arrive assez facilement à leur faire acquérir le poids de 3 à 4 kilogrammes dans l’espace de cinq à six ans, mais ensuite, il faut encore une quinzaine d’années pour qu’elles parviennent au poids de 9 kilogrammes,
M. Millet m’a dit aussi, qu’on a péché il y a quelques années dans l’Aveyron, it Bruniquel (Tarn-et-Garonne), une Carpe qui pesait 17 kilogrammes et demi ; que dans la Seine, à Triel, un
3‘J« IHST(*IRF. PaUTICI I.lftRE RES POISSONS. pPrheur à la lipnp en a pris unp, au mois d’août 1804, du [wids de8 kilofrraramcsetdemi. D’après les observations d’un autour allemand, les Carpes arrivent en général au poids de .1 à 6 kilogrammes en Franec, de 20 en Prusse, jusqu’à S.*! dans l’Oder, à Francfort, et enfin jusqu’à 4.'! en Suisse, dans le lac de Zug
L’idée de la longévité de la Carpe a pénétré partout. Si l’on devait s’en rapporter à l’opinion commune, ce Poisson vivrait des centaines d'années. Ne cite-t-on pas les Carpes de Fontainebleau comme se livrant à leurs ébats dans les étangs de la résidence royale depuis le règne de François I"? Ne parle-t-on pas des C:iri)es de Chantilly dont la naissance remonterait nu temps du grand Condé, de celles des étangs de Pontchartrain, vieilles de plus de deux siècles.
Aux yeux de l’bomme, il y a quelque chose de merveilleux dans une existence infiniment prolongée, fût-ce même l’existence d'un animal dont la vie paraît bien monotone. C’est une chose enviable pour ceux qui déplorent la brièveté de la vie humaine. .\ussi la crédidité est facile. Mais il vaut toujours mieux examiner que de croire aveuglément. A-t-on oublié entièrement qu’à chaque révolution, les résidences royales ont été saccagées par les maîtres du moment. I>es belles Carpes des étangs de Fontainebleau, de Chantilly, etc., ont été mangées par le peuple souverain en 1789, en 1830, en 1848, et certainement dans une foule d’autres circonstances. Il faut s’en consoler, il n’y a point en France de Carpes séculaires.
Les Carpes de Charlottenbourg ont aussi une réputation de haute antiquité ; nous ignorons si elles ont été plus respectées que celles de nos étangs, mais la date de leur naissance n’en est pas moins fort douteuse. •
' Raphaël Mnlin, Die R ition'He Zuehl der Stiiswasserfiieiie,Wien, 1804.
CAHl’ES.
Tout le monde sait combien la vie est persistante chez la Carpe longtemps après qu’elle a été tirée de l’eau. La présence d’une membrane couvrant en partie les branchies et conservant l’humidité sur ses organes, permet à la respiration de s’effectuer encore à l’air libre pendant de longues heures. Cette circonstance est mise à jirofit, paratt-il, en Hollande, pour engraisser des Carpes. On loge ces animaux dans des réseaux remplis de mousses humides que l’on suspend dans des caves. Là, durant trois nu quatre semaines, ils sont nourris avec un mélange de pain et de lait qu’on leur introduit dans la bouche avec une cuiller. Il suffit de rafraîchir les Poissons en aspergeant d’eau la mousse dont ils sont entourés pour les empêcher de périr.
On a eu de nombreuses occa.sions d’observer combien était remarquable chez les Poissons la faculté d’entendre. Les Carpes ont été souvent citées comme exemple. Je ne rapporterai pas toutes les anecdotes répandues à ce sujet, une seule déjà fort ancienne suffira à donner l’idée d’un fait curieux à beaucoup d’égards. A Rotterdam, dit un observateur anglais du commencement du di.x-huitième siècle, Richard üradley, que nous avons déjà cité, «j’ai eu le jilaisir de voir quelques Carpes dans un vaste étang appartenant à M. Eden, qui m’ont fourni l’occasion d’apprécier jusqu’où allait la faculté d’entendre chez ces créatures. Le propriétaire ayant rempli sa poche de graine d’épinard, me conduisit au bord de l’étang. Nous restâmes muets quelques minutes, ce qui éUiit indispensable pour me fîonvaincre que les Poissons ne viendraient pas tant qu’on ne les appellerait pas. Bientôt le propriétaire les appela à sa manière habituelle, et soudain les Carpes arrivèrent ensemble de toutes les parties de l’étang en tel nombre qu’elles avaient peine à se tenir les unes près des autres. »
330 ■ IIISTOIHE PAUTICII.IÉKK DES POISSONS.
Plusieurs variétés de la Carpe doivent être mentionnées d'une manière spéciale, ces variétés ayant été considéré-es par un L'rand nombre d’auteurs comme autant d’espèces particulières.
La Carpe à miroir [Cyprinus RexCyprinorum, B\oc\i,Cyprinui specularis. Lac., Cyprinus macrolepidotus, Meid.) est une variété qui consiste dans une remarquable altération des écailles. Les écailles sont peu nombreuses et d’une dimension énorme ; m Jgré celte curieuse modification, leurs caractères essentiels ne sont pas notablement altérés, les décoiqiures du bord basilaire, les stries concentriques demeurent semblables à celles des écailles normales.
La Carpe à cuir [Cyjirimis nudus, Ulocb, Cyprinus coriaceus, Cyprinus alepidoliis) est une variété chezlaquelle les écailles sont atrophiées et où la peau épaisse a pris l'aspect d’une substance coriace, l’apparence du cuir.
La Carpe bossue {Cyprintts elatus, Bonaiwrte) est une variété qui consiste dans la grande hauteur du corps.
La Carpe reine {Cyprinus regina, Bonaparte) est une variété qui se distingue seulement de nos Cariies ordinaires par le dos un jæu moins élevé, et de la sorte, par le corps plus allongé relativement à son épaisseur.
La Carpe de Hongrie {Cyirrinus hungaricus, Heckel) est une autre variété dont le corps est plus mince encore que chez la précédente.
Parmi les monstruosités de la Carjic, une dos plus fréquentes, consiste dans une déformation de la tète, un aplatissement considérable du museau. Les individus qui présentent cet état tératologique sont connus sous le nom de Carpes dauphins, ou plutôt, de Carpes à tête de dauphin.
CAHl'ES.
LA CARPE DE KOl.LAR
(CVPIUNL'9 KOLKAKM ’)
La Carpe de Kollar ne se trouve en France que dans un petit nombre de localités où presque certainement elle a été introduite. A quelle date faut-il rejxjrtcr cette introduction? dans quelles circonstances a-t-elle eu lieu? On l’ignore absolument. La CarjMî de Kollar vit dans les fossés de Metz, dans l’étang de Belletanche. Holandre assure qu’on la pèche quelquefois dans la Moselle, et que les pécheurs de Metz l’appellent Carousche blanche à cause de sa coloration pAIe, pour la distinguer du Carassin, la Carousche iioire. Elle se trouve aussi prés de Paris, avec la Carpe ordinaire dans l’étang de Saint-Gratien, de la vallée de Montmorency, où elle est désignée par les pêcheurs sous le nom de Carreau, qui fait allusion à la forme élargie et de la sorte un peu carrée de ce Poisson.
Avec l’aspect général de la Carpe commune, la Carpe de Kollar ayant le eorps plus élevé et comprimé latéralement offre quelque chose de la physionomie du Carassin et de la Gibèle.
Son dos s’élève beaucoup depuis la nuque jusqu’à l’origine de la nageoire caudale ; sa tête, proportionnellement un peu moins forte que celle de la Carpe commune, a le front plus bombé, la mâchoire supérieure un peu proéminente sur l’inférieure et
' Hcckel, Ueliereinigemue Cy/irinen, in AnnaltndesWiener Muséums, 1. I, p. 213, pl. XIX, fig. 2 ; )83fi. — Valenciennes, Histoire naturelle des Poissons, t. XVI, p. 76, pl. 438 ; 1842. — Carpio Kollarii, Hcekel et Kner, liie SUswasserfische der astreichischen Monarchie, p.64; 1838. — Sicbold, Die Sùsswasterfisclu von Milleleuropa, p. 91 ; 1833. — Cyprinus striatus, Holandre, Faune du département de la Moselle, p. 242; 1830. — De Selysl.ongchamps. Faune belge, p. 198, pl. IX; 1818.
33Z HISTOIItK PAHTICI l-IÉHK DES POISSONS, pourvue de quatre b irbillons placés ooinrae chez la Carpe ordinaire, mais très-petits et fort grêles.
I..’opercule prés<‘nte des stries profondes, bien marquées et
h'ij. C6. — Tél^ et |>ortjoii anterieure du corps de In Carpe de KoUar.
assez régulières, et le sous-opercule est lui-même comme ciselé.
Les écailles, sensiblement plus grandes que chez la Carpe, en diffèrent à peine ]iar quelques détails. Leur bord libre est un tant soit peu inégal comme dans cette dernière, mais leur bord basilaire est plus festonné et les canaliculcs de la portion découverte sont plus rapprochés et plus réguliers, de façon que les écailles, observées à la vue simple, présentent de nombreuses stries longitudinales ‘. La ligne latérale, d’abord inflécliie, se continue ensuite en ligne droite jusqu’à l’extrémité du corps.
Les nageoires sont à peu près semblables à celles de la Carpe commune.
Chez la Carpe de Kollar, la coloration est variable dans une certaine mesure comme les proportions du corps; cependant
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V La description des écailles de la Carpe de Kollar donnée par M. Valenciennes, fhtl. naturelle det Poititmt, t. XVI, p. 78, est de Ions points inexacte. -
CAHPE.
elle est en général assez claire ; de là les noms, à Metz, de Ca~ rousche blanche, en Belgique, de Carpe blanche. Tout le corps est habituellement d'un gris argenté ou jaunâtre avec le dos d'un bmn plus ou moins verdâtre, les écailles moins pointillées de noir que chez la Carpe, les nageoires d’un gris bleuâtre ou noirâtre, souvent teinté de rouge, surtoutebez les jeunes individus.
Cette espèce ne semble pas dépasser la taille de 0",30 à 0",40, mais la plupart des individus que l’on pèche sont d’une beaucoup plus petite dimension.
La Carpe de Kollar a été observée en Belgique, dans presque toutes les parties de l’Allemagne et en Hongrie, mais elle n’a jamais été signalée en Angleterre. C’est seulement en 1836, qu’elle a été enregistrée au nombre des espèces européennes par Heckel, le célèbre Ichtbyologiste de Vienne, et en même temps par Holandre, l’auteur de la faune du département de la Moselle. Il y a lieu de s’en étonner, puisqu’il s’agifd’un Poisson de forte taille, répandu dans une grande partie de l’Europe centrale. On trouve aisément, néanmoins, une explication du silence des anciens auteurs à l’égard de la Carpe de Kollar. Ce Poisson n’a pas toujours été distingué de la Carpe commune, et d’après l’avis des pécheurs, elle a été prise souvent pour le métis de la Carpe et du Carassin, d'où les noms vulgaires de Carpe-Carassin [Karaitschen-Knrpf], de Carpe bâtarde [Bastard-Karpf), de demi-Carpe [Balbkarpf], qui lui sont ordinairement appliqués en .Mlemagne.
Après avoir été regardée par plusieurs zoologistes comme une espèce bien caractérisée ; après avoir même été considérée comme le type d’un genre (le genre Carpio) par Heckel, la Carpe de Kollar est prise également aujourd'bui pour un simple métis par divers auteurs portés à accepter l’opiniou des
334 HISTOIKE PARTICLI.IÈBE DES POISSONS, pécheurs comme l’expression de la vérité. C'est ainsi que M. Dybowski , auquel on doit un ouvrage sur les Cyprinides de la Livonie, voyant, dans la Carpe de Kollar, le produit de deux espèces différentes, s’attache à montrer que ce Poisson est sous tous les rapports intermédiaire entre la Carpe et le Carassin ; par les dents pharyngiennes, par le nombre des vertèbres qui est de 37 chez la Carpe commune, de 35 chez la Carjie de Kollar, de 34 chez le Carassin, par les rayons des nageoires, par la forme du corps *. C’est ainsique M. de Siebold, croyant également trouver un hybride dans la Carpe de Kollar, estime l’avis des pêcheurs comme bon à prendre en considération. Cet avis nous semble cependant de peu de valeur, les pêcheurs étant en général peu soucieux de l’observation et trèsenclins il adopter les idées les plus fausses. Doit-on oublier que, dans presque toute l'Europe, ces braves gens voient dans la Grémille le- métis de la Perche et du Goujon ?
En opposition avec le sentiment qui vient d’être rapporté, car toute preuve directe manque, plusieurs faits d’une certaine imjiortance sont à noter. La Carpe de Kollar est loin de présenter un partage des caractères de la Carpe commune et du Carassin ou de la Gibèle; elle ressemble beaucoup plus à la Carpe qu’au Carassin, par la forme générale du corps, par la présence, des barbillons et surtout par les écailles presque semblables à celles de la Carpe et ainsi assez différentes de celles du Carassin ou de la Gibèle. La comparaison rigoureuse des écailles entre les espèces, toujours négligée par les auteurs et cependant indispensable quand il s'agitde la distinction des espèces, conduit à repousser l’opinion que la Carpe de Kollar est un hybride.
' DybowïW, Venûcheiner Monographie dtrCyprinoidmUvIantU, f.tO. Dorpal, IRSt.
CYPRINOPSIS.
Un fait d’un autre ordre porte aussi îi conclure dans le même sens. 51. Valenciennes nous dit : « Le Cyprinus Kollarii est « très-abondant dans le lac de Saint-Gratien, où je n’ai jamais « vu le Cyprinus carassii/s, et où la Gibèle {Cyprinus gibelio) « ne me paraît se rencontrer que par hasard, car je n’en ai ja- « mais vu prendre qu’un seul individu pendant le long espace « de temps que j’ai suivi avec soin la pèche de cet étang. »
Je suis donc disposé à croire que la Carpe de Kollar est véritablement une espèce particulière ; néanmoins, il serait fort à désirer que la question se trouvât résolue par l’expérience. Les pisciculteurs qui célèbrent les avantages des fécondations artificielles auraient à faire ici, au point de vue de la connaissance exacte des espèces, |un excellent emploi de leur procédé tant vanté pour la multiplication des Poissons.
LE GENRE CYPRINOPSIS (r.ïPRixopSis, Fitzinger ')
Les Cyprinopsis ressemblent à un très-haut degré aux véritables Carpes par la configuration de leur corps , par leurs nageoires, la dorsale et l’anale ayant également un gros rayon osseiLX dentelé en scie. Ils s’en distinguent par l’absence d’appendices charnus ou barbillons aux côtés de la bouche et par les dents pharyngiennes au nombre de quatre seulement disposées sur un seul rang, les trois dernières en forme de spatule avec la couronne sillonnée dans son milieu. Nous ne connaissons que quelques espèces de ce genre.
' Carastius, Nitsson.
HISTOIRE PAHTICI I.IÈKE DES POISSONS.
LE CYPHINOPSIS CAHASSIN
(CYPRINOISIS CARAVSII S ')
Ce Poisson peu connu en France, pour la raison qu’il ne se trouve que dans certaines localités de nos départements de l'Est où il ne paraît pas encore très-abondant, est commun au contraire dans toute l’.\llemagne, en Suède, dans les provinces méridionales de la Russie. On l’appelle vulsaircment le Caras-
Fig. 6*. — Le Carassin {Cgiirinopsit caraniui.)
SIM en plusieurs endroits ; à Metz, la Cnrousche ou Carousche noire ; dans la Lorraine allemande, Carasche; en Alsace, Ka-
' Cyi>ri»uscarassius, Linné, Sysleina leilurir.éiîit. XII*, 1. 1, p. 626 ; 1768. — Bloch, pari. I, p. 60, pi. 11. — Valenciennes, Histoire mlurelle des Poissons, t. XVI, p. 82; 1842. — Carassius votgoris, Heckel et Kner, Die Sùsswasser/isclte der aslrtirhivhen Monar<liie,p.e>3 ; 1838. — Siebold, Die Süuwruser/ische von MitteUuropa, p. 08 ; IS63.
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CYPRINOPSIS.
rausche, le nom sous lequel on le désigne dans presque toute l’Allemagne, ou Bürratschel, comme à Strasbourg.
Le Carassin a l’aspect d’une Carpe démesurément élai^ie dans le sens de la hauteur et comprimée latéralement, avec la tête ijctitc et courte, une coloration générale d’un vert bouteille assez sombre, ayant des reflets dorés sur les parties inférieures et j)assant à des teintes rougeâtres sur la poitrine, le milieu du ventre et les nageoires, plus ou moins vives suivant les saisons et les localités.
Quelquefois, chez le Carassin, la hauteur du corps est égale à la moitié de sa longueur totale ; mais cette proportion n’est pas constante. Il y a des individus chez lesquels le dos est beaucoup moins élevé que chez les autres; toujours, néanmoins, il s’élève par une courbe très-arquée et plus o.u moins arrondie. La tête est plus courte et moins obtuse que chez la Carpe. La région frontale est inégale. Une rangée de six petits os sous-orbitaires formant saillie est très-apparente. Le museau est très-court, avec la bouche petite et les lèvres peu saillantes. L’œil de grandeur médiocre a l’iris argenté avec le bord cuivTeux ou doré. L’opercule est finement et irrégulièrement strié, présentant comme la joue des tons argentés, relevés par un pointillé noir.
Le corps est couvert d’écailles assez grandes, disposées sur quatorze, quinze ou seize files longitudinales ; ces écailles, ordinairement au nombre de trente à trente-cinq sur les rangées qui s’étendent de l’ouïe jusqu’à l’origine de la queue, paraissent, à la vue simple, légèrement rugueuses et pourvues de stries longitudinales dues à des rangées assez régulières de petits points noirâtres. Ces écailles doivent être examinées avec attention, car, très-caractéristiques chez le Carassin, elles permettent, mieux que tout autre caractère, de distinguer avec cer-
Blanchakd. tt
.-138 HISTOIRE PARTICLMÉHE DES POISSONS, titude, croyons-nous, l’espèce de ses congénères. Détachées du corps, elles montrent leur élégante structure. Elles sont seulement un peu plus longues que larges, avec leurs bords su-
périeur et inférieur coupés presque droit, leur bord libre régulièrement circulaire, leur portion basilaire très-nettement découpée en cinq ou six festons. Des échancrures des festons partent des sillons convergeant vers un point central, d’où naissent sept ou huit canaux qui se portent en général jusqu’au bord de l’écaille et dont la direction se trouve indiquée exactement par la figure. Les stries circulaires sont partout rapprochées les unes des autres et régidières. Les lignes et les points qui se font remarquer sur la partie libre de l’écaille, appartiennent à la membrane dont elle est revêtue. J’ai observé de ces écailles sur des Carassins de diverses provenances, sur des individus de grande taille et sur de très-petits, et je lésai trouvées semblables dans tous les cas.
La ligne latérale règne sur le milieu des flancs ; les tuyaux de la mucosité sont cylindriques et d’un diamètre très-médiocre.
Les nageoires n’ont rien de fort remarquable ; la dorsale assez haute commence à peu près exactement sur un point cor-
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CYPRINOPSIS. 339
respondant au milieu du corps, mesuré du bout du museau à l’origine de la queue ; elle se compose d’un petit tubercule, d’un rayon osseux très-court, d’un rayon osseux grand et fort épais, garni, tout le long de son bord postérieur, de dents assez fines, et do seize à dix-huit rayons rameux, les deux derniers plus ou moins séparés suivant les individus ; les pectorales ont un rayon simple et ordinairement treize rayons flexibles ; les ventrales, beaucoup plus grandes que les pectorales, et étroites à leur origine, ont un premier rayon tuberculiforme, un second simple, très-épais et huit rameux ; l’anale a deux rayons tubcrculiformes, un épais rayon dentelé et six ou sept rameux, et enfin la caudale a dix-neuf ou vingt rayons et quelques-uns très-petits en dessus et en dessous. Les menibranes des nageoires ont une teinte sombre ; elles sont sablées de noir surtout à leur extrémité.
L’appareil alimentaire du Carassin ressemble à celui de la Carpe, seulement l’intestin, contenu dans une cavité plus courte, est aussi un peu moins long.
Le Carassin n’atteint jamais, suivant toute apparence, les énormes dimensions dont la Carpe offre de nombreux exemples ; les plus grands individus ne dépassent guère la taille de 0“,30. Ce Poisson habite surtout les étangs, et ce n’est, pensons-nous, que dans des circonstances assez rares qu’on le prend dans les rivières; il se nourrit de substances végétales et animales, et l’on assure même qu'il avale de la vase dans laquelle se trouvent des vers et des insectes. Ne s’éloignant guère de l’endroit où il est né, il se tient habituellement dans les eaux profondes. Au rapport des pêcheurs, il ne se montre à la surface que dans les chaudes journées de l’été, cl probablement à l’éi)oque du frai qui a lieu au mois de' juin.
3*0 IIISTOIBK I>AKT1CL’UÈHE DES POISSONS.
Le Carassin se voit sur les marchés de Metz, de Strasbourg et sans doute sur ceux des autres villes de la Lorraine et de l’Alsace, mais il n’est presque jamais apporté sur les marchés de Paris. On assure qu’il a été introduit en Lorraine par les soins du roi Stanislas. Ce Poisson est rare aussi en .Angleterre, où il a sans doute été importé ; Yarrell déclarait qu’à sa connaissance il n’avait été pêché nulle part ailleurs que dans la Tamise, entre Hammersmith et Windsor, mais on le prend également, disent d’autres naturalistes, dans quelques étangs du comté deSurrey,
En .Allemagne, il est au contraire commun ; et dans quelques parties de la Russie et en Sibérie, il est en assez grande abondance pour constituer une part notable de l’alimentation des habitants de certains districts. Sa chair est, du reste, réputée d’un goût fade.
LE CYPRINOPSIS GIBÈLE .
(CYPRINOPSIS CIBELIO ')
La Uibéle habite seulement en France, la Lorraine et l’Alsace, et peut-être ailleurs, quelques étangs où elle a été introduite-
Ce Poisson ressemble à beaucoup d’égards au Carassin, mais il a le corps beaucoup moins élevé, plus épais, et ainsi moins comprimé latéralement. La tête est plus massive, plus obtuse que chez le Carassin, et la mâchoire inférieure remontant presque verticalement donne à l’animal une physionomie particulière. La joue est finement chagrinée et, au-devant de l'œil, il
'.Ci/priiius giMio, Bloch, pari. 1, p. 71, pl. XII. — Valenciennes, Hitloire naturelle dtt Poisions, l. XVI, p. 90; 18*2. — Carauiiis yibelio, Heckel et Kner, Dte Süsswaa$er/uc/ie der ôrlreic/iischen Monarchie, p. 70; 18.78.
CYPRINOPSIS.
n’y a pas de dépressions sensibles ou de fossettes comme on en voit chez l’espèce précédente. L’opercule se fait remarquer par sa surface très-nigueuse et irrégulièrement sillonnée.
Fig, 69. — La Gibèle [CyprinopiU GAeiio),
Les écailles de la Gibèle paraissent plus grandes que celles du Carassin, mais elles en diffèrent par quelques caractères plus importants et plus faciles à apprécier. La forme générale est la
Fig, 70. — Écaille de la Gibèle (Cgprùiopsù GtMio\ prise sur les flancs.
même, mais les stries concentriques sont sensiblement plus espacées, les canaux sont moins nombreux, et un caractère qui parait avoir plus de valeur que les précédents est fourni par le
342 HISTOIRE PARTICULIÈRE RES POISSONS, bord basilaire, offrant de légères sinuosités, et nullement les festons si prononcés des écailles du Carassin. J’ai observé les écailles de la ûibèle sur un assez grand nombre d'individus de taille différente, et, dans tous les cas, j’ai constaté les mêmes particularités.
Les nageoires de la Gibèle diffèrent peu de celles du Carassin, cependant on constate quelques différences. La dorsale de la Gibèle est toujours moins élevée , et ordinairement, on lui compte vingt et un rayons branchus, tandis qu’il n’y en a que sept de la sorte à l’anale.
La coloration de la Gibèle est aussi plus uniforme en général et moins vive que celle du Carassin.
Nous venons de signaler avec soin toutes les différences essentielles que présentent nos deux espèces de Cyprinopsis ; car, distinguées l’une de l’autre par la plupart de zoologistes, elles sont regardées par quelques auteurs comme de simples variétés. Cette dernière opinion était acceptée par d’anciens naturalistes, seulement il faut remarquer que ceux-ci n’y avaient pas regardé de très-près. Bloch et presque tous les Tchthyologistes modernes ont pensé que la Gibèle et le Carassin étaient d’espèces différentes , mais un naturaliste suédois, M. Ekstrôm, après une étude des modifications de forme que présente le Carassin, a considéré la Gibèle comme une simple variété du précédent, désignant le premier sous le nom de Carassin de lac et la seconde sous celui de Carassin d’étang. M. de Siebold a adopté les vues de l'auteur suédois, et pour lui comme pour ce dernier, les deux Cyprinopsis (Seekarausche et Tcicbkarausche) devraient tout simplement les différences qu’on leur reconnaît, à la nature de leur séjour et de leur alimentation.
Après avoir observé et comparé attentivement des Carassins
CYPRINOPSIS.
et des Gibèles en assez grand nombre, il m'a paru bien difficile de croire que ces Poissons appartinssent à la même espèce. Car, outre les différences signalées par divers naturalistes dans tes formes du corps et de la tête, j’ai constaté dans les écailles des caractères qui ne sont pas altérés sensiblement même lorsqu’il y a des variations notables dans les proportions du corps.