‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 70 sur 132 · A B I. K TT ES · texte numérisé non relu

A B I. K TT ES

L’Ablette donne lieu, en France, à une industrie aujourd'hui particulièrement exercée à Paris, qui est loin d’être sans importance. Tout le monde sait que les brillantes écailles de ce Poisson fournissent le produit connu sous le nom d’essence dOrietit, employé à la fabrication des fausses perles. Les écailles du ventre sont détachées à l’aide d’un couteau, puis lavées et triturées pour en détacher leur pigment d’aspect métallique qui précipite au fond du vase sous la forme de particules microscopiques*.

On traite ensuite cette matière pulvérulente par l’ammoniaque pour l’isoler de tout ce qui pourrait rester de substances organiques. Alors, avec de la colle de poisson, on forme de cette poudre une sorte de pftte facile à étendre sur le verre.

Les Chinois, s’il faut s’en rapporter à certaines assertions, connaîtraient de temps immémorial le parti que l’on peut tirer de la couche argentée qui revêt les écailles de certains Poissons.

D’un autre côté, on assure que, dès le seizième siècle, les Vénitiens conçurent l’idée d’enduire àl’intérieur de petits globes d’une couche d’essence d’Orient et réussirent h imiter si parfaitement les véritables perles, que des gouvernements en vinrent à prohiber ce nouveau produit qui plusieurs fois avait été l’occasion de fraudes iniques.

Réaumur fixe la date de l’emploi de l’essence d’Orient en France à l’année 16'JG, d’autres la font remonter au règne de Henri IV. On fabriquait alors des globules de piètre ou d’une matière analogue, que l’on recouvrait ensuite d’une couche de la substance qui imite si bien les i)erles.

' Réaumur le premier a fait, en 1716, une élude de cette substance Depuis elle a été étudiée par divers n:itnralistes et chimistes: Ehrenberg BrOcke, Barreswill, Voit, etc.

Î68 IIISTOIHE PAHTICl'LIÉRE DES P04SS0NS.

D’abord, on s’émerveilla à la vue de ces joyaux, mais bientdt quelle fut la désillusion ! La chaleur, la moiteur de la peau des belles dames pendant les soirées déterminaient un ehangemenl d’adhérence de la matière nacrée ; cette matière abandonnait le plâtre et s’attachait au cou, aux blanches épaules, en formant les dessins les plus incohérents. Les fausses perles étaient condamnées. Mais tout était sans doute à peu près oublié à cet égard, lorsque, en 1G80, un industriel de Paris, du nom de Jacquin, fabricant de chapelets ou Palenôlrier, suivant l’expression du temps, ayant observé de nouveau que les Ablettes lavées dans un vase faisaient déposer au fond dos particules argentées ayant l’éclat des plus belles perles, eut la bonne pensée d’enduire avec l’essence d’Orient de petites boules de verre, c'est-à-dire de confectionner les fausses perles à peu près comme on les confectionne encore aujourd’hui.

C'était une industrie véritablement créée. Des fabriques s’établirent sur les rives de la Seine, de la Loire, de la Saône et du Rhône. Après avoir bien décliné, cette industrie a repris faveur; elle occupe à Paris bon nombre d’ouvriers et surtout d’ouvrières, et elle exporte annuellement pour plus d’un million de francs de ses produits. On a cité des fausses perles figurant à l’E.xposition de 18."3, d’une beauté si parfaite qu’il eût été impossible de les distinguer des véritables perles, sans un examen très-attentif.

Dans plusieurs de nos départements du Nord et de l'Est et en Allemagne, on fait la pêche des Ablettes pour en arracher les écailles. Comme on compte qu’il faut environ quatre mille Ablettes pour fournir un demi-kilogramme d’écailles, donnant à peine le quart de son poids d’essence d’Orient, les fabricants de fausses perles doivent être reconnaissants envers la Provi-

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ABLETTES

dencc qui a fait les Ablettes d’une merveilleuse fécondité. La valeur des écailles, m’assure-t-on, varie de 20 h 24 francs le kilogramme. Un pécheur de Metz estime que les Ablettes, prises dans la MoSfelle, en 1860, ont produit S,000 francs.

L'ABLETTE MlltANDELLE

(AI.BCBNCS VIRANDELLA)

On trouve au lac Léman et au lac du Bourget, une Ablette voisine de la précédente, mais vraiment bien distincte, que l’on

Fig, 80. — L'Ablelle miraïulelle.

connaît en Savoie sous les noms de Sardine et de Mirandelle.

La Mirandelle se fait remarquer par son corps beaucoup plus allongé que celui de l’.\blette commune, avec le dos et le sommet de la tête formant une ligne presque complètement droite, par sa mâchoire inférieure tout à fait ascendante, du reste à peine plus longue que la mâchoire supérieure. Son opercule est plus large tpie chez l’Ablette commune ; ses écailles au nombre de cinquante-sept ou cinquante-huit sur la ligne latérale, d’une texture sensiblement moins délicate que celles de l’espèce précédente, ont letirs rayons ou canaliciiles plus

DLANCnAtD

a:0 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, saillants et de la sorte très-distincts même à la vue simple.

La nageoire dorsale plus ample que celle de l’Ablette commune a également huit rayons rameux, l’anale en a quinze ou seize.

La Mirandellc d’un blanc d’argent éclatant a toute la région dorsale, d’un bleu foncé chatoyant, du plus agréable effet, qui rappelle beaucoup la coloration de la Sardine.

J’ai observé des quantités considérables d'individus de cette espèce ; je les ai comparés à des Ablettes communes de toutes les provenances et j’ai pu me convaincre que la Mirandelle n’en est pas une simple variété, ce qui est rendu évident par la seule comparaison des écailles.

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