CARDO.NS
dans la longueur du corps, forment en avant un angle plus saillant.
Le Gardon pftlc a le corps argenté, tirant quelquefois sur le jaunâtre , avec le dos et la région supérieure de la tête d’un gris
clair, légèrement ardoisé ; la nageoire dorsale d’un gris jaune avec les bords des rayons sablés de noir, la nageoire caudale de la même nuance, les nageoires inférieures d’un jaune pâle.
11 y a neuf ou dix rayons rameux à la nageoire dorsale; onze et quelquefois dix seulement, si les deux derniers sont trèsréunis, à la nageoire anale ; huit aux ventrales, sans compter les premiers rayons simples qui sont en nombre pareil chez toutes les espèces.
Enfin le Gardon pâle a des dents pharyngiennes au nombre de six de chaque côté, et ce dernier caractère paraîtra le plus important aux yeux de la plupart des zoologistes. J’ai observé ces dents sur beaucoup d’individus et je n’ai trouvé aucune différence entre eux.
Le Gardon pâle atteint la taille de 0",33 à 0“,40; on le pêche abondamment dans les petites rivières des environs
:f<s HISTOIKE PARTICIMÊKE DES POISSONS.
d'Annecy ; aussi le voit-on journellement sur le marché de cette ville, où il est désigné sous le nom de Vairon.
LE GENRE IDE (iDls, HeckeC)
Par leurs principaux caractères, les Ides sont très-voisins des (Ihevaines (genre SqiuUius), mais, par la forme générale de leur corps, ils ressemblent davantage aux Gardons et aux Rotengles.
Leurs nageoires dorsale et anale sont assez courtes à leur base ; leurs écailles, moins longues que celles des Chevaines, en diffèrent très-peu par leur structure. Ici encore, ce sont les dents pharyngiennes qui seules permettent d’établir une dis-
Fig. 89. — Délits pharyngiennes de l’ide uiélaiiote.
tinclioi» précise. Ces pièces sont disposées sur deux séries, rime formée de trois dents, l’autre de cinq, comme chez les Rotengles; mais les dents pharyngiennes des Ides ne présentent point de dentelures ; elles sont comprimées latéralement et terminées en crochet recourbé, comme dans les Chevaines. A la rangée interne, il y a une dent de plus que chez ces derniers ; c’est à cela (pie se réduit la différence.
Nous n’avons en France qu’une setdc espèce de ce genre.
IDK.
MM. Hcckel et Kner enont décrit une seconde espècoeuropéenne {Idns miniatus) qui vit dans les bassins du jardin impérial de Vienne, où elle aurait été apportée du Tj roi. C'est presque certainement une simple variété de la première.
1,'IDE MÉt.ANOTE
(mes WELANOTCS ')
Ce Poisson, assez abondant en Allemagne et dans le nord de l’Europe, est fort rare en France ; aussi ne lui connaissons-nous dans notre pays aucun nom vulgaire. En Allemagne on l’appelle Nerfling. L’Ide mélanote a en partie l’aspect de la Rotengle, avec le corps plus oblong, la courbe du dos régulière et médiocrement élevée.
La coloration de ce Cyprinide change avec l’Age de la manière la plus remarquable. Chez les individus parvenus à un degré de développement avancé, toutes les parties supérieures du corps sont d’un noir bleuâtre, les côtés et les régions inférieures, d’une teinte blanche argentée, ontdcs reflets bleuâtres, et les nageoires rougeâtres semblent aussi être couvertes d’une vapeur bleue. Chez les jeunes individus, considérés naguère comme appartenant à une espèce bien distincte {Cyprinus orfus, Linné), tout le dos est d’un beau rougedoré etee rouge s’étendsur les côtés jusqu’au-dessous de la ligne latérale, en s’alfaiblissant pour se fondre avec le blanc d’argent des régions inférieures
* Cyptirtus iVut et Cyprinui jesest Linné, SytUma naL, t. i, p. 529 et 530 ; I7f*6. — Uucisciis jese*, Valenciennes, Hist. nat. d^s Poi^sonsy t. XVII, p. ino ; 1844. — Jeune Age, Cyprinus orfns^ Unn., p. 530. — Leudscvs orphut^ Valenciennes, p. 2:4.— mWdno/wji,HeckeletKner, Die Sû>>\vasserfiiche, etc., p.l35; 1858. — Siebold, Die Sùsswasserfische ron MitteleMTOpa, p. !7fi; 1803.
,190 HISTOIRK PABTICri-lÉHK DKS POISSONS, du corps. Les nageoires sont d’un rouge vermillon, passant au jaune à leur extrémité.
La tête de l’Ide est courte, inclinée d’arrière en avant, avec Il bouche petite, les mâchoires égales, l’inférieure un peu ascendante, l’œil petit, l’opercule large.
Les écailles sont moins grandes que chez les Gardons et les Hotengles ; aussi on en compte de cinquante-six à cinquantehuit sur la ligne latérale, huit h neuf rangées au-dessus, cinq à six au-dessous. Ces écailles, heaucoup moins longues que larges, ont leur bord très-légèrement festonné, leurs stries concentriques plus larges, plus serrées et plus régulières que chez la Chevaine et quatre, cinq ou six canalicules disjKisés en éventail.
La nageoire dorsale, qui s’élève pn'sque au-dessus des ventrales, a huit rayons rameux, rarement neuf; l'anale en a neuf ou dix.
L’Ide mélanote atteint la taille de 0",30 à O”, 40 ; on l’a péché dans la Moselle, dans la Meuse, dans l’Ill, dans le Rhin et, assure M. Valenciennes, dans la Somme. Jamais il n’a été pris dans la Seine. Ce Poisson fraye pendant les moisd’avril et de mai.
LE GENRE CHEVAINE (SQL’AUIS, Bonaparte)
Les espèces de ce genre se distinguent au premier abord de celles des genres précédents, par un corps moins haut, plus élancé ; mais c’est là néanmoins un caractère de faible valeur. H faut donc remarquer ensuite la brièveté des nageoires dorsale et anale, la position de la dorsale exactement au-dessus des ventrales et s’attacher par-dessus tout,àla considération des dents pharyngiennes. Ces pièces, un peu comprimées et terminées en
CHEVAINES.
crochet recourbé, sont disposées sur deux rangs, Tun composé , de deux dents, l’autre de cinq.
Dans ce genre, on reconnaît aisément trois formes principales : celle des CAecarnei proprement dites, où la tête est fort épaisse, la nageoire dorsale avec huit rayons rameux, les écailles d’une apparence un peu mate, les dents pharyngiennes relativement minces ; celle des Vandoises, où la tête est plus effilée, la na-
Fig. 90.— Dent< pharyngiennes delà Vnndoiae commune {Sgualhu leuci-Kut) .
geoire dorsale avec sept rayons rameux, les écailles très-brillaiites, les dents pharyngiennes plus épaisses; celle des Blagtom (genre Telesles, Bonaparte), où la tête est courte et obtuse ; la nageoire dorsale à huit rayons rameux, les écailles délicates, avec les rayons en éventail plus nombreux que chez les Chevaines et les Vandoises, les dents pharyngiennes très-semblables à celles de ces dernières*.
■ Cette division correspond au genre Telestet élabli par le prince Chartes Bonaparte et adopté par Heckel et Kncr et de Siebold, ces auteurs se fondant sur tes dents pharyngiennes, qui ne seraienl,d'un câté, qu'au nombre de quatre ù ta rangée externe. C.ettc caractéristique ne s'appuie que sur de fausses déterminations occasionnées par la chute d'une dent. Chez une foule de Ttlesia que nous avons examinés, les dents se sont toujours trouvées semblables des deux cOtés et au nombre de cinq A ta rangée externe.
^'Ja^ HISTOIRb: PARTICLI.IÉKE DIÜS POISSU^S.
Ce genre, tel que nous l’adoptons, est le plus nombreux en espèces de la famille des Cyprinides ; on en trouve plusieurs en Italie, en lllyrie, en Dalmatic, et«., qui n’ont jamais été observées en France.
LA chevaine commune
(sgrAUis ctiiui.Ls ')
La Chevaine est l’un des Poissons blancs qui atteignent les plus fortes dimensions. .Abondante dans les rivières d’une très-
Fig. 91. — La Chevaine (Sgualius cephaiut).
grande partie de l’Europe, malgré le peu d’estime qui lui est accordé, elle peut compter pour une part sensible dans les ressources alimentaires de certaines localités.
Le nom de Chevaine ou Chevanne est très en usage parmi
■ Cyprinut etphaius, Linné, Syslema natur<r, édil. XII, p. 527 ; I7GU. — Cyprinus itlat, Blucb, part. I, p. 255, pl. .XX.XVI. — Leucisçut dobula, Valencmnnea, Uisl. nalarellt dus Poissons, t. XVII, p. 172 ; 1844, — Gflnther, Die Fischedes Nectars, p. (>!); I.SS3. — Syualius dobula, Heckel el Kuer, Die Sùsswasserfisrke der àiireiehischen Monarchie, p. 180; 18.58. — Squaliut cephalus,Siebold, Oie Sinswaiserfisehe von Mitteleuro/>a, p. 200;
CHKVAIiNES.
les pêcheurs, mais celui de Meunier n’est pas appliqué à ce Poisson d’une manière moins générale. On l’appelle Meunier, disent les uns, parce qu’on le pêche dans le voisinage des moulins où il recherche les chutes d’eau, parce que, disent les autres, sa robe blanche le fait comparer au meunier qui est habituellement tout enfariné. Cette dernière explication est sans
doute l’expression de la vérité. La Chevaine porte du reste encore bien d’autres noms vulgaires. Ainsi, c’est la /«ènepour les pêcheurs parisiens, le Cheneveau ou Cha^eviut à Nogenlsur-Seine, le Chabuisseau sur la Loire, le Charasson à Lyon, le Chabot et le Cabot dans les départements du Lot, de Lotet-Garonne, de la Haute-Garonne, etc. ; le Chouan dans le département de Maine-et-Loire, le Vilain dans différentes localités, le Vilna ou Vilnachon à Troyes, sans compter les autres appellations qui ne sont point parvenues à notre connaissance.
La Chevaine se fait remarquer à la première inspection par sa forme oblongue, pleine d’élégance, annonçant un Poisson dont les mouvements doivent être faciles, la natation rapide, par ses grandes écailles qui se trouvent si exactement appliquées les unes sur les autres, qu’elles figurent comme une sorte de dessin tracé sur une surface lisse; apparence rendue plus manifeste par une bordure colorée, formée par un cercle de points «
noirâtres très-serrés sur chaque écaille. La Chevaine appelle également l’attention par sa tête massive, avec le front large et aplati, le museau court et épais, la bouche grande, l’œil de médiocre dimension dont l’iris est bronzé sur le haut, argenté vers le bas et la pupille entourée d’un cercle jaune-citron.
Sous le rapport de la délicatesse de la coloration, la Chevaine est un des Poissons les mieux partagés. En grande partie resplendissantecomme l’argent, parfois un peu jaunâtre, mais toujours d'un
3ü4 HISTOIHK PAHTICM.IÉHË DES POISSONS, éclat métallique, elle a les parties supérieures du corps et de la tête d’une brillante couleur bronzée h reflets métalliques verts ou bleufttres et sur chaque écaille une bordure régulière d'une teinte plus ou moins sombre. Ses nageoires du dos et de la queue, noirâtres vers le sommet, participent de la coloration de la partie supérieure du corps, tandis que ses nageoires pectondes, ventrales et anale, plus ou moins rouges suivant l'âge des individus comme suivant la saison,etquelquefois de la teinte rose la plus délicate, forment un charmant contraste.
Les écailles sont au nombre de quarante-quatre à quarantesix dans la longueur, depuis la fente de l’ouïe jusqu 'à l’origine de la nageoire de la queue. Dans la portion la plus haute du corps, on en compte sept rangées au-dessus de la ligne latérale et quatre au-dessous. Ces écailles considérées isolément sont bien caractéristiques de l’espèce. Un peu plus longues que larges.
Pig, 02. — Kcaille de la ligne latérale de la (IheTalne commune.
avec leur bord arrondi et très-légèrement festonné, elles ont leurs stries circulaires assez espacées, sinueuses et un peu irrégulières, cinq ou six canaux paraissant à la vue simple comme autant de lignes brillantes, la portion basilaire avec dix à douze sillons disposés en éventail et le bord sinueux.
La ligne latérale descend de l'épaule vers la partie ventrale
chevaines.
en ilécri\anl mie eoiirbe assez prononeée et se cnntimic ensuite (lireetement jusqu’à la queue, au-dessous de la portion moyenne du corps; les conduits de la mucosité sont cylindriques et échancrés en dessus.
La nageoire dorsale qui s’élève presque exactement au milieu du dos, un peu en arrière de l’insertion des ventrales, est plus haute que longue et formée de onze rayons, trois simples dont un très-petit et huit rameux. Aux nageoires pectorales, on compte dix-sept ou dix-huit rayons dont un simple ; aux ventrales, deux simples et huit rameux; à l’anale, trois simples et huit branclius, bien rarement neuf ou seulement sept.
Les dents pharyngiennes de la Chevaine sont longues, comprimées et terminées en un crochet courbé en dessus.
Le canal intestinal est replié et d’un quart environ plus long que tout le corps.
La Chevaine commune peut atteindre d’assez fortes dimensions ; on en prend des individus d’une longueur de 0“.î»0 H O*, CO et du poids de 3 à 4 kilogrammes, quelquefois davantage, mais elle n’arrive à un développement aussi considérable que dans les meilleures conditions. C’est au lac F.,éman et au lac du Bourget que j’ai vu pécher les plus grands individus parmi tons ceux que j’ai recueillis en France.
C’est un Poisson d’une grande voracité, et, comme il n’est pas fort estimé pour la table, on ne peut guère désirer le voir se midtiplier en trop grande abondance. De même que tous les Cyprinides, il consomme des substances végétales, mais plus (pie beaucoup d’autres, il est extrêmement avide d'animaux de toutes sortes ; il avale en foule des vers, des insectes, des mollusques, et même il s’empare, assure-t-on, de rats d’eau ; il détruit en quantité du frai et de jeunes poissons.
3'.Hi HISTOIMK I>AKTICII,IÉRK DKS POISSONS.
La Chevaine commune, très-répandue dans le centre et le nord de rEunipe, se trouve aussi è pou près par toute la France, rivières, lacs et étangs dos plaines et des montagnes. On la ])rend dans les rivières de nos départements méridionaux, le Tarn, la Garonne, IWude, etc., le cours inférieur du Rhène et ses affluents, où il existe des espèces voisines que nous ne voyons jamais au nord.
Elle fraye pendant les mois de mai et de juin, un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant les localités et surtout suivant le degn' de la température. Quittant les eaux profondes qu’elle affectionne, elle vient déposer ses œufs sur les pierres et les graviers, dans le voisinage des rives. On voit alors les Chevaines se réunir en troupes nombreuses et venir effectuer leur ponte au même moment. Un habile pisciculteur, M. Pierre Carbonnier, rapporte avoir vu, un soir à Paris, près du Pont-Neuf, une quantité innombrable de Chevaines rassemblées pour la poule et la fécondation des œufs. Pendant deux heures, ces individus agglomérés se pressaient t*l se frottaient les uns contre les autres et exécutaient des bonds saccadés à la surface de l'eau. Le lendemain, tous les poissons avaient abandonné la place.
Les jeunes Chevaines, n’ayant pas plus de 0",0l à 0",0.‘i de longueur, ont déjà tous les caractères des adulti's ; leurs couleurs seulement sont un peu plus jvàles.