I.A VANDOISE COMMUNE
(SOCAI.IOS LICCISCCS ')
La Vandoise, encore plus commune que la Chevaine dans toutes les rivières du nord et du centre de l’Europe, a beaucoup
' Cyprinus leuciscus, Linné, Syst, nat,, 1. 1, p. 5!!8; 1760. — Ltuciicm Blaschaad. *6
402 HISTOIRE PARTICILIÉRE DES POISSONS, de rapport avec cette dernière par les proportions de son corps, mais, sa tète étant comparativement petite et étroite, elle a un aspect différent. D'une forme allongée et amincie aux deux
Ft>j. W5. — La Vaiidoise {Sqyalius leucisewt .
extrémités, on reconnaît de suite, chez ce Poisson, une conformation excellente pour des mouvements rapides. La Vandoise, en effet, nage avec une grande vélocité et pour exprimer par une image, son allure extrêmement vive, les pécheurs parisiens l’ont appelée le Dard. Dans la Lorraine, notamment à Metz, la Vandoise qui devient la Vandèze dans quelques localités, porte le nom de Gravelet. Dans le département de l’Isère, c’est la Suisse, et à Laffrey dans le même département c’est le Véron ; en Alsace, le Rottel.
La Vandoise a le corps obloiig et peu comprimé latéralement, mais assez variable sous le rapport delà hauteur. Son dos, souvent d’un gris verdâtre uniforme, est chez beaucoup d’individus d’une magnifique teinte bleue qui s’étend jusqu’au voisinage de la ligne latérale avec d'étroites raies blanches longitudinales,
vuhjnris, Yarrcll, Brilish Fishes, t. I, p. 358; 1836. — Valenciennes, Uist. nal. ilts Pois’ons, I. XVII, p. 202; 1844. — Sgualius leuciscu’, Heckcl et Kner, Die Siisawnsserfische,ùtc., p. 101; 1838. — Siebold, Die Sùssii ftaserfiachc voit Millelewopa, p. 203 ; |8f,0.
VANDOISES.
du reste un peu vagues, courant sur le milieu des écailles. Les côtés du ventre sont tantôt jaunfttres, tantôt d’un blanc d’argent qui surpasse en éclat ce qui se voit chez la Chevaine. Parfois aussi les écailles à leur base et à leur extrémité sont pointillées de bnm noirâtre ainsi que la joue et l’opercule. L’œil a l’iris d’un jaune argenté. Les nageoires dorsale et caudale sont d’un gris noirâtre, tandis que les nageoires inférieures sont jaunâtres et fréquemment en partie teintées d’orange vif. .
Les écailles de la Vandoise font aisément reconnaître l’espèce, môme lorsqu’on les considère simplement sur le corps de l’animal ; elles ont leur bord extérieur moins arrondi que chez les Chevaines, et en général un peu anguleux. On en compte quarante- huit ou quarante-neuf sur la ligne latérale; huit rangées au-dessus, quatre ou cinq au-dessous. Souvent elles sont pointillées de brun à leur base, mais elles n’ont pas la bordure extérieure qu’on observe habituellement sur les écailles des Chevaines. Détachées, leurs stries se montrent beaucoup plus serrées que chez ces dernières et à peine sinueuses.
La nageoire dorsale de la Vandoise commune s’élève audessus ou très-peu en arrière de l’insertion des ventrales ; elle a, d’une manière constante, sept rayons rameux à la suite des trois rayons simples ; la nageoire anale en a huit ou neuf.
Les dents pharyngiennes sont très-sensiblement plus épaisses que chez les Chevaines.
La Vandoise commune offre bien des variétés, mais ces variétés ne consistent guère que dans la hauteur un peu plus ou un peu moins considérable du corps et dans la coloration ; j’ai comparé entre eux une foule d’individus provenant de la plupart de nos grands cours d’eau et des lacs de la Savoie et des Vosges, sans apercevoir aucune différence plus importante.
Des indiv idus pêchés dans l’Ill à Strasbourg avaient une splendide couleur bleue relevée par de nombreux points bruns sur la joue, l’opercule et les écailles, à l’exception de celles du ventre. Des individus pris dans le lac du Bourget, ayant le dos plus élevé qu’à l’ordinaire, présentaient, au premier abord, un aspect un peu particulier.
Quelques variétés de la Vandoisc ont été décrites comme des espèces.
Le Ronzon (Leuciscus rodeiis, Agassiz), qui ne diffère de la Vandoise ordinaire que par sa couleur pâle, son dos vert tendre.
Le Poissonnet {Leuciscus lancastriensis, Yarrell ; Leuciscus majalis, Agassiz), dont le dos est un peu plus élevé que chez le précédent, les couleurs un peu plus vives.
Le Rostre {Leuciscus rostratus, Agassiz), dont le museau est plus effilé que chez la plupart des individus de la Vandoise.
En Allemagne, on a décrit encore comme espèces particulières des Vandoises communes, d’après les plus légères particularités de coloration, les moindres nuances dans la courbe du dos (les Squalius chalyùœus , lepusculus, Heckelet Kner, etc. *).
La Vandoise commune, si abondante dans le centre et le nord de la France, devient rare dans nos déimrtements méridionaux, où nous croyons même qu’elle ne se trouve pas d’une manière générale. Ce Poisson, dont la taille n’excède pas 0“,20 à 0“,2.'î, vit dans les eaux claires et limpides, où il fraye sur les pierres et les graviers pendant les mois de mars et d’avril.
* La description du Leucùcus idus de Valenciennes, t. XVII, p. 22S, se rapporte aussi A la Vandoise.
VAXDOISKS.
LA VANDOISE BORDELAISE
(SOIMLICS DL'RDIGALENSIS ')
Cette espèce , très-voisine de la Vandoise commune, en est cependant bien distincte, comme M. Valenciennes l’a parfaitement démontré. Elle a le corps très-efDlé, la tête plus longue que chez la Vandoise commune, avec le museau moins obtus.
Fig. 07. ** Tète de la Vandoise bordelaise {Sgualius burdigalensü),
La Vandoise bordelaise est d'un gris verdâtre ou bleuâtre assez clair sur les régions supérieures et d’un blanc pur sur les parties inférieures, avec les écailles quelquefois légèrement pointillées de brun à leur base, la nageoire dorsale noirâtre, les nageoires inférieures orangées à leur base.
Les écailles, au nombre de cinquante et une ou cinquantedeux sur la ligne latérale, sont proportionnellement un peu plus petites que chez la Vandoise commune; elles ont, sur la portion découverte, leurs stries aussi réguM'^’es et un peu plus écartées.
La nageoire dorsale a sept rayons raraeux, et l’anale neuf à la suite des rayons simples ordinaires.
' Leuciteru 6urdija/fiisi}, Valencienne», Hist. nal. des Poissons, I. XVII, p.2l8; 1844.
m HISTOIRE PAHTICLLIÈHE DES POISSONS.
M. Valenciennes a décrit cette espèce d’après des individus qui avaient été péchés dans la Gironde. MM. Lacaze-Duthiers et Drêmc l’ont prise assez abondamment dans la Garonne entre Cadillac et Langon. Les plus grands individus ne dépassaient pas la longueur de 0”,1 ’J à ü”,20.
LE RLAGEON COMMIN
(s<jrAUl*« ACASSIZM*)
Avec la forme ordinaire des Squalius, le Blageon commun se fait remarquer [varmi les Cyprinides à cause de sa couleur
t'tg. 08. — Le lUageon commua {Sgualius Ayatnzti).
sombre. Tout le dos et les parties supérieures de la tète sont
' Leucisciu aphya, Agassiz, p. 1018 (rapporté par erreur au Cy/iriaus nphya de Linné). — Leuciscus Ayassizii, Valenciennes, /Jisl. >ial, dts Poissons, t. .XVII, p. 35i; i^i.—Lfiiciseus muUcellui,Günl\\CT,Fischedes Nxekars, p. 57; 1853. — TeUstes Ayassizii, Heckel et Kner, Die Sûss- V'isserfisclie, etc., p. 208. — Siebold, Die Siissuiasserfische von Mitteleuropa, p. 212; 1863.
Le Poisson est le t^pe du genre Telestes de Ch. Bonaparte, qui a été adopté par les auteurs modernes, comme il a été dit plus haut, parce que les dents, disposées comme chez tes Chevaines et les Vandoises, ne seraient d'un cOté qu'au nombre de quatre A la rangée, ce qui est un fait purement accidentel.
BLAGEON.
d'un gris cendré obscur qui s’étend sur les côtés en s’affaiblissant. Une large bande longitudinale noire règne au-dessus de la ligne latérale, et des points également noirs accompagnent les conduits de la mucosité. Les nageoires offrant aussi une teinte grise, sont souvent lavées de jaune à leur base ainsi que l'opercule.
Le Blageon commun a le corps plus effilé que celui de la Vandoisc, la tête courte, le museau obtus, l’ccil assez grand. Il est couvert d'écailles assez petites, au nombre de quarante-huit à cinquante-six dans la longueur du corps, disposées sur huit à neuf rangées au-dessus de la ligne latérale et quatre à cinq audessous. Ces écailles observées sur l’animal à la vue simple offrent un bord bien arrondi et de huit à dix sillons en éventail très-gréles.
On remarque en elles un aspect fort différent de celui des écailles dos Chevaines et des Vandoises ; leur texture semble plus délicate ; leurs sillons plus nombreux les font paraître striées
Fiÿ, 00. ~ Écaille du lilageon commun.
dans le sens de la longueur. Considérées isolément, ces écailles se distinguent encore par leurs stries concentriques fines, régulières et très-serrées.
La nageoire dorsale, qui s’élève un tant soit peu en arrière
(les ventrales, a huit rayons rameiix ; l’anale en a huit ou neuf.
Les dents pharyngiennes du Dlageon sont presque semblables à celles de la Vandoise commune; je les ai examiniies sur un très-grand nombre d’individus, et toujours je les ai trou\6es on nombre égal des deux cùiès. M. de Siebold déclare avoir rencontré cette similitude sur trente-sept individus, et avoir observé seulement quatre dents à la rangée externe du côté droit chez trente-trois individus; ce qui correspond à la caractéristique du genre Telestes, genre, comme on le voit, très-mal fondé, qu’on ne saurait distinguer des Vandoises que d’après les différences d’ordre secondaire existant entre les écailles.
Le Blageon commun ne dépasse guère la taille de 0",1S à 0",20. 11 n’est pas répandu d’une manière générale en France, où il n’avait pas encore été signalé. Pendant longtemps on le croyait particulier à la région du Danube; mais il a été observé dans le Neckar par le docteur Günthcr, et ensuite sur beaucoup de points de l’Allemagne. M. Brullé m’a fait parvenir un assez grand nombre d'individus de cette espèce pris dans rOuche à Dijon. J’ai rencontré ce Poisson en grande abondance à Annecy, en Savoie, où il porte le nom vulgaire de Blageon, que je lui ai conservé. Je l’ai eu communément ensuite au lac du Bourget. M. Leeoq, de Clermont-Ferrand, m’en a envoyé un très-grand individu péché dans l’Ailier, que j’ai hésité à reconnaître comme de la même espèce. M. Fabre, d’Avignon, l’a pris en grand nombre dans la Durance et dans la Sorguc, à la source de Vaucluse; il est connu dans le pays sous le nom de Soffi. Le Blageon n’est pas rare en Italie, et il paraît certain (ju’une espèce décrite par le prince Ch. Bonaparte (Fclestes Savignyt) en est à peine une variété. Le Blageon se nourrit comme les Vandoises, de substances végétales et de
vairon.
petits animaux. Il fraye pendant les mois de mars et d’avril. A cette époque, sa coloration est intense, sa bande noire très-prononcée ; plus tard, cette coloration s'alTaiblit et la bande devient quelquefois très-vague *.
LE GENRE VAIIION (PHOXIXIS, Agastiz >)
Le genre Vairon est facile à distinguer de tous les genres précédents par ses écailles d’une extrême petitesse. C’est en cela que consiste le caractère le plus net.
Il faut ajouter cependant que les Vairons ont les nageoires dorsale et anale très-courtes à leur base et les dents pharyngiennes disposées sur deux séries, l’une interne avec deux dents très-petites, l’autre externe avec cinq dents terminées en crochets, dans certains cas, avec quatre dents seulement. Les dents pharyngiennes de ces Poissons sont ainsi très-peu différentes de celles des Squalius.
Le genre Vairon a pour type une espèce des plus communes dans toute l’Europe.
■ Il existe, dansl'Europc méridiuDalc et orientale, diverses espèces de Chevaines et de Vandoiscs {Sçunlius), que l’on ne rencontre pas en France. Elles sont décrites dans la Fttune italienne du prince Charles Bonaparte, dans l'flijt. nal. des Poissons, par Valenciennes, dans les Poissons de la monarchie autrichienne, de Hecitel et Kncr.
* Mémoires de la Société des Sciences natutelics de Nenfchdtel, t. L p. 38.
LE VAIRO.N COMMl N (rnoxixis Livis ')
Oui ne connaît le Vairon ? le petit Poisson si abondant dans Rjutes les petites rivières, dans les ruisseaux, dans les étangs ; le petit Poisson dont la taille ne dépasse guère 0”,08 à 0“,10, tout paré au printemps des plus magnifiques couleurs bleues et rouges ; couleurs qui lui ont valu, dans certaines parties de la France, et notamment en Lorraine, le nom de Gendarme, ailleurs celui d’ Arlequin ;\c petit Poisson enfin, rechei^
Fiff. 100. — Le Viiirou commun.
ché d'une infinité de pécheurs comme un appAt des plus séduisants pour les Truites, le Brochet et la Perche.
C'est le Vairon, dit le Dictionnaire de l’Académie française, à cause de la variété de ses couleurs ; c’est encore le Veiroun ou Virotm en Provence et dans le Languedoc ; c’est le Erling ou le Ellercher dans les Vosges et en Alsace ; c’est la Vergnole ou la
' Cyprinus phoxinus, Linné, et Cypr, aphya du mémeSyiA nul., I. I, p. i)28, — Plioxinxu lavis, Sélfs-Longchamps, Faune beige, p. 203.