VAIRON
Loqve, en Auvergne ; c’est le Gravier, dans le département de l’Aube; V Arlequin, en beaucoup d’endroits, lorsqu’il est dans sa parure do noces.
Le corps du Vairon est arrondi sur les côtés et tout couvert d’écailles si j>etites, qu’à la vue simple, elles donnent à la peau l’aspect d'une surface gaufrée. Ces écailles, dont on peut compter environ quatre-vingts dans la longueur du corps, sont fort minces, et il est besoin d’un grossissement assez considérable pour reconnaître qu’elles sont bien ovalaires, avec des stries concentriques assez écartées, des canalicules longitudinaux au nombre de douze à quinze. '
Le Vairon a le museau épais et arrondi, la mâchoire siq)érieure à peine saillante sur l’inférieure, la ligne latérale indiquée par une suite de petites tubulures, courbée à son origine et ensuite droite ou faiblement sinueuse jusqu’à l’extré'mité du corps où elle tend à s’effacer; la nageoire dorsale, assez grande, située un peu en arriére de l’insertion des ventrales, composée de trois rayons simples et de sept rayons rameux, l’anale avec le môme nombre de rayons.
Dans le tempsordinaire, le Vairon a le dos verdâtre ou bronzé, les côtés marqués de taches et de bandes noirâtres et [wintillés de la même couleur, les parties inférieures grisâtres ; mais au printemps et surtout à l’époque du frai, le dos prend des tons bleus métalliques, chatoyants; une bande longitudinale du môme bleu se dessine sur les flancs ; les lèvres, la gorge, la base des nageoires et quelquefois môme une partie du ventre deviennent d’un rouge écarlate.
Le Vairon, qui ne dépasse jamais une longueur de 0“,08 à 0“,t0 à peu près, par toute l’Europe, dans les rivières, les lacs, les fossés, mais principalement dans les petits ruisseaux
412 HISTOIRE PARTICLI.IÉRE DES POISSONS, herbus où il sc trouve en compajrnie des Épinoches, des Chabots, des Loches franches. Dans les ruisseaux courants, sur un fond de gravier fréquenté par les Truites, il sert de pAture à ces dernières. Ce Poisson, complètement dédaigné comme aliment, n’est guère jjlus rare dans nos départements du Midi que dans ceux du Nord. On assure pourtant qu’on ne le trouve pas dans le département de l’Isère. 11 se nourrit de vers, d’insectes, de conferves, de débris de toutes sortes. Il fraye pendant le mois de mai, et pendant le mois de juin lorsque la température printanière n’a pas été chaude.
LE GENRE CllONDROSTOXlE (cilOXnROSTOMA, A'jassil ')
Par la forme de leur corps, par leur aspect général, les Chondrostomes ressemblent à nos Chevaines et à nos Vandoises, mais ils offrent un caractère qui permet à la première vue de les distinguer bien aisément de tous les autres Cyprinides. Ils ont un museau extrêmement épais et aplati en avant, avec les lèvres garnies d’une plaque cartilagineuse. Un examen poussé plus loin conduit ensuite à voir chez ces Poissons d’autres particularités également caractéristiques. Les écailles, considérées même sans le secours d’un grossissement, présentent en assez grand nombre, sous l’apparence de petites lignes brillantes, des canalicules courant presque parallèlement, au lieu des canalicules moins nombreux et en éventail des autres Cyprinides. Les nageoires dors.ale et anale sont courtes à leur base. Un caractère
■ ' Mémoirei de la Société des Sciences naturelles de Seufihdtel, p. 38
CHONDROSTOMES.
important des Chondrostomes est fourni en outre par leurs dents pharyngiennes. Ces dents, au nombre de cinq, six ou sept
Fig. toi. — Dents pliarTngieimes du Chondrostome Nasc.
disposées sur un seul rang, sont comprimées latéralement et terminées par un élargissement dont le bord est coupé droit ; elles rappellent beaucoup ainsi la configuration des palpes de certains insectes, palpes nommées sécuriformes, c’est-à-dire en forme de hache.
LE CHONDROSTOME NASE
• (CHONDROSTOHA NASCS ’)
Le type du genre Chondrostome si remarquable par la forme de son museau est bien connu dans nos départements de l’Est. Les pêcheurs le désignent souvent sous le nom de Nase ou de Nez, de Naas en Alsace, qui fait allusion au caractère le plus frappant de l’animal. Dans In Lorraine, on l’appelle ordinaire-
* Cyprinuf nasus, Linné, Sytiema natura, 1. 1, p. o30, XII* édit. ; 1766. — Bloch, part. I, p.35, lab. III. — Cyprinus loxosloma, \ Mol, Ichthyoloyit française, p. 188; 1837. — Chondrosloma nasus, Valenciennes, Hisl. nat. des Poissons, t. .WTI, p. 384; 1844. — Güntlier,Fi>cAe des Neckars, p. 99; 1833. — Heckel et Kncr, Die Süssuiasserfische, etc., p. 217; 1858. — Siebold, Die Sùtstoasserfische von Sfitleleuropa, p. 223 ; 1863.
m inSTOlBE PARTICULIÈRE DES POISSONS, ment ylrfon, et Schi/f dans quelques localités. Dans les Ardennes c’est le Botu, désignation également en usage à la Halle de Paris.
Fig. 10 J. — Le Nase {Chondrosioma na$us\.
Dans le département de la Côte-d'Or, c’est la Seuffre ou la Seuffle.
Le Nase a une forme élancée, vraiment élégante et une coloration d’un aspect fort agréable. Une teinte d’un gris noirâtre, rendue plus vive par des reflets d’un vert métallique, règne sur le dos, la nageoire dorsale et la nageoire caudale. Une nuance légèrement jaunâtre ou roussâtre, brillante d’un éclat argenté et rehaussée par de petites taches pigmentaires noirâtres, s’étend sur les côtés, tandis que le blanc pur donne aux parties inférieures du corps par le jeu de la lumière l’apparence d’une surface de nacre. En outre, un trait noirâtre se dessine nettement sur chaque écaille de la ligne latérale ; une couleur tantôt jaunâtre, tantôt d’un rouge vif, pare les nageoires inférieures ; un cercle d’un jaune citron entourcla pupille, et l'iris se montre, dans sa partie supérieure de la nuance du dos, dans sa partie inférieure d’un blanc d’argent.
Chez le Na.se, ce qui frappe surtout l’attention, c’est la forme de l’extrémité de la tète. Le museau est large, obtus, comme
CHO.NDROSTOMES.
tronqué, formant en avant une sorte de cône aplati. La bouche située en dessous sa montre sous l’apparence d’une fente trans-
t'ig. 103. — Tête du Nase vue en dessous.
\ersale légèrement arquée avec les lèvres garnies d’une lame cartilagineuse assez large, d’une teinte jaunâtre, facile à détacher après la mort de l’animal et se détachant presque toujours par l’action de l’alcool.
Les écailles, de médiocre dimension, offrant presque Je poli que l’on remarque chez notre Chevaine commune, ont leur bord extérietir bien arrondi . On en compte cinquante-six à cinquantehuit dans la plus grande longueur du corps, neuf rangées audessus delà ligne latérale, six au-dessous. Ces écailles, considérées isolément, se montrent un peu plus longues que larges, avec leur bord extérieur bien arrondi et légèrement festonné, six à huit canalicules longitudinaux , les stries circulaires assez espacées sur toute la portion découverte, mais presque régulières.
La nageoire dorsale qui s’élève au milieu du dos, au-dessus de l’insertion des ventrales, est très-haute ; elle a douze rayons, trois simples dont un très-petit, et neuf rameux. Les pectorales
416 HISTOIRE PARTICI I-IÈRE RES POISSONS, ont seize ou di\-sept rayons, les ventrales onze, dont deux simples. L’anale, qui est presque aussi haute que la dorsale, en a trois simples et dix rameux, quelquefois onze.
Chez le Nasc les dents pharyngiennes ont leur extrémité remarquablement longue.
Ce Poisson fort rare dans la Seine est déjà plus commun dans la Somme ; il est abondant dans nos rivières de l’Est, la Meuse, la Meurthe, la Moselle, l’Ill, le Rhin. Il fraye dès le mois d’avril. *
LE CIIONDROSTOME HI.EUATRE
(CHONDROSTOMA CfBOT.ESCENS)
Le Chondrostome bleuâtre a le corps plus épais que le Nase et il a une coloration qui le distingue au premier coup d’œil de cette dernière espèce. Toute la portion supérieure du corps est d’un gris noirâtre plus ou moins foncé, avec de vifs reflets d’un bleu d’acier. De gros points noirs sont disséminés sur les écailles jusqu’au-dessous de la ligne latérale, et des points semblables,ou encore plus gros, sont répandus autour de l’œil ainsi que sur l’opercidc et le préoperculc.
U est à noter cependant que chez certains individus la ponctuation est notablement affaiblie.
Les nageoires dorsale et caudale sont lavées de gris et les nageoires inférieures d’une légère teinte jaunâtre.
La tète du Chondrostome bleuâtre rappelle un peu la forme de celle de la Chevaine commune, mais elle a le museau caractéristique des Chondrostomes, court et aplati, et dans cette espèce, il est remarquablement élevé. La bouche, taillée en croissant, est large, et cependant beaucoup moins grande que chez le Nase, avec
CHONDHOSTOMES.
la lame cartilagineuse de la lèvre inférieure relativement trèscourte. De chaque côté de la mâchoire inférieure, on observe
fi'9. 104. Tête, vue en dessous, du Chondrostome bleuâtre.
cinq |ictits iwres disposés régulièremcnl. Les écailles dont on compte cinquante-huit à soi.vante dans la plus grande longueur du coq)s, sont oblongues, plus atténuées au bout que celles du Nase, avec leurs canalicules longitudinaux rarement au nombre de plus de six ou sept.
La nageoire dorsale beaucoiq) moins haute que chez l’espèce précédente a huit rayons ranieux après les trois ravons simples, et dans certains cas neuf, lorsque la division du dernier est complète. La nageoire anale offre dix rayons branchus outre les trois premiers qui sont toujours simples.
Les dents pharyngiennes du Chondrostome bleuiUre, constamment au nombre de six de chaque côté, ont leur surface tranchante beaucoup moins longue que chez le Nase, et de forme très-conique.
Le Chondrostome bleuâtre se pèche dans le Doubs et dans rOgnon, mais nous ignorons jusqu'à quel point il peut être abondant. M. Grenier, le savant professeur de la Faculté des
Br.A^CMAftn S7
^inlîizcri
♦ 18 HISTOIRE PARTICLEIÈHE DES POISSONS, sciences de Besançon, m’en a envoyé plusieurs individus delà taille de 0“,2.'5 à 0“,28. Jusqu’à présent je n’ai obtenu cette espèce d’aucune autre région de la France.
Au premier abord j’avais pensé que le Chondrostomc du Doubs devait se rapporter au Chondrostoma Rysela découvert dans les affluents du Danube par M. Agassiz et décrit depuis par divers zoologistes de l’.AIlemagne. Il y a entre les deux espèces de grands rapports dans la coloration générale et même dans la forme de la tête et de la bouche, mais chez le Chondrostomc Rysèle, il n’existe que cinq dents pharvngiennes du cété droit , et parfois cinq seulement des deux côtés.
LE r.llONDROSTOME DE DRÊME
CHOXDROSTOIIA OREIIÆI
Ce Poisson, un peu plus mince que l’espèce précédente, a beaucoup de ressemblance par ses proportions avec cette dernière; il s’en rapproche même par sa coloration.
Fiÿ. hô. — Le Cl.oüdrostouie de nrcme {Chondrostoma Drethfr ',
Les pêcheurs des départements du Lot, de Lot-et-Garonne et de la Haute-Garonne, lui donnent les noms de Setjc/ie, de Se/ye,
CHONDROSTOMF.S.
(le Scie, de Siège, de Mullet, mais on peut être assuré qu'ils les appliquent assez indifféremment à d’autres espèces de Poissons blancs.
Le Chondrostome de Drême aies parties supérieures du corps d’un gris très-légèrement bleuâtre avec une bande longitudinale située au-dessus de la ligne latérale, d’un ton un peu ardoisé, très-faible du reste chez certains individus ; il a, en outre, des points noirâtres épars sur les écailles, devenant plus pressés sur la ligne latérale. La joue et l’opercule sont également parsemés de points assez confus. La nageoire dorsale est légèrement lavée de gris; les pectorales et l’anale sont ordinairement sablées de petits points noirâtres sur le trajet de leurs rayons.
La tête du Chondrostome de Drême est proportionnellement aussi courte que celle du Chondrostome bleuâtre, mais le museau est moins large ainsi que la bouche, qui est cependant plus grande que chez le Chondrostome du Rhône.
Cette espèce se fait aussi remarquer par l’opercule presque carré, ayant le bord postérieur sans échancrure, plus large que chez nos autres Chondrostomes.
Les écailles, au nombre de cinquante-six à cinquante-huit
Fig» 106. — £ca>Ile du Chondrostome de Drême.
dans la plus grande longueur du corps, sont assez courtes, avec
420 HISTOIRE PARTICULIÈRE DES POISSONS, leur bord libre arrondi, très-faiblement festonnév leurs stries circulaires serrées ; leurs canalicules longitudinaux au nombre de cinq ou six.
Les dents pharyngiennes, toujours au nombre de six de
Fig* 101. I>euts pharyngiennes du Chondrostome de Driîine.
chaque côté, ressemblent à celles de l’espèce précédente, seulement elles sont plus épaisses et leur extrémité tronquée est plus triangulaire. Le nombre des rayons des nageoires est le même chez toutes les espèces. Nous avons eu le Chondrostome de Dréme de plusieur> rivières, du Lot, près Cahors, de la Sâve, de l'Aude, de la Garonne, à Toulouse.