I.E COHÉGO.NE FÉRA
(CORECONCS FERA *)
La Fera est, pour les riverains du lac Léman, ce que le Lavaret est pour les riverains du lac du Bourget, le Boisson par excellence, on pourrait presque dire le Poisson national, car c’est le Poisson dont on se montre fier devant les étrangers.
Malgré son étroite affinité avec le Lavaret, la Féra, dont la chair est également fort délicate, a une saveur différente, peutêtre un |ieu moins parfaite, mais en réalité encore très-.agréable.
La Féra est facile à distinguer du Lavaret à la première inspection. Elle est plus courte, plus ramassée; ainsi, on ne trouve pas dans la longueur de son corps quatre fois la longueur de la tête, tandis que, chez le Lavaret, il y a ordinairement quatre fois et demie cette longueur. Un autre caractère trèsapparent de la Féra, lorsqu’on la compare au Lavaret, consiste, non pas seulement dans la tête plus forte proportionnellement, mais surtout dans la forme du museau qui est plus haut, plus tronqué et un peu oblique d’avant en arrière, de sorte que la bouche paraît être plus en dessous.
' Siiimo Lmnrttui, I.inné, Sy>t. nal., t. I, p. 512 ; 1769. — Coregonut FerOj luTinCyHisl, des Pttis'tOHS du inc Léman, [Métn, delà Soc. des sciences phys. et nnl.de Genève, I. III, p. 190, pl. Vil ; 1825.) — Valenciennes, flisl. nal. des Poissons, t. XXI, p. 472 ; 1848. — Heckel et Kner, Sûssvusserfische, etc., p. 238 ; 1858. — Siebold, Üie Siiiswasserfi^che, etc., p. 251 ; 181.3.
La couleur de la Féra, aussi variable que celle du Lavaret, est habituellement d'un gris brunâtre sur le dos, avec des reflets
Fig. 110. — Tcte de la Fera [('oregonus Ft'rû).
verdAtres et quelquefois bleiiAtres sur les côtés et sur la tête, et des [Ktints, même dos taches plus foncés, surtout dans le jeune Age. Des points noirAtres sont disséminés sur les écailles des flancs, où ils forment d’ordinaire une bordure plus ou moins prononcée. cet égard, il y a des différences notables selon les é(K)ques de l’année, selon l’Agedesindividus, selon lesendroitsoù ils ont vécu. De là viennent les noms de Féra blanche^ de Féra verte, de Féra noire, en usage parmi les pêcheurs du Léman.
Les nageoires, qui se colorent en rose tendre à l’éiKtquc du frai, sont poiiitillées de noir ; la dorsale et la caudale ont même de petites bandes transversales plus ou moins rembrunies.
Fig. 111. ~ Feuille de la Fera.
Les écailles de la Féra diffèrent d’une manière bien sensi-
Dioilized bv Çooglç
ble de celles du Lavarct; elles sont plus longues, et ainsi de forme très-oyalaire; elles ont une dimension supérieure, de ‘elle sorte, quoi n’y en a que de quatre-vingts h quatre-vingtdix sur là. ligne latérale.
La nageoire dorsale est composée de quatorze ou quinze rayons, dont les quatre premiers simples ; les pectorales en ont de seize à dix-liuit ; les ventrales, de onze à treize ; l’anale, quatorze ou quinze, y compris les quatre premiers simples, dans quelipies cas, treize seulement ; la caudale, de vingt-huit à trente-deux.
La Fera ne dépsse guère la taille de 0”,30 à 0”,10. De plus grands individus sont fort rares. Ceux qui continuent longtemps à croître prennent du volume par l’élargissement de leur corps, et c’est dans cette condition qu’ils ont toute re>timc des consommateurs.
Ce Poisson, comme ses congénères des lacs, fait sa nourriture de débris organiques et surtout de très-petits animaux, se montrant particulièrement avide des in.sectes (]ui voltigent h la surface de l’eau. Il fraye sur les herbes à une assez gninde profondeur, et l’on a insisté sur ce fait qui indique une différence dans les habitudes avec 1e Lavaret déposant ses œufs très-près des rivages. L’époque du frai est le mois de décembre.
La Féra abonde dans le lac Léman. Pendant les mois d’été et d’automne, la pêche est si considérable, qu'on en voit arriver chaque jour à Genève de nombreux bateaux chargés. Dans mes e.xcursions avec les pêcheurs de Thonon et d'ivvian, j’en ai vu prendre de grandes quantités à la fin de septembre et au commencement d’octobre. Un fait remarquable, c’est l’absence de la Féra dans le lac du Bourget, la patrie du Lavaret, tandis
iiistoikh: paiiticl'uèrk des poissons.
que ce Poisson existe dans divers lacs de la Suisse, de la Bavière et de l’Autriche.
LE COHÉGONE GHAVENCHE
(COREGOM'S nïEMAI.IS ')
La Gravenche est un Poisson du Léman, voisin de la Féra, mais facile à distinguer de cette dernière par la forme du corps, le volume de la tète, la coloration.
Chez la Gravenche, la tête est fortement inclinée en avant, et la courbe du dos, très-prononcée depuis la nuque jusqu'à la nageoire dorsale; en môme temps, le ventre est moins arrondi que chez la Fera. La tète est plus grosse avec le museau aussi épais, mais un peu plus arrondi à l’extrémité.
'Les couleurs de ce Poisson sont en général plus pâles que celles de la Féra ; la tête offrant également de petites tache jaunâtres sur le sommet est d’une teinte violacée pâle et toute sablée de noirâtre ; le dos est d'un gris violet très-clair avec des points obscurs plus ou moins nombreux ; sur les côtés des points semblables ou plus noirs forment une sorte de bordure à chaque écaille. Les nageoires sont aussi plus pâles que chez la Féra. Ces parties ne présentent rien de caractéristique dans le nombre, toujours variable, de leurs rayons ; mais elles permettent de distinguer l’espèce par leur dimension, relativement au volume du corps. Toutes les nageoires sont plus grandes
' Cnreijiimn hiemalis, Juriiic, Histoire îles Poissons du Inc Léman, p. 200, pl. VIII ; 1823. — Valenciennes, Histoire nnt. des Poiseons, l. .XXI, p. t*9 ; I8is. — Siebold, Die Sûsswasserfische ron Mitleleiiroim, p. 234; 1801. — Coregonas a'roinuj, Rapp, Fiache des liodensee', p. 22. — Heckel et Kner, Die SCtsswasserfische, eic. p. 2i0 ; 1838.
('hez la Gravencho que chez la Féra, et cette différence est surtout frappante à l’égard des pectorales.
C’est Jurine qui le premier, eu i82i, a fait connaître la Gravenche. Ce Poisson est assez commun dans le lac Léman, où il \it pendant onze mois de l’année à de telles i)rofondeurs, qu’on ne l’aperçoit jamais. Il échappe ainsi aux filets des pécheurs, toute eette longue période. C’est seulement au mois de décembre que les Gravenches se portent en troupes >ers les rivages où elles viennent frayer. Cette opération achevée, elles redescendent bientôt dans les retraites inaccessibles aux redoutables engins inventés par les hommes.
Malgré son étroite parenté zoologique avec la Féra, la Gravenche, assure-t-ou, a une chair plus ferme, une saveur particidièrc et, ce qui est étrange [xmr une espèce habitant des eaux profondes, on réussit à la faire vivre assez longtemps dans des réservoirs où les Feras périssent en moins d’une journée. Ce sont là do ces dissemblances dans les facultés des êtres, comme on en rencontre beaucoup, et' jwiir lesquelles des recherches fort délicates seront nécessaires lorsqu’on voudra en connaître les causes.