‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 84 sur 132 · OMBRE · texte numérisé non relu

OMBRE

L’OMBRE COMMI NE

(TarUALU S VKIIU.IFER ')

L'Ombre, assez commune sur divers points de la France, n’est point cependant répandue d'une manière générale ; ce qui

explique comment on la voit trés-raren*ent sur les marchés de Paris.

C'est un des beaux Poissons des eaux douces. Rien n’est gracieux comme sa forme allongée, s’atténuant d’une manière graduelle jusqu’à l’origine de la queue. Rien n’est plus élégant que sa nageoire dorsale, magnifique voile fort longue et d'une hauteur remarquable. R suffit d’apercevoir un tel animal pour juger combien il est heureusement conformé pour une natation

' Salmo Ihymallits, Linné, Sys. nal., t. I, p. 312 ; I76S. — Thymailus verillifer, Agassiz, Hi^t. des Poissons de l'Europe centrale, pl. Ifi, (7 et 17 bis. — Valenciennea, Uist. nat. des Poisson^, t. XXI, p. 438 ; 1848, et Thymailus yymnothoraz, p. I4.'>, pl. 026. — Thymailus gymnothorm, Gûntber, Fische des Neckars, p. 1 1 7 ; 1 833. — Thymailus rexillifer, Heckel cl Knor, Die Sütswasserfische der ostreirh. Monarchie, p. 242 ; 1838. — Thymailus ssulgaris , Stebold, Die Susswusserfische ron Miiteleuropa , p. 2ii7; 1863.

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43S HrSTOlKE PARTICLLIÈHE DES POISSONS, facile et rapide. Les pôcheurs sont souvent habiles à suivre les mouvements des Poissons traversant des eaux limpides, mais l'Ombre échappe à leurs yeux exercés. Elle a passé, elle a fui comme une ombre, et l’omére est devenue le nom vulgaire du Poisson doué d’une si merveilleuse agilité *.

Rien n’est plus joli que sa parure, surtout lorsqu’elle est jeune. Ses écailles polies, à bord extérieur presque droit, très-exactement appliquées les unes sur les autres, figurent une sorte de mosaïque. Sa couleur sur toutes les régions supérieures est d’un bleu d’acier éclahint, rehaussé par des jwints noirs à la base des écailles ainsi que sur les joues et les opercules ; sur les parties inférieures, c’est le blanc de l’argent le mieux poli. Sa nageoire dorsale lavée de noirâtre est entrecoupée par de petites bandes transversales d’un noir plus intense, tandis que scs nageoires inférieures, jvAles, sont légèrement teintées de jaune à leur base.

Quand l’âge vient pour l’Ombre, les couleurs perdent de, leur brillant, l’éclat du bleu d’acier se ternit et passe plus ou moins au gris.

La tête de ce Poisson est aplatie en dessus et le museau est large et comprimé. Les mâchoires ont une seule rangée de petites dents aiguès semblables à celles qui existent sur le vomer et les palatins.

Les écailles, au nombre de quatre-vingt-cinq à quatrevingt-dix sur la ligne latérale, formant sept à huit rangées au-dessus de cette ligne et neuf ou dix au-dessous, deviennent très-petites sous le ventre, et un espace plus ou moins grand reste toujours nu entre les nageoires pectorales. Cet es-

^E/fugiens ùculisetîtri ümbranatniu, Acsonë.

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pace entièrement privé d’écailles étant quelquefois très-limité, quelquefois assez étendu, M. Valenciennes a cru, d'après cette différence purement individuelle, à l’existence de deux espèces distinctes.

Les écailles de l’Ombre, lorsqu’elles sont détachées, montrent une forme pleine d’élégance; un peu plus larges que longues, elles ont leur bord libre un peu anguleux, leur bord basilaire gracieusement festonné, leurs stries concentriques espacées et bien régulières.

La nageoire dorsale a un nombre de rayons qu’on ne trouve chez aucun autre genre de Salmonidés, cinq ou six rayons simples et seize ou dix-sept rayons rameux allant en décroissant de hauteur du premier au dernier. La nageoire caudale, courte et longue, a trois ou quatre rayons simples et neuf ou dix ra- . meux.

L’Ombre ne dépasse guère la taille de "O", 30 à 0“,40. Elle vit dans les rivières et les ruisseaux limpides roulant sur un fond de sable et de gravier; elle se nourrit de petits animaux, mollusques, vers, insectes, tels que des larves de Diptères, de Phryganes, de Libellules, ainsi que de frai de poisson. L’Ombre parait fuir les eaux très-froides, qui sont recherchées par les ’i’niites, de même que les endroits parsemés de roches. Un fait remarquable, c’est que l’Ombre, qui habite toutes les contrées de l’Europe, se rencontre dans chaque pays dans des localités assez restreintes, et lorsqu’on a voulu, comme en Angleterre, la faire vivre dans des rivières où elle n’avait jamais été vue, dans le cours supérieur de la Tamise, par exemple, on n’y a pas réussi.

En France, ce Poisson, qui est bien rarement apporté sur le marché de Paris, se trouve dans les rivières de nos départe-

440 HISTOIRE PA RTICl 1. 1 È HE DES POISSONS, meiits de l’Est, le Illiiii, la Chicrs, la Crunes, les cours d'eau des Ardennes, trôs-accidentelleraent dans la Moselle et dans la Meuse. M. le professeur Grenier, de Besançon, m’en a envoyé des individus qui avaient été péchés dans la Loue. L'Ombre, croyons-nous, est plus abondante dans les rivières du département de l’.Vin. On la voit fréqiiemnient dans celles qui débouchent dans le lac Léman et dans le lac lui-méme. Ce Poisson n’est pas très-rare dans le centre de 1a France, notamment dans r.Auvergne, d’où le nom d'Onibre d’.Auvergne sous lequel il a été souvent désigné. 11 existe aussi dans plusieurs des rivières qui se jettent dans le cours inférieur du Bbène. M. Fabre, d’Avignon, l’a pris dans la Sorgue.

Ce Poisson se trouve dans les eaux de l’Italie, de la Suisse, de l’Angleterre, de presque toute r.Vllemagne, en Hongrie, en Suède, en Laponie.

L’Ombre ne fraye pas en hiver, comme la plupart des antres Salmonidés, mais au commencement du printemps, en mars et en avril. Ses œufs très-nombreux sont assez petits et d’un blanc opalin. L’incubation s’effectue dans l'espace d’une quinzaine de jours ; elle est donc très-rapide, si on la compare à celle des autres Salmonidés.

L'Ombre est regardée comme un excellent Poisson pour la table; une chair blanche, délicate, ayant un parfum .spécial que l’on a comparé à l’odeur du thym et d’où serait venu le nom scientifique Thijmalle ap(iliqué à ce Poisson. Un illustre gastronome lui aurait donné l’épithète de Reine de délices, et, rapporte un auteur anglais. Wallon, saint Ambroise, l’évêque de Milan, l’appelait la Fleur des Poissons.

L'Ombre, Oumbré des Provençaux, est connue en Alsace sous le nom allemand de Aesche.

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ÉI*Kltl.A.\.

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LK GENRE ÉPERLAN (osMEltrs, Ai tcili. On iei)

L'n corps long et mince, couvert d’écailles ovulaires si minces qu elles apparaissent à la vue simple comme une sorte de gaufrage ; une niAclioire siqtérieiire garnie d’nne seule rangée de dents très-(ines;nnemi\clioire inférieure pourvue d’nne rangée externe de dents à peu prés semblables h ces dernières et d’une rangée de dents plus fortes; tous les os qui circonscrivent la cavité buccale, le vomer, les palatins, également munis, ainsi que la langue de très-fortes dents aiguès ; une nageoire dorsale, courte, assez haute, insérée en avant des nageoires ventrales, sont les signes qui permettent de distinguer avec certitude les Éperlans de tous les autres Salmonidés.

Les Éperlans sont de petits Poissons de mer, qui entrent dans les neuves, sans se porter cependant à de bien grandes distances des côtes. Nous n’en voyons qu’une seule espèce dans les eaux de la France.

1,'ÉPF.HI.A.N COMMl N

(OSMKIII S El'ERI-ANCS ')

« .Aux bouches des riuières qui tombent dans l'Océan, comme à Honan é à Anuers , on trouue sonnent l’Esperlan , ainsi nommé |)our sa belle é nette blancheur semblable à celle de la perle. Il ha une autre belle merque, c’est qui sent la violette. »

‘ Saimo eperlanut, [.inné, Syit. liai., I. I, p. iitl ; 170B. — Osments rperlamis, Yarrell, Briiish Fishts, t. Il, p. 75 ; 1836. — Valenciennes, Hisl. nnl. des Poissons, t. X.\l, p. 371, pl. (ISO ; 1848. — Siebold, Die Sôsswassêrfîsche von Millel(ii(opa, p. S71 ; 1863.

HISTOIIU: PARTICLLIÈRE DES POISSONS.

Ne disait-il pas quclqucfuis fort bien, ce maistre Gtiillaumc Rondelel, doctcnr-régent en médecine en l’IIniversité de Montpellier. Peindrait-on aujourd’hui, en moins de mots, les traits

Fiy, in. — L'I^perlnii commun {Oamerus Eperlanus).

les plus frappants de l’Éperlan ; il \ient aux bouches des rivières, et Rouen a le privilège de le voir venir ; il est d’une blancheur comparable à celle des perles fines ; il exhale le parfum des violettes.

Après cela, il faut entrer dans la description des détails. L’Éfierlan est long, comprimé latéralement, avec le dos presque droit, le museau aminci, la fente buccale très-oblique de bas en haut, lamAchoirc inférieure de la sorte, beaucoup plus longue que la supérieure et courbée vers l’extrémité, les dents du vomer, au nombre de quatre, très-grandes comme celles de la langue et un peu courbées, les palatins et les ptérygoTdes pourvus d’une longue rangée de dents plus petites.

Les écailles de l’Éperlan, d’une extrême minceur, figurent des losanges sur la peau de l’animal ; lorsqu’elles sont détachées, elles se montrent larges, courtes, ovalaires, n’ayant que cinq ou sLx stries circulaires régnant près des bords. La ligne latérale ne se prolonge pas au delà de la huitième ou dixième écaille.

s AL MO. N s.

La nageoire dorsale, qui est courte et haute, n’a que dix ou onze rayons dont les trois premiers simples ; l’anale en a également trois simples, et onze, douze ou treize rameux; la caudale est très-fourchue.

L’Épcrlan est d’un vert clair, plus ou moins pointillé de noir sur les parties supérieures, d’un blanc d’argent sur la mftehoire inférieure, les opercules, les côtés et la région ventrale. La couche argentée jvouvant se détacher avec une grande facilité, les écailles deviennent alors transparentes. Mais la teinte générale des parties supérieures do ce Poisson est très-variable, elle est tantôt plus claire, tantôt plus foncée, tantôt bleuâtre.

L’Éperlan ale plus ordinairement une longueur de 0“,13à 0'”,18, mais on en voit des individus qui arrivent à la taille de 0“,23. Ce Poisson se nourrit de petits animaux et vient frayer dans les eaux saumâtres, pendant les mois de mars et d’avril, mais, jusqu’ici, personne n’a observé son développement.

Les Éperlans entrent dans les fleuves en grandes masses au printemps et paraissent y faire un séjour très-prolongé ; néanmoins, ils ne remontent jamais au delà de l’endroit où se fait sentir la marée. 11 remonte la Seine jusqu’à Rouen, ün en pêche beaucoup aussi vers l’embouchure de l’Orne, do la Loire, etc.

LE ÜENIIE SAUMON (siLMii, Linné)

La plupart des auteurs modernes ont admis la distinction générique des Saumons et des Truites. Quelques-uns même ont été plus loin en admettant un partage des Truites. Pour les auteurs qui ont adopté le genre Saumon et le genre Truite, la

4U lllSTOlUE PAU TICL’UÈIIK DKS POISSONS, circonscrijilion de ces deux genres est différente. Pour les uns, certaines espèces appartiennent au genre Truite; pour les autres, au genre Saumon. Le Saumon commun a été pris parla plupai't des ichthyologistes modernes comme le ty|)o du genre Saumon, mais M. de Siebold, qui admet le genre Saumon et le genre Truite, place le Saumon commun dans le genre Truite. Ces divergences dans les vues d’iiabiles naturalistes suffisent [M)ur montrer que la di.stinction entre les Saumons et les Truites ne repose pas sur des caractères bien importants, .\ussi n’aurions-nous pas bésité à revenir il ta grande dixision des Saumons, telle qu’elle était acceiitée par Cuvier et les zoologistes de son temps, si l'habitude de distinguer les Saumons et les Truites n’ét;iit en quelque sorte devenue vulgaire.

Les Saumons, comme les Truites, ont des dents fortes et p(vintues aux deux mâchoires, aux palatins, à la langue. Ils en ont aussi au vomer, mais chez plusieurs espèces, la pièce principale en est dépounue *, tandis que chez les autres, elle n'en est privée que lorsque l’Age a amené leur chute *. Tous les Saumons ont les écailles petites et en ovale allongé. Leurs pièces o|>erculaires sont très-unies et forment en arrière une courbe très-prononcée. Cette particularité permet surtout de distinguer assez aisément les Saumons des Truites.

L’OMBI.E-CIlEVAI.ll.H

(sAt.«0 SALVtMMS >)

L'Omble-Chcvalier est un habitant sédentaire des lacs del'Eu-

' Lus seules que .M. de Siebnld conserve dans le genre Saumon, chez lesquelles ta pièce principate du vomer est très-cou rie.

’ (j)tume clicz le Saumon commun.

V Saimo salvelitius, Linné, Syit. uni. I. I, p. al I ; I7G6. — Saimo umbla, Agassii, Poissons de l'Europe cenirair, pi. IX, X, X* el XI. — Saimo sal-

SAIMO.NS.

rupc centrale ; jamais il n'entre dans les rivières; c’est tout à fait accidentellement qn’on a pris ce Poisson dans le Rhône, où sans doute il i)cut parfois se trouver entraîné par le courant.

L’Onible-Chevalier, très-variable dans scs pro[iortions, suivant r^KC, le se.vc, les conditions d’e.xislencc qu’il a subies, a toujours le corps comprimé latéralement et plus ou moins élancé. Ses écailles, de la même forme que celles des Truites, sont si petites, qu'à la vue simple, elles sont peu distinctes et donnent seulement à la peau une ajiparence de gaufrage.

Ce Poisson offre des teintes claires et fraîches d’un aspect fort agréable, l^e plus souvent il est d’un gris de perle ou d'un gris bleuâtre sur toutes les parties supérieures, et cette nuance s’affaiblit sur les côtés pour se fondre d'une manière insensible avec la teinte argentée des régions inférieures ou la couleur orangée rougeâtre qui se manifeste sur le ventre et la gorge pendant la saison d'hiver, c’est -â-dire à 1 1>- ]«)quc du frai. Très-ordinairement, il existe des taches rondes blanchâtres ou d’un rouge pâle, disséminées sur les côtés du corps. Quelquefois ces taches se montrent jircsque exclusivement au-dessus de la ligne latérah' ; chez beaucoup d’individus on en voit en plus ou moins grand nombre au-dessous de cette ligne. La nageoire dorsale, do même que la caudale, est habituellement d’un gris foncé, et les nageoires inférieures, d’un jaune jilus ou moins vif, sont souvent sablées de noir et ornées au bord antérieur d’un liséré blanc.

L'Omble-Chevalier a la tète forte, abaissée en avant, avec le

velîiius et S. umbla, Valcni icnnes, Ilisl. nnt. des Poissons, t. X.\I, p. 233 61245; tS'iS. — Hcckcl cl Kiicr, Die SûiSwasserfiscUe der ôstreichischen M'inarrhie, p. 280 et 285 ; 1838. — Sahno salvetinus, Siebold, Die Sûssuasserfische von Mitleleurofa, p. 280; I8t!3.

4i6 HISTOIRE PARTICIII.IÈRE DES POISSONS.

museau large, un peu déprimé ; la mâchoire supérieure légèrement en saillie sur l’inférieure ; le vomer garni à sa partie antérieure de dents crochues, en général au nombre de cinq.

quelquefois de six ou de sept; l'œil grand; l’opercule large, avant son bord libre légèrement arqué et quelques stries transversales en arrière.

SAIJIONS.

Chez cette ci-pèce, la nageoire dorsale a neuf rayons rameux, plus rarement dix et l’anale huit ou neuf à la suite des trois rayons simples ; les nageoires pectorales et ventrales sont toujours plus longues chez les mâles que chez les femelles. C'est là une difr^rencc dont on voit peii d’exemples parmi nos Poissons d'eau douce.

L’ümhle-Chcvalier atteint habituellement la longueur de 0",30 à0",40; il arrive quelquefois à une taille bien supérieure, mais les individus de grande dimension paraissent rares, c’est, du moins, ce que je dois croire d’après les pèches effectuées en ma présence au lac du Bourget et au lac Léman.

Ce Poisson est répandu dans la plupart des lacs do la Suisse, de la Bavière, de l’Autriche. Des individus de l’Allemagne méridionale ayant le corps moins haut que celui des individus de nos lacs de la Savoie, avaient été considérés autrefois comme étant d’une autre espèce. Cette différence a été reconnue, depuis, tout individuelle *.

L’Omble-Chevalier se nourrit particulièrement d’insectes et de petits crustacés ; il fraye pendant les mois d’octobre et de novembre. Ses œufs as.sez gros sont d’un jaune clair et d’une certaine transparence.

' On tmuvc, dans les lacs du nord de l'Angleterre et de l’Écosse, des Poissons, très-voisins de l’ümble-Ohcvalier, qui sont désignés par les anteurs de ta (irandc-Bretugne sous le nom vulgaire de Cliarrs. Il n’a pas encore été établi si quelques-uns de ces Chorrs sont de véritables espèces ou seulement des variétés locales de l'Omble-Chevalier. Le docteur Günther, attaché au British .Muséum, pense qu'il n'j a pas moins de cinq espèces de Saumons appartenant à la di'oisi'on des Chairs, propres à la Grande-Bretagne. Bien ne nous parait plus douteux.

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