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LE SAUMON COMMUN

(?AI,WO SAÏ.Atl ')

Si nous Ôtions ail dix-lluitièrae siècle, oîi l’on appelait encore avec une certaine emphase le Lion, le roi des animaux, il faudrait appeler le Saumon le roi des Poissons d’eau douce. A la vérité, le Saumon est plus un Poisson de mer qu’un Poisson d’eau douce, mais il vient chaque année dé|toser ses œufs dans

/''(y. li(>. — Télé et portion niilcrieure du corps du Saumon commun {Sa/mo Sfi/ar).

les fleuves et les rivières à d’énormes distances des côtes; il naît ainsi dans les eaux douces, il y passe au moins la première année de son existence, souvent davantage et, après avoir été

' > Linné, SyUcma na/urtr, édit. XII, I. I, p. I»00 ; 1706. — Yarrcll,

Bttlish yî.v/ics, t. Il, p. I ; 1830. ■ — Agassiz, Poissons df. l'Eurofu: centrale^ pl. I, I*, 1^, II. — Solmo fiaimo (femelle) et Satmo hamatus (mâle), Valenciennes, lltsi. nat. des Poissonsy I. XXI, p. 100 et 212, pl. OU Ct filii ; 1818. — 5u//«o 5 f/(jr {femelle) ct 6'a/ujo ftomalus (mille), licckcl et Kner, Vie Sûsstvtjsscr/ische dtr ôslrtichischen Monarchie^ p. 273 cl 276 (1858). — TruZ/ fsa/ar, Siebold, DieSûsswas^rr/iichevonMiticUu'opayp,^îi[i ; 1803.

SAUMO^S.

faire un voyage à la mer, il revient bientôt aux lieux où il est né.

La présence du Saumon dans nos cours d’eau, plus que l'abondance de la plupart des autres Poissons, devient une source d'industrie, de commerce, de bien-être pour les [Kipidations ; source malbeureuscment fort amoindrie , môme depuis une époque assez récente. Le Saumon présente donc un haut intérêt sous-le rapport économique.

Au point de vue de l’histoire des êtres, il offre également un intérêt considérable. C’est une histoire pleine de faits curieux et instructifs que celle d’un Poisson voyageur, tour à tour Iluviatile et marin, marin et fluviatile, d’un Poisson qui subit à chaque Age des changements assez remarquables pour n’avoir, été reconnus qu’après l’observation suivie des mêmes individus aux diverses périodes de leur existence. L’histoire du Saumon est aujourd’hui assez avancée, et elle date pourtant d’une éjioque I>eu éloignée. Nous la devons presque entièrement à des naturalistes et à de simples observateurs de la Grande-Bretagne.

On a souvent répété que les Grecs n’avaient point parlé du Saumon ; rien de plus facile à comprendre : ce Poisson n’existe pas dans la Méditerranée ; il n’a donc jamais été vu dans les fleuves qui viennent se décharger dans cette mer. Seul parmi les Latins, Pline a eu connaissance du Saumon ; il l’a mentionné comme appartenant îi PAquitainc, c’est-à-dire, au pays arrosé par la Gironde, la Garonne, la Dordogne, où il était préféré ■à tous les autres Poissons de mer. C’est Ausone ' qui, ensuite, l’a particulièrement signalé en indiquant par des épithètes, soit les

' Ncc le puniceo rutilanlem visccre, .Saimo,

Truiisierim

Teqoe inlcr geminas spedes neuirumque cl utrumque,

Qui necdiim Saimo iicc jam Siilar, ambiguusque Amborum, medio Fario intercepte sub œvo.

Ulaxcuard.

4,-iO HISTOIRE PARTICULIÈRE DES hOISSONS. (lilTérents âges de l'espèce, soit le Saumon et les Truites confondus dans une même désignation générale.

Le Saumon dans son état adulte a une forme allongée, son corps, d’une épaisseur remarquable \ers la tête, apeu de hauteur, ce qui le fait paraître, considéré de profil, assez grêle et même fusiforme. C’est du reste un liel animal, tout argenté sur les côtés, d’un blanc de nacre sur les parties inférieures, d’un gris bleuâtre ou verdâtre sur les régions supérieures, avec des taches noires plus ou moins arrondies, disséminées sur la tête eUsur l'opercule, souvent aussi a\ec de petites taches également noires, éparses sur la nageoire dorsale et, en général, des ta- . elles plus ou moins obscures, variables sous le rapport du nombre et de la forme, répandues sur les côtés du corps. Mais la coloration des Saumons est sujette à de grands changements selon les circonstances. Ijorsquc ces Poissons arrivent de la mer, dans les fleuves, au moment de frayer, on voit leurs teintes, particulièrement chez les mâles, prendre une nouvelle vivacité, des taches rouges apparaître dans le voisinage de la ligne latérale et même sur les opercules, le ventre s'empourprer, ainsi que la base de la nageoire anale, le bord antérieur des ventrales, les bords supérieur et inférieur de la caudale. Après avoir frayé, ces animaux affaiblis perdent leurs riches couleurs et reviennent à leur première condition. Ce n’est pas tout encore ; Jardine, l'auteur d’un grand ouvrage sur les Salmonidés de la Crande-Bretagne ', nous a appris que chez le Saumon mâle dans sa parure de noce, se produisait un remarquable épaississement de la peau du dos et des nageoires, qui disparaît bientôt après l’époque du frai.

' Hritish Salmonid<e.

SAUMONS

Chez ce Poisson à la forme élancée, la dimension de la tête représente à peu près un sixièmede la lonpueur totale du corps. Le museau est arrondi, mais chez les males il est beaucoup plus long que chez les femelles, avec la mâchoire supérieure pourvue d'une fossette dans laquelle s’engage la pointe de la mâchoire inférieure. Celle-ci étant plus ou moins courbée et relevée au bout en manière de crochet, il arrive, surtout chez les vieux individus, que la bouche reste béante sur les côtés. Cuvier et ensuite plusieurs autres naturalistes, avaient admis l’existence d’une espèce de Saumon à bec crochu {Salmo hamatus) h laquelle le nom de Hécard a été appliqué.

.aujourd’hui, on est assuré que la courbure, parfois trèsprononcée, de la mâchoire inférieure des môles n’est pas un caractère spécifique, mais une simple particularité sexuelle et jusqu'il un certain point individuelle. L’œil du Saumon est petit; son diamètre représente à peine le neuvième de la longueur de la tète.

Chez ce Poisson parvenu à un âge un peu avancé, la plaque antérieure du vomer, de forme pentagonale, est privée de dents ; la pièce principale offre une seule rangée de dents, et il est rare qu’il en reste plus de quelques-unes en avant; ces dents tombent ordinairement de bonne heure, surtout celles qui sont situées en arrière.

L’opercule, intimement uni à l’interopercule et au subopercule, forme avec ces derniers une grande lame garnie de stries bien prononcées, ayant son bord postérieur arrondi. Ces caractères des pièces opcrculaires permettent de ne jamais hésiter à distinguer d’une Truite, un Saumon même d’un âge peu avancé.

Les écailles du Saumon sont très-petites ; elles ressemblent

45Î HISTOIRE PARTICUl.lliUE DES POISSONS, beaucoup à celles des Truites, mais leur largeur est uii peu plus considérable surtout vers la base. On eu compte de cent >ingt à cent trente sur la ligne latérale, vingt-cinq ou vingt-six rangées au-dessus de cette ligne, dix-huit au-dessous.

Pig, 117. — Ecaille du Saumon commun prise sur les flancs.

La nageoire dorsale située plus près de la tête que de la queue, et plus longue que haute, offre douze ou quinze rayons, les trois ou quatre premiers simples, les autres branchus. Les nageoires pectorales ont quatorze rayons, les ventrales neuf ou dix, l'anale dix ou onze dont les trois premiers simples.

Tel est le Saumon qui, après avoir fait plusieurs séjours à la mer, remonte les fleuves et s’engage dans les rivières où doit s’opérer la ponte; mais, avant de prendre les caractères que nous venons de rapporter, le Saumon a traversé plusieurs âges marqués chacun par des particularités as.sez notahles pour n’avoir été reconnues comme des phases de la vie d’une même espèce qu’après des observations effectuées à diverses reprises sur les mêmes individus.

Ces âges sont distingués par des noms particuliers chez les habitants de la Grande-Bretagne. Los noms de Parr, do Smolt et de Grilse sont aujourd’hui généralement adoptés en ce pays, et en l’absence des termes correspondants dans notre langue, nous pensons devoir n’en pas chercher d’autres.

SAUMONS

Lorsque, chez le jeune Saumon, la vésicule vilelline est entièrement résorbée, le petit animal, long de a encore

une tète très-grosse relativement au volume de son corps, mais, peu de jours après avoir commencé à prendre de la

Fiq. lift. — Jeune Saumon apré.s la résorption de la vésicule ombilicale, grossi. — », sa grandeur naturelle.

nourriture, la tète tend h s’abaisser, le museau à s'allonger, le dos à s’arrondir, et alors le petit Poisson prend l’aspect des Truites. Lejeune Saumon est d’une teinte grisâtre terne sur les régions supérieures et il offre de quinze à dix-huit bandes transversales noirâtres qui descendent du dos jusqu’à la région ventrale.

Pendant au moins une année, quelquefois davantage, le Saumon a conserv é les ternes couleurs particulières à son jeune ftge, l’état de Parr, mais, à un moment déterminé, un brusque changement SC produit. Tout le corps prend un magniQque éclat métallique, il devient le Smoll, ainsi que les Anglais nomment le Saumon parvenu à son second âge.

Les parties supérieures sont d’un bleu d’acier étincelant. Huit ou dix grandes taches du même bleu brillant, comme voilées par un manteau d’argent, occupent les flancs et descendent au-dessous de la ligne latérale. Entre ces taches règne une teinte rougeâtre ou ferrugineuse très-vive. Une tache noire

S€ voit ordinairement au milieu de l’opercule. Le ventre est d'un beau blanc de nacre. La nageoire dorsale est grise avec sa portion basilaire brune et une rangée transversale de taches de la même couleur; les nageoires pectorales ont un top gris uniforme; les ventrales et l’anale sont presque incolores.

Piy, 1)9. — Jeune Saumon ou Sauraonneau {SmoU).

Le Saumon, à l’état de Smolt, a l’apparence d’une petite Truite ; il a, comme ces dernières, le vomer bien garni de dents sur toute sa longueur, mais il est facile déjà de reconnaître que l’opercule est celui du Saumon. Un peu moins arrondi que chez les adultes, il a cependant son bord ]H>stérieur sensiblement courbe et les stries sont très-faciles à voir.

J’ai observé de ces jeunes Saumons si brillants, qui provenaient de rill et du Rhin et dont la longueur était 0“,1 0 à 0",12 ; d’autres des rivières des Vosges ayant 0'",15 à Ü”,18 de long; Ils sont désignés dans le pays sous le nom de Renay.

Un peu plus d’une année s’écoule, avons-nous vu, depuis le moment de l’éclosion jusqu'à l’époque à laquelle le jeune Saumon, le Parr, commence à prendre sa livrée du second âge, celle de Smolt. Du mois d’avril au mois de juin, les écailles prennent leur vêtement argenté, et les bandes, alors plus ou moins confondues, s’affaiblissent, comme voilées, quelquefois

SAUMONS

presque complètement. Elles redeviennent plus distinctes par une immersion dans l’alcool.

Tant que les jeunes Poissons sont à l’ètat de Parrs, ils vivent isolément, ne cherchant jamais à se réunir, mais, devenus Smolls, c’est-à-dire, ayant pris leur costume de voyage, selon l’expression de quelques auteurs anglais, ils se rapprochent, se forment en troupes. C’est dans cette circonstance que les pêcheurs en ont fait souvent , sans difficulté , une déplorable destruction.

Un fait digne de remarque, qui paraît avoir été bien observé, notamment à Stortmontfield, sur la Tay en Écosse, c’est que les Parrs ne se changent point tous en Smolls au bout d’une année ; il y en a la moitié environ qui conservent la livrée du premier âge, séjournant deux et même trois ans dans les eaux douces.

Pendant tout le printemps, se succèdent les bandes de Saumonneaux descendant les rivières pour gagner l’Océan. Dans le trajet d’un parcours assez long, si des courants très-rapides se manifestent en certains endroits, les Smolls s’en montrent parfois effrayés. La troupe, i»eut-être, rebroussera chemin, mais revenant bientôt à sa première direction, quelques individus se laissent entraîner résolûment, et la cohorte entière se décide à les suivre. Arrivés à la partie inférieure du fleuve où remonte la marée, les Saumonneaux, avant de gagner la mer, s’arrêtent deux ou trois jours dans l’eau saumâtre comme pour se préparer à leur changement de séjour.

Que dexiennent-ils alors? Nul ne le sait d’une manière précise ; ils disparaissent dans les profondeurs de l’Océan où ne peuvent les atteindre les filets des pécheurs.

Mais sept ou huit semaines sont à peine écoulées, que nos

Vo6 HISTOIRE PARTICri.lÈRE DES POISSONS.

Sauinoitiienux reparaissent dans les mômes ri\iôres, remontant jusqu’aux endroits où ils sont nés. Ces Poissons ne sont plus reconnaissables; ce ne sont plus des Smolts, ce sont dos Grihes; aussi ne les reconnaissait-on pas, axant d’avoir pris le seul moyen [xossiblede constater sûrement leur identité , c’està-dire d'attacher une marque à un certain nombre d’indix idus.

Celle idée si simple semble n’avoir reçu un commencement d’exécution qu’il y a environ trente-cinq ans. Auparavant, et encore un peu après, les naturalistes, sans être en mesure d’arrixerà une solution, dissertaient sur la question de savoir si le Saumonneau des Français, Samlet ou Patr et Smolt des .Anglais, Sàimitng dos .Allemands, était d’une espèce particulière ou le jeune du Saumon, tandis que la plus naïve des expériences devait trancher la question. Il est vrai de dire que les naturalistes n'ont pas, en général, sous la main une rivière bien peuplée de Saunions.

Par une note publiée en 18.10, nous voyons qu’un pécheur de la Severn en Écosse, s’étant avisé de passer un 0l de métal à la queue d’un Samlet ou Smolt , reprit plus tard l’animal devenu Saumon '.

Les expériences ne tardèrent pas à se multiplier dans ce pays d’Écosse tout particulièrement favorable aux études sur le Saumon.

-Ainsi , rapporte sir William Jardine, « pendant les deux années que les pêcheries du Sutherland ont été en la. possession du duc, une suite d’expériences a été entreprise par ses agents... Le printemps dernier, plusieurs milliers de Saumonneaux ont été marqués dans les différentes rivières. Dans le

* lx)U(lon'ii Magazine of natural Uxstory, vol. III, p. 14 ; 1830.

SATMONS. . 457

Laxford, les Saumonneaux marqués en avril revinrent au 25 juin. Ils pesaient alors 3 livres, et pendant la saison ils arrivèrent au poids de 0 livres et demie *. n

John Shaw, dont les observations ont beaucoup contribué à faire connaître rhistoirc naturelle du Saumon, a signalé également les résultats d’expériences analogues, mettant hors de doute que le Parr est le jeune ûgc du Saumon

Citons encore les recherches de M. .\ndrew Youug. « Nous avons marqué des Smolts dans un double but, dit cet observateur , d’abord pour nous assurer s’ils revenaient dans les mêmes rivières, ensuite pour constater le temps qu’ils resteraient dans la mer. » — «Ils reviennent avec la plus grande ponctualité aux lieux où ils sont nés, ditencore.M. Andrew Young ; la nature les a doués d’un si merveilleux instinct, que pas un seid d’entre eux ne dépasse sa propre demeure ou ne s’arrête à une station voisine. Nous avons vérifié tous ces faits, ajoute l’auteur, de telle sorte qu’une ombre de doute ne peut désormais subsister a

Un fait des plus remarqurüdes, sujet d’étonnement de la part des observateurs, c’est la rapidité de croissance du Saumoii à tous les âges pendant le temps qu’il passe à la mer. Le Saumonneau ou Smo/l qui a vécu dans les rivières, une, deux et jusqu’à trois années pour atteindre la longueur de 0'”,12 à 0",20, devenu Grilse au bout de moins de deux mois de séjour dans l’Océan, est un Unisson d’un kilogramme et demi à deux kilogrammes. Les Grilses, après la ponte, demeurent encore quelque temps dans les eaux douces, puis, se rendant à la

^ Thf Edtiihitrqh Journal^ vol. XVlII,p. 40; 1834-1835,

* Tht' Edinh, i’MAjsopA. Journ,y vol. XXI, p. fKl ; |8;i6.

’ The n(Uitrai HUtunj and Hnhitf of Ote Sabmn. — Wkky 1848.

488 HISTOIRE PARTICI I.IÈRE DES POISSONS, mer où ils ne séjournent souvent pas plus de deuv mois, ils reviennent à l’état de véritables Saumons, ayant atteint un poids variable de 3 à 6 kilosrammes ; la rapidité de leur accroissement est toujours en rapport avec la durée de leur voyage à la mer. Pour le Saumon qui en est à son second ou à son troisième voyage, l'acrroisseraent n’est pas moins prodigieux pendant un très-court séjour à la mer. Tous les auteurs de la Grande-Bretagne citent avec admiration l’exemple de ce Saumon de la Tav, pris après la jKinte et marqué d’une étiquette parle duc d’.Uholi au mois de mars ISi.’i. Le Poisson pesait dix* livres (anglaises) ; repêché, muni de son étiquette, cinq semaines et trois jours plus tard, par conséquent après une bien courte excur.sion il la mer, il pesait vingt et une livres et un quart.

Chez le Grilse il n’y a plus aucune trace des bandes du Parr, visibles encore chez le Smolt. La tète est plus effilée, la queue n’est plus que faiblement échancrée. A beaucoup d’égards, ce sont les formes et la coloration du Saumon complètement adulte; mais le corps est proportionnellement plus mince, et la teinte générale, plus pâle, plus uniforme, n’est pas encoie rehaussée par (les taches.

Les Grilses des deux sexes sont habiles à la reproduction aussi bien que les Saumons adultes ; mais, chose singulière et pourtant affirmée par ceux qui ont le mieux étudié les habitudes du Saumon, le Parr mêle, lejeUne Poisson qui n’a pas encore été à la mer, est apte à féconder les oeufs des Gri/ses et des Saumons, tandis que la femelle no possède en aucun cas la faculté de pondre.

Dans la plupart des circonstances, les Saumons de divers âges, ayant séjourné une ou jtlusieurs fois à la mer, c'est-à-dire

SACMONS.

les Grilses et les Saunions adultes et des individus en quelque sorte intermediaires, dont le premier séjour à la mer a pu être de huit à dix mois, remontent ensemble les cours d’eau dans un ordre qui ne varie guère. Les vieux individus forment la tête de la colonne, les jeunes les suivent.

Lorsque le temps de la ponte est arrivé i>our le Saumon, un mâle et une femelle se réunissent. Deux mêles se trouvent-ils près de la môme femelle, une lutte s’engage entre eux, et le combat dure tant que l’un des deux champions n’a pas quitté la place. Plusieurs historiens du Saumon nous ont tracé le récit de ces exploits chevaleresques. Chaque femelle a son fnâle, m.wiaged’un jour ou même d’une heure, il estvrai,carde part et d’autre une nouvelle association ne tarde pas à se former. Dans le moment où ils sont réunis, les deux individus semblent choisir d’un commun accord l’endroit destiné à recevoir la ponte ; le mêle et la femelle ê la fois, se mettent à creuser dans le gravier un lit d’une profondeur qui peut varier de 0",1.^ à 0”,23 ; la femelle y dépose scs œufs, le mêle les imprègne immédiatement de sa laitance. Un observateur attentif, nous dit M. Andrew Young, peut voir aisément la chute successive des œufs et de la laitance dans la cavité préparée par les deux Saumons qui, en dernier lieu, travaillent encore en commun pour abriter leur précieux dépôt sous une couebe de gravier.

La fécondité de cette espèce est très-grande; on estime que cbaque femelle donne, h très-peu de chose près, autant de milliers d’œufs qu’elle pèse de livres (livre anglaise = 453'', 5).

Une eau bien courante est absolument nécessaire au développement des œufs de Saumon. Ils n’éclosent jamais dans une eau tranquille; l’expérience souvent répétée a mis ceci hors de doute. L'eau de mer fait périr non-seulement les œufs, mais

460 HISTOinE PAHTICI LIÈRE DES POISSONS, encore les alevins et les Parrs, c’est-à-dire tous les jeunes Saumons, tant qu’ils ne sont pas parvenus à l’état de Smolts.

D’un autre côté, l’impossibilité de faire vivre d’une maniéré continue des Saumons dans l’eau douce est bien éUiblie. Des alevins placés dans des étangs artificiels, nous dit M. Andrew Young, ont grandi avec la mémo rapidité que ceux des rivières, mais il est tout à fait indispensable que le Saumon abandonne, à certaines saisons, les eaux douces pour se rendre à la mer. Retenu dans les eaux douces, il ne dev iendrait jamais un véritable Saumon * ; retenu continuellement à la mer, il ne pourrait se reproduire. L’eau douce bien courante lui est indispensable pour sa reproduction ; les eaux salées, indispensables pour lui fournir une nourriture abondante : sans ces deux conditions réunies, la race s’éteindrait. C’est là un fait des mieux démontrés par les observations et par les expériences des savants et des hommes pratiques de l’Écosse.

Le Saumonneau emprisonné dans un étang ou mémo dans un vaste lac, grossit à peine à partir du moment où son instinct le pousse à aller se plonger dans les profondeurs de la mer ; sa cbair se décolore et n’acquiert aucune des qualités comestibles si recberchées du Saumon.

I.iongtemps on a pensé que les Saumons n’entraient dans les rivières que pour frayer. Aujourd’hui il est reconnu que c’était là une erreur. Ces animaux, ayant pris un considérable accroissement, pendant un séjour à la mer de quelques semaines, se montrent très-empressés de revenir dans les eaux douces, à une époque encore bien éloignée de celle du frai. On a souvent parlé de l’ardeur que mettent les Saumons à remonter les fleuves et les rivières, bravant les obstacles, franchissant

(I) Clean Salmon des Anglais.

SAUMONS

parfois des chutes d'eau considérables eu exécutant des sauts d’une remarquable hauteur. C’est un spectacle qui, en certains endroits, attire la foule des curieux. La montée des Saumons, aux chutes de Kilmorac sur le Beauly, dans l'Invcrness-Shire, au nord de l’Ècosse, et à la cataracte de Litfey en Irlande, est citée au touriste de la Grande-Bretagne comme l’un des plus curieux siiectacles de la nature. La renommée de cette merveille est devenue européenne.

Tout le monde sait aujourd’hui que le Saumon fraye habituellement pendant les premiers mois d’iiiver, c’est-à-dire en novembre et en décembre. Cependant, les observateurs écossais auxquels nous devons le plus grand nombre de faits acquis relativement à l'histoire du Saumon, affirment que des individus commencent à pondre dès le mois de septembre, que d’autres produisent encore dans les mois de janvier, de février et même de mars. La température ordinaire de l’eaii des rivières dans lesquelles vivent les Poissons exerce à cet égard une influence bien notable. La ponte se fait plus tôt dans les rivières qui sortent des lacs, plus tard dans celles qui descendent directement des montagnes. La rigueur ou la douceur des hivers est une autre cause de variation.

Les, œufs du Saumon, d’une assez grande transparence, d’un blanc opalin dans les jours qui suivent ta ponte, d’une agréable couleur rosée ou mieux saumonnée, quand le vitcllus (le jaune) s’est coloré, ont le volume d’un gros pois. Ceux des Grilses sont toujours sensiblement plus petits que ceux des Saumons adultes.

La duré'C de l’incubation des œufs est très-longue, mais elle varie dans des limites fort larges, selon le degré de la tcm[H-raturc; aussi l’éclosion des jeunes, provenant d’œufs iHindus en

«2 IlISTOinE PARTICII.IÉRE DES POISSONS, automne a lieu ordinairement an bout de quatre-viiifrt-dix jours, tandis que l’incubation des œufs pondus on novembre ou décembre, peut durer de cent à cent quarante jours. Les petits Poissons nouvellement éclos s’agitent avec vivacité, portant leur énorme vésicule ‘ qui servira à les nourrir pendant à peu près cinq semaines. La vésicule entièrement résorbée, les alevins doivent prendre de la nourriture, et c’est là une époque de transition assez critique dans la vie de ces animaux. Beaucoup d'individus périssent à ce moment.

Pendant son premier Age, le Saumon se nourrit à la manière des jeunes Truites d’une foule d’insectes, de frai, et certainement aussi de petits poissons, dès qu’il est parvenu à une certaine grosseur. Pendant son séjour dans les eaux douces, à l’état adulte ou à l’état de Grilse, il est évident qu’il dévore une foule de poissons. Mais on est peu Oxé encore sur la nature de l’objet de ses préférences dans le temps où il vit à la mer. Tous les naturalistes de l’Écosse , attentifs observateurs des habitudes du Saumon, en ont été réduits jusqu'à présent à de simples conjectures sur l’alimentation si profitable à nos Poissons migrateurs dans les eaux salées. Suivant les uns , les Saumons auraient une prédilection sjjéciale pour les œufs des Oursins, des Étoiles de mer, des Crabes, des Homards. Selon les autres, ils rccbercberaient dos eaux dans lesquelles fourmillent des masses de petits êtres, et ils n’auraient qu’à ouvrir la bouche pour engloutir d’énormes quantités d'aliments. D’autres assurent cependant qu’ils consomment surtout des laissons; qu'on en a trouvé dans l’estomac de plusieurs individus. Le cas néanmoins s’est montré assez rarement; la digestion s'opérerait avec une telle rapidité chez le Saumon, (I) Voir, P 117.

SAUMONS

que l’estomac serait liahituellemeiit trouvé à peu près vide.

Par suite de cette circonstance, on s’est demandé encore s’il n’arriverait pas au Saumon, saisi de frayeur au moment où il est pris, de dégorger sa nourriture.

Les qualités comestibles du Saumon sont assez connues et trop bien appréciées pour qu'il soit utile d’entrer dans aucune description à leur sujet. Remarquons seulement que des connaisseurs accordent une préférence aux Saumons de certaines rivières sur ceux d’autres rivières, aux femelles sur les mâles, etc. Les individus pris peu de temps après la jKmte, les Kelts, comme on les appelle en .\ngleterre, sont réputés détestables ; la loi britannique en interdit la pèche.

Les Saumons placés dans de bonnes conditions croissent, on l’a vu, avec une merveilleuse rapidité. Ils atteignent assez fréquemment le poids de 10 ù 12 kilogrammes; mais on cite des captures d’individus de très-forte hiille, dont le poids s’élevait jusqu’à 2.‘J ou 30 kilogrammes, ou même davantage. '

Le Saumon appartient en propre à la mer du Nord et à l’Océan, et à presque tous les cours d’eau qui se déchargent dans ces mers. Son abondance parait diminuer graduellement du nord au sud , à partir du degré de latitude. Il ne descend guère au delà du i2' degré, ce qui explique son absence dans les eaux méditerranéennes, le détroit di‘ Gibraltar étant situé par le 3f> iwrallèlc *.

' l,c nanube nourrit une espèce parlicutière de Saumon, quelques égards intermédiaire par scs caractères entre t'Ombte-tihevalicr et le Saumon commun. C’est le Saumon du Danube ou le Hurh {Salino Hucho l.inné) qui atteint de très-grandes dimensions. Depuis une quinz.'iine d'années on a fuit de nombreuses tentatives pour l'introduire dans les eaux de la France. Kien encore cependant n'indique qu'il doive prendre procliainement sa place dans la faune icbtbyologique de notre pays.

HISTOIRE l'ARTICI I-IÈRE DES POISSONS.

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