‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 94 sur 132 · L’ASGI ILLE A LARGE BEC · texte numérisé non relu

L’ASGI ILLE A LARGE BEC

(«KCt'ILLA LATinOATaiS ■}

Les Anguilles d large hec ou « bec plat, sont celles que nos pécheurs désignent sous le nom de Pimperneaux ; que les pécheurs de l’Angleterre ap[iellenl Grig Eel ou Glut Eel. Elles

Fig. 130. ~ Télé, vue en dessus, de l'Anguille à large bec {Anguilla latirastrit)^ d'après un Individu du Doubs.

ont la tête extrêmement large, jusqu'à l'extrémité du museau, ainsi fort arrondi ; la mâchoire inférieure un peu moins saillante que chez les Anguilles à long bec; les yeux, comme déjà l’a remarqué Cuvier, peut-être un peu plus grands proportionnellement. Chez tous les individus, j'ai compté H4ou HS vertèbres . J’en ai vu de toutes les parties de la France.

' Risso, Hitloire naturelle de l'Europe méridionale, t. III, p. 199 ; 1827. — Yarrcll, Bistory of Briliih Fishes, t. Il, p.298; 1836.

HISTOIRE PAIITICLI.IÉHE DES POISSONS.

VASaaUE A IIEC MOYES

<AKCnU.\ MrDIOtlOSTIllS *}

C’est r.Vnguille verniatix de nos pécheurs, l’Anguille la plus commune, le Swiy des Anglais. Celle-ci a la tCte conique, assez large à la hauteur des yeux, dimiiuiaut d’une manière insen-

Fig. 131. — Tête, vue eu deüvu». de i'AnguiUe moyen-bec mediorestni).

siblc jusqu’à l’extrémité du museau, qui est ainsi fort étroit. On remarque encore que les n.irines sont plus linéaires chez cette Anguille qxie chez la précédente; mais ce caractère n’est pas d’une évidence telle qu’il suit toujours facile à saisir.

L'ANGVIUE À BEC OBLOSG

(AKfitlItLA OBI.OXniftOSTIUS)

Nous avons observé des Anguilles qui sont intermédiaires, sous le rapport de la forme de la tête, entre les Anguilles à bec

• Risao, Hiil. nat. de VEurui>e méridionale, t. III, p. 199 ; 1827. — YarrcII, Briliih Fiihe», I. Il, p. 301 ; 1830.

ANr.l'Il.LKS.

moyen et les Anyiiilks à tony bec. Leur U^te est moins lar^e à la base que cliez les premières, moins grêle que chez les der- , nières, avec le museau plus court et plus obtus.

Nous avons recueilli un grand nombre de ces Anguilles à bec oblongdans rHuveaune, i)rès de Marseille, et nous avons eu du et du lac de Bourget des individus presque semblables.

vAKc.uu.K .1 ujsti ntr

AGtlTIROSTRIS >>

r.elte Anguille présente presque toujours un corps proportionnellement plus efTilé que chez les précédentes; une tête grêle, étroite même à la hauteur des yeux et continuant à .s’amincir jusqu’à l’extrémilé du museau. Par suite de cette

fiÿ. I.1J. — TSIe, vue en dessuii, de l'Anguille A long bec {Am/mltn oruhinrlrh).

conformation de la tête, les yeux paraissent se trouver plus rejetés sur les cdtés que chez les autres Anguilles, et les mà-

' Risso, Hisl. nal. île l'Europe méridionale, 1. III, p. I!)S ; 1827. — Vnrrcll, îtniieh Fishes, I. Il, p. 281; I8dfi.

Bi.tNciiAKo :ii

IIISKlIKi; l'Alt rici I.IÈKK IIKS l*()ISS(»\S.

choires dovienncnt fort grêles. Suivant Varrell, cctto tspèce n'aiirait qiio 113 verli'-brcs; j’en ai enmpté au eonlraire 114 riiez line fmile (i'indivitiiis.

Ces diverses Anguilles, que l'un parait reneuntrer indifféremment dans toutes les parties de rEiirojie, atteignent une forte taille; eeiiendant je n'ai jamais vu d'individus de rAngiiille à long bec, ayant des dimensions aussi eonsidérables que certains individus des autres esjièces ou varii^tés ; espèces ou variétés, répi'>tons-noiis, car en l’état actuel de nos connaissances, il serait impossible de se prononcer avec confiance. Neanmoins, j’incline très-fortement à penser qu'il existe plusieurs espèces d’.4iiguilles , mais nous n’avons pas encore le moyen de les bien caractéiiser.

Os Poissons ont une vie fort longue, l’n exemple en fournira la preuve, .l'avais vu, il y a trcs-longlem[)s, chez M. üesmarest, professeur à l’École vétérinaire d'.AIfort, une .Anguille qui avait été acbetée pour être mise à la tartare. On ne se pressa point de la livrer au fourneau; le naturaliste se plut à observer l’animal.

' Des ce moment, r.Angiiille fut considérée comme une amie de la maison, .le savais que ce Poisson existait encore chez le fils du profe.sseiir d’.Mfort; je l’ai prié de me dire à quelles observations il avait donné lieu. On ne lira pas sans intérêt la note suivante que m'a transmise M. Eugène Desmarest, l’un des naturalistes du Muséum d'Histoire naturelle.

« C est depuis le 13 décembre 1828 que ma famille possède \'A)tgiiille sur laquelle vous me demandez une note. Il y a donc trente-sept ans que nous l’avons en domesticité.

« De 1838 h 1 8.’î3 (pendant vingt-cinq ans), elle a été conservée dans line grande terrine placée dans l intérieur d une

AMil ll.l.KS.

cliambrf*. Cette UTi'ine, dont l'eau <“tait changée tous les sept ou huit jours, quoique grande, ne pouvait cependant pas lui I>eniiettre de s«‘ tenir étendue, et elle devait rester constamment repliée sur elle-métne. Depuis ISn.l, elle a été placée, d’abord à Batignolles, chez ma sceur, et depuis 1863, chez moi, à Montrouge, dans un réservoir en zinc qui peut contenir une vingtaine de seaux d’eau, que l’on renouvelle tous les quinze ou vingt jours. C’est là son logement d’été; car, dès les premières gelées et jusqu’au printemps, elle vient reprendre son logement primitif, sa terrine.

« La longueur totale actuelle de mon Anguille est de 1",30 à 1“,40 ; sa grosseur est de 0",08 à 0“,10. Depuis que nous la conservons, on peut dire, sans rien exagérer, qu’elle a grandi d’environ un tiers. Son alimentation conshste en de petits filets de bceuf, coupés en forme de vers, qti’il faut lui présenter flottants dans l’eau; elle les saisit avec une grande vitesse et une grande dextérité lorsqu’elle a faim, mais elle ne les mange jamais lorsqu’ils tombent au fond de son réservoir. Elle ne semble p>as vouloir une autre nourriture, et encore faut-il que le bœuf soit bien frais. Elle refuse les vers de terre et même les petits laissons, qu’elle n’aime toutefois pas voir auprès d’elle’, car elle a constamment poursuivi et attaqué ceux que l’on a mis quelquefois dans son réservoir. Elle ne mange guère que pendant l’été, depuis le mois d’avril justpi’au mois d’octobre; en hiver, et j’ai souvent tenté rex)a'-rience, elle refuse toute nourriture. Jamais elle n’a voulu manger de pain, ou une alimentation végétale quelconque. Pendant la saison chaude, ce n’est que t/vus les six à huit jours qu’elle veut bien manger ; alors elle le montre d’une manière manifeste : elle s’agite dans sou bassin, sort légèrement la tète hors de l’eati quand on approche de sa

:,(M( lllSTdlIU: l-AU riCll.lÈHK IIKS l*01SS0NS.

.lomtMiro, ou lorsqu'on raiq)ollp. Les personnes qui lui donnent le plus habituellement sa nourriture semblent, en ipiclque sorte, Mre connues par elle; c’est ainsi que jadis elle venait à la voix de ma sœur, et qu'anjourd'hui elle parait le laire i'f;alement lorsque ma tille vient l’appeler au bord de son bassin, .lamais, quoiqu’on l'ait souvent maniée, elle n’a mordu personne; et, si cela est arrivé une seule fois, c est qu on avait mis le doigt dans sa gueule.

« Lomme il faut la retirer de son bassin toutes les fois qu’on veut le nettoyer, elle s’est en partie habituée à être touchée, à être maniée, et, tout en essayant <le rester dans rean,ellc ne fait pas de trop grands mouvements pour s échapper de la main qui la lient. De même, quand on cherche la saisir dans l’eaii, elle ne se retire pas tnq) brusquement, mais elle vous glisse des mains. Elle est souvent stationnaire dans son réservoir, cherchant constamment il se cacher derrière les pots de plantes aqualhpies placés dans son bassin. Souvent, elle reste sans mouvement, étendue au fond de son réservoir, parfois elle se contourne autour des pots, et ce n'est guère que le matin ou le soir qu’elle nage lentement. Onand la tempi-rature est plus élevée qu'à l'ordinaire , ses mouvements sont pins vifs, brusques parfois. De temps à autre, elle vient à la surface de l’eau. Hien lui en prend d’aimer à se trouver au fond du liquide qu’elle habite; car une lois, un chat affamé la guettait et n’éUiit arrêté dans sa chasse que par l’eau inter[H)sée entre lui et le Poisson, l.hi eoiqi de griffe cependant vint blesser l’.\nguille auprès de l'œil, qui se recouvrit d’une |ieau blancliAtrc, et que pendant plus d'un mois je crus perdu. Mais heureusement il n'eu fut rien, et aujourd'hui l’organe oculaire, pn sduqueldcvait être la blessure, est semblable à celui qui était resté intact.

ANGI lU.KS.

n Vers le nuiis tle mai, notre Anguille ile\i(MU enrore moins active qu'en hiver même : deux ou trois fois alors elle rendit des corjjs mous, hlanehàtres, que Ton regai'dait comme étatit des (jBufs. Un i)eu après celte èpoijue, elle semble très-agitée, à ce (Miint même qu'elle se jeta plusieurs fois hors de sa terrine, et que lieux fois à Hatignolles, et une fois à Montrouge, nous la trouvftnies, ma sœur et moi, hors de son réservoir, sur le sible des allées du jardin. Là, elle était sans mouvement, molle, et n’anrait prohahlenient pas tardé à mourir par le dessèchement, si nous ne l’avions pas replacée dans l'eau. Un autre accident lui est une fois arrivé : l'ayant laissée dans une cuisine trop froide, au milieu de l'hiver, je la trouvai le lendemain matin toute gelée et prise même dans les glaçons qui couvraient sa terrine ; je réchauffai le liquide glacé en y mettant de l’eau tiède, bientôt la glace fondit, et, petit à petit, le l’oisson rejirit ses mouvements. »

Les Anguilles sont d'une extrême voracité, mangeant des vers, des mollusques, détruisant en grande quantité le frai et les alevins des autres poissons ; ce qui est de nature à faire redouter leur trop grande abondance dans des eaux poissonneuses. Pendant les mois de mars et d'avril, des myri.ades de jeunes Anguilles, à ]K-ine plus grosses que des fils, remontent nos fleuves, se tenant en masses compactes près des rives, et se dispersant bientôt dans tous les cours d'ean secondaires, (l’est ce qu'on appelle la tnotilce des Anguilles. Kn Provence, on donne à ces jeunes Poissons les noms de Unirons et de ISonyeirùum.

Les Anguilles placées dans de bonnes conditions pour leur alimentation croissent rapidement, et dans l'espace de quelques années , elles peuvent acquérir le |Miids de d à i kilo-

o02 HISTOIHE l'AHÏlCUUÈllE UES POISSONS, grammes. Vers l’automne, ces Poissons parvenus à une certaine taille, redescendent à la mer, probablement i»our ne plus rentrer dans les eaux douces. Si, à cette épo((ue, les .Anguilles se trouvent retenues par des obstacles ou emprisonnées dans des étangs, elles témoignent d'une grande agitation et .souvent se jettent sur le rivage.

Du reste, on sait que les Anguilles peuvent sortir de l’eau sans grave inconvénient, qu’elles voyagent même volontiers dans les prés humides. .A raison de leur jveau vi.squeuse, lente il se dessécher, à raison surtout de la faible ouverture des ouïes, l’eau ne s'échappant guère de leur chambre branchiale, ecs Poissons peuvent rester longtemps à l’air libre sans périr. Cette faculté que possèdent les .Anguilles de ramper sur la terre, explique comment on trouve fréquemment de ces animaux dans des étangs et des mares où il n’en exisUiit [ws à une autre éitoque et où [lersonnn n’avait songé à en introduire.

Les Anguilles s’enfoncent très-habituellement dans la vase. Principalement aux approches de la saison froide qui amène chez elles un engourdissement complet, elles recherchent tous les moyens de se mettre à l’abri et de se cacher autant que possible.

Les qualités comestibles des Anguilles sont sufiisatnmenl appréciées de tout le monde pour rendre superflue toute remarque à ce sujet, et si les diverses sortes d’Anguilles ne jouissent pas de la même faveur auprès des ronuais.-eurs, seuls, ceux-ci seraient capables de décrire les avantages que les unes possèdent sur les autres. Toujours est-il que l’.Anguille, sous le rapport commercial, a parmi les Poissons d’eau douce une im- [Mirtance de premier ordre.

I,i:s 1\)ISSÜNS IIAIITILAGINEIX

L’ORDRE DES UANOÏDES

Les représeriliints de l’ordre des üanoïdes'qui hubitetit les eaux de l’ITiirope, ont un squelette carlilapineux, comme un a pu le voir dans notre expose des classiüeations Des lv|»‘s pourvus d’un squelette osseux, ont été néanmoins rattachés à ce grouj>e, en considération d'une particularité anatomique commune à ces divers Poissons : osseux et cartilagineux ; particularité consistant dans la présence de nombreuses valvides il l’entrée du bulbe aortique. Dans les Ganoïdes, les feuillets branchiaux sont libres il leur extrémité et les branchies sont revêtues d’un appareil operculaire.

Chez ces Poissons, l intestin est pounu d’une valvule spirale et il y a une vessie natatoire simple, comninni(|uant à l’extérieur par un conduit. Nous n'avons à nous occuper ici, que d’une seule famille de l’ordre des Ganoïdes.

LA FAMILLK DLS AGIPKNSÉHlDKt^

(aCU'E.XSEHID.ï)

Les .Acipensérides se reconnaissent aisément entre tons les Poissons, à leur corps allongé, garni de plaques osseuses cutanées, disposées en cinq séries, lui donnant nue forme penta-

• l’.igc lia.

iiisïuiiu; l'Aimcri.iÈUK dks poissons.

goiic ; à leur tt'U> épalt’incnl roiivprie de plaqiK's (»sso.iiscs, unies les uiuvs aux autres; àleur bouche placét; en dessous, privée de dents, et saillante ; à leur museau avancé et immobile; à leur m(!iubrane branchiostége sans rayons.

la^s Acipcnsérides ont un opercule qui ferme incomplètement • la chambre branchiale; une colonne vertébrale cartilagineuse qui s’étend jusqu’à l'extrémité delà plus longue division de la nageoire caudale.

Cette famille comprend nniquement le genre Esturgeon qui a été de la part de quelques naturalistes l'objet de certaines sule di\isiuns.

LK GENRE ESTURGEON (.uai'E.v.sKit, Linni‘)

Les Esturgeons présentent loujours dans la longueur du corps cinq séries de plaques osseuses, les unes plus grandes, les autres plus petites, plus ou moins rugueuses, mais toujours pourvues d’une carene formant au milieu une pointe qui s’émousse avec l'àgc. Ils ont la tête entièrement revêtue de plaques osseuses, la bouche transversale, privée de dents , quatre barbillons situés entre la bouche et l’extrémité du museau et disposés sur une ligne transversale.

Tontes les nageoires sont soutenues par des rayons articidés ; la dorsale est très-petite et située fort en arrière, au-dessus de l’anale; la caudale est partagée en deux languettes, l’une supérieure fort longue, entourant toute l’extrémité caudale, l’autre inférieure et assez courte.

Tous les Eslurg('ons, animaux voraces, incapables ])ourlant,

KsrnuiKoN.

à raisun de la conformation de leur bouche, de s’attaquer à des proies volumineuses, sont dos Poissons de mer qui atteignent une grande taille, mais ces Poissons de mer remontent périodiquement les grands cours d’eau. On connaît en Europe un assez grand nombre d’es[>èces de ce genre, seidement toutes ces espèces, à l'exception d'une seule, sont étrangères aux côtes de la France et à ses fleuves. Les Esturgeons abondent surtout dans la mer Noire et dans la mer d’Azow ; et c’est dans les deux plus grands fleuves de l’Europe, le Volga et le Danube, qu’on observe les différentes espèces de ce genre.

Les œufs de ces animaux sont extrêmement recherchés. Un en fabrique ce mets fort estimé, célèbre sous le nom de Caviar, ce qui n’a pas peu contribué à amener la très-grande diminution, sinon la disparition des Esturgeons dans beaucoup de fleuves de l’Europe.

L'ESTl HtiKON CO.MMl'N

( lai'EXSEB STClUO ‘)

L’Esturgeon commun est l’es[)èee répandue à la fois dans la mer du Nord, l'Océan, la Méditerranée et qui parait plus ou moins rarement dans le Rhin, la Seine, la Loire, la Gironde, le Rhône où les- pécheurs dans leur idiome provençal le nomment Estiioun.

L’Esturgeon commun ressemble à plusieurs autres espèces du môme genre et divers auteurs l’ont confondu avec le Ster-

' Linné, Syntema natura, 1. 1, p. 403 ; (700. — Bloch, pari. III, p. 811, pi. 88. — licckcl et Kner, Die Stmwiisserfische tier Ostrekhmlien Monarrhie, p. 302; 1838. — Siebold, Die Sihuwmserfisehe non Milteleurnpn, p. 303 ; 1803.

MKi IIISTOIRK l'Ail ril.Ll.lÈHK UES POISSONS.

let {Acipefiser ruthenus) que nous no voyons jamais tians les

eaux de la France. L'Esturgeon commun, d’inie couleur jaunâtre assez claire, avec le ventre presque blanc, est très-carac-

ESTI BCEON.

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