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PÊCHE XXIX

Le vrai centre de pêche indigène de la contrée se trouve sur le fleuve à Manyanga. Nous avons là trois points importants : Isangila, Manyanga et N’Sunghi. Les indigènes que le portage laisse libres se livrent assidûment à la pêche et en vendent le produit aux blancs des stations et aux voyageurs de la route des caravanes. À Manyanga, aux chutes de N'Gombé, les indigènes ont installé des nasses. La nasse est semblable à celle employée chez nous pour prendre les anguilles ; l’osier en est remplacé par des éclats de bambous artistement ajustés. Faut-il rappeler ici ce qu'est une nasse? Un panier conique dont la

tête est soigneusement fermée; un cône plus petit mais ouvert s'ajuste à l'entrée du panier. Le poisson y pénètre volontiers guidé par l'entonnoir que forme le petit cône, mais une fois entré il ne retrouve plus le chemin qu'il a suivi. Il y a également des nasses cylindriques ; elles ont alors deux entrées que l’on a soin de faire obliquer afin qu’elles ne soient pas dans le prolongement l’une de l’autre. La nasse est le piège le plus répandu; on en rencontre en effet partout au Congo, et de dimensions les plus diverses; certaines ont des longueurs de 5 à 6 mètres, et 2 ou 3 mètres de diamètre à l'orifice ; d'autres peuvent être transportées sous le bras d’un enfant.

Dans les rapides, en général aux hautes eaux, les indigènes placent entre les rochers d'immenses nasses dans lesquelles viennent s’engoutfrer les eaux et tout ce qu’elles entraînent. Ces nasses sont maintenues par des lianes, attachées à des perches, calées entre les pierres, bref, solidement fixées, afin de leur permettre de résister à la violence du courant. Dieu sait par quels tours de force sans cesse renouvelés les pêcheurs vont, deux ou trois fois par jour, chercher en pirogue la

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récolte accumulée dans le fond de la nasse. Les engins ainsi employés sont très rapidement mis hors d'usage ; aussi ces pêcheries demandentelles un travail considérable qui y provoque une perpétuelle animation. On prend peu de gros poissons dans les nasses ainsi placées ; ceux-ci se laissent, en effet, moins facilement entraîner par le courant que les petits.

Devant la station de Manyanga, où les eaux sont plus calmes, les femmes et les enfants disposent au fond de la rivière de petites nasses où ils capturent beaucoup de tout petits poissons et très souvent ils s'emparent de crevettes.

A Léopoldville, le genre de pêche employé est le même qu’à Manyanga; à trois quarts d'heure de la station, l'État a installé un petit village de pêcheurs, non loin des rapides, où les hommes prennent beaucoup de poissons; ils doivent apporter journellement une partie de leur pêche à la station, ce qui permet d’alimenter la table des nombreux blancs qui y séjournent ou qui y sont de passage. Il y a eu un temps où Léopoldville possédait une équipe de 10 à 12 Basokos, qui n avaient d'autre mission que de pêcher. Ils avaient la spécialité de s'emparer d'immenses silures du genre dit catfish. Voici le procédé qu'ils employaient :

1° Les lignes flottantes qui sont de diverses espèces ; il en est qui sont simplement constituées par un morceau de bois léger auquel pend une corde terminée par un hamecon que l’on amorce par un appât

quelconque. Les soubresauts annoncent au pêcheur que le poisson a mordu.

20 Les lignes à renversement, très ingénieuses, se composent d’un flotteur recourbé qui, par suite de la dispositionides cordes, se retourne lorsque le poisson est pris.

PÉÊCHE XXXi

Aux lignes flottantes, on ajoute parfois une corde maintenue à une pierre, servant d’ancre et empêchant le piège d’être entraîné par le courant ; elles deviennent alors des lignes dormantes.

Au bord du Stanley-Pool, on pêche beaucoup de nuit, à la torche. Les noirs y attrapent les poissons à la lance qu'ils jettent comme un harpon, avec une adresse admirable, dès qu'un de ces animaux se montre. Les naturels du Pool les capturent aussi à l'arc au moyen de fléchettes de bambou dont les pointes sont travaillées.

Les moyens employés par les tribus habitant le long du fleuve étant partout identiques, j'étudierai plus spécialement ceux des Upotos et des Basokos.

Les Upotos emploient :

10 Les nasses précédemment décrites. Les nasses sont parfois simplement jetées à l’eau en un endroit poissonneux et relevées chaque jour. Souvent, elles sont placées en eaux calmes ; elles ont alors des auxiliaires indispensables dans des claies légères qui servent à former de véritables chemins pour diriger le poisson et lui ôter tout moyen d'éviter le piège qui lui est tendu. A la descente des eaux, il n’est pas un chenal qui ne soit coupé par un clayonnage conduisant à une nasse. Dans cette nasse viennent se faire prendre tous les poissons tentant de regagner la rivière. Je me rappelle qu’en approchant du N’Ghiri, nous nous trouvâmes dans un chenal de 4 mètres environ de large et, de distance en distance, nous rencontrions d'immenses clayonnages fermant le passage; une grande claie en fibres tressées formant tamis était retenue par quatre pieux et pouvait, au moyen de lianes, être élevée ou abaissée à volonté; élevée, le passage était libre, abaissée, le poisson ne trouvait plus d’issue et se faisait fatalement capturer par les natifs; à d’autres places, il y avait de véritables digues en terre et en branches d'arbres, s'élevant jusqu’à 2 mètres de hauteur et retenant les eaux. Donc, tout un système de pièges parfaitement compris et disposés sur environ deux à trois lieues de chemin.

20 Le lokando, qui est un des pièges les plus usités, est une nasse en bambous très légers, longue de 15 à 20 mètres, sur 1 1/2 mètre de largeur. Très flexible, on peut la rouler et la dérouler en un instant. Au moment de la pêche, elle est ouverte et tenue prète à fonctionner par sept hommes, dont trois sont à l’avant de la pirogue, quatre à l'arrière, tandis que les pagayeurs manœuvrent de manière à rencontrer les endroits où l’eau, peu profonde, court sur un lit de sable. Dès qu’apparaît une bande de poissons, les porteurs de la nasse sautent dans le fleuve et l'engin que l’on a fait descendre perpendiculairement, est vivement traîné de manière à capturer la plus grande

XXXII INTRODUCTION

partie de la troupe vagabonde. Celle-ci veut passer outre et va d’ellemême s’emprisonner dans le cu!-de-sac qui termine l'appareil.

30 Les claies ou grands rectangles de fibres tressées formant tamis, ayant de 10 à 12 mètres carrés de superficie. Ces claies sont fixées du côté droit d'un canot à deux forts crochets de bois assujettis au fond de l’embarcation à l’avant et à l'arrière. Deux hommes se trouvent dans le canot et, au moyen de deux grandes perches, peuvent élever ou abaisser l'appareil; ils laissent l’embarcation dériver avec le

courant et, tout en descendant le fleuve, abaissent leur engin dans l'eau ; chaque fois qu’ils le relèvent, une multitude de petits poissons appelés Bolas retombent dans le fond de la pirogue. (Voir p. XXIV, fig.)

Tous les pièges qui précèdent sont faits en écorce de bambous; les lignes et les filets en corde sont non moins intéressants à observer.

Pour fabriquer la corde, on se sert de la deuxième écorce d’un arbrisseau, on la fait sécher, puis on la tresse. Les Upotos emploient:

1° Les lignes flottantes, les lignes à renversement et les lignes dormantes précédemment décrites. C'est le moyen en usage pour prendre les grands poissons. Comme appât, on accroche à l’hamecon un petit poisson.

20 Le filet traînant. C’est généralement aux eaux basses que la pêche est la plus productive. Les noirs ont des filets de toutes lon-

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