PROTOPTERES
Owen, Proc. Linn. Soc. 1839, p. 27 ; Peters, Reise n. Mossamb. IV, p. 2 (1868); A. Dumérir, Hist. Poiss. II, p. 469 (1870); A. Scxneiper, Zool. Anz. 1886, p. 524. Rhinocryptis, Perers, Mon. Berl. Ac. 1844, p. 414.
Protomelus, Hocc, Ann. & Mag. N. H. VII, 1841, p. 350.
Corps subcylindrique, plus ou moins allongé, à queue terminée en pointe ; nageoires dorsale et anale continues. Membres grêles, styliformes ; une frange plus ou moins développée, soutenue par des rayons très minces, au moins au membre antérieur. Six arcs branchiaux, cinq fentes branchiales. Des branchies externes, au nombre de deux à quatre, ordinairement plus ou moins distinctes pendant toute la vie. Orifice anal latéral.
Le crâne, dont la base s’unit à la notochorde sans former d’articulation, n’a qu’un petit nombre de pièces osseuses : l’exoccipital, le parasphénoïde, le ptérygo-palatin, le fronto-pariétal, la lame supérieure de l’ethmoïde, tous impairs, et de chaque côté, le squamosal (quadratum de Gegenbaur), situé en avant du préoperculaire qui s'y attache par son extrémité inférieure (donc parfaitement comparable au squamosal des Polyptères, qui comprendrait aussi le préoperculaire), et un os d’aspect très remarquable que Bridge a déterminé comme ectethmoïde; cette paire d’ectethmoïdes, larges et appliqués sur le crâne en avant, s’atténue graduellement en arrière et, se détachant de la voûte crânienne, se relève comme une paire de cornes. L'appareil operculaire consiste en deux petits os : le préoperculaire de Owen et de Peters (operculaire de Günther, de Huxley et de Bridge) et l’interoperculaire (Owen, Huxley, Bridge; sous-operculaire, Günther). Le cartilage à plusieurs fenestrations, qui forme la capsule nasale, porte à sa face inférieure une paire de dents pointues qui représentent les vomers. Les dents qui arment la partie antérieure des palatoptérygoïdes constituent trois arêtes tranchantes, la premiè:e très courte, simulant une paire d’incisives, la seconde plus longue, transversale et formant à l'extrémité interne un angle avec la troisième, qui est plus longue encore et oblique. A ces trois arêtes correspondent trois autres à la mâchoire inférieure, dépendant de l'os splénial, qui se relève en une haute apophyse coronoïde ; le second os de la mandibule est l’arti-
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culaire, très petit. Un grand os en forme de tige cylindrique, de chaque côté de la base du crâne, représente la côte correspondant au premier arc neural. L’arc hyoïde consiste en un grand cérato-hyal ossifié et quelques vestiges de rayons cartilagineux. Un sur-claviculaire relie l’exoccipital à la ceinture scapulaire. Celle-ci comprend, en outre, deux os de chaque côté, clavicule et cleithrum, recouvrant en partie le cartilage coracoïdien. Le pelvis est réduit à un simple cartilage cruciforme. Les nageoires paires consistent en un long axe cartilagineux cylindrique ou un peu aplati et composé de nombreux segments articulés bout à bout. Un des côtés de cet axe (le ventral au membre antérieur, le dorsal au membre postérieur) porte de petits rayons cartilagineux simples, plusieurs à chaque segment, auxquels sont ajoutés des rayons dermiques extrêmement minces et en nombre double qui soutiennent la frange cutanée bordant la nageoire. Ces rayons peuvent manquer aux nageoires ventrales, qui sont ainsi réduites à l’axe comme chez Lepidosiren.
La notochorde persiste toute la vie, sans autre indication de segments que les arcs neuraux et les côtes dans la région précaudale, les arcs neuraux et les arcs hémaux dans la région caudale, qui sont ossifiés, au moins à la périphérie. Au-dessus de chaque neurapophyse et au-dessous de chaque hémapophyse s'attache une pièce osseuse (axonoste), elle-même surmontée, dans la région des nageoires, d’une seconde pièce (baséoste) soutenant des rayons exosquelettiques filiformes et très nombreux. La première hémapophyse supporte trois ou quatre axonostes, ou, comme l’a figuré Bashford Dean (1), elle peut se diviser en autant de branches, dont chacune représente un axonoste et porte un baséoste.
Les os sont souvent de couleur verte.
La bouche est munie de lèvres trés développées; l’œil est petit, supéro-latéral, sans bord libre; la fente operculaire est très étroite. Les branchies externes, au nombre de deux ou de trois et à franges très courtes chez l’adulte, persistent le plus souvent pendant toute la vie et leur développement varie indépendamment de la taille des individus ; elles sont insérées derrière la fente operculaire, immédiatement audessus de la base du membre pectoral. Le corps est couvert d’écailles cycloïdes minces et fortement imbriquées, plus ou moins visibles sous un épais mucilage; les canaux de la lignelatérale sont très développés ; outre la ligne latérale proprement dite, on en distingue une seconde, située plus bas sur le corps, de chaque côté du ventre, ainsi que de courts canaux en travers du corps et le long de la queue, à la base de la
(1) Fishes, Liv. and Foss. p. 110, fig. 112.
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nageoire, tandis que sur la tête, où ils sont encore mieux définis, ils décrivent des. lignes courbes de chaque côté et s'étendent aussi en travers de l’occiput, du menton et de la gorge. Les stylets qui représentent les membres sont dépourvus d’écailles. L'orifice anal est grand et situé au-dessus de la tranche inférieure de la queue, parfois à gauche, le plus souvent à droite. Il ne semble pas y avoir moyen de distinguer les sexes à l'extérieur, si ce n’est par la grandeur de la tête, un peu plus forte chez les mâles que chez les femelles. Des six arcs branchiaux, les trois derniers seuls sont pourvus de branchies. Les poumons sont très allongés, atténués en arrière, subégaux en longueur. Le cœur a l'oreillette divisée en deux par une cloison incomplète. Les globules du sang, de forme elliptique, à noyau, sont beaucoup plus grands que ceux d'aucun autre poisson (1).
Les mœurs des Protoptères sont des plus curieuses. Vivant dans des marécages quise dessèchent pendant une partie de l’année, ces poissons s’enfouissent dans la vase quand l’eau vient à disparaître et s’enroulant dans une sorte de cocon ovale tapissé d’une couche de mucilage dont ils produisent à ce moment une abondante sécrétion, ils restent enterrés à sec pendant une période qui peut durer plusieurs mois. Communiquant avec la galerie de passage, dont le calibre varie avec la taille du poisson qui l’a creusée, par un tube de matière semblable à la paroi du cocon et à orifice fort étroit, tube qui s'étend dans l’intérieur de la bouche, dirigée en haut, le Protoptère respire alors uniquement par ses poumons. C’est dans cet état surtout que les nègres de la côte occidentale d'Afrique recherchent activement ces poissons, dont ils sont très friands et qu'ils conservent parfois, comme provisions, dans des mottes de terre qu'ils ont extraites des marais desséchés. Un grand nombre de ces mottes, renfermant des Protoptères vivants, ont été envoyées en Europe, surtout de la Gambie et du Sénégal, ce qui a permis à plusieurs naturalistes de faire des observations sur les mœurs de ces intéressants poissons (2). J'ai eu moi-même le plaisir d’assister à l'éclosion d’un de ces cocons, qui m'avait été donné par mon collègue le Dr H. O. Forbes, de Liverpool, et j'ai même pu faire partager ce curieux spectacle aux auditeurs d’une conférence sur les poissons d'Afrique, que j'ai donnée à la Société zoologique de Londres. En recevant ces mottes de terre, on peut s’assurer de l’état de leur contenu en introduisant un brin de paille par l’orifice qui communique avec la bouche du poisson; si celui-ci est vivant, il fait aussitôt entendre un cri assez perçant, produit par l’expiration brusque de l’air
(1) Voir Gulliver, Proc. Zool. Soc. 1862, p 101, fig. 17. (2) Observations qu’on trouvera citées dans la liste bibliographique à la
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des poumons (1). Il faut ensuite humecter graduellement la terre en ayant soin de ne pas introduire d’eau par l'orifice respiratoire ;: aprés deux ou trois jours, il suffit de submerger la motte pour voir le Protoptère se dégager, en l'espace de quelques minutes ou de quelques heures selon les cas, et reprendre sa vie active et sa respiration en partie branchiale, en partie pulmonaire.
Les Protoptères sont très voraces, se nourrissant principalement de batraciens, de poissons, de vers, d'insectes et de crustacés, mais Stuhlmann a pu leur faire manger aussi des fèves et du riz cuits. Ils sont très querelleurs et il est presque impossible d’en conserver plusieurs en captivité dans 1e même aquarium, sans qu'ils s’'amputent mutuellement les nageoires et le bout de la queue, qui se reproduisent d’ailleurs très facilement, mais souvent avec des formes anormales. C'est ainsi qu’on a constaté que les nageoires paires repoussent parfois avec des bourgeonnements qui leur donnent une apparence très singulière ; la queue régénérée ne reprend jamais sa longueur normale.
Les œufs, assez grands, sphériques, de couleur verdâtre, sont déposés dans une sorte de nid creusé dans la vase. On ignorait tout récemment encore le mode de développement, mais cette lacune sera bientôt comblée car M. J.S Budgett vient de rentrer de la Gambie avec les matériaux nécessaires à cette étude; son travail, qui paraîtra sous Peu, viendra ainsi compléter les connaissances que nous possédons déjà sur les autres types de Dipneustes, Ceratodus et Lepidosiren, et que nous devons au zèle de Semon (2) et de Graham Kerr (3).
Dès à présent nous Savons, par la communication faite à la Société zoologique de Londres par M. Budgett, que le développement est essentiellement le même que chez la Lépidosirène. L'œuf est holoblastique, comme chez les Cyclostomes, les Ganoïdes et les Batraciens : les larves, très semblables à celles de nos Tritons, ont quatre branchies externes très développées et un Organe adhésif à la face inférieure de la tête. Le mâle veille sur les œufs et vit dans le nid jusqu’à ce que les Jeunes soient capables de le quitter.
On a cru longtemps à l’unité spécifique des Protoptères d'Afrique, tout comme une étude par trop superficielle avait fait croire à l’existence d’une seule espèce de Polypterus. Aussi la plupart des auteurs assignent-ils à l'espèce type, Protopterus annectens, Owen, une aire géographique très vaste, s'étendant du Sénégal et du Nil Blanc au
(1) Comme le rémarque Raphaël Dubois, rien n’est mieux fait pour surprendre ceux qui ne sont pas prévenus que d'entendre un semblable son sortir d’un bloc compact, parfois de faibles dimensions.
(2) Zool. Forsch. in Austral. [, Ceratodus, Iéna, 1893, in-40.
(3) Phil. Tr. R. Soc., B. CXCII. 1900, P. 290.
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Congo et au Zambèze. Il se peut bien que cette distribution soit correcte, sauf en ce qui concerne le Congo, où on n’a jamais trouvé, que je sache, le véritable P. annectens ; mais il est loin d’être démontré que la forme du Nil Blanc (P. æthiopicus, Heckel) soit réellement identique au Protoptère de la Gambie sur lequel a été fondée l’espèce annectens. Les individus du Nil et du lac Albert-Edouard que j'ai pu examiner ont un plus grand nombre d’écailles (55-62) à la lignelatérale, l’origine de la dorsale est un peu plus éloignée de la tête, et jecroisqu’il faut les considérer comme d’espèce distincte (1). Le seul auteur récent qui se soit prononcé en faveur d’une distinction d’espèces est Anton Schneider (2); cet anatomiste a donné des raisons, peu conclusives à mon avis, pour réhabiliter l'espèce du Bas-Zambèze décrite par Peters sous le nom de Rhinocryptis amphibius. Mais ayant pu, ainsi que W. N. Parker, retrouver sur des spécimens de la Gambie le caractère tiré de la conformation des membres décrit par Peters et sur lequel Schneider a surtout insisté (3), je ne puis que partager la manière de voir de Peters lui-même en réunissant À. amphibius à P.annectens.
Quant au Protoptère qui se rencontre au Congo, ses caractères distinctifs sont de telle importance que je ne pense pas devoir insister sur la valeur qu’il convient de leur accorder.
Les principaux caractères qui distinguent les trois espèces peuvent être brièvement formulés de la manière suivante :
P. annectens, Owen. — Longueur de la tête 3 3/4 à 4 1/2 fois dans la distance du bout du museau à l'anus; 34 à 36 paires de côtes ; 40 à 50 écailles le long de la ligne latérale jusqu’à l'anus; diamètre de l’œil compris 8 à 12 fois dans la longueur de la tête, 2 1/2 à 3 1/2 fois dans la largeur interoculaire; origine de la nageoire dorsale plus rapprochée de la tête que de l'anus.
P. æthiopicus, Heck. — Longueur de la tête 3 3/4 à 4 2/3 fois dans la distance du bout du museau à l'anus; 35 paires de côtes; 55 à 62 écailles le long de la ligne latérale jusqu'à l'anus; diamètre de l'œil compris 10 à 13 fois dans la longueur de la tête, 3 à 4 fois dans la largeur interoculaire; origine de la nageoire dorsale à égale distance de la tête et de l’anus, ou un peu plus rapprochée de celui-ci.
P. Dolloi, Blgr. — Longueur de la tête 5 à 6 fois dans la distance du bout du museau à l'anus; 54 paires de côtes; 86 à 91 écailles le long de la ligne latérale jusqu'à l’anus ; diamètre de l'œil compris 15 à 19 fois dans la longueur de la tête, 4 à 6 fois dans la largeur interoculaire; origine de la nageoire dorsale beaucoup plus rapprochée de l’anus que de la tête.
(1) Je compte 35 paires de côtes chez un individu de l’Albert-Édouard.
(2) Zool. Anz. 1886, p. 524, et Zool. Beiïtr. 1[, 1887,p 97.
(3) Il s’agit de la présence de paramères supportant les rayons exosquelettiques, paramères qui ont échappé à beaucoup d’auteurs. Afin de dissiper les doutes qui pourraient encore subsister sur la nature de ces pièces, j'ai prié mon ami le Dr A. Willey de lés soumettre à un examen microscopique, d'où il résulte qu’elles sont bien formées de cartilage hyalin, entouré d'une gaine de tissu ligamenteux.
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La découverte de cette dernière espèce vient infirmer d’une facon assez curieuse un des caractères distinctifs du genre Protopterus tel qu'on le concevait, et l'on ne peut plus dire que Lepidosiren a le corps long et anguilliforme par rapport à Protopterus, qui l'aurait relativement court et ramassé, puisque chez le premier la longueur de la tête, prise à bon droit comme terme de comparaison (1), est comprise 6 à 8 fois dans la longueur jusqu’à l’anus et que le nombrede côtes (54 ou 55) est le même que chez Protopterus Dolloi.
PROTOPTERUS DOFLOIMIPI AN):
BouLenG. Ann. Mus. Congo, Zool, I, p. 155, pl. LVI (1900).
La hauteur du corps est comprise (chez les individus à queue intacte) 11 1/2 ou 12 fois dans la longueur totale, la longueur de la tête 9 1/4 ou 10 fois. La tête, dont la longueur est comprise 5 à 6 fois dans la région précaudale, est d’un tiers ou d’un quart plus longue que large; le museau est largement arrondi; l’œil est très petit, son diamètre étant compris 15 à 19 fois dans la longueur de la tête, 4 à 6 fois dans la largeur interoculaire; certains individus ont la tête nue, d’autres ont des écailles sur la région occipitale. Les branchies externes sont distinctes, au nombre de deux ou de trois; elles mesurent, chez les individus examinés, 1 1/4 à 5 fois le diamètre de l'œil. L'origine de la nageoire dorsale est de 2 à 2 1/3 fois aussi éloignée de la tête que de l’anus. Le membre antérieur, qui se termine en filament grêle, mesure : 4/5 à 2 1/4 fois la longueur de la tête; la frange est bien développée, à peu près aussi large que l’axe qui la porte, et s'étend sur moins de la moitié de la longueur de celui-ci ; le membre postérieur, moins prolongé en filament et à frange tout à fait rudimentaire ou absente, mesure 1 1/5 à 1 1/2 fois la longueur de la tête. La queue, quand elle est intacte (2), se termine en un long filament et fait à peu près la moitié de la longueur totale. L’anus est à droite chez les individus examinés. Les écailles, jusqu’à l'anus, sont au nombre de 86 à 91 séries transversales; 40 à 44 écailles autour du milieu du corps.
J'ai trouvé 54 paires de côtes sur le spécimen unique que j'ai pu ouvrir.
Certains spécimens sont d’un brun olivâtre avec de grosses taches noirâtres arrondies, d’autres sont uniformément noirâtres en dessus ;
(1) Voir Ray Lankester, Tr. Zool. Soc. XIV. 1806, p. 15. (2) Le grand individu figuré sur la planche II a la queue régénérée, ce qui arrive souvent chez ces poissons, comme d’ailleurs chez les autres Dipneustes.
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les parties inférieures sont blanchâtres; les organes de la ligne latérale se détachent en clair.
Les spécimens que j'ai examinés mesurent 47 à 83 centimètres de longueur totale. [ls proviennent de Nouvelle-Anvers et du Bas-Congo.
Cette espèce est dédiée à mon savant collègue du Musée de Bruxelles, M. Louis Dollo, l’auteur de l’admirable travail sur la phylogénie des Dipneustes, cité plus haut.
On ne possède pas encore de renseignements suffisants pour décider à quelle espèce il faut rapporter le Protoptère qui se rencontre sur la côte ouest du Tanganika. M. Moore n’a pas réussi à en voir et je n’en ai non plus trouvé dans les collections envoyées au Musée du Congo par MM. Descamps et Hecq et par la mission Lemaire. Mais on ne saurait douter qu'il ne s’y rencontre un Protoptère, car en 1894, dans une lettre adressée de Mpala et reproduite dans les Missions d'Afrique et le Mouvement géographique (XI, p. 30), le R. P. De Beerst a décrit un poisson dont l'identification est indiscutable. Voici un extrait de cette Jettre
« Un jour où les femmes étaient tranquillement occupées à cueillir le riz, un cri d’effroi se fait entendre : Nguéma ! Neuéma ! (un crocodile! un crocodile!), et aussitôt de s’enfuir à toutes jambes! Ce prétendu crocodile n’était autre qu’un étrange animal, moitié reptile, moitié poisson, qui, avec la rapidité d’une flèche, avait traversé les rangs de nos cueilleuses. Restant immobile, parfois des heures entières au milieu de l’eau, cet animal. dès qu'il se voit troublé dans son repos, s'élance d’un coup de queue, avec une rapidité telle que l'œil a peine à le suivre. Ses bonds, pour autant du moins que j'ai pu le constater. sont de quinze à vingt pas, ensuite il s'arrête. S'il est poursuivi, il s'élance de nouveau, et toujours avec les mêmes bonds prodigieux. Ses sens semblent peu perfectionnés, vu la facilité avec laquelle on peut s'approcher de lui. J’ai réussi à en faire prendre deux, que les enfants ont assommés à coups de hache au milieu de la mare. La femelle mesurait 1",10 de long et le mâle o",02.
« Comme les poissons il a le corps couvert d’écailles; mais une couche glutineuse les cache à demi, de sorte qu’on ne peut guère les voir qu'en le dépeçant. Il n’a ni nageoires comme les poissons ni pattes comme les reptiles, — ces dernières sont remplacées par deux paires d'appendices en forme de queue de rat, minces, allongées (celles de devant avaient o",24 de long, celles de derrière o",10 chez le sujet mâle). Ces appendices sont munis, du côté intérieur, d’une espèce de courte nageoire. Comme les reptiles, il a des poumons, — quoi qu'il ne sorte jamais de l’eau et ne puisse se servir, pour marcher, de ses deux appendices en forme de pattes. Il a, en outre, comme les pois-
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sons, des branchies composées de quatre rayons. Une nageoire adipeuse, à partir du milieu du dos, va contourner sa grande queue comprimée latéralement, pour aller seterminer par dessous. Sa bouche, de moyenne grandeur, est armée de deux rangées non interrompues de matière osseuse. très irrégulièrement taillées, qui lui tiennent lieu de dents. Au dire des indigènes, il serait capable d’enlever d’un seul coup un doigt, voire même une main. Quoi qu’il en soit, il semble uniquement herbivore, -- le large estomac des deux spécimens que j'ai eus sous la main ne contenait que des plantes marécageuses et une quantité considérable de tiges de riz encore munies de tous leurs épis, ce qui suppose qu’il avale sa nourriture de toutes pièces.
« Cet animal, que les indigènes appellent Sembé ou Sompé, est un objet d’horreur pour eux, ils en ont un dégoût instinctif.
« La quantité d'œufs que j'ai trouvés suspendus aux côtés du dos, par une espèce de sac visqueux très allongé (1), était très considérable. Les enfants m'ont montré plusieurs milliers de larves, assez semblables aux larves des tritons, qu'ils assuraient être les petits du Sembé,. Ce qui confirmerait leur assertion, c’est que celui dont j'ai pu approcher de si près se trouvait précisément entouré de plusieurs centaines de ces Viroborobwé, comme ils les appellent (2).
« Ce Sembé est probablement la Lépidosirène dont parle Schweinfurth au chapitre III de son ouvrage : Au cœur de l'Afrique. »
En 1887, dans le travail cité plus haut, Anton Schneider dit avoir examiné un individu, qu'il identifie avec P. annectens, conservé au Musée de Berlin, rapporté du district du Tanganika par le voyageur Reichard. Cet individu, que j'ai obtenu en communication, grâce à l’'obligeance de MM. les professeurs Môbius et Hilgendorf, provient des marais de l’Ugalla, à l’est du lac, donc en dehors du bassin du Congo. Il appartient à l'espèce P. æthiopicus, Heckel, et mesure 0",40. La longueur de la tête est comprise 4 2/3 fois dans la distance du bout du museau à l'anus; le diamètre de l’œil est compris 10 fois dans la longueur de la tête, 3 fois dans la largeur interoculaire ; la plus longue branchie externe mesure un peu plus du double de l’œil ; la nageoire dorsale commence à égale distance de la tête et de l'anus, qui s'ouvre à droite; 58 écailles en série longitudinale jusqu’à l’anus, 40 autour du milieu du corps. M. Hilgendorf m'informe que le Musée de Berlin en possède un second exemplaire, de même provenance, mesurant 0,51,
(1) Il s’agit évidemment ici des ovaires de la femelle, dont le Père De Beerst aura fait l’autopsie. — G. A. B.
(2) Ceci s'accorde bien avec l'observation de M. Budgett que les larves restent longtemps sous la garde du père. — G. A. B.
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Principales publications relatives à l'Anatomie, à la Physiologie, et à l’Éthologie des Protoptères.
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Akad. Berl. 1844, pp. 117-206, pls. I-VI (1846).
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STEINDACHNER, F. Ueber die äusseren Kiemen-Anhänge der Pro: topterus-Arten. Verh. Zool.-Bot. Ges. Wien, XI, 1861, p. 366.
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TELEOSTEI 43
Ordre III TELEOSTEI.
Nageoires paires non lobées, à base réduite à une série de ptérygiaux (actinostes) portant les rayons dermiques au membre antérieur, absente au membre postérieur. Arc mandibulaire suspendu au segment supérieur de l'arc hyoïde ou hyomandibulaire. Cœur à bulbe artériel non musculeux ou à zone musculeuse très réduite, pourvu
d’une seule rangée transversale de valvules, exceptionnellement de deux.
Si, comme je crois encore utile de le faire, on sépare les Ganoïdes, avec leurs sous-ordres, des Chondrostéens (1) et des Holostéens, des Téléostéens, auxquels ils sont réunis sous le nom de Actinopterti ou Actinopterygii par plusieurs auteurs modernes (2), il n’en est pas moins vrai que les deux ordres sont reliés par un si grand nombre de formes intermédiaires qu'il est bien difficile d’en établir la limite, surtout si l’on envisage les formes éteintes. L’écaillure et la présence ou l'absence de baséostes et de fulcres aux nageoires varient trop chez ces dernières pour pouvoir servir à une définition, et les organes viscéraux, dont on a fait tant état en traitant des formes survivantes, mais auxquels on ne peut naturellement faire appel dans le cas des fossiles, n'ont pas l'importance qui leur a été attribuée. C'est ainsi que Amia et Lepidosteus, parmi les Ganoïdes, n’ont qu’un rudiment de valvule spirale à l'intestin, tandis que cette valvule est bien développée chez le Téléostéen Chirocentrus ; que Amia a la partie musculeuse du bulbe artériel beaucoup plus courte que chez Lepidosteus et seulement un peu plus longue que chez le Téléostéen A/bula, dont le bulbe est muni de deux rangées transversales de valvules au lieu de trois comme chez Amia, les autres Téléostéens n’en ayant qu’une seule (3). La conception de l’ordre des Ganoïdes repose donc sur une combinaison de caractères dont aucun n’est diagnostique, à l'exception du nombre des rangées de valvules au bulbe artériel du cœur, toujours supérieur à
(1) Podopterygia (Lysopteri + Chondrostei), Cope, Amer. Nat. XXXIII, 1880, p. 856, et XXV, 1801, p 480.
(2) Cope, Tr. Amer. Philos. Soc.(2) XIV, 1871, p. 449; A. S. Woodward, Cat. Foss. Fish. II, p. 423 (18091).
(3) Boas, Morph. Jahrb, VI, 1880, p. 527. — Voir aussi Huxley, Proc. Zool. Soc. 1883, p. 138.
44 TELEOSTET
deux (1). Nous n'avons, d’ailleurs, pas à nous occuper ici des Ganoïdes, car leurs représentants sont tous étrangers au bassin du Congo.
Les Téléostéens constituent la grande majorité des poissons de la nature actuelle. On les répartit en un nombre assez considérable de sous-ordres, dont sept sont représentés dans la faune dont nous avons à traiter. La division en Malacoptérygiens et Acanthoptérygiens par Cuvier (2), pas plus que celle en Physostomes, Anacanthins, Acanthoptérygiens et Pharyngognathes par J. Müller (3), en Physostomes, Physoclistes et Pharyngognathes par Bonaparte(4) et la séparation des Lophobranches et des Plectognathes comme groupes équivalents au reste des Téléostéens, quoique encore suivies, avec de légères modifications, dans un grand nombre d'ouvrages modernes, ont depuis longtemps cessé de répondre aux exigences de la classification naturelle. Par contre, les principes de Cope et de Sagemehl (5), dans leur ensemble au moins, expriment, avec une approximation suffisante, l’état de nos connaissances sur la morphologie de ces poissons et les déductions qu'on peut en tirer au point de vue phylogénique.
Sous-Ordre I. MALACOPTERYGII.
Vertèbres antérieures simples, distinctes ; pas d’osselets de Weber; vessie natatoire communiquant avec le canal intestinal par un conduit pneumatique. Opercule bien développé; ceinture pectorale suspendue au crâne ; mésocoracoïde présent ; pas de clavicules (infraclavicules) distinctes des cleithrums. Nageoires ventrales abdominales, sans épines ; les autres nageoires également formées uniquement de rayons mous, articulés.
Ce sous-ordre, établi par Cope en 1871 (6), avec des limites un peu plus restreintes, sous le nom de Zsospondyli, correspond à une partie des Malacoptérygiens de Cuvier et des Physostomes de Johannes
(1) Voir, au sujet des Ganoïdes, les considérations de Kner, Sitzb. Ak. Wien, LIV, 1, 1866, p. 519, et de Lütken, Vidensk. Meddel. Copenh. 1868, p. 1, et Palæontogr. XXII, 1873, p. 1.
(2) Cuvier et Valenciennes, Hist. Poiss. I. p. 572 (1828).
(3\ Abh. Akad. Berl. 1844, p. 190.
(4) Conspect. Syst. Ichthyol., Leyde, 1850.
(5) Morphol. Jahrb. X, 1885,p 1.
(6) Trans. Amer. Philos. Soc. XIV, 1871, p. 454.
MALACOPTERYGII 45
Müller. A l’exemple de Gill (1), je préfère lui donner le nom le plus ancien, qui lui convient d’ailleurs parfaitement. Les types principaux sont les Elopes, les Butirins, les Hyodontes, les Mormyres, les Notoptères, les Ostéoglosses, les Chirocentres, les Harengs et les Saumons (2). 5 familles sont représentées dans la faune du Congo : Elopidæ, Mormyridæ, Notopteridæ, Pantodontidæ, Clupeidæ.
Synopsis des familles représentées dans le bassin du Congo.
I. Os pariétaux formant une suture médiane et séparant le sus-occipital des frontaux ; post-claviculaire appliqué sur la face interne du claviculaire.
Une plaque osseuse intergulaire ou sublinguale; os operculaires
au complet; symplectique présent; prémaxillaire pair; côtes
pour la plupart sessiles; nageoires pectorales se repliant
comme les ventrales, dont les rayons sont nombreux (10-16), 1. Elopidæ. Pas de symplectique; sous-operculaire petit ou absent; sur-
temporal en forme de grande plaque mince recouvrant un
grand trou de chaque côté du crâne; prémaxillaire impair ;
côtes pour la plupart sessiles; nageoires pectorales pouvant
être dirigées en haut; 6 ou 7 rayons à la ventrale . . . . 2. Mormyridæ. Symplectique présent; pas de sous-operculaire ; interopercu-
laire petit, caché sous le préoperculaire; un grand trou de
chaque côté du crâne, non recouvert par le sur-temporal;
prémaxillaire pair; côtes sessiles, derrière de longues apo-
physes transverses; nageoires pectorales pouvant être diri-
RÉ COMRAUE ER M Ne Col cie sn, +13 Nofopleridæe. Symplectique présent; pas de sous-operculaire ni d'interoper-
culaire; prémaxillaire impair et très réduit; côtes insérées à
la face postérieure de longues apophyses transverses;
nageoires pectorales se repliant comme les ventrales ; celles-ci
AR TVOD UT UNE NT. Le 4:-Pantodontidæ:
II. Os pariétaux très petits, séparés par le sus-occipital, qui s’articule aux frontaux ; post-claviculaire appliqué sur la face externe du claviculaire; 6 à 10 rayons à Rinapeoireventiale 2e M NU 1 ce ur. Clupeidæ:
La famille des Osteoglossidæ, avec le genre Heterotis, viendra peut-être un jour s'ajouter à celles indiquées ici et devra être intercalée entre les Notopteridæ et les Pantodontidæ.
(1) Mem. Nat. Acad. Washington, VI, 1893, p. 130.
(2) L'inclusion dans ce sous-ordre des Percopsidæ, qui semblent relier les Salmonidæ aux Acanthroptérygiens Perciformes, exigerait une modification de la diagnose ci-dessus. Aussi est-il préférable de considérer provisoirement cette famille comme représentant un sous-ordre à part (Sa/mopercæ), ainsi que l'ont proposé Jordan et Evermann dans le premier volume de leur grand ouvrage sur les poissons de l'Amérique septentrionale et centrale (Bull. U. S. Nat. Mus. n° 47, 1806).
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